Quelques premières ascensions dans la région d'Arolla

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

JPar Emile Thilo

Avec 3 dessins d' Eugène BurnandSection des Diablerets ) Par un jour pluvieux du mois d' août 1951, j' ai pris intérêt et plaisir à compulser le premier registre des voyageurs de l' hôtel Mont Collon à Arolla 1.

La première inscription porte la date du 8 juillet 1865. Elle relate que deux Anglais, MM. A. W. Moore et Horace Walker, venant de Zermatt par le Col de Bertol2, ont fait l' ascension du Pigne. L' hôtel, qui existe encore à côté du bâtiment actuel plus grand, n' était pas achevé. Son constructeur, propriétaire et tenancier était le juge Jean Anzévui qui servait aussi de guide à ses hôtes. C' est le grand-père du propriétaire actuel, M. J. M. Anzévui-Savoy, notaire à Sion, auquel nous savons gré de nous avoir confié le vénérable livre d' or.

Tout en feuilletant les pages jaunies et cherchant des noms de membres du CAS, j' ai trouvé à la date du vendredi 23 juillet 1869 ceux d' A de Watte-ville, section des Diablerets, et Hauser, président de la section Tödi. Ils mentionnent l' ascension de La Luette et du Mont Blanc de Seillon.

En juillet 1877, c' est le passage de M. et Mme de la Harpe venant de Lausanne, et le 14 août de la même année, le pasteur Alfred Cérésole, auteur des Légendes des Alpes vaudoises, illustrées par Eugène Burnand, dit qu' il se rend à Zermatt et exprime en deux alexandrins le sentiment de nombreux visiteurs:

« Heureux qui dans ces lieux peut longtemps s' arrêter; Heureux qui les revoit s' il a pu les quitter. » L' année suivante, c' est le Dr Morax de Morges qui séjourne à Arolla du 1er au 18 août avec ses fils Jean, René et Victor Morax et leurs cousines 1 Arthur B. Hamilton, qui fit plusieurs longs séjours à Arolla à partir de 1870, raconte comme suit les débuts de cet hôtel:

« En 1865, le propriétaire de l' hôtel actuel construisit un mayen, c'est-à-dire un chalet pour l' été... Les touristes arrivant par le Col Collon ou par d' autres passages des glaciers, à la vue de ce chalet tout neuf, insistaient pour y coucher. Voyant cela, mon ami M. Anzevui rassembla son courage et transforma son Palais d' Eté en hôtel... Je puis assurer qu' il y avait au moins un lit confortable, bien que les plaintes au sujet des autres couches ne fussent peut-être pas sans fondement.

Quoi qu' il en soit, la question n' a plus qu' un intérêt historique, car la vieille auberge sera remplacée au cours de cet été par un nouvel hôtel de même dimension que celui d' Evolène. Lorsqu' on en fit le plan, j' insistai auprès du propriétaire et de l' architecte pour que les murs entre les chambres soient suffisamment épais pour étouffer les bruits, en sorte que les futurs hôtes n' auront pas le désagrément des chambres d' auberges de montagne, où l'on entend la nuit les opinions des gens logés dans les chambres voisines. » ( Alpine Journal, 1872C' était probablement le premier passage par un touriste. Deux ans plus tard, en septembre 1867, H. B. George de l' Alpine Club fait avec Christian Aimer la deuxième traversée de ce col, dont il donne dans le registre de l' hôtel une description détaillée en le recommandant vivement. Jusqu' alors, la traversée du Col d' Hérens se faisait par Bricolla et le Glacier de Ferpècle.

Die Alpen - 1952 - Les Alpes18 QUELQUES PREMIERES ASCENSIONS AUTOUR D' AROLLA Suzanne, Adèle et Emma Soutter. Aucune course n' est indiquée; René Morax n' avait d' ailleurs que cinq ans.

Cette même année voit revenir à Arolla A. T. Malkin, membre de l' Alpine Club et alpiniste très actif de 1839 à 1878. Il note dans le livre de l' hôtel: « 28 juin 1878. C' est ma seconde visite à Arolla. En 1843 j' ai traverse le Col Collon de Prarayé et le Col d' Errin ( Hérens ) à Zermatt. A cette époque, il n' y avait pas d' auberge dans ces vallées, et les habitants ne voulaient pas recevoir les étrangers. Le curé d' Evolène refusa de me loger. » En 1879, on trouve les signatures de Théodore Renke- witz, peintre à Montreux, et du Dr H. Dübi, alors secrétaire central du CAS. Quant à Eugène Burnand, il a séjourné à l' hôtel du 19 août au 9 septembre 1884 avec sa femme, indiquant comme domiciles Versailles et Moudon. Aux pages 194 et suivantes, nous avons découvert quatre dessins à la plume intitulées « Vacances d' un peintre » et signées E. B. comme les illustrations des Légendes. Elles sont, à n' en pas douter, l' œuvre du grand peintre vaudois. Et voici la relation des « premières »:

I. Pages 5 et 6. « August 4. 1866. Geo Edw. Foster with Hans Baumann of Grindelwald as guide & P. Bietrisson ( Beytrison ) as porter started this morning to ascend the Mont Collon at 112 past 3. The weather was very cloudy & at 12 we found ourselves on one of the secondary peaks, separated from the main mass of the mountain by an impassible chasm. The point on which we stood appeared to be not more as 5 or 6 feet below the highest. We ascended by the north branch of the Arolla glacier 1 & took to the rocks which are steep & were covered with fresh snow at a point at the south side of the mountain, but descended to the col de Collon as the rocks were not so steep on that side. We reached this hotel again at % to 5. I believe this to be the first ascent. » Traduction: 4 août 1866. Geo Edw. Foster accompagné du guide Hans Baumann de Grindelwald et du porteur P. Beytrison sont partis ce matin à trois heures et demie pour faire l' ascension du Mont Collon. Le temps était très nuageux et à midi nous nous sommes trouvés sur l' un des sommets secon- 1 Dans le livre de l' hôtel, les mots « Arolla glacier » sont biffés et changés par une main étrangère en « Niedergletscher », autant que j' ai pu le déchiffrer.

QUELQUES PREMIÈRES ASCENSIONS AUTOUR D' AROLLA daires, séparé du massif principal de la montagne par une brèche infranchissable. Le sommet sur lequel nous nous trouvions paraissait n' être que cinq à six pieds plus bas que le sommet le plus élevé. Nous sommes montés par la partie nord du glacier d' Arolla et avons pris par les rochers très abrupts couverts de neige fraîche du versant sud de la montagne; mais nous sommes descendus au col de Collon parce que les rochers n' étaient pas aussi raides de ce côté-là. Nous sommes rentrés à l' hôtel à cinq heures moins un quart. Je crois que cette ascension est la première.

II. Pages 7 et 8. « 29. July ( 1867 ). George E. Foster with Hans Baumann de Grindelwald & Johann Kronig ( probablement de la vallée de Saint-Nicolas ) crossed the cols de Valpeline & Mont Brille & Collon to this hotel, time 10% hours. I have found this little hotel very much improved since last year.

31. July. I was obliged to remain here yesterday owing to the illness of one of my guides, but to day left this hotel at 4.30 to make the first ascent of the Mont Collon, which the weather prevented my doing last year. Crossed the col de Collon to where the arête visible from this hotel joins it & then ascended by the rocks there which we found rather steep. At 10.15 we reached the snow of the summit & at 10.45 the highest point. The view was magnificent including every ranges of the Alps. We then crossed over to another point, very little lower than the real summit & from there reached the highest point we attained last year, but in bad weather this would be impossible. We ascended by the same arête ( between the glaciers d'Arolla & d'Otemma ) by which we ascended last year, but found the rocks still more difficult, & returned to the hotel at 4.40.9 Traduction: 29 juillet 1867. George E. Foster, accompagné de Hans Baumann de Grindelwald et de Johann Kronig, a franchi les cols de Valpelline, du Mont Brûlé et Collon pour venir à cet hôtel. Durée de la traversée, dix heures quarante-cinq minutes. J' ai trouvé que ce petit hôtel avait été bien amélioré depuis l' année passée.

31 juillet. J' ai été obligé de rester ici hier à cause de la maladie d' un de mes guides, mais aujourd'hui j' ai quitté l' hôtel à 4 heures et demie pour faire la première ascension du Mont Collon, ce que le mauvais temps m' avait empêché de faire l' année passée. Passé le col de Collon jusqu' au point où l' arête, visible de cet hôtel, le rejoint.

Puis montée par les rochers que nous avons trouvés assez raides. A 10 heures 15 nous avons atteint la neige du sommet et à 10 heures 45 le point le plus élevé. La vue était magnifique, embrassant toutes les chaînes des Alpes. Nous avons alors continué jusqu' à un autre point, un peu plus bas que le vrai sommet, et de là nous avons atteint le point le plus élevé où nous étions arrivés l' année précédente; mais en cas de mauvais temps la chose serait impossible. Nous y sommes montés par la même arête ( entre les glaciers d' Arolla et d' Otemma ) que l' an passé, mais nous avons trouvé les rochers encore plus difficiles. Retour à l' hôtel à 4 heures 40.

Remarque. Le guide anglais de W. Larden, devenu quasi introuvable, Walks & Climbs around Arolla, de 1907, p. 78, mentionne brièvement les premières ascensions et dit que Foster est arrivé au sommet du Mont Collon le 31 juillet 1867 « par l' arête NW ».

III. Pages 8 à 12. Dr. E. Schröder-Zürich Dr. A. Baltzer, SAC Uto vom Hotel Giétroz kommend, bestiegen Mittwoch d. 31. Juli ( 1867 ) die Oulie Cecca mit dem Führer S. Bessard. Letzterer zog es vor, uns auf dem Otemmagletscher y27 Uhr Abends zu verlassen, während wir den Weg nach Arolla fort-setzten.waren wir auf dem Col de Chermontane. Da die Nacht hereinbrach und das vorliegende Gletscherrevier uns unbekannt war, entschlossen wir uns, auf dem Felsen zu übernachten, der von den beiden Armen des Vuibergletschers eingeschlossen wird und von diesem Hotel sichtbar ist. Am Morgen des 1. August gelangten wir über den Vuibergletscher herunter hieher.

Die volgenden Tage wurden zur Rekognocirung der hinteren noch unerstiegenen Colonspitze1 benutzt, die, 3738 metr. hoch, den vorderen zuerst von Mr. Edw. Foster erklommenen Gipfel an Höhe noch übertrifft.

Wir erstiegen am 3 tten August vom oberen Arollagletscher i. e. von der östlichen Seite d. Colon aus den Grat welcher den vorderen Colon ( 3644 metr. ) mit dem hinteren ( 3738 metr. ) verbindet. Zu diesem Grat führt ein Seitenzweig des Arollagletschers, welch ersterer sich zwischen die Massen des vorderen und des hinteren Colon hineinschiebt.

Auf dem Grat angelangt, würden wir versucht haben, auf der anderen Seite hinab und dann wieder aufwärts dem eigentlichen Gipfel zu zusteigen, hätte nicht eintredendes Schneewetter uns zu einem Aufenthalt von 3 Stunden auf dem Grate gezwungen. Es blieb uns nichts Anderes übrig als auf demselben Weg zum Hotel Colon zurückzukehren.

Erst am 5ten August gestattete das Wetter einen neuen Angriff zu wagen. Wir stiegen diesmal über den Glacier de Pièce den oberen Teil des Gl. de Vuibez, den Colongletscher aufwärts und erreichten nach 8 Stunden bei prachtvollem Wetter den Gipfel. Wer mit kundigem Führer die Besteigung macht, kann schon früher oben sein, da wir ohne Führer die Besteigung ausführten und daher unseren Weg erst suchen mussten.

Sowohl die Wanderung nach, als die Rundsicht vom Gipfel gehören vielleicht zum Grossartigsten, was die Alpenwelt bieten kann. Man übersieht Gletscher 1 L' Evêque.

QUELQUES PREMIÈRES ASCENSIONS AUTOUR D' AROLLA die zu den grössten und wildesten der Alpen gehören. Die Bernerberge, Mischabelhörner, Monterosa, Matterhorn, Mont Tabor, Dent Blanche, Combin und Montblanc — also die Riesen der Alpen — erscheinen vorzugsweise grossartig. BesondereFreude hatten wir an unserem alten Bekannten der Ruinette, Beherrscherin des diesjährigen Clubgebietes, und an den von uns zuerst erstiegenen Sengla \ auf dessen zackigem Grat wir die beiden dort erstellten Steinmandli sahen. Einen herrlichen Anblick gewährt der Otemmagletscher, grossartig durch seine Dimensionen und durch die ruhige Majestät mit der dieser breite Gletscherstrom vom Mont Colon zum Bagnerthal hinabsteigt. Nicht uninteressant ist ein Echo, welches 6 mal repetirt. Wir haben auf der höchsten Spitze ein Steinmandli errichtet.

Für die gute Aufnahme und aufmerksame Bedienung die wir im Hotel Collon gefunden haben, sagen wir dem Besitzer Hn. Richter Jean Anzévui sowie d. Mademois. Antoinette Zeiter hiermit unsern aufrichtigen Dank. » Traduction. Dr E. Schröder-Zürich Dr A. Baltzer, CAS Uto venant de l' hôtel Giétroz, ont fait le mercredi 31 juillet ( 1867 ) l' ascension de l' Oulie Cecca avec le guide S. Bessard. Celui-ci préféra nous quitter à 6 heures et demie sur le glacier d' Otemma tandis que nous poursuivions notre route vers Arolla. A 8 heures moins un quart, nous étions au col de Chermontane. Comme la nuit descendait et que le glacier à franchir nous était inconnu, nous décidâmes de passer la nuit sur le rocher enchâssé dans les bras du glacier de Vuibé, et qui est visible de cet hôtel. Au matin du 1er août, nous parvînmes ici par le glacier de Vuibé.

Les jours suivants furent employés pour reconnaître le sommet postérieur, du Collon, encore vierge 2; haut de 3738 m ., il dépasse l' altitude du sommet antérieur escalade la première fois par M. Edw. Foster.

Nous avons gravi le 3 août, à partir du glacier supérieur d' Arolla, c'est-à-dire du côté est du Collon, l' arête qui relie le Collon antérieur, 3644 m ., au Collon postérieur, 3738 m. Un bras latéral du glacier d' Arolla mène à cette 1 La Cengle, 3702 m. 8 L' Evêque.

arête, en s' insérant entre les deux masses antérieure et postérieure du Collon. Parvenus sur l' arête, nous aurions tenté de redescendre de l' autre côté et de remonter ensuite vers le véritable sommet; mais il se mit à neiger et nous dames rester trois heures sur l' arête. Force nous fut de reprendre le même chemin pour rentrer à l' hôtel Collon.

C' est le 5 août seulement que le temps nous permit de renouveler notre attaque. Nous montâmes cette fois-ci par le glacier de Pièce, la partie supérieure du glacier de Vuibé et le glacier du Collon, et nous atteignîmes le sommet en huit heures par un temps splendide. Celui qui fait l' ascension avec un guide peut se trouver plus tôt au point culminant; mais nous étions sans guide, et il nous fallut chercher notre chemin.

Tant pendant la montée qu' au sommet, nous avons joui d' une vue circulaire qui est peut-être parmi les plus magnifiques que les Alpes peuvent offrir. On contemple un monde de glaciers qui appartiennent aux plus grands et aux plus sauvages des Alpes. Les Bernoises, les Mischabel, le Monte Rosa, le Cervin, le Mont Tabor, la Dent Blanche, le Combin et le Mont Blanc — ces géants des Alpes — se montrent dans toute leur magnificence. Nous prîmes un plaisir particulier à saluer notre vieille connaissance, la Ruinette, reine du champ d' excursions clubistique de cette année, et le Sengla dont nous avons fait la première ascension. Sur son arête dentelée nous avons aperçu les deux cairns érigés par nous. L' aspect du glacier d' Otemma est grandiose par ses dimensions et la majestueuse gravité avec laquelle ce large fleuve de glace descend du Mont Collon vers la vallée de Bagnes.

Un écho, qui se répète six fois, n' est pas sans intérêt.

Nous avons érigé un cairn au sommet.

Nous remercions sincèrement le propriétaire de l' hôtel Collon, M. le juge Jean Anzévui, ainsi que Mlle Antoinette Zeiter, de leur bon accueil et leurs services attentifs. » Le 17 septembre 1870, Arthur Hamilton, cité plus haut, note dans le livre de l' hôtel:

« J' ai fait hier la première ascension touristique de l' Aiguille de la Za ( cette cime avait été gravie deux ans auparavant par quatre guides de la vallée ) avec Jean Vuignier, le tailleur d' Evolène, et l' hôtelier Jean Anzevui... L' escalade est difficile; à certains endroits, nous dames enlever nos souliers pour trouver un meilleur appui pour nos pieds. » Du même, le 6 septembre 1871, la Dent des Bouquetins.

IV. La dernière inscription du premier registre de l' hôtel Mont Collon est de Ethel L. Wood, 6-11 août 1897. Elle dit avoir fait la première ascension de l' arête de la Dent de Zaillon ( Tsalion ) du côté d' Arolla, et ensuite la première descente du Mont Collon « straight over the snow face and down the rocks unto the Arolla Glacier » ( directement par la face enneigée et les rochers jusqu' au Glacier d' Arolla ).

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