Randonner dans les Pyrénées occidentales espagnoles. Paysages karstiques et solitaires

Randonner dans les Pyrénées occidentales espagnoles

Jusqu' alors un peu oubliées à côté des grandes destinations des Pyrénées centrales, les vallées d' Ansó et d' Hecho vont probablement acquérir le statut de parc naturel. Au fil des sentiers, le randonneur y découvre des paysages changeants et surprenants.

Nous partons de Selva de Oza, abandonnant pour la nuit suivante les tentes que nous avons dressées près du río Aragón Subordán. C' est derrière un camp de vacances, encore silencieux à cette heure matinale, que débute l' ascension vers le Castillo de Acher, la montagne sans doute la plus insolite des Pyrénées occidentales. Cette forteresse isolée aux formes bizarroïdes se glisse à tout moment dans le champ de vision, si bien qu' on résiste difficilement à l' envie de la prendre d' as. Mais il faut y mettre le prix: nous avons devant nous des heures d' ascen pénible. Au niveau d' une pancarte en bois, nous quittons le chemin carrossable et pénétrons dans l' épaisse forêt qui recouvre les pentes. Le sentier grimpe régulièrement et à la moitié des quelque 1200 mètres de dénivelé, nous atteignons une petite cabane de berger. D' ici, le terrain est ouvert et on découvre enfin le paysage environnant: au sud, le gigantesque massif de l' Agüerri; à l' ouest, un sentier qui monte jusqu' à la région de Secús en longeant une vire rocheuse escarpée. Et devant nous, le formidable barrage du Castillo de Acher.

Un sommet en cuvette

Depuis cet endroit, on ne voit pas encore par où l'on pourrait accéder aux remparts sommitaux. Nous prenons un sentier bifurquant vers le nord et tombons bientôt sur des marquages rouge-blanc écaillés du sentier de grande randonnée GR, ainsi que sur des cairns qui nous semblent un peu plus fiables. Vers le nord-est, ceux-ci nous guident vers une pente karstique raide au-dessus de laquelle se dessine une brèche. C' est sans doute l' accès au Castillo de Acher. Plus nous approchons de la trouée qui s' ouvre dans la ceinture rocheuse, véritable mur de protection qui entoure la montagne, plus elle se révèle être vaste et accessible. Nous progressons sur la pente d' éboulis en maintenant plus ou moins La curieuse formation rocheuse de Mallos de Lecherín, marquée par l' ablation, surmonte le col du même nom. A ses pieds, de vastes champs de gravats Culminant à 2670 m, le Bisaurín est le point culminant de la région. Depuis son sommet, on peut admirer maintes vallées encaissées et montagnes aux formes travaillées le cap sur l' ouverture, et une fois arrivés entre les rochers, nous sommes surpris de nous retrouver au bord d' un cirque déchiqueté qui donne l' impression que le toit de la montagne s' est effondré. Légèrement basculé vers l' ouest, il est entouré d' une muraille hérissée de créneaux – une véritable place forte. De nombreux chamois s' ébattent en contrebas, à côté de quelques plaques de neige résiduelle, et ne semblent même pas s' apercevoir de la présence des rares visiteurs.

Panorama impressionnant

Nous décidons de faire le tour du Castillo. Un sentier étroit mène tout d' abord Le sommet du Pico de Aspe: d' ici, la vue s' étend sur les sommets qui entourent les vallées françaises d' Ossau et d' Aspe, toutes deux sur le territoire du Parc national Photos: R oger Büdeler à la Punta Sur, puis au nord jusqu' au point culminant, la Punta Norte. D' ici, la vue sur le cirque karstique, qui doit bien mesurer un kilomètre, est impressionnante, mais le regard porte encore plus loin dans toutes les directions: des reliefs aux teintes rouges typiques qui marquent la frontière avec la France, aux flancs escarpés de l' Agüerri et du Secús, et au cœur des deux vallées. Le Castillo de Acher est en quelque sorte la charnière géographique de la vallée d' Hecho.

Paysages pittoresques et sauvages

Cette vallée décrit autour de la montagne un large demi-cercle qui débute à l' est, où de nombreux filets d' eau provenant du cirque de Secús se réunissent pour alimenter le río Aragón Subordán. Au début, la rivière serpente à travers les hauts pâturages d' Aguas Tuertas, qui sont de toute beauté, puis elle prend brusquement la direction du sud au niveau des bâtiments de Guarrinza, autrefois utilisés pour surveiller la frontière et pour l' exploitation de minerai. Derrière Selva de Oza, elle se montre sous son côté sauvage dans la Boca del Infierno, un réseau de gorges profondes traversées par des eaux tumultueuses où le soleil ne pénètre jamais. Ce n' est que plus bas que la vallée s' élargit et autorise des activités agricoles. A Siresa et à Hecho, les principales bourgades de la vallée, on peut conclure la randonnée devant une assiette de tapas et un verre de Rosado. Mais pour nous, la randonnée n' est pas terminée. Dans le petit village de Selva de Oza, nous préparons la longue traversée du lendemain qui nous conduira dans la vallée d' Ansó.

La Punta del Achar, dans la Sierra de Alano, est étroite et raide. C' est peut-être parce que peu de gens se risquent à l' escalader qu' on a placé un livre au sommet. C' est une pratique peu courante dans les Pyrénées espagnoles Le sommet isolé du Secús offre un panorama éblouissant sur la vallée d' Hecho; on remarque surtout le Castillo de Acher, qui se distingue par son socle teinté de rouge Diversité des formes et des couleurs au fond de la vallée de Aísa

Valle de Ansó

Le lendemain matin, des lambeaux de brouillard traînent encore au-dessus de la rivière lorsque nous démarrons, lourdement chargés. Une fraîcheur agréable nous accompagne pendant notre ascension jusqu' à la haute vallée du Barranco de Estribiella, où les premiers rayons du soleil illuminent les fleurs sauvages. Notre sommet, la Peña Forca, situé 900 m plus haut, est déjà en plein soleil, tandis que le champ d' éboulis escarpé qui mène jusqu' au col situé entre la Peña Forca et le Lenito est encore à l' ombre. En dessous du col, nous slalomons dans un dédale de rochers où des cairns judicieusement placés guident nos pas. Nous décidons de nous délester de nos bagages superflus avant l' ascension de ce couloir long et raide, et nous grimpons la pente d' éboulis mouvants qui permet d' y accéder. En longeant une crête de rocher compact, nous progressons plus facilement que prévu et arrivons enfin au col, qui nous donne un avant-goût de la vue superbe qui nous attend en haut.

La Peña Collarada est constituée de belles parois calcaires. Ce sommet de près de 3000 m domine l' accès à la vallée de Canfranc, où se trouvent plusieurs stations de ski C' est par une brèche escarpée qu' on accède au col qui sépare la Peña Forca du Lenito Photos: R oger Büdeler De nombreux passages invitent à passer du côté français. ici, la Sierra de Bernera Les hauts plateaux d' Aguas tuertas, les méandres du río Aragón Subordán sont un but d' excursion très prisé. Plus bas, la même rivière s' engouffre dans les gorges nommées Boca del infierno, ou la gueule des enfers

Halte sur la Sierra de Alano

Nous voici sur la Peña Forca, le point culminant de la longue chaîne de la Sierra de Alano. Un peu comme le Castillo de Acher, ce massif se compose d' un gigantesque cirque karstique qui s' affaisse légèrement vers l' ouest pour faire place à des pâturages vallonnants où les filets d' eau tracent leurs méandres. Lorsque nous nous hissons plus tard sur le Collado de Estribiella, entre les deux vallées principales, nous voyons, à gauche, la muraille de la Sierra de Alano creusée de brèches escarpées, et à droite, un plateau herbeux qui descend en pente douce et auquel s' adosse une série de falaises dégringolant vers la vallée d' Hecho. Celles-ci culminent à la Chipeta Alto, montagne évoquant curieusement la poupe d' un navire. C' est un but de randonnée apprécié, facilement accessible depuis les deux vallées par le GR 11.

Fin de la solitude

Comme nos provisions touchent à leur fin, nous descendons dans la vallée d' Ansó par un chemin facile, au pied de la Sierra de Alano. Les pâturages à moutons des environs de Tacheras nous annoncent le retour à la civilisation après une journée de marche en solitaire. D' ici, il nous reste moins de trois kilomètres pour atteindre Zuriza, où la vallée s' élar. Le village, avec son camping et son refuge, est le point de départ de nombreuses courses, dont l' une des plus intéressantes est probablement le Pic d' An, dans le cirque de Lescun, en France.

informations générales

Accès: les deux vallées sont situées non loin à l' ouest de Jaca, et sont accessibles par la N 24O. Hecho et Ansó sont directement reliés par une route. Hébergement/ravitaillement: les deux villages disposent de magasins, de restaurants et de bars. Diverses offres de tourisme rural; camping à Zuriza et au nord de Hecho; cabanes gardées toute l' année: refugio de Gabardito dans la vallée d' Hecho, refugio de Linza dans la vallée d' Ansó Cartes/Guides: excellente carte topographique 1: 25 000 fournie en annexe de Ara Beturián, Dos miles del Pirineo aragonés occidental Vol. 1 – de Ansó a Canfrac, éd. Ara Beturián 2003; Büdeler Roger, WF Pyrenäen 4: Spanische und französische Westpyrenäen, éd. Rother, Munich 2006 ( traduction française prévue pour l' année 2007 ) Informations: Oficina de Turismo de Hecho, tél. 0034 974 37 53 29, Oficina de Turismo de Ansó, tél. 0034 974 37 02 25 Roger Büdeler, Hambourg ( trad.a La vallée solitaire de los Sarrios – ou vallée des chamois – porte bien son nom: avec un peu de chance, on y croise de ces athlètes à quatre pattes Le Bisaurín est un point d' observation idéal des conditions climatiques: bien souvent, le temps n' est pas le même de part et d' autre de la frontière. Côté espagnol, le soleil règne en maître alors qu' en France, les vallées sont noyées sous les nuages Photos: R oger Büdeler

Escalade libre/ Compétition

Arrampicata libera e di competizione

Feedback