Première réussie au Nuptse. Eté et automne 2003 dans l'Himalaya népalais

Dégénérescence de l' alpinisme? L' argument a été avancé que toute réduction des risques par l' amélioration de l' assurage équivalait à « une dégénérescence de l' alpinisme en produit de consommation » et conduirait à une perte des capacités techniques et de la qualité de l' expérience vécue. L' affirmation est toutefois spécieuse car les compétences nécessaires doivent être acquises et renforcées par la formation; quant à la qualité de l' expérience vécue, chacun doit la définir pour lui-même. Cette qualité du vécu ne peut dès lors pas être soumise à de quelconques règles éthiques et ne saurait être liée à un renoncement complet ou partiel à un niveau défini d' assurage. C' est avec un exposé pratique et des discussions sur la gestion des risques au DAV et les responsabilités juridiques lors de courses de section que les Journées ont été conclues. Cette partie – qui, pour des raisons relevant des aspects techniques des assurances, concernait moins la Suisse – a retenu tout l' intérêt des participants.

En résumé Lors des sympathiques Journées d' alpi de Bad Boll, bien organisées, la question du risque a été traitée sous divers aspects et selon différents points de vue. Un thème aussi vaste devait nécessairement être limité quelque peu. C' est ainsi que, dès leur début, les Journées ont été largement orientées vers une « éthique de résistance au risque ». Les discussions ont toujours été empreintes de camaraderie et d' un esprit positif. Les commentaires critiques sur la manière de comprendre le risque ont été reçus avec ouverture et ont suscité en général l' intérêt. L' accord s' est fait – essentiellement lors de conversations personnelles – principalement entre ceux des participants qui, en raison de leurs activités, étaient familiers des besoins de sécurité dans le cadre d' un sport largement pratiqué. L' impression s' est imposée que la base considère de manière plus simple et plus pragmatique les questions de sécurité et que cette attitude, contrairement à celle des alpinistes célèbres et des « personnalités du monde alpin », n' a pas pu ou voulu être suffisamment représentée. En tant qu' observateur, le soussigné, à l' invitation du DAV, a peut-être pu, par son attitude critique, rétablir quelque peu l' équilibre a

Etienne Gross ( trad. )

Eté et automne 2003 dans l' Himalaya népalais 1

Première réussie au Nuptse

La saison été – automne 2003 dans les montagnes népalaises et celles faisant frontière avec le Tibet a été marquée par plusieurs premières sur des sommets récemment ouverts aux ascensions ainsi que par une grande première des Russes Valeri Babanov et Yuri Koshelenko au Nuptse 2.

Babanov a réussi, à sa troisième tentative, l' ouverture d' un itinéraire par le pilier de la paroi sud du Nuptse qui conduit directement au sommet est. Ce sommet, le

1 Cet article se fonde sur un rapport complet d' Elizabeth Hawley, Kathmandou. 2 Le Piolet d' or 2003 a été décerné à Valeri Babanov et Yuri Koshenko pour leur première au Nuptse.

Nuptse East I – qui culmine à 7795 m –, n' est que de 60 m inférieur au sommet principal qui se dresse en face de la paroi sud-ouest de l' Everest. Babanov avait tenté une ascension en solitaire au cours de l' automne 2002, mais il avait dû l' in en raison de son épuisement et du manque de cordes fixes. Au printemps 2003, en compagnie de Vladimir Suviga, il parvenait nettement plus haut que la première fois. La cordée fut néanmoins contrainte de redescendre pour cause d' épuisement et d' abondantes chutes de neige. C' est le 3 novembre que Babanov, accompagné de Yuri Koshelenko, est parvenu au sommet. Babanov est actuellement l' un des meilleurs alpinistes au monde en terrain mixte et à haute altitude. L' itinéraire, extrêmement difficile techniquement, compte des longueurs de 75 à 80 degrés, avec du rocher recouvert de glace.

Nouvel itinéraire à l' Annapurna III Un autre nouvel itinéraire remarquable a été réussi par les deux Britanniques

Pho to :C hr ist ine Kopp LES ALPES 3/2004

Kenton Cool et Ian Parnell, en compagnie de l' Américain John Varco, à l' An III, 7555 m. Ce sommet n' avait auparavant été vaincu que par dix expéditions et personne jusqu' ici n' avait parcouru l' arête sud-est. Les trois grimpeurs sont parvenus à leurs fins sans recourir à des sherpas, sans camps fixes au-dessus du camp de base avancé à 5495 m et sans cordes fixes. Pour leur ascension en style alpin, ils ont eu besoin de six bivouacs avant d' atteindre le sommet le 6 novembre, équipés d' une seule tente. A son début, l' itinéraire est exposé à des dangers objectifs, puis il passe par différentes sections de terrain mixte plus ou moins raides avec un rocher partiellement pourri.

Premières sur plusieurs sommets Trois des sommets récemment ouverts aux ascensions par le gouvernement népalais ont été gravis pour la première fois l' automne dernier. Le Raksha Urai III, 6600 m environ, à l' ouest du pays, dans la région d' Api, a été vaincu par une petite équipe française. Mais un des participants et un ressortissant népalais ont trouvé la mort lors d' une chute. Les Américains Peter Ackrod et Jim Frush ont foulé le sommet du Saribung, 6320 m, dans le territoire du Mustang. Le Britannique Bruce Normand, le Suisse Sam Rode-rick et l' Autrichien Andreas Frank ont réussi une première au Kyashar, 7590 m, également appelé Peak 43 ou encore Tangnag Tseng; le sommet se trouve dans le Khumbu, au sud du Kangtega.

Vue sur le Nuptse ( paroi ouest ). En novembre 2003, trois essais ont été nécessaires au Russe Valeri Babanov pour ouvrir une nouvelle voie dans la paroi sud du Nuptse Le Cho Oyu fut un but d' excursion très prisé pendant la saison d' automne 2003: trente-six équipes s' y sont en effet rendues. En route vers le camp de base Pho to :K ur t S te rc hi LES ALPES 3/2004

Une expédition japonaise, sous la direction de Tomotsu Ohnishi, a effectué une première au Norbu Kang, 6005 m, dans le Dolpo. Un autre groupe japonais a eu moins de chance. Il voulait gravir le Himjung, 7140 m, situé près du Himlung, entre les massifs du Manaslu et de l' Annapurna, en empruntant l' arête ouest. Le chef du groupe, Ayumi Noza-wai, a trouvé la mort dans une avalanche. Avec les victimes du Raksha Urai, il a été l' un des sept alpinistes à perdre la vie au Népal au cours de la saison d' automne. A l' Ama Dablam, c' est le guide allemand bien connu Robert Rackl, chef d' une expédition commerciale, qui a fait une chute mortelle, probablement due à la rupture d' une corde fixe. Des avalanches ont emporté deux Coréens du Sud au Lhotse Shar tandis qu' au Cho Oyu, c' est le chef d' une expédition grecque qui est décédé du mal aigu des montagnes. La moitié des équipes vers deux sommets Ce ne sont pas moins de 36 expéditionsqui ont tenté l' ascension du Cho Oyu; elles comptaient entre 1 et 24 participants. Une fois de plus, l' Ama Dablam a attiré les foules puisqu' on y a compté 27 expéditions, de 1 à 21 participants. C' est donc environ la moitié de toutes les expéditions en route à cette saison au Népal et sur les sommets faisant frontière avec le Tibet qui a attaqué ces deux sommets. Le Cho Oyu attirera encore davantage de monde en automne 2004, pour le cinquantième anniversaire de la première ascension. Parmi les alpinistes attaquant le sommet, on comptait notamment le vétéran basque Juanito Oyarzabal. Ce dernier a foulé le sommet des quatorze 8000 mètres de la planète, dont certains à plusieurs reprises, et compte ainsi pas moins de vingt ascensions d' un 8000 à son palmarès.

Du « véritable alpinisme » à l' Everest De forts contrastes ont pu être observés à l' Everest. Alors que la montagne a été assaillie par 69 groupes de grimpeurs au printemps, il n' y a eu qu' une seule expédition en été et une seule en automne – toutes deux américaines, toutes deux destinées à des descentes à ski et à snowboard et toutes deux sans succès. Un des chefs de groupe, Wally Berg, qui se trouvait sur le versant sud avec ses cama-

Dans les montagnes népalaises et celles faisant frontière avec le Tibet, l' Ama Dablam, 6000 m, fut le sommet le plus convoité après le Cho Oyu durant l' au 2003 Vue sur Namche Bazar, localité principale du Khumbu. C' est ici que sont établis traditionnellement les sherpas auxquels sont venus s' ajouter des représentants d' autres peuples, arrivés pour commercer et faire de l' artisanat LES ALPES 3/2004

rades, a déclaré par la suite être heureux de n' avoir dû compter que sur sa propre équipe, sans la présence de hordes d' al sur le même itinéraire. « C' était du véritable alpinisme !», a-t-il souligné.

Péages dans de nombreuses régions Une fois de plus, au cours de l' automne dernier, plusieurs expéditions et de nombreux groupes de randonneurs ont rencontré des rebelles maoïstes qui ont exigé des péages. Les sommes demandées n' étaient pas partout les mêmes, mais il semble qu' il y ait une manière de taxe moyenne de 1000 à 1500 roupies, soit de 20 à 30 francs suisses par personne. Ces péages ont dû être déboursés dans les zones de l' ouest, dans les régions de l' Annapurna, du Manaslu et du Makalu, ainsi que dans l' extrême est ( Kangchenjunga ). Le Khumbu au-dessus de Lukla n' a pas été touché. Dans la région de l' Annapurna, la présence de maoïstes était particulièrement sensible sur la route fréquentée de Pokhara à Tatopani, dans la vallée de la Kali-Gandaki. La police et l' armée ainsi que les représentants de l' ACAP ( Annapurna Conservation Area Project ) avaient complètement lâché le terrain. Dans quelques villages, notamment à Ghorepani, Ghandrung et Landrung, les maoïstes avaient installé leurs propres points de contrôle et des péages ont été amicalement mais fermement exigés des touristes.. " " .Pour le moment, il n' est pas possible de prévoir comment la situation évoluera ni de quelle manière le tourisme sera affecté. a

Christine Kopp, Unterseen ( trad. ) Un chorten, construction religieuse bouddhiste, sur le chemin de Namche Bazar à Gokyo. A l' arrière, le Tha-mersku et le Kangtega, des 6000 mètres très peu fréquentés Affichette maoïste à Ghandrung, une des plus importantes localités au cœur de la région de l' Annapurna. En automne 2003, ce village était tenu par des maoïstes qui exigeaient un droit de passage des touristes L' Annapurna sud, l' un des nombreux sommets du massif de l' Annapurna. A proximité immédiate de ce 7000 mètres se dresse l' Annapurna III où, en automne 2003, une petite équipe a réussi une première Pho to s: Ch rist ine Kopp

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