Portage vers les sommets lointains Expéditions: pas de marche sans sherpas ou porteurs

Les touristes de trek et les ascensionnistes font transporter leurs équipements par des porteurs indigènes. C' est une bonne chose, de l' avis du médecin d' altitude Urs Hefti 1. Mais cela doit se faire selon des règles équitables. Urs Hefti est le représentant suisse de l' association internationale de protection des porteurs ( IPPG ), qui milite pour les droits des porteurs.

Urs Hefti: La branche des organisateurs de treks et d' expéditions connaît depuis des années un développement rapide, avec l' augmentation continue du nombre de personnes randonnant au Népal, gravissant le Kilimandjaro ou partant en expédition dans le Karakorum. Dans la plupart des cas, le portage des charges est confié à des porteurs indigènes. Au Népal, des médecins ont trop fréquemment constaté des anomalies. C' est ce qui a conduit en 1997 à la création de l' IPPG, qui prouve aujourd'hui encore sa nécessité.

S' il y a plus de touristes, il faudra davantage de porteurs. On engagera pour cela de nombreux jeunes dans les régions de basses plaines. Ils ne sont pas mieux préparés à l' altitude que nous les touristes et leur équipement est insuffisant: pas de chaussures convenables, pas de vestes, bonnets et gants suffisamment chauds. Par manque de médicaments, ils souffrent souvent de refroidissements ou de maladies diverses pouvant aboutir à la mort. Les charges sont portées de plus en plus haut, ce qui entraîne de plus grands dangers pour tous.

L' IPPG n' est pas là pour faire la morale ou pour interdire, mais pour apporter des informations et des explications afin de sensibiliser les touristes, les agences de voyages et surtout les organisateurs locaux. Dans l' ensemble, on a constaté une nette amélioration dans plusieurs régions, les porteurs se sont encouragés et ont entrepris de s' organi eux-mêmes. Notre organisation investit aussi dans la construction d' abris de fortune et dans l' infrastructure médicale. Elle a aussi réglé quelques cas de rémunérations négligées.

Nous essayons de nous adresser à tous les acteurs concernés: les agences de voyages, les organisateurs locaux mais aussi les voyageurs individuels et les alpinistes. Tout le monde doit admettre que les porteurs doivent faire l' objet d' autant de sollicitude que les participants à une expédition. Les membres de groupes de touristes peuvent jouer un rôle en marquant de la considération à leurs porteurs et en discutant avec les organisateurs. Ils se montreront responsables en signalant des situations problématiques et en exigeant pour les porteurs des conditions décentes.

Oui. Beaucoup de porteurs dépendent de ce travail temporaire pour subsister et faire vivre leur famille. C' est souvent leur seule source de revenus, ce qui souligne la nécessité de conditions honnêtes d' engagement concernant le poids à porter, l' équipement et le salaire. Les porteurs se chargent souvent inconsidérément de tous les bagages, même si leur poids est beaucoup trop élevé et qu' ils comprennent du matériel superflu.

Le salaire doit correspondre aux rémunérations habituelles dans la région, soit en général 2 à 5 dollars par jour. Les trajets d' aller et retour des porteurs doivent être comptés comme temps de travail. Le porteur ne doit pas être chargé d' un poids excédant 25 kilos, et il doit être vêtu d' habits adéquats, loués au besoin. L' employeur équitable versera un salaire en cas de maladie. En plus du salaire, on prévoira un pourboire qui d' habitude se monte à 1-2 dollars par jour. A la fin de longues expéditions, on songera à distribuer des vêtements fonctionnels dont on peut se passer.

Cela commence avec le choix de l' en organisatrice. Certaines s' enga de manière exemplaire depuis des années dans la collaboration avec les agences locales. Aborder le thème « porteurs et rapports équitables » sensibilise tous les protagonistes de l' entreprise et contribue à éviter des anomalies.

Les porteurs considérés et bien traités sont des partenaires d' expédition plus agréables. Il vaut la peine de s' asseoir de temps en temps ensemble à une table ou de s' entretenir avec eux. On se rendra compte rapidement de l' ambiance qui règne, on saura s' ils sont heureux et bien nourris. Il faut éviter à tout prix une mauvaise entente entre les porteurs, qui peut jeter de l' ombre sur les plus belles aventures.

Infos

On trouvera davantage d' informations sur www.ippg.net.

Série TV sur les porteurs de haute montagne

De mars à juin 2008, la Télévision suisse alémanique SF a tourné dans la région du Khumbu au pied du Mont Everest ( nord-est du Népal ) en collaboration avec des indigènes. Elle y a filmé le travail des porteurs de haute montagne dans les villages du Khumbu et jusqu' au sommet. Trois impressionnants films documentaires ont été tirés de cette aventure. On peut les visionner sur internet (www.sf.tv/sendungen/dok). Une version raccourcie d' une durée d' une heure et demie sera diffusée sur Arte au mois de septembre. Le film et complété d' un livre à paraître chez AS Verlag sous le titre Die wahren Helden am Everest, qui fera l' objet d' une recension dans le prochain numéro des Alpes.

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