Opération Dolomites

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

14 juillet 1970, refuge des Cosmiques. Le bruit des bouchons fait piètre figure en regard des coups de boutoir de la tempête. Rencontre fortuite avec trois Lausannois, qui soupirent après les Aiguilles du Diable.

Chaleur, soleil... Dolomites, l' idée est lancée. Je serai le quatrième. Ainsi, P.A., Mike, Phil et moi, nous nous retrouvons à Gardeccia sous la tente du camp de base.

L' altitude modeste du lieu est peu propice à l' insomnie. Dès 9 heures, petit déjeuner, puis départ à 1 i heures. Premier objectif: Torre Delago ( 2790 m ), la plus élancée des trois sœurs du Vajolet. C' est à l' arête sud-ouest que nous désirons tâter la cotation « Dolo ». Elégante, hardie, aérienne à souhait. Le doute nous prend. Ça? du IV? Essayons tout de même! Cinq longueurs de splendide varappe exposée, des prises parfaites justifient la cotation. Descente en rappel. Le lendemain, comme d' habitude, diane à 9 heures pile. Objectif théorique Torre Winkler. Petit déjeuner. Entre deux bouchées, on cause:

Magnifiques, ces Vajolets... rocher sans défaut... itinéraire un peu court... marche d' ap trop longue.

Le regard se pose sur la face du Catinaccio ( 2981 m ) qui surplombe nos assiettes.

- Le Cati, c' est quand même plus près du camp... une ED! ...Allons voir au pied!

C' est ainsi que, à i i heures, nous nous trouvons sous la face est du Catinaccio ou Rosengartenspitze. Nous cherchons le premier piton de la direttissima Steger, avec l' intention d' essayer et d' y et revenir éventuellement le jour suivant à l' aube.

Le crépuscule nous a rejoints, en plein brouillard, au milieu de la face. A notre actif: quatre cents mètres d' escalade, un quart de litre de thé, deux panini pour les quatre et une voie qui s' obstine à ne pas correspondre à la description du guide. Enfin la nuit porte conseil! L' emplace de bivouac, une fissure cheminée, est acce-table, mais mal abrité de la pluie.

Rompant avec nos habitudes, nous partons à l' aube. Notre sens de l' itinéraire, confirmé par la présence de pitons, nous guide vers le haut. Le brouillard nous enveloppe, mais il ne pleut plus et le rocher est bon. Une partie de la face, moins raide, nous laisse espérer la proximité de l' arête sommitale. Espoir déçu, tout se redresse, et les plus beaux passages nous attendent. Cheminées délitées, surplombs, traversées, grattons. Les longueurs se succèdent. A toi, à moi, chacun son tour au « charbon ». Soudain, un pas sur étrier arrache le piton. Mike s' envole sur huit mètres. Pour moi, pas de choc, tout l' effort de freinage est pris par une des cordes, qui se cisaille sur une aspérité. Vive la double corde! C' est le moment de faire donner la réserve. Depuis les grandes difficultés, pour limiter les risques, nous avions relié nos deux cordées. Notre ami Phil se trouve ainsi relativement frais. Il prend la place de Mike, légèrement blessé, et nous force le passage avec brio. Encore deux longueurs dans une cheminée mouillée, et c' est l' arête facile qui nous conduit au sommet. Il est 17 heures, la course est faite, mais il reste la descente par la voie normale: une affaire de deux ou trois heures. C' est ainsi que, à 20 heures, nous nous retrouvons, après diverses tentatives, au sommet, heureusement propice à l' installation d' un deuxième bivouac. C' est alors que le miracle se produit. Deux silhouettes surgissent du brouillard, et nous précèdent dans la descente. A 22 heures, nous sommes de retour au camp de base.

Boire, manger, reboire, remanger l' aube nous surprend encore à table, en train de chanter. Ce deuxième bivouac, nous l' avons quand même fait, et notre endurance a étonné plus d' un voisin.

D' autres engagements nous imposent un retour dans le massif du Gothard. Nous « cueillons » en passant le Campanile Basso de la Brenta. La voie Fehrman, quatre cents mètres d' escalade grandiose, est pour nous le dessert de cette « opération Dolomites ».

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