Regard sur vingt ans d'alpinisme

Jusqu' à la fin des années 1960, l' alpinisme classique est de règle dans le monde alpin. L'objectif consiste alors à atteindre le sommet; ne pas le fouler est considéré comme un échec. A cette époque, on gravit les montagnes grâce à un équipement et une connaissance des lieux et des problèmes alpins entraînant des habitudes et une manière d' ap les situations très différentes de celles d' aujourd.

Les années soixante appartiennent encore à la période « mythique » de l' alpinisme, où seuls les accidents attirent l' attention des médias. Les grimpeurs qui pratiquent exclusivement l' escalade rocheuse ne représentent qu' une minorité très discrète. D' autre part, se rendre en Himalaya pour affronter les plus hautes montagnes du globe reste l' apanage de rares « élus », sélectionnés pour des expéditions plutôt lourdes ( personnel et équipement importants ) et souvent imprégnées de nationalisme. S' il fallait ne garder qu' un nom pour la fin des années soixante, ce serait celui de Reinhold Messner. 

R. Messner ouvre des voies nouvelles extrêmes et parcourt en solitaire quelques-uns des plus grands itinéraires des Dolomites, en Italie du nord. Citons, entre autres, le dièdre Philipp-Flamm à la Civetta, et la voie Vinatzer à la Marmolada.

Mais c' est dans le massif du Mont Blanc que cet homme extraordinaire va littéralement secouer la tradition alpine. Il gravit la face nord glaciaire des Droites seul et en 8 h 30! Un exploit qui, à cette époque où tout se réalise relativement lentement, dépasse l' imagination ( deux des trois précédentes cordées avaient passé plusieurs jours dans cette face ). Puis R. Messner se dirigera vers les montagnes de l' Himalaya.

Les années 1970 sont des années de tâtonnements, d' où se dégagent de plus en plus clairement les différentes formes de l' alpinisme, qui prennent leur autonomie: l' escalade rocheuse et ses dérivés, les ascensions glaciaires ou mixtes à caractère alpin, les expéditions lointaines.

 

En Himalaya, une expédition britannique conduite par Chris Bonington réussit la première ascension de la redoutable face sud de l' Annapurna. Dougal Haston et Don Whillans atteignent le sommet.

Aux Etats-Unis, John Stannard gravit la fissure surplombante Foops aux Shawangunk ( l' école d' escalade de New York ). Cette escalade, bien que courte, est extraordinaire parce que très athlétique et technique, bien en avance sur son temps, et la plus difficile du monde à l' époque: 7aCet exploit fut réalisé grâce à un entraînement spécifique, intensif, régulier et selon la méthode du siège, consistant en de nombreux essais répartis sur une longue période. Il constitue la première mise en valeur significative de l' escalade libre de haut niveau.

Retenons encore de cette année 1970 l' image de l' escalade plutôt artificielle des « big walls » des USA, qui ont le vent en poupe parmi la communauté des grimpeurs et dans les revues d' alpinisme et d' escalade. Citons Warren Harding et Dean Caldwell, qui, pour ouvrir une voie, passent 27 jours consécutifs dans la paroi d' El Capitan ( Yosemite, 900 mètres de dénivellation ), forant à la main 300 trous afin de placer les pitons de progression.

Enfin, en Amérique du Sud, sur l' arête sud-est du Cerro Torre ( Patagonie ), une équipe italienne conduite par Cesare Maestri fore également de nombreux trous ( mais cette fois à l' aide d' un compresseur !) pour gagner le sommet.

1971 Durant l' hiver 1971, Serge Gousseault et René Desmaison tentent une voie nouvelle dans la face nord des Grandes Jorasses. Ascension presque réussie, puisque les deux alpinistes parviennent à moins d' une centaine de mètres du sommet. Mais alors, épuisé et dans la tourmente, S. Gousseault meurt, tan- 1 La cotation des difficultés est indiquée dans cet article selon l' échelle française.

dis que R. Desmaison, plusieurs jours plus tard, au terme de 342 heures passées dans la paroi, sera sauvé par une équipe de secours. Dramatique tentative, largement suivie par les médias. La voie en question sera achevée en hiver 1973 par R. Desmaison, Michel Ciaret et Giorgio Bertone.

La technique d' escalade glaciaire s' affine. On commence à gravir les faces et couloirs de glace sans tailler de marches, en utilisant la méthode « quatre pointes avant », soit crampons et un piolet ou marteau à glace dans chaque main ( technique élaborée vers la fin des années soixante en Ecosse par Bill March et John Cunningham, améliorée par Yvon Chouinard aux USA et par le Français Walter Cecchinel à Chamonix ).

En Himalaya, une forte expédition française conduite par Robert Paragot réussit l' ascen du très difficile pilier ouest du Makalu ( 8643 m ). Bernard Mellet et Yannick Seigneur atteignent le sommet.

1972 R. Desmaison effectue la première ascension solitaire, en trois jours, de la très longue et difficile arête intégrale de Peuterey, au Mont Blanc.

Du 22 au 26 décembre 1972, une équipe conduite par Y. Seigneur gravit également l' in de Peuterey, en première hivernale.

1973 Bruce Carson et Yvon Chouinard escaladent la voie du Nose à El Capitan, au Yosemite, sans marteau ni pitons ( utilisant les rares pitons en place ), donnant ainsi une importante impulsion à la mode « hammerless » ( « sans marteau » ), consistant à limiter l' emploi du piton au profit du coinceur.

John Bragg franchit en libre le Toit de Kansas City, aux Shawangunk; encore une escalade en avance sur son temps: 7bc.

Le 31 décembre 1973, se termine après quatre jours la première ascension du couloir nord-est du Dru, à Chamonix. Par cette escalade, Claude Jaeger et W. Cecchinel donnent ses lettres de noblesse à la nouvelle technique glaciaire « quatre pointes avant ».

1974 Les Américains Henry Barber et Steve Wunsch grimpent régulièrement, cinq à six jours par semaine et toute l' année. Ces premiers amateurs à plein temps complètent leur quotidien d' escalade par des exercices de gymnastique. Sur le rocher, ils tentent, parfois plusieurs jours durant, des passages clés où ils refusent de recourir aux moyens artificiels. Henry Barber, surnommé « hot Henry », va promouvoir l' escalade moderne grâce à ses « voyages-escalades » dans de nombreux pays. Steve Wunsch, considéré comme le prophète du purisme en matière d' escalade, gravit aux Shawangunk la voie Super-crack ( 7bc ).

1982: Christophe Profit gravit en solitaire la « Directe américaine » de la face ouest du Dru.

En Grande-Bretagne, dans le nord du pays de Galles, Peter Livesey gravit, après inspection depuis le haut, le fameux Right Wall ( 7a ), à Dinas Cromlech.

Première ascension féminine d' un 8000 mètres, le Manaslu, par une équipe de Japonaises.

1975 Une expédition anglaise dirigée par C. Bonington réalise la première ascension de la très convoitée face sud-ouest de l' Everest.

Dougal Haston et Doug Scott atteignent le sommet.

La même année, mais en expédition légère de deux personnes, R.M.essner et Peter Habeler gravissent le Hidden Peak. C' est la première fois que l' ascension d' un 8000 est réussie en technique alpine classique, sans support d' équipe ni masque à oxygène.

Jean-Marc Boivin et Patrick Gabarrou gravissent le Super-Couloir, au Mont Blanc du Tacul. C' est le début de l' exploration systématique des faces et couloirs glaciaires alpins en technique « quatre pointes avant », qui permet désormais de gravir quasiment n' importe quelle paroi glacée, fût-elle verticale, voire surplombante!

Jim Bridwell, Bill Westbay et John Long escaladent la voie du Nose à El Capitan ( Yosemite ) en une journée de quinze heures, apportant la preuve que l' escalade de haute difficulté sur de grandes parois est possible dans des horaires « express ».

Riccardo Cassin 1986: ascension-éclair de la face nord du Mont Everest par J. Troilletet E. Loretan 1976 Début de l' escalade rocheuse sur les « big walls » ( grandes faces rocheuses ) de l' Hima: les Anglais Mo Anthoine, M. Howells, Martin Boysen et l' infatigable Joe Brown ( figure légendaire de l' escalade anglaise ) ouvrent une élégante voie sur la face sud-ouest de la Tour de Trango, dans le Baltoro ( Karakoram ). Certes, des cordes fixes sont posées pour effectuer la première ascension de ce sommet altier, mais l' idée de pratiquer l' es rocheuse en plein Himalaya est lancée.

Aux Etats-Unis, Ron Kauk réalise Separate Reality ( Yosemite ), la première « ascension » d' un toit horizontal en 7bc.

1977 Durant 14 jours de juin, l' Italien Renato Casarotto réalise en solitaire un itinéraire de très grande envergure dans la face nord du Huascaran ( Andes péruviennes ).

Deux grimpeurs britanniques établissent le règne de l' escalade libre sur le continent européen: Peter Livesey et Ron Fawcett, considérés à l' époque comme les meilleurs grimpeurs du monde. Au printemps 1977 ils grimpent dans les gorges du Verdon ( Midi de la France ), où les falaises sont encore tout auréolées de mythe. Les deux compères parcourent exclusivement en libre des voies qui jusqu' alors ne se gravissaient pas entièrement ainsi. Dès lors se précise dans les esprits et les gestes l' idée du libre systématique.

1978 En Suisse, les grimpeurs « bougent » aussi, mais en liant alpinisme et escalade libre, ce qui se comprend lorsque l'on connaît l' impor de l' environnement alpin dans notre pays. C' est ainsi que Hans Howald réussit l' as en libre de l' arête ouest des Salbitschijen, et aborde le 7e degré en montagne.

Durant l' hiver 1977-78, le Français Yvan Ghirardini gravit en solitaire les trois prestigieuses faces nord des Alpes: Eiger, Cervin et Grandes Jorasses.

En Himalaya, R.M.essner et P. Habeler effectuent la première ascension sans masque à oxygène du point le plus élevé du globe, l' Eve ( 8848 m ), brisant définitivement le tabou de l' altitude. Dans la foulée, R.M.essner, seul et sans support, réalise ensuite une nouvelle ascension dans le versant Diamir du Nanga Parbat ( 8125 m ). Un exploit fantastique et visionnaire dans le domaine des 8000.

1979 En février, R. Casarotto réussit la première ascension du pilier nord du Fitz Roy, en Patagonie. Lorsque l'on connaît l' isolement des lieux et les conditions climatiques qui y régnent, on mesure l' importance de cette ascension.

La cordée italienne Gianni Cornino et Gian-Carlo Grassi affronte l' escalade glaciaire extrême et exposée à de grands dangers objectifs. Ils remontent les séracs du versant sud-est du Mont Blanc, tels ceux du couloir central du Col Maudit ou de la Poire.Victime de son audace, G. Cornino se tue peu après en tentant, seul et en hiver, une nouvelle voie de ce type.

Le 8e degré de l' escalade libre est atteint ( 8a ) par Tony Yaniro qui, non sans travail, gravit la voie Great Illusion, à Sugar Loaf ( Californie ). Encore une performance bien en avance sur son temps: à cette époque, cette voie est en effet la plus difficile du monde. Trois ans plus tard, il faudra une semaine à l' Allemand Wolfgang Güllich pour la répéter.

En France, c' est le début de la pose de spits ( pitons dont le placement exige le forage d' un trou ) sur des dalles d' aspect lisse et compact. Cette pratique ouvrira de nouveaux « terrains de jeu » aux possibilités innombrables, de même qu' elle répandra un type d' escalade limitant les risques. Le phénomène, qui s' ob d' abord dans les falaises du sud du pays ( gorges du Verdon surtout ), aura un impact international.

Entre-temps, Patrick Berhault, phénomène lui aussi, se joue des plus difficiles itinéraires des Alpes. A Chamonix en particulier, il pulvérise en solitaire tous les horaires. Il fait preuve d' une aisance déconcertante dans tous les terrains: glace, mixte ou rocher. Mais c' est dans les gorges du Verdon que l'on évalue au mieux ses exceptionnelles qualités. Seul et Qui sait où s' arrêtera la progression des difficultés en escalade rocheuse? Patrick Berhault dans « Papy on sight » ( gorges du Verdon ). Page suivante, Patrick Edlinger sans équipement, il parcourt à la descente le Pilier des Ecureuils ( 6b ), et à la montée la voie Mangoustine ( 6c. En réalisant les premiers passages de 7e degré de France, P. Berhault est à l' origine de l' escalade libre de haute difficulté dans ce pays.

En Allemagne de l' Est, à l' EIbsandsteinge, le très actif Bernd Arnold ouvre la voie Direkte Superlative selon des méthodes parmi les plus strictes du monde: escalade engagée et exposée, protections limitées ( d' ailleurs pas toujours des plus fiables !), concentré de hautes difficultés rocheuses.

Les années 1980 sont celles du développement du « business alpin ». Exploits toujours plus nombreux et audacieux, mais en même temps parrainés et médiatisés. Le « look » des protagonistes change, et la performance sportive de l' individu prime sur l' esprit de cordée d' antan. En escalade rocheuse, la part de l' in est balayée par la pose de points d' assurage en quantité croissante ( en l' occur les spits ) destinés à éliminer tout risque. Le professionnalisme s' installe, les compétitions se multiplient... et l'on se demande si l' homme ne devient pas de moins en moins libre et de plus en plus assisté.

1980 En janvier—février, une expédition polonaise menée par Andrej Zawada réussit la première ascension hivernale de l' Everest: Cichi et Wielicki atteignent le sommet par -50 °C!

Toujours en Himalaya, vingt ans après sa première ascension de l' arête nord-est du Dhaulagiri ( 8167 m ), le Suisse Max Eiselin met sur pied pour cette même montagne une expédition commerciale, ouverte à des clients, et couronnée de succès puisque 14 des 17 membres parviennent au sommet.

Au Cervin, J.M. Boivin réalise une sympathique performance multi-sportive ( et un film ): une rapide ascension solitaire de la face nord, un saut en aile delta depuis le sommet, ainsi que la descente à ski de la face est depuis la vire Mummery.

1981 Début de « l' ère industrielle » de l' escalade, à l' occasion d' un premier rassemblement de grimpeurs de haut niveau, organisé à Kon-stein, en Allemagne, par une firme commerciale. L' Europe constate une fois encore l' avance américaine, en même temps qu' elle découvre la vedette d' outre, John Bachar, champion de l' escalade extrême et du solo intégral.

Dans les Alpes, on assiste à l' éclosion de l' escalade rocheuse moderne, transposition aux faces de haute montagne des techniques appliquées sur les falaises ( celles des gorges du Verdon par exemple ): ouverture de voies nombreuses, pose de protections fixes fiables. A Chamonix, c' est Michel Piola qui fait école, tandis qu' en Suisse centrale, après la période de Hans Howald, ce sont les frères Claude et Yves Remy qui ouvrent et équipent, d' abord l' Eldorado du Grimsel, puis les massifs environnants.

La plus étonnante performance alpine de cet été est réalisée à Chamonix: P. Berhault et J.M. Boivin enchaînent en une superbe journée la face sud de l' Aiguille du Fou et la Directe américaine à l' Aiguille du Dru, avec une élégante liaison en... aile delta! Cette amorce marque le départ d' une période intensive d' enchaînements de voies de plus en plus audacieux dans les Alpes.

1982 R. Casarotto se situe à l' opposé de la mode de la vitesse. Où qu' il aille, il opte en effet pour la technique himalayenne, car il aime la montagne et est d' avis que pour pouvoir l' aimer vraiment, il faut la goûter pendant plusieurs jours! C' est ainsi qu' il effectue en solitaire, complètement autonome pendant 15 jours de février, un enchaînement sans précédent qui le conduit au point culminant des Alpes, le Mont Blanc, en passant par la face ouest de l' Aiguille Noire de Peuterey, la voie Gervasutti à la Pointe Gugliermina et le pilier Central de Frêney.

Eric Escoffier et Daniel Lacroix enchaînent en une journée deux grandes voies au Dru: Directe américaine et pilier Bonatti!

Roger Fillon gravit le versant Nant Blanc de l' Aiguille Verte. Au sommet, il ouvre son sac, en sort une toile qu' il déplie, s' envole et redescend en quelques minutes à Chamonix! Quelques jours plus tard le même « fou volant » récidive depuis le sommet du Mont Blanc.

L' introduction du parapente ouvre dans le monde alpin de nouvelles perspectives. Mais il implique de s' encombrer de quelques kilos supplémentaires relativement volumineux, et exige une pente adaptée et un bon vent pour décoller.

Christophe Profit réalise en solo intégral l' ascension « express » de la Directe américaine de la face ouest du Dru, soit mille mètres de haute difficulté ( jusqu' à 6c ), avalés en 3 h 10! Une performance stupéfiante, qui sera retracée ultérieurement dans un excellent film.

Patrick Edlinger, surnommé « le blond » ou « l' homme araignée », est la nouvelle vedette de l' escalade libre. Il s' illustre brillamment dans des films: d' abord dans « La vie au bout des doigts », puis dans « Opéra vertical ». On le voit suspendu à une main dans un surplomb, le corps entièrement dans le vide, ou effectuer des tractions sur le plus petit doigt d' une seule main, ou encore parcourir en solo, pieds nus, la voie Débiloff, au Verdon ( 6c ).

Le grand public est enfin conquis par ces sports de plein air. C' est le déclic pour de nombreux nouveaux adeptes... de même que pour les médias et les sponsors.

1983 Durant l' hiver 1983, C. Profit enchaîne en une journée trois faces dans le massif du Mont Blanc: les Droites, l' Aiguille de Talèfre et le Linceul, aux Grandes Jorasses. Ce n' est qu' un prélude...

Une expédition suisse cumule trois 8000 proches l' un de l' autre, soit les Gasherbrum I et II, ainsi que le Broad Peak. Trois des membres, Erhard Loretan, Marcel Ruedi et Jean-Claude Sonnenwil atteignent successivement ces trois sommets en technique alpine.

Mais l' année 1983 est aussi celle d' un véritable « boom » de l' escalade. Sites, voies et spits se multiplient, principalement dans le sud de la France, région très propice en raison de son ensoleillement, de la bonne qualité de la roche et des accès brefs aux parois d' escalade. Cette dynamique entraîne un afflux massif de nouveaux grimpeurs appliquant leurs propres méthodes. Ainsi les règles du jeu vont-elles changer, tandis que les Français comblent leur retard sur les Américains. Certains d' entre eux deviennent des professionnels de l' escalade, qu' ils pratiquent à plein temps, tel leur leader, P. Edlinger.

1984 En Himalaya, ouverture d' une voie nouvelle exceptionnelle sur la face sud de l' Annapur I ( 8091 m ), haute de 2000 mètres, en technique alpine ( c'est-à-dire légère et sans cordes fixes ), par les deux Catalans Nili Bohigas et Enric Lucas, en dix jours d' engagement total.

Tournée triomphale du Britannique Jerry Moffat dans les sites d' escalade français. Ce grimpeur brillant réussit en « blocs » et en falaise les voies les plus dures de l' Hexagone, parcourant « à vue », c'est-à-dire sans reconnaissance ni travail préalables, des itinéraires de 7c.

1985 Les 6 et 7 juillet a lieu à Bardonnecchia, en Italie, la première compétition d' escalade d' Europe occidentale.Vainqueur chez les messieurs: l' Allemand Stefan Glowacz; chez les dames: la Française Catherine Destivelle.

La compétition exclut en principe toute tricherie de la part des concurrents. Remarquons néanmoins que la manière de préparer les voies permet de favoriser un type de grim- peur ( morphologiquement ) ou un style d' esca.

Le 24 juillet est une date marquante dans l' histoire de l' alpinisme. C. Profit enchaîne en solitaire les trois prestigieuses faces nord des Alpes, Eiger, Cervin et Grandes Jorasses, en une seule journée de 23 h 30, assisté d' un hélicoptère pour passer d' un massif à l' autre. Exploit fabuleux, largement médiatisé.

1986 Le Yougoslave Torno Cesen gravit à son tour la trilogie Eiger-Cervin-Grandes Jorasses en solitaire, en hiver et sans logistique. Il se déplace en voiture entre les massifs et réussit les trois faces nord en une semaine. Performance également exceptionnelle, et belle leçon d' autonomie!

Autre étonnante performance, celle d' E. Loretan et André Georges, qui enchaînent les sommets de la « Couronne impériale » reliant Grächen à Zinal ( Alpes valaisannes ): suivant une longue arête, ils chevauchent 38 sommets, dont 30 à plus de 4000 mètres, durant 18 jours d' hiver ( du 14 février au 4 mars ), avec ravitaillement par hélicoptère.

E. Loretan et Jean Troillet effectuent une as-cension-éclair de l' Everest ( 8848 m ) par son versant nord. Aller et retour en un jour et demi, y compris une descente en glissade sur les fonds de pantalons!

J.M. Boivin et A. Georges enchaînent en une journée deux très importantes voies des Alpes valaisannes: la directissime de l' arête nord de la Dent Blanche et la voie Gogna à la face nord du Cervin.

En Himalaya, R.M.essner, plus libre que jamais, devient le premier homme à avoir foulé le sommet des quatorze 8000 de la planète, tandis que la mort de 13 alpinistes au K2 ( Karakoram ) vient rappeler la force de la montagne et de ses tempêtes.

1987 Une concurrence acharnée oppose E. Escoffier et C. Profit autour du projet d' enchaîner la trilogie Eiger-Cervin-Jorasses en une journée, en solitaire et en hivernale. Le 12 mars, le sobre et méticuleux Christophe s' engage dans la face nord des Grandes Jorasses par l' éperon de la Pointe Croz. Du sommet, il descend en parapente, puis il est conduit en hélicoptère au pied de l' Eiger, qu' il avale pour être emporté du sommet par hélicoptère jusqu' au pied du Cervin, où il termine brillamment sa trilogie, en 42 heures au total. Extraordinaire exploit largement médiatisé.

Aux Etats-Unis, Peter Croft effectue en solo intégral et en un temps record trois importantes et longues voies du Yosemite: Astro-man, Rostrum et Nabisco, soit plus de 1000 mètres en 6c-7a.

1988 Années 1980: le parapente ouvre de nouvelles perspectives dans le monde alpin. Ici, Christophe Profit quittant le sommet de l' Aiguille Verte. Au fond, les Grandes Jorasses et la Dent du Géant 1987: Christophe Profit en solitaire hivernale dans la face nord des Grandes Jorasses Mais peut-être que l' un des plus grands exploits de cette année, voire de toute l' histoire de l' alpinisme, est signé par Riccardo Cassini Eh oui, en 1987, âgé de 78 ans, R. Cassin, accompagné de ses amis de Lecco, répète l' as de la face nord du Piz Badile, dont il fut en 1937 le premier ascensionniste! Qui peut se targuer d' un pareil exploit?

En automne a lieu la concrétisation d' une prise de conscience de la communauté des alpinistes quant à la nécessité de protéger les Alpes: le mouvement international Mountain Wilderness est fondé en Italie.

Les Américains Paul Piana et Todd Skinner parcourent exclusivement en libre la voie Salathe à El Capitan ( Yosemite ). Haute de 900 mètres et comportant des passages de 8a, cette ascension est à ce jour sans doute la plus difficile des longues escalades du monde. Plus de 30 jours ont été nécessaires à cette réalisation!

Le 3 juillet, le Français Pierre Tardivel dévale à ski l' impressionnante face nord-est du Grand Pilier d' Angle, au Mont Blanc. Bien qu' elle ait exigé deux rappels, cette performance stupéfie les spécialistes de ce domaine.

C' est en automne, en Himalaya, que les Allemands Wolfgang Güllich et Kurt Albert réussissent la plus difficile escalade libre d' alti, sur la Nameless Tower de Trango, à plus de 6000 mètres. Ils parcourent en face sud-est la voie yougoslave de F. Knez, qui vient d' être ouverte en escalade mixte, et ils inaugurent des passages en 7b, dans un environnement peu favorable à ce type d' escalade libre.

En automne encore, triomphe et tragédie à l' Everest ( 8848 m ). Une petite expédition légère de quatre Tchécoslovaques, extrêmement limitée en matériel, réussit la première ascension en technique alpine de la face sud-ouest de l' Everest ( voie britannique de 1975 ), et disparaît au retour, peu en dessous du sommet.

Hiver 198B-1989 En Himalaya, le solide Polonais Krzysztof Wielicki gravit le quatrième plus haut sommet du monde, le Lhotse ( 8501 m ), seul depuis le camp III établi à 7400 m, et en hiver, le 31 décembre 1988.

Première solitaire hivernale « express » de l' intégrale de Peuterey au Mont Blanc, par C. Profit bien sûr, dans l' horaire époustouflant de... 19 heures!

E. Loretan et A. Georges enchaînent successivement, en 13 journées de l' hiver, treize faces de l' Oberland bernois, toutes très difficiles, parmi lesquelles la face nord de l' Eiger.

T. Cesen effectue la première ascension solitaire et hivernale ( le 23 janvier ) de l' une des plus difficiles longues voies rocheuses des Alpes: Temps Modernes, à la Marmolada ( Dolomites ): sept heures d' escalade pour 800 mètres en 6bc!

1989 T. Cesen gravit en solitaire la face nord du Jannu ( 7710 m, Himalaya ), itinéraire mixte de haute difficulté, de très grande ampleur et d' engagement absolu. Un exemple de grand alpinisme!

W. Güllich et K. Albert, à nouveau sur la Nameless Tower de Trango, ouvrent un nouvel itinéraire à gauche de la voie Knez, comprenant des passages de 7bc. Il s' agit à ce jour de la plus difficile escalade rocheuse en Himalaya.

Le 23 octobre, à 150 mètres au-dessous du sommet du Lhotse ( 8501 m, Himalaya ), dont une expédition polonaise était sur le point de réussir la première ascension de la face sud, Jerzy Kukuczka tombe et se tue. Il partageait avec R.M.essner le privilège d' avoir gravi les quatorze 8000 de la planète et comptait sans nul doute parmi les plus grands alpinistes de sa génération.

Sources et bibliographie Revues Mountain ( GB ), 1969-1989.

Montagnes magazine ( F ), 1978-1989.

La Montagne ( CAF, F ), en particulier le n° 2/1988, pp. 52-65: « L' escalade à travers les âges », par C. Deck.

Annales du GHM(F ), 1969-1989.

Les Alpes ( CAS, CH ), en particulier la revue trimestrielle 1/1988.

Ouvrages Le nouvel alpinisme, par J.M. Asselin, Nathan 1988.

Premier vainqueur des 14 huit mille, par R.M.essner, Denoël 1987.

Le 8e degré, par B. Tribout et D. Chambre, Denoël 1987.

Shawangunk rock-climbing, par R. Dumais, Chockestone press 1985.

Climb in Colorado, par B. Godfrey et D. Chelton, Alpine house 1977.

Le 70 degré, par R.M.essner, Arthaud 1975.

Big wall climbing, par D. Scott, Kaye & Ward 1974.

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