Notice sur les refuges des voyageurs dans les Alpes

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par J.L. Binet-Hentsch, Vice-président central du C.A.S.

Notice sur les refuges des voyageurs dans les Alpes Une des questions les plus vitales pour l' avenir et l' extension de l' Alpinisme en Europe, est sans contredit celle qui se rattache au choix des stations et aux conditions les meilleures d' établissement de refuges dans les Hautes-Alpes ( Clubhütte — Schirmhütte ). Aussi voyons-nous tous les Clubs Alpins des nations européennes se préoccuper des moyens de construire des cabanes de cette nature et du choix des localités les plus favorables au but qu' il s' agit d' atteindre. En effet la conquête des cimes les plus inaccessibles en apparence, dépend essentiellement de la solution de ce problème préalable à résoudre: Quel est le point de départ le plus propre à servir de base pour une attaque décisive sur un point quelconque difficile et peut-être jusqu' à ce jour inexploré des Hautes-Alpes? Ou mieux encore: pour atteindre avec une facilité relative une cime intéressante que son éloignement de tout endroit habité a seul jusqu' à ce jour rendue peu accessible au commun des clubistes? La solution de ce problème gît toute entière dans l' établissement de cabanes situées au plus haut point possible, desquelles le départ effectué à une heure très matinale, permette l' arrivée au but et le retour dans la même journée. C' est là ce qu' avait, dès le siècle dernier, entrevu le précurseur des clubistes modernes, l' illustre de Saussure, préoccupé de cette idée pratique et féconde qu' il était réservé à notre époque de mettre en application en suivant ses traces. Tout le secret de populariser les grandes ascensions est là. Pour preuve je le demande: comment seraient possibles, dans des conditions ordinaires, les ascensions du Mont Blanc sans la station des Grands Mulets, du Mont Rose sans le Riffel, du Finsteraarhorn sans le Faulberg ou le Concordiaplatz, de la Bernina sans Boval?

Mais ce n' est encore là qu' un côté de la question. Combien la certitude de trouver un abri contre le mauvais temps, n' est pas propre à encourager sans trop de témérité les clubistes à des entreprises hardies dont une prudence judicieuse ne doit point être exclue? et lorsque l' asile sauveur est trouvé, quelle jouissance intime de s' écrier dans un réduit hospitalier, avec le poëte:

Quam juvat immites ventos audire cubantem!

Il n' est donc point étonnant que les divers Clubs Alpins rivalisent de zèle pour la création de cabanes; les localités mêmes dans le voisinage desquelles sont établies ces stations protectrices, comprennent qu' il est de leur intérêt bien entendu de les favoriser de tout leur pouvoir puisqu' elles contribuent à attirer l' étranger dans la contrée.

I.

Dans son assemblée générale du 21 mars 1876 la nombreuse Section Austria du Club Allemand-Autrichien entendait l' un de ses membres, M. le Baron Schwarz-Senborn, développer une proposition à ce sujet. Dans son discours il comparait entr' elles les Alpes Autrichiennes et les Alpes Suisses, et il demandait la nomination d' une commission pour rechercher les causes qui amenaient chaque année un si grand nombre de voyageurs en Suisse et un si petit nombre en Autriche. Il estimait que la dépense annuelle des touristes dans le premier de ces deux pays pouvait s' élever à trente millions ( chiffre probablement exagéré ), et il n' hésitait pas à attribuer ce résultat au réseau des chemins de fer, au bon état des routes, à l' organisation des postes et des télégraphes, ainsi qu' à l' excellente tenue des auberges en général. Pour entrer sous tous ces rapports dans une voie de progrès en ce qui concerne les Alpes Autrichiennes, l' orateur insistait fortement sur l' absolue nécessité d' établir à portée de leurs principales sommités des cabanes ou abris pour en faciliter l' accès.

Constatons cependant qu' un grand nombre des soixante-quatre Sections dont se compose l' ensemble du Club Allemand-Autrichien ( environ 6500 membres ) est déjà entré résolument dans cette voie. Il existe sur son territoire vingt-cinq cabanes-abris. Celle dé- signée sous le nom de Payerhütte, construite sur l' Ortler, peut être considérée comme un modèle du genre.

IL Lors du 9 me congrès du Club Alpin Italien tenu à Pistoie le 24 juin 1876, M. le comte de Cambray-Digny s' est fait l' éloquent avocat de la même cause, et a produit une vive impression sur l' assemblée. Son initiative ne fut point stérile; une réunion des Sections de Florence, de Bologne et de Modène eut lieu sur les bords du Lac Scaffaiolo et il y fut décidé que pour faciliter les excursions dans cette partie de l' Apennin Toscan, une cabane serait, par les soins de la Section Florentine, construite dans cette localité même, en face de la Corno alle Scale et à une heure seulement de distance de cette belle sommité. J' ai sous les yeux la liste des souscriptions volontaires qui sont abondantes et j' y ai reconnu plusieurs noms suisses. Le succès de l' entreprise est assuré.

Le Club Italien possède déjà dix ou douze refuges dans diverses parties des Alpes et il en a plusieurs autres en projet ou en construction qu' il est bon de mentionner ici dans l' intérêt de nos clubistes qui pourraient en profiter:

Près le glacier de la Marmolata, ( 3000 m ) sur les montagnes dolomitiques de la Section d' Agordo.

Sur le grand Tournalin ( 3400 m ) et sur la Becca di Nona ( 3165 m ); ces deux cabanes sont sous la surveillance de la Section d' Aoste.

Sur Y Alpe Mandrone ( 2337 m ); station sous la surveillance de la Section de Milan, pour faciliter l' ascen de l' Adamello ( 3652 m ).

Sur le point appelé De.irin Verd, station où la Section Ivrée a pris l' initiative d' une cabane comme étape à l' ascension du grand Paradis ( 4178 m ).

Enfin, sur le Col d' Ollen, une petite auberge a été construite par la Section de Varallo entre Gressonney et Alagna.

Nos collègues italiens ont continué à s' occuper cette année de la question des cabanes. Lorsque, au mois d' août dernier, je fus appelé à représenter notre Club au congrès de Grenoble, je reçus en communication un mémoire imprimé à Aoste, signé « un membre du Club Alpin Italien » et daté de la réunion alpine au petit St-Bernard le 31 juillet 1877. Cet opuscule renferme sur le sujet qui nous occupe des détails intéressants pour nos lecteurs. L' auteur nous apprend qu' on avait émis l' idée de construire une cabane modèle pour être présentée à l' exposition de Paris en 1878 et qu' on s' était adressé à la Direction du Club Alpin Anglais pour qu' il se chargeât de cette construction. Après examen, cette Direction déclara devoir décliner ce mandat, mais fit d' autre part un appel pressant à ses associés, pour les prier de fournir tous les renseignements désirables afin d' aider leurs confrères italiens dans leurs louables efforts. En attendant d' autres renseignements, VAlpine Club de Londres a transmis à un membre du Club Italien les observations suivantes qui peuvent être utiles à consulter, soit par toutes les compagnies de guides, soit par les Sections italiennes ou suisses qui auraient l' intention de construire des refuges ou cabanes sur les Hautes-Alpes:

1° La cabane doit être solidement construite et, si le matériel est en bois, il convient de l' entourer d' un mur en pierre pour le garantir de la violence des vents. Si cependant la cabane est adossée aux rochers, cette précaution n' est pas toujours nécessaire.

2° Les lits doivent être placés les uns au-dessus des autres, comme dans les cabines d' un vaisseau, et les parois des murs, au voisinage des lits, doivent être tapissés de Felt ( étoffe anglaise, épaisse et imperméable ) ou de toile goudronnée, pour empêcher l' humidité d' y pénétrer.

3° La cabane doit contenir une armoire pour y renfermer les couvertures et ustensiles nécessaires.

4° Un fourneau pour faire la cuisine.

5° Confection solide des serrures. Tarif fixe pour l' usage de la cabane.

6° Pour empêcher l' entrée de la neige, et maintenir la chaleur, la cabane doit être munie d' une double porte.

7° Les guides doivent être avertis de ne point jeter de débris ou d' immondices autour de la cabane.

L' auteur du mémoire cité mentionne ensuite le projet de règlement publié par notre Comité central sur le même sujet et dont nos lecteurs doivent connaître les dispositions très peu modifiées par l' assemblée de nos délégués à Glaris.

Il passe ensuite à l' examen d' une question très controversée, celle du matériel de construction. Faut-il employer le bois ou la pierre? On prétend que le bois tient plus chaud et qu' il possède l' avantage de pouvoir être préparé d' avance pour être transporté sur les lieux, tandis qu' au contraire les cabanes en pierre sèche sont plus solides peut-être, mais en revanche ont l' inconvénient de laisser entrer l' air par les interstices, et d' entretenir l' humidité. De plus et en général, le transport du mortier coûte trop cher pour l' employer dans les constructions de cabanes sur les Hautes-Alpes, de sorte que, dans bien des cas, il faut se contenter de recueillir les pierres dans le voisinage et de les placer les unes sur les autres pour former les murs.

Afin de mieux élucider la question au point de vue pratique, l' auteur du mémoire invoque l' expérience et l' opinion de deux hommes parfaitement qualifiés, l' un M. Stanislas Cachât, guide chef à Chamounix, l' autre, M. Augustin Pession, ex-maire de Val Tournanche et membre de la Section d' Aoste. Le premier lui a donné des renseignements sur le refuge des Grands Mulets, et le second sur celui du Col St-Théodule; ces deux stations sont au nombre des plus importantes par leur situation topographique et par les développements qu' elles ont prises, puisqu' elles sont devenues de petites auberges où les Alpinistes et les voyageurs peuvent séjourner un jour ou deux en cas de mauvais temps.* ) La première cabane aux Grands Mulets ( 3050 m ) fut construite aux frais de la caisse de la compagnie des guides de Chamonix et transportée par eux-mêmes en 1852. La dépense faite par la compagnie fut seulement de fr. 500; résultat bien satisfaisant si l'on regarde aux résultats futurs dont cette initiative contenait le germe. Les dimensions sont de 7 mètres sur 2 mètres 35 centimètres. La cabane est entièrement en bois de sapin renforcée à l' extérieur d' une muraille sèche.

Cette cabane subsiste encore; elle est à un seul compartiment, mais elle a été considérablement réparée. La toiture actuelle est d' une invention nouvelle en toile goudronnée qui a coûté 4 francs le mètre carré.

Il existe aux Grands Mulets une autre cabane de construction plus récente, bâtie aux frais de la compagnie des guides. Elle a été transportée sur place par les soins du concessionnaire actuel, M. Sylvain Couttet. Elle est à trois compartiments, et elle a neuf mètres de longueur.

Le prix du transport des bois de Chamonix aux Grands Mulets a été environ de 50 centimes le kilogramme.

Le guide chef ajoute que le bois de mélèze est sans contredit le meilleur pour bâtir dans les Alpes, car il résiste aux intempéries, à l' humidité et à la décomposition, mais il pèse beaucoup et il est dur à travailler. Il y a avantage, dit M. Cachât, à faire la toiture à deux pleuvants, plutôt qu' à une seule pente, aussi bien sous le rapport de la solidité que sous celui de la facilité du transport.

Voici maintenant quelques détails sur l' histoire de la cabane de S^Théodule.

C' est en 1852 que Pierre Antoine Meynet fit bâtir une cabane en pierre, existant encore aujourd'hui, sur les débris de celle que M. de Saussure construisit en 1792. Ses dimensions sont de 5 mètres sur 2 mètres 50 centimètres. Les murs sont en pierres sèches trouvées sur place, les fissures sont garnies de terre. A l' intérieur, on a donné une couche de crépis rustique de mortier composé de chaux vive transportée de Val Tournanche, et de sable ramassé sur l' endroit même. Le plancher inférieur est construit au moyen de dalles en pierres brutes trouvées sur place: le plancher supérieur est construit au moyen de pièces en bois de sapin de l' épaisseur de 4 centimètres. Le toit est formé de petites planches de bois de mélèze de 3 centimètres d' épaisseur. La porte est placée sur la façade du midi, au milieu de deux fenêtres.

Cette première petite cabane fut vendue peu après, par son fondateur, pour le prix de 200 francs, à Antoine François Meynet, fils du guide de ce nom, qui accompagna M. de Saussure dans ses explorations. Quelques années plus tard, les fils du propriétaire commencèrent la construction d' une autre cabane en bois, à une distance de 6 mètres environ au midi de la première; elle est bâtie en sapin dont les planches ont 6 centimètres d' épaisseur. Les propriétaires ne purent toutefois achever leur construction et la vendirent en 1860 pour 500 francs au recteur de Val Tournanche, aux frères Pession et à Marc Antoine Meynet, qui ne purent l' achever qu' en 1862. Dans l' intervalle, pendant l' hiver de 1860-1861, le vent avait emporté la toiture à une distance de 60 mètres sur le glacier, au midi, où elle resta cachée jusqu' à la fin de l' été suivant.

En juillet 1865, M. Dollfus-Ausset fit entourer cette cabane de murailles en pierres garnies de terre de l' épaisseur de 40 à 50 centimètres. Le seuil de la porte, et les châssis des fenêtres sont faits en maçonnerie à bain de mortier.

Enfin, en 1873, les propriétaires firent construire deux autres chambres en bois au levant de la première, et, en 1876. deux autres au couchant. Ces 4 chambres ont chacune 4 mètres de longueur, sur 2 de largeur et une hauteur de 2 mètres. Ces 5 chambres forment actuellement une espèce de bâtiment ayant 7 fenêtres du côté du midi. Les portes sont du côté du Nord, vis-à-vis de l' ancienne baraque en pierre qui sert maintenant de cuisine. Elles sont toutes en bois, et entourées d' une muraille solide de pierres. Chaque chambre contient deux lits avec matelas, ce qui fait en tout dix lits pour le service des voyageurs. Le prix de chaque chambre a été calculé à 600 francs en y comprenant l' acquisition du bois, les frais de transport, le travail et le placement: mais il faut observer que les travaux ont été faits avec économie, dans les moments de loisir, et par les propriétaires eux-mêmes. Un entrepreneur eût évidemment manifesté des prétentions plus élevées.

M. Augustin Pession affirme que les constructions en bois ont plus de durée dans les pays de montagnes que dans les plaines. Il a consulté les meilleurs guides de Val Tournanche sur la question de savoir si dans les Hautes-Alpes, le bois devait être préféré à la pierre et leur réponse a été unaniment affirmative. En effet l'on peut préparer les poutres et les autres pièces dans la saison morte, même pendant l' hiver, alors que les ouvriers n' ont pas beaucoup de travail: puis on transporte, quand le printemps est venu, les bois dont l' assemblage se fait pendant les beaux jours d' été. Quant aux cabanes en pierre sèche, outre l' incon de leurs interstices qui laissent entrer la neige, elles présentent celui d' être difficilement mises en état pendant les belles journées d' été qui sont bien rares en montagne. Quant aux cabanes en maçonnerie, elles sont plus coûteuses car la chaux est pesante et il faut la transporter de bien loin. Quelquefois aussi il est difficile d' employer le mortier à cause du froid et même de se procurer de l' eau pour le faire.

Une circonstance à noter, c' est que, en ce qui touche la question de construction qui vient d' être traitée, les hommes les plus compétents de Chamonix et de Val Tournanche sont pleinement d' accord entr' eux sur les points essentiels.

On le voit: les détails si pratiques qui précèdent, sont le résultat d' une véritable enquête qui méritait bien d' être reproduite ici vu l' actualité de la question. L' auteur de ce travail auquel j' ai fait de si larges emprunts est l' excellent président de la Section de Turin, M. Budden, dont le zèle éprouvé pour l' Alpinisme est bien connu de tous.

III.

Passons maintenant au Club Alpin Français. A la première séance générale dn congrès de Grenoble, le 12 août, M. Paul Guillemin, vice-président de la Section de Briançon, a donné lecture d' une notice, que j' ai entendue avec le plus grand intérêt et dont j' extrais les passages suivants:

« Il y a deux années, quand nous nous sommes constitués, il n' y avait dans toutes les Alpes Briançon-naises que deux guides vieux ou insuffisants; aujourd'hui nous sommes arrivés à recruter une petite légion d' en 80 montagnards dont plusieurs ont déjà fait leurs preuves. La question des hôtels nous a aussi préoccupés. Dans tout le Briançonnais, nous n' avons guères que de chétives auberges et pendant quelques années la situation ne changera pas; le pays est trop pauvre. Pourtant les aubergistes ont présenté des tarifs et amélioré leur installation; tous nos efforts tendent à leur inculquer des principes élémentaires de propreté. » « Sous le rapport des refuges, la section pouvant donner libre carrière à son activité personnelle et disposer de crédits considérables, a fait beaucoup; il y a un an pas un refuge n' existait; à ce jour, sept sont terminés. » « On sait que l' utilité même des refuges a été contestée par quelques esprits exaltés; ils voulaient voir l' homme seul, face à face avec la montagne, sans arme contre les difficultés, sans abri contre les éléments; mais ces détracteurs ne manquaient jamais d' emporter dans leurs bagages une tente solide parfaitement close. » « Dans tout le massif du Pelvoux, les grandes courses ou ascensions n' étaient à la portée que des Alpinistes consommés, tant les points de départ sont éloignés ,'les voyages périlleux; une heure de mauvais temps dans la journée, la course échouait, la sécurité du 1touriste était compromise.

« Avec tous nos collègues nous avons donc été amenés à reconnaître que des refuges étaient nécessaires aux touristes qui ne désirent pas toujours monter, toujours descendre, sans trêve ni repos, sans se livrer un seul instant à l' étude, ou même à la simple satisfaction de contempler les panoramas. Les adversaires :.des refuges auront toujours la faculté de coucher devant la porte; l' entrée n' est pas obligatoire. » « Sept refuges sont donc aujourd'hui terminés; icinous nous sommes contentés d' utiliser des abris na-,, turels; là, nous avons approprié des chalets offerts par les conseils municipaux; ailleurs, nous avons construit de toutes pièces. » Suit l' énumération de ces sept refuges desquels nous ne mentionnerons que les trois principaux.

« Le refuge de Provence, qui rendra l' ascension des quatre sommets du Pelvoux possible en un jour. Le refuge Tuckett point de départ de l' ascension de wla Barre des Ecrins. Le refuge Césanne dans le pré de Mme Carle, à la jonction du glacier Blanc et du glacier Noir, étant dans une position centrale, a été l' objet de soins particuliers; c' est un petit chalet où les touristes trouveront un lit de camp muni de paille, de pelleteries et de couvertures, un poêle et quelques ustensiles de cuisine.

Le 18 août dernier, huit jours après le Congrès de Grenoble, la sous-Section de Briançon a organisé la fête d' inauguration des refuges du Pelvoux. Le soir du 17, trente touristes vinrent coucher au refuge Césanne. Le temps pluvieux jusqu' alors s' éclaircit pour la journée du lendemain. De Vallouise et d' Aile froide les bandes de visiteurs s' échelonnaient le long de la vallée de S*-Pierre, et leur entrée sur le pré de Mme Carle était saluée par l' artillerie locale. Les ouvriers des refuges avaient préparé deux cents coups de mine.

Instinctivement on levait la tête; les montagnes vont-elles s' écrouler? les glaciers descendre de leurs coupoles? Non: les échos font rage de sommets en sommets, puis s' éteignent lentement, et la montagne souriante reprend son calme éternel.

Le récit de cette solennité clubistique contenu dans le 3™ Bulletin du Club Alpin Français et auquel nous faisons plusieurs emprunts de nature à intéresser nos lecteurs, rend compte d' un incident que je me repro-cherais de passer sous silence. Après une cérémonie religieuse, les guides avaient élevé une tente immense et le dîner avait commencé sous la présidence de M. Abel Lemercier et de M. le sénateur Xavier Blanc: de temps à autre on allait- sonder du regard le pré de Mme Carle. MM. Fries et Gerber, du Club Alpin Suisse, n' avaient pu trouver de place dans la voiture du courrier, mais ils étaient encore attendus et espérés. Enfin on signale leur arrivée; leur entrée sous la tente est saluée par de formidables coups de mine; tout le mondese lève, on les acclame, on crie: « vive la Suisse » et la fête est complète, ajoute le narrateur.

Pour donner au lecteur une idée des progrès accomplis ces dernières années dans le sein des Alpes Françaises du Dauphiné, nous allons consigner ici quel-ques-uns des traits les plus saillants du discours prononcé par M. Aniel, au nom de la Section de Lyon, à la fête de Césanne.

« Il y a vingt-huit ans, je parcourais l' Oisans pour la première fois, le sac au dos, le bâton à la main, cherchant à connaître le pays, m' arrêtant dans chaque village, et partout on me pressait de questions: « Que venez-vous donc faire dans notre pays ?» Et quand je répondais: « Je viens visiter vos montagnes, » je n' aper que des sourires incrédules ou j' entendais chuchoter à mes oreilles: « Le monsieur vient tirer des plans, » ou bien: « Il vient chercher des mines! » « De la Grave, je montais les rampes fleuries du Lautaret quand je fus rejoint par deux gendarmes en correspondance: il me fut impossible de les persuader que l' amour seul de la nature guidât mes pas. Arrivés à l' Hospice, ils me confièrent, sous prétexte que les chemins n' étaient pas sûrs, entre les mains de deux autres gendarmes qui redescendaient au Monêtier. Déjà je voyais s' ouvrir toute grande la porte d' une prison, quand providentiellement survint M. Berthier, l' in en chef des Hautes-Alpes, un des hommes dont le passage a laissé dans ce pays le plus de souvenirs utiles: j' avais pu la veille lui rendre un léger service et je lui dus la liberté de pouvoir continuer ma route.

« De Briançon je vins visiter la Vallouise; j' arrivai ici, à cette place où s' élève le refuge Cézanne ( les deux glaciers se rejoignaient alorsen vain je cherchai un abri, en vain je demandai un guide: je ne pus aller plus loin et je repris, à regret, le chemin de Lyon.

« Dans quels gîtes impossibles j' avais été obligé de m' arrêter tout le long de la route, messieurs, je n' oserais vous le raconter!

« Ainsi, il y a vingt-huit ans, le touriste qui se hasardait dans ce splendide pays ne trouvait que défiance chez l' habitant, soupçons et mauvais vouloir chez l' autorité, auberges repoussantes, absence complète de guide.

« Depuis, grâce à de nombreuses et illustres visites d' Alpinistes des deux mondes, les mœurs sont devenues hospitalières, la force publique qui nous arrêtait nous protège aujourd'hui, nous la voyons assister à nos fêtes; des auberges se sont élevées, une légion de guides nous entoure. » Enfin le dernier Bulletin du Club Alpin Français nous apprend que grâce aux efforts et à la persévérance de M. le comte H. Rüssel on vient d' établir une cabane sur le Mont Perdu, dans les Pyrénées. Elle a été inaugurée le 10 septembre, et est située à une hauteur de 2900 m; c' est le premier effort de ce genre tenté dans ces montagnes à une altitude aussi élevée. Il sera intéressant pour ceux de nos clubistes qui pourraient se rendre dans ces pays, de savoir que, de cette station, la vue est magnifique. On voit tout l' Aragon. Le Mont Perdu est invisible, mais il se trouve à l' est et à une heure et demie; le Cylindre est à une heure; le Pic de Marboré à moins d' une heure; les Pics de la Cascade dont la hauteur varie de 3118 à 3200m, sont à la même distance. Aussi 29 M. Russel est-il bien fondé à s' écrier dans son rapport que j' ai sous les yeux: « Quel avantage que de coucher dans une chambre et à l' abri de tout, si près de tant de grands sommets dont l' ascension exige 7 heures de Gavarnie! » Et en effet il ne faut que 6 heures de marche de Gavarnie à la cabane.

IV.

Passons maintenant à la Suisse, et voyons où nous en sommes sur le sujet qui nous occupe.

Nous disions dans le 13 me compte rendu du comité central que vingt-trois cabanes, dont quatre étaient alors en construction, avaient été élevées ( le pavillon Dollfus seul excepté ), aux frais du Club, la plupart par les soins de diverses sections, et à l' aide d' un subside de la caisse centrale. Tous ces refuges sont placés sous le patronage immédiat d' une des sections. En voici la nomenclature.

1° Le pavillon Dollfus situé sur une moraine du glacier inférieur de l' Aar à quatre heures de distance de l' hospice du Grimsel. Il est devenu la propriété du Club par une cession en bonne forme. Il a été construit par le célèbre naturaliste dont il porte le nom, à une hauteur de 2385 m, en remplacement du pavillon établi par Agassiz, l' hôtel des Neuchdtelois, près de la masse rocheuse dite Abschwung, où se réunissent les deux glaciers du Finsteraar et du Lauteraar. Ce lieu est devenu célèbre dans l' histoire de la science par les patientes observations des savants:

Hugi, Agassiz, Forbes, Dollfus, Vogt, Desor, etc. Le Comité central a alloué en 1873, à la Section Oberland, pour réparations à cette cabane, une somme de fr. 300.

2° La cabane Silvretta. Elle est destinée à faciliter les excursions et les passages dans le beau groupe de montagnes de ce nom, à partir de Klosters, Vallée du Prättigau pour arriver dans la Basse-Engadine. Un bon sentier à mulets conduit jusqu' à une distance de 2 heures de la cabane qui est située à un quart d' heure au-dessous du glacier de Suvretta.

3° Cabane du Zapport. Elle est située à 3 heures du village d' Hinterrhein, tout près des sources du Rhin postérieur, au centre de la région du Rheinwald et de superbes glaciers: station excellente comme point de départ pour l' ascension des belles cimes des environs. Le Comité central en 1873 a alloué à la Section Rhätia pour ce refuge la somme de fr. 500.

4° Cabane du Lischanna. Elle est toute nouvelle car le subside de 400 francs demandé par la Section Rhätia pour concourir à sa construction, n' a été voté par le Comité central que le 5 juin 1876. Elle est destinée à rendre commode l' ascension en 5 ou 6 heures du Piz Lischanna ( 3103 m ) en prenant pour point de départ les bains de Tarasp dans la Basse-Engadine.

5°, 6° Cabanes de Boval et de Mörtel. Elles sont toutes deux encore plus récentes que celle qui précède puisque c' est seulement le 10 février 1877 que, sur la demande de la Section Rhätia, le Comité central a voté pour chacune d' elles une somme de fr. 1000 dans le but de contribuer à leur construction. Aucun doute ne pouvait s' élever sur l' emplacement à choisir pour la cabane de Boval qui a été établie l' automne dernier à côté de celle du même nom qu' avaient édifiée les guides de Pontresina, et qui était devenue insuffisante. Il n' en était pas de même pour la cabane de Mörtel dont l' emplacement futur devait être bien étudié pour remplir convenablement sa destination. Je donnerai brièvement à la fin de cette notice quelques détails sur l' exploration que, comme délégué du Comité central, j' eus le plaisir de faire à ce sujet, l' été dernier, en compagnie de M. le président Saratz de Pontresina. Bornons-nous pour le moment à constater l' importance de ces deux stations pour ceux de nos collègues qui parcourront le champ d' excursion de 1878 et 1879. L' une, celle de Boval, pour le glacier de Morteratsch, et l' autre, celle de Mörtel, pour le glacier de Rosegg — seront des points de départ, éminemment favorables à l' ascension des plus belles cimes ou à l' exécution des plus difficiles passages du groupe de la Bernina.

7° Cabane au Thierweid. Elle est établie à une lieue et demie du sommet du Sentis sur le chemin qui partant d' Urnäsch conduit en six fortes heures au point culminant en passant par Rossfall. Les procès-verbaux du Comité central constatent que pour faciliter l' accès de cette belle montagne, il a été voté en 1873 une somme de fr. 300 à la Section de Toggenbourg pour contribution à un chemin nouveau sur le Sentis, et en 1874 à la Section Sentis une somme de fr. 480 pour augmentation de subvention dans ce même but.

8° Cabane du Grünhorn. L' une des plus anciennes. Elle est bâtie à 7 heures de distance de Linththal et à 4 heures du sommet du Tödi. En 1874 il a été voté en deux fois une somme de fr. 350 pour réparations à y faire, et en 1877 une somme de fr. 185 pour faire poser un cable en fer au-dessous de la cabane dans le but de faciliter la descente sur le glacier.

9° Cabane du Firnblanke, soit du Ruchen sur le Glärnisch, et destinée à faciliter l' accès de cette belle cime. Elle est construite à environ 3 heures de celle-ci. En 1876 il a été alloué à la Section Tödi une somme de fr. 100 pour réparations à ce refuge.

10° Cabane sur l' Alpe de Hufi. Elle est sous le patronage de la Section de Lucerne, bien que située sur le territoire du Canton d' Uri dans le haut de la vallée de Maderan ( 1800™ ). Elle est située à 2 Va heures de distance de l' hôtel si estimé du S.A.C. et elle abrège d' autant les excursions au glacier des Clarides ainsi que les ascensions des sommités voisines: Claridenstock, Kammlistock, Scheerhorn, etc. La vue qu' elle embrasse est remarquablement belle.

11° Cabane du Thältistock, soit au glacier du Trift ( Canton de Berne ). Elle est bâtie à 4 ou 5 lieues du village de Mühlestalden ( situé sur le chemin de Meyringen au passage du Susten ). Elle sert de station de départ pour une quantité de pics et de passages intéressants dans la région du Triftgebiet: Dammastock ( 3446 m ), Thieralplistock ( 3400 m ), Diechterhorn ( 3389 m ), etc. En 1875 il a été voté pour quelques réparations à ce refuge une somme de fr. 100.

12° Cabane du Wetterhorn, destinée à faciliter les ascensions des trois cimes de cette montagne. Elle a été placée dans le voisinage des gros rochers du Gleckstein, et est communément appelée hôtel du Wetterhorn. De là au point culminant de la Hasli-Jungfrau il y a 5 à 6 heures.

13° Cabane du Mönch, située sur l' arête rocheuse du Bergli à environ 7 heures de Grindelwald. Elle est dans une position avantageuse et elle partage la distance d' environ 15 heures qui sont nécessaires pour se rendre sur l' Eggischhorn dans le Valais par le passage dit: Mönchjoch.

14° Cabane du Roththal, établie pour partager la distance de 19 heures de marche nécessaires pour se rendre de Lauterbrunnen à l' Eggischhorn par le passage périlleux dit Lawinenthor ( porte aux avalanches ). Elle est à 4 heures de Sichellauinen et à une altitude de 2902 œ.

15° Cabane au Guggigletscher, sous le patronage de la Section Berner-Oberland. Elle est à une hauteur de 2340 m et facilite le passage du Jungfraujoch par lequel on peut faire la traversée de Grindelwald à l' Eggischhorn: c' est un trajet réputé très beau, mais difficile, et il y a I6V2 heures de la Wengernalp à l' Eggischhorn. Il a été alloué en deux fois, dans l' année 1874, à la Section Berner-Oberland, une somme totale de fr. 700 pour contribution aux frais de ce refuge.

16° Cabane du Cervin, érigée par la Section Monte-Rosa à la hauteur de 3818 m et à environ 3 heures du sommet. Allocation de fr. 200 accordée en 1875.

17° Cabane du Mountet, située au fond de la vallée d' Anniviers à 4 Va heures de Zinal: fort bien placée pour favoriser les passages des cols Durand et du Trift.

18° Cabane du Stockje. Elle est bâtie à 5 heures de distance de Zermatt à la base occidentale d' un oasis de rocs émergeant du glacier de Stockje. Elle est formée de trois chambres et peut abriter 36 personnes. Elle facilite le passage du col d' Hérens entre Zermatt et Evolène ( 12 à 13 heures ); une première allocation de fr. 600 a été accordée à la Section Monte-Rosa pour ce refuge en 1873, et une seconde, aussi de fr. 600, en 1876.

19° Cabane de la Concordiaplatz, au bord du glacier d' Aletsch, 2 heures plus loin que celle du Faulberg, souvent insuffisante; elle facilitera notablement l' ascension des belles sommités voisines. Allocation: fr. 100D. Une circulaire récente du Comité central a appris aux clubistes que ce refuge était achevé et avait été déjà utilisé par des touristes pendant les mois d' août et de septembre derniers. C' est une maison qui est commode et spacieuse; elle a été édifiée dans l' espace de 5 semaines; son exécution fait le plus grand honneur à l' entrepreneur M. Cathrein. Il paraît qu' elle doit son nom à un jeu d' imagination que nous a révélé le Journal Y Alpenpost qui ne compare l' emplacement où elle est située à rien moins qu' à la place de la Concorde à Paris. En effet, dit-il, la ressemblance est frappante; de même qu' à Paris, quatre grandes voies de communication se réunissent pour s' épanouir dans la place de ce nom; de même ici quatre courants de glaciers convergent en un square imposant qu' entourent des montagnes colossales. La Jungfrau et le Trugberg représentent les Tuileries; la Lötschenlücke apparaît sur la hauteur comme la Madeleine, et le grand glacier d' Aletsch avec le Weisshorn, pour fond du tableau, rappelle l' avenue des Champs-Elysées et l' Arc de triomphe. La comparaison est de M. Beck, notre aimable et habile photographe clubiste. Assurément chacun est libre, en pareille matière, de se livrer à son imagination: pour moi je préfère rattacher le beau nom que portera ce refuge au sentiment moral qui animera, il faut l' espérer, tous ceux qui profiteront de ses bienfaits. Puissent tous les clubistes de notre pays et de l' étranger jouir en paix et en bonne harmonie du précieux abri qui leur est offert, s' entr les uns les autres avec bienveillance, et bannir absolument ces prétentions égoïstes et ces procédés hautains qui ne sont nulle part plus insupportables et plus déplacés que dans ces régions éthérées, où tout rappelle au chrétien et même simplement à l' homme bien élevé son néant et sa dépendance! Le Comité central a alloué à ce refuge une somme de fr. 1000.

20° Cabane du Hohsaas. Elle est destinée à favoriser les excursions et ascensions dans le beau massif du Fletschhorn: le point de départ pour y arriver est le village du Simplon. Allocation de fr. 750 à la Section Monte-Rosa pour aider à cette construction.

21° Cabane de l' Alvier. Cette montagne offre de son sommet un panorama magnifique et qui était peu connu; la Section S*-Galloise de ce nom s' est imposé des sacrifices pour en faciliter l' accès, et s' est adressée à deux reprises au Comité central en 1875 et 1876 pour en obtenir des subsides destinés à l' aider dans la belle et solide construction qu' elle avait en vue et qu' elle a heureusement exécutée. Allocations: fr. 750 et 200. L' inauguration a eu lieu en juillet 1876 dans une fête populaire à laquelle les populations voisines ont pris une part active.

22° Cabane du Dündengrat. Elle est destinée à faciliter le passage de 13 heures nécessaires pour se rendre de Kandersteg à Lauterbrunnen; elle est bâtie à 5 lieues de la première de ces deux localités et jouit d' une vue admirable. Elle se trouve sous l' ins de la Section Blümlisalp qui a obtenu en 1875 du Comité central une somme de fr. 800 pour participation aux frais.

23° Cabane d' Omy. Cette construction a été inaugurée tout récemment et a été dirigée par la Section des Diablerets, mais sur le territoire du Valais tout près de la frontière française. Elle servira de point de départ très favorable pour l' exploration du splendide massif du Trient. Allocation fr. 1400.

Enfin nous pouvons encore mentionner une 24e Cabane, celle du Schwarzeck, pour laquelle le Comité central a alloué ces derniers jours, à la requête de la Section Oberland, une somme de fr. 600. Elle est destinée à remplacer avantageusement la Kastenstein-hôhle sur le parcours entre Grindelwald et le Grimsel, connu sous le nom de Finsteraarjoch. Elle servira aussi de point de départ pour les belles ascensions du voisinage-Telle est à ce jour l' énumération des cabanes du Club Suisse. Je la crois complètemais il est bon d' observer: a ) que les allocations fournies par le Club avant ces cinq dernières années n' y ont point été comprises attendu que je ne suis pas remonté dans le dépouillement des procès-verbaux du Comité central au-delà de l' année 1873b ) que, sauf quelques allocations pour l' établissement ou l' amélioration de chemins soit sentiers, il n' a pas été accordé en général de subsides pour ce genre de dépenses qui sont d' une estimation difficile et paraissent concerner plutôt les maîtres d' hôtel, les communes ou les corporations de guides.

La revue que nous venons de faire est la démonstration complète de l' incontestable utilité de ces abris protecteurs qui, semblables à des rayons lumineux faisant pénétrer la lumière dans les ténèbres, permettent au clubiste d' accomplir avec sécurité des expéditions autrement presque impossibles. Aussi le comité central a-t-il voué toute sa sollicitude à développer, autant que ses moyens le lui ont permis, ces puissants auxiliaires pour le but à poursuivre. On a pu remarquer par les détails qui précèdent qu' il avait été voté cette année beaucoup plus d' allocations et aussi des allocations plus fortes que précédemment. La raison en est simple. Aussi longtemps que l'on pouvait prévoir le payement obligatoire et immédiat de près de la moitié de la fortune du Club pour les travaux faits au glacier du Rhône, la plus grande réserve dans les dépenses était un devoir strict; mais depuis que le grave incident auquel je fais allusion a été résolu définitivement à la satisfaction des deux parties, le Club a pu reprendre sa liberté d' action.

Mais il ne suffisait pas de se montrer large dans les demandes de subvention, il fallait examiner à fond la question des cabanes, et poser quelques principes généraux auxquels toutes les sections fussent tenues de se soumettre, au point de vue de l' établissement de ces abris, de leur entretien et de leur surveillance. Des pleins pouvoirs avaient été, dans ce but et après mûre délibération, donnés lors de la conférence de Fribourg au comité central. Celui-ci a mis la main à l' œuvre l' hiver dernier et a nommé pour élucider la matière une commission composée de MM. Lindt de Berne, Wolff de Sion, et Briquet de Genève, qui a élaboré un projet de règlement, soumis d' abord à toutes les sections, puis approuvé plus tard par la conférence de Glaris dans toutes ses parties essentielles, en sorte qu' il est devenu par- là définitivement obligatoire. Les principes dirigeants sont ceux-ci: Toute demande de création de cabane doit émaner d' une section et être accompagnée des plans et devis adressés au comité central. Examen par ce dernier et fixation du subside, s' il y a lieu. Les frais de réparation sont supportés par la caisse centrale, moyennant que la bonne construction ait été reconnue par le comité central et que la section qui en a pris l' initiative — veille à son entretien. Un règlement intérieur d' ordre et de propreté doit être, d' accord avec le comité central, rédigé par la section surveillante et affiché dans la cabane et dans les hôtels du voisinage.

Ces principes paraissent fort sages et excluent toute sollicitation qui émanerait d' intérêts purement individuels; s' ils sont fidèlement suivis, le problème aura été résolu de la manière la plus heureuse.

En parlant de la cabane du Mörtel, j' ai dit que je donnerais quelques détails sur le choix de son emplacement; voici donc quelques souvenirs personnels que j' offre à mes lecteurs.

V.

Me trouvant à Pontresina à la fin de Juillet 1877, je reçus de mes collègues du comité central le mandat de rechercher la meilleure place à choisir pour la nouvelle cabane de Mortel, et pour cela, de me mettre en rapport avec -les personnes chargées de son établissement. J' appris par M. Enderlin, maître d' hôtel de la Croix Blanche et clubiste de la Section Rhsetia, que M. de Salis, président de celle-ci, avait délégué un de ses membres, habitant de la localité, pour s' occuper de tous les détails de cette construction. Le choix de ce délégué ne pouvait mieux tomber que sur M. Jean Saratz, président de sa commune, naturaliste distingué et alpiniste excellent qui, le premier, atteignit en 1859 la cime du Munteratsch, réputée jusqu' alors inaccessible. Le 28 juillet, je lui exposai le but de ma mission et il fut convenu que le surlendemain, lundi 30, nous ferions ensemble notre voyage d' exploration en compagnie d' un architecte désireux de se rendre compte des difficultés et des frais de l' entreprise avant de s' en charger. Il s' agissait de suivre la vallée de Roseg, dans toute sa longueur, puis de remonter son glacier ou par ses bords, sur terre ferme, ou sur le glacier lui-même, aux fins de juger la voie la plus facile et la moins coûteuse pour le transport des matériaux. L' endroit qu' avait en vue M. Saratz est situé à cinq heures de marche de Pontresina. Je résolus de partir de ce village le premier, seul, déjà le dimanche soir et d' aller, à deux lieues de là, coucher dans la petite « Restauration », dite auberge du glacier, qui peut offrir 4 ou 5 lits aux voyageurs. Là, mes compagnons devaient me rejoindre le lendemain matin, de bonne heure. Cette combinaison devait me permettre de revoir à loisir cette charmante vallée de Roseg par une belle soirée d' été.

Mais, avant de m' y faire suivre par mon lecteur, je veux lui en faire admirer l' aspect tel qu' il se présente de Pontresina. Nulle voie plus royale pour pénétrer dans le massif de la Bernina, qui jusqu' alors s' est caché au regard du touriste arrivant par l' Enga supérieure. Nous avons en face de nous cette vallée dans la direction du Nord au Sud, et nous pouvons la suivre dans toute sa longueur, jusqu' aux grands névés et aux cols qui la séparent de l' Italie. Les distances paraissent rapprochées, mais la transparence de l' air explique cette illusion. Quelle merveilleuse perspective! à notre droite est le Rosatsch, à gauche les crêtes arrondies et boisées qui forment le bas du Chalchagn. Au-dessus de ce dernier, s' élance le Piz Tschierva dont le sommet réunit deux pentes régulières qui le font ressembler à un toit gigantesque. Derrière lui se montrent les deux blanches pointes de la Sella qui limitent au loin le glacier qu' elles dominent. A droite s' élève le Piz Glüschaint qui doit son nom à l' éclat qu' il projette lorsque, au coucher du soleil, le glacier qui lui sert de base est déjà plongé dans l' ombre. Puis, apparaît une sommité plus modeste, la Monica ou la Mongia ( la nonne ) très-rapprochée du Caputschin dont la figure n' est perçue qu' en profil sur les flancs noirs du Rosatsch. Au-dessous de ce splendide ensemble, l' immense glacier du Roseg que nous suivons dans son développement de plusieurs lieues et qui vient confondre ses teintes argentées avec le dernier des plans ombreux et successifs que présente à l' œil charmé le Rosegthal vu dans toute son étendue.

De cette première station, nous ne pouvons apercevoir les Géants du massif dont la vue nous est encore dérobée, mais patience! Nous verrons apparaître plus tard, en continuant notre route, ces fières beautés qu' il faut poursuivre jusque dans leurs derniers retranchements.

Telle est la vallée où je m' engageais solitairement, le sac sur le dos, et l' alpenstock à la main, dans l' après du 29 juillet. L' atmosphère était calme et transparente et chaque pas m' offrait un point de vue nouveau. Bien que l' affluence des voyageurs en Engadine ait beaucoup multiplié le nombre des touristes dans la vallée de Roseg, et qu' une route étroite, praticable aux voitures légères, en facilite l' accès qu' au petit restaurant du glacier, on peut dire que cette région porte tout à fait l' empreinte d' un pays neuf et presque désert: c' est tout au plus si quelques chalets, prenant plaisir à se cacher et éloignés du chemin, y indiquent la présence de l' homme. Telle devait, être sans doute la physionomie de nombreux vallons de l' ancienne Rhétie avant les progrès de la civilisation moderne. Aussi, le sentiment de l' isolement, dont on est comme pénétré, donne-t-il un charme puissant et original à une excursion dans cette contrée qui conservait à mes yeux le caractère qu' elle avait il y a 22 ans lorsque je la parcourais pour la première fois.

Après deux heures de marche, j' arrivais au petit restaurant du glacier où je trouvais bon gîte et bon accueil. J' y passais une bonne nuit et je me levais au petit jour: bientôt je rejoignais mes deux compagnons qui, fidèles au rendez-vous, arrivaient de Pontresina. Après le déjeûner nous nous mettions en route pour explorer le Mörtel où M. Saratz espérait trouver un emplacement favorable à la cabane projetée. Cet emplacement est situé, à environ trois lieues de distance, sur le flanc gauche du glacier de Roseg, dans une région où la végétation arborescente cesse tout à fait, mais où des gazons, clairsemés sur une pente abrupte, entrecoupée de crêtes de rochers, présentent par intervalles une magnifique flore alpine.

Avant de nous engager dans cette direction, nous allons visiter à l' extrémité du glacier, les pièces de bois toutes travaillées que la commune de Samaden a fait préparer pour la construction de la cabane et amener jusque là, mais qu' elle refuse, vu la difficulté du trajet, de faire transporter plus loin. Ces bois sont du mélèze rouge de qualité supérieure. Il s' agit de savoir quel sera le chemin le plus commode pour les faire arriver à destination: prendra-t-on, pour les deux lieues et demie qu' il faut leur faire franchir, la voie de la moraine ou celle du glacier lui-même? Pour en faire nous-mêmes l' épreuve, nous décidons de suivre successivement les deux chemins, le premier en allant et le deuxième en revenant; en route donc, par la voie de terre!

Nous devons passer par l' alpe Ota; pour cela, à un quart de lieue au-delà de la r Restauration », nous montons à droite un sentier très-primitif et passablement roide. Au bout d' une heure, nous sommes à la hutte en pierres des bergers bergamasques et nous faisons une petite halte auprès de leur feu hospitalier; rien de plus austère que la vie de ces hommes dans leur Thébaïde que se plut à habiter, il y a environ vingt ans, jusque dans une saison avancée, le peintre Georgy de Leipzig dont le souvenir est encore vivant dans le pays. A quelques minutes au-dessus de ce réduit, est un signal duquel on jouit d' une vue admi- Notice sur les refuges des voyageurs dans les Alpes.

rable. Sous nos pieds s' étend le glacier de Roseg avec ses annexes de Tschierva, de Sella et du Mörtel, que nous pouvons suivre jusque dans leurs derniers replis supérieurs avec leurs crevasses et leurs déchirements. Nous avons sous nos yeux quatre moraines latérales et trois médianes qui, semblables à de longs rubans gris, se déroulent sur les bords ou sur l' intérieur du glacier d' une blancheur éblouissante. Au milieu de ces déserts de glace, surgit une île verdoyante, nommée Agagliouls, pâturage de nombreux troupeaux de moutons. Les géants, longtemps cachés, se sont enfin révélés dans un horizon qui s' est élargi et les Piz Roseg, Scersen, Bernina et Morteratsch déploient dans un hémicycle majestueux leurs royales splendeurs.

Mais il faut se remettre en route et nous avons encore deux lieues à faire pour arriver sur le terrain que nous voulons explorer. Peu après l' alpe Ota, toute trace de sentier disparaît et nous entrons dans la région du Mörtel. La pente que nous longeons est rapide à gauche du côté de la moraine, la marche est par moments assez rude, mais la connaissance des lieux, que possède à un si haut degré le président-chasseur Saratz, la facilite et la rend particulièrement intéressante. Ses récits sont captivants: ici, un chamois blessé a pu être rejoint après une longue poursuite et capturé par lui. Là, il a tiré des marmottes. La configuration du sol et son exposition au midi sont très-favorables au séjour de ces dernières qui font sans cesse entendre leurs sifflements aigus. Sans chercher à les joindre ni à les épier, j' en ai vu 18 ou 20, dont plusieurs à bonne portée de plomb; rien de plus 30 gracieux qu' une famille de ces paisibles animaux prenant ses ébats sur un rocher au soleil du matin. Une grosse mère marmotte, assise sur ses pattes de derrière, préside aux jeux folâtres de ses petits tout en se frisant la moustache. Plus loin, en contournant une crête rocheuse, nous découvrons, encore bien éloignées, les bases du Caputschin: le président s' arrête, et, me signalant une tache de neige très-reconnaissable, il m' annonce que sûrement nous y verrons des chamois; il pose aussitôt sur une grosse pierre son chapeau de feutre mou, s' en fait un appui et y braquant un excellent télescope qui ne le quitte jamais sur ces hauteurs, il découvre dix-sept chamois, présidés par un gros bouc noir en surveillance sur un roc avancé. Nous distinguons les cornes et tous les mouvements de la bande joyeuse.

On a remarqué que depuis la mise en vigueur de la loi fédérale qui, dans le massif de la Bernina, a interdit temporairement, il y a deux ans, la chasse du gros gibier, celui-ci s' y est notablement accru et qu' il est devenu sensiblement moins sauvage qu' auparavant. Cela permet d' espérer un repeuplement rapide.

Enfin, nous signalons une arête élevée parallèle au glacier sur les assises inférieures du Corvatsch ( au point marqué entre l' r et le t du mot Mörtel sur la carte du champ d' excursion ). De prime abord nous reconnaissons la justesse d' appréciation du président Saratz qui m' avait d' avance signalé cet endroit comme le plus favorable possible à la construction d' une cabane. En effet, il réunit toutes les conditions du règlement récemment adopté par le club: grand éloignement de toute habitation, frais ruisseau fournissant de l' eau potable; puis le rocher auquel la cabane sera adossée est formé d' un granit absolument intact des flancs duquel n' est jamais sorti le moindre éboulement. Sa forme préserve sa base de toute avalanche. L' exposition est excellente; elle est à l' est et l'on n' y sera point en butte à la violence des vents soufflant des autres points de l' horizon. Enfin, la vue est une des plus belles que les Hautes-Alpes puissent offrir. Ces avantages expliquent que de tout temps cet emplacement privilégié a dû servir de lieu de halte et de refuge; les preuves en sont palpables; en effet des vestiges d' un vieux mur en pierres sèches attestent qu' une construction a été jadis établie à une faible distance de l' endroit choisi pour la nouvelle. De plus, en examinant avec soin les assises inférieures de l' arête, on est frappé d' y découvrir, à peu de hauteur, et même presqu' au niveau du sol, des millésimes avec des initiales gravées dans la pierre et encore parfaitement lisibles. J' ai noté les dates suivantes: 1674, 1678, 1700, 1711, 1723, 1725, 1729, 1780 et 1812. Elles sont en général surmontées d' une croix et du monogramme chrétien J. H. S. Tout indique donc que ce lieu a servi de refuge aux habitants de la contrée qui traversaient la grande chaîne pour se rendre par le plus court chemin en Italie et franchissaient des passages élevés qui, dans certaines périodes glaciaires d' autrefois, étaient probablement plus praticables qu' aujourd. Ce fait serait analogue à ce qui a été observé pour les cols du Valais, soit du côté du Piémont, soit du côté de Grindelwald. Mais, j' étais sur- pris de la circonstance étrange que les inscriptions apparaissaient sur le rocher, presqu' à fleur de terre, tellement que nous en découvrîmes une qui était recouverte par le sol, en sorte qu' on peut supposer qu' en creusant davantage, nous en aurions mis au jour de plus anciennes encore. M. Saratz me donna l' expli de ce fait en me disant qu' il y a un certain nombre d' années le glacier avait pris des dimensions extraordinaires, que dans cette période d' accroissement la moraine latérale s' était exhaussée et avait empêché l' écoulement d' un ruisseau par son lit ordinaire, en le forçant de changer sa direction du côté de la place où nous nous trouvions et sur laquelle il avait fait des dépôts de sable et de gravier. La conséquence en avait été l' exhaussement du sol. Cet exemple en miniature n' est qu' une preuve ajoutée à tant d' autres de l' action des forces de la nature qui modifient incessamment la surface terrestre.

Quant à l' utilité pratique du refuge, elle sera incontestable; il suffit, pour s' en convaincre, de jeter les yeux sur la carte. La station du Mörtel sera le point de départ pour les ascensions des pics du voisinage dont l' escalade exige actuellement beaucoup de temps ( Caputschin, Monica, Glüschaint et Sella ), ainsi que pour franchir les passages et arriver dans les vallées de Fex et de Malenco. La cabane sera d' ailleurs située dans une position si favorable qu' elle servira elle-même de but à une excursion magnifique. La vue qu' elle offre peut rivaliser avec celle du Gornergrat.

Voici, maintenant, sur sa construction, quelques détails tous récents que je dois à l' obligeance de M. Saratz. Elle a une longueur de 6 m sur une largeur de 5 m. Sa porte est au levant; deux fenêtres visent l' une au midi, l' autre au nord; au centre est une colonne qui affermira le toit; à droite, en entrant, est le foyer, à gauche une table et des bancs, dans le fond, le lit de camp. Elle peut abriter de 8 à 10 personnes. Suivant les plans et instructions reçues de M. de Salis, président de la section Rhaetia, et auxquels M. Saratz s' est scrupuleusement conformé, les murs sont en maçonnerie sèche, mais ils sont enduits, à l' intérieur et à l' extérieur, avec du mortier de chaux. Ce mode était commandé par la difficulté du transport des matériaux et le surcroît de frais qu' eût occasionné tout autre genre de construction. On n' a employé le bois que là où toute autre substance ne pouvait le remplacer avantageusement, c'est-à-dire pour la porte, les fenêtres, la poutraison, la doublure du toit, le lit de camp, la table, les bancs et les étagères. Les planches du toit sont recouvertes par quatre doubles de papier goudronné, matière excellente employée depuis une dizaine d' années en Engadine pour tous les toits de nouvelle construction. Les bois nécessaires ont été montés par le glacier, voie plus facile que celle de la moraine, mais cependant avec des efforts inouïs. Laissons ici parler M. Saratz lui-même dans une lettre qu' il m' a tout récemment adressée: « Vous auriez dû voir ces montagnards du « Malenco, hommes rudes au travail, sobres et infati-« gables, traîner le long du glacier des poutres dont « la plus forte avait 6 mètres de longueur et cubait « 21155 centimètres. Votre étonnement aurait été au « comble en voyant ces mêmes hommes, à peine arrivés « sur la place, avec leur lourd fardeau, se mettre « aussitôt à l' œuvre, préparant de grosses pièces et les « portant sur leurs larges épaules. Grâce au beau temps « et à l' activité des maçons, les murs furent bientôt « montés, mais les charpentiers furent retardés, ce qui « empêcha la cabane d' être terminée pour le temps « convenu; ce ne fut au reste un préjudice que pour « l' entrepreneur qui dut se contenter d' un à compte « sur le total de son règlement. Pendant bien des « jours, il y a eu de quinze à dix-sept hommes oecu-« pés soit au transport des bois, soit à la construction « même. » Après avoir terminé notre investigation consciencieuse, nous songeâmes à réparer nos forces par un frugal repas que nous avions bien gagné. Le soleil qui brillait dans un ciel sans nuages inondait tellement de sa lumière le monde de neiges et de glaces dont nous étions entourés que nous dûmes rechercher l' ombre de quelques rochers. Pendant une heure et demie d' un repos réparateur, nous eûmes constamment sous les yeux nos amis les chamois qui se livraient à leurs ébats dans leur plaine neigeuse, au pied du Caputschin.

Il fallut enfin penser au retour, mais avant de l' effectuer, je pris la hauteur de notre station à l' aide de l' anéroïde et je la trouvai de 2741 mètres.

Nous descendîmes sur le glacier que nous voulions suivre dans sa longueur jusqu' à son extrémité, pour nous rendre bien compte de la facilité relative que pouvait offrir cette voie par rapport à celle que nous avions suivie le matin. Malgré des crevasses assez nombreuses et assez larges, la pente générale y est plus uniforme que sur terre ferme, et fut franchie en une heure et demie; aussi est-il naturel que le transport des matériaux ait été effectué par le glacier, ainsi que nous l' avons vu plus haut.

Terminons par ces paroles que m' adresse M. Saratz et qui seront bien reçues par nos collègues de toutes les sections:

« J' espère que dans le courant du mois de juin « prochain la cabane sera complètement prête pour « recevoir les clubistes et que son abri contentera tous « ceux qui, une fois ou l' autre, se décideront à visiter « les majestueux alentours du massif de la Bernina. » P. S. L' écrivain de la notice qui précède, s' est proposé comme but principal, d' offrir un tableau aussi complet que possible, à ce jour, des refuges suisses. Les quelques détails dans lesquels il est entré sur les cabanes en dehors de notre territoire n' ont eu pour but que de démontrer par des exemples l' intérêt actif que les Clubs Alpins en général apportent à cette branche si importante de leur mission.

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