Responsable des routes au Safiental. Des hommes et des montagnes

Responsable des routes au Safiental

Walter Kessler vit avec sa femme Claudia et leurs six filles, à Tenna, dans le Safiental. Cet employé du service des routes ferait pâlir d' envie bien des pendulaires: son lieu de travail se trouve juste derrière le seuil de sa porte. Le Safiental, une vallée de montagne très peu peuplée, est, aujourd'hui encore, traversée par une route naturelle.

La famille de huit personnes qui s' est installée là il y a quelques années joue un rôle important dans la vie de la vallée car, sans elle, l' école de ce village d' une centaine d' habitants aurait sans doute fermé. De plus, l' exubérance et la joie de vivre des enfants apportent un contrepoint appréciable au sérieux des adultes. Un gros chien ébouriffé et quelques chats animent leur demeure, une ferme ancienne. Sur la longue corde tendue du balcon au poteau du téléphone, via une petite poulie, du linge multicolore claque au vent.

Une source de revenus pour les familles Walter Kessler travaille comme chauffeur au service des routes de sa région et se sent bien intégré dans le groupe. Chacun sait quelle est sa place, quels sont ses points faibles et, surtout, quels sont les dangers liés à la nature. C' est justement lorsque la situation devient critique que l'on mesure sa propre responsabilité et que l'on prend conscience d' être indispensable. En de tels jours, Claudia Kessler, qui ne quitte pas la maison en raison d' un handicap, est comme les femmes de guides ou de marins: elle accompagne les hommes en orange par le cœur et la pensée. Pour elle, il est rassurant de savoir que son mari, entouré de son équipe, n' est pas seul sur la route.

Une équipe solidaire Le temps du combattant solitaire, seul à recevoir les éloges, mais aussi à porter la responsabilité de son tronçon de route, appartient au passé. Car, en se tenant les coudes, les forces s' en trouvent multipliées. Et la solidarité est d' ailleurs devenue une nécessité, car le trafic dans le Safiental a augmenté dans une proportion incroyable. Notre société veut des routes excellentes en tout temps et les heures se comptent autrement que par le passé. L' agriculture, l' artisanat, le commerce, le tourisme, le sport et le domaine privé, tout est pris aujourd'hui dans le filet des échéances. Si l' automobiliste doit attendre avant de poursuivre sa route, même un court moment, ou si un tronçon plein de trous l' oblige à rouler lentement, il s' énerve tout de suite. Dans ces situations, l' esprit d' équipe aide à prévenir la mauvaise humeur et le stress.

Un quartier général nommé « Acla » A l' entrée du tunnel de l' Acla, construit il y a quelques années, se trouve le quartier général du service des routes, qui comprend un local pour les machines et une salle chauffée avec table et banc d' angle. C' est ici qu' ont lieu les séances d' organisation du travail, les discussions et les rapports. Et c' est ici que Johann Gees, le contremaître, a établi son bureau, équipé d' un PC. Il déclare: « En

Walter Kessler au volant de son Unimog Les routes naturelles nécessitent un subtil dosage ente les machines et le travail manuel Pho to s: Eli sab et h Ba rd ill

tant que responsables de la route, nous sommes en relation très proche avec notre tronçon. Pour faire ce travail, nous devons garder nos sens en éveil et observer ce qui se passe dans la nature. Nous flairons souvent les dangers à l' avance, car notre attention se porte aussi sur le bas-côté de la route et sur les terrains situés en dessus et en dessous de la route. Les glissements de terrain, par exemple, sont prévisibles sur les pentes raides qui ne sont plus fauchées, où la neige se met en mouvement sur les grandes herbes couchées. Au printemps, nous sommes très occupés, entre les réparations urgentes de la chaussée et les trous à combler. En été, quand le terrain est stabilisé, nous nous consacrons aux travaux d' en régulier. »

Sans route, pas de liaison La route du Safiental, chemin de rêve pour les uns, cause de soucis pour les autres, fait partie du réseau cantonal grison. Elle garantit, pour les habitants de la vallée, l' accès aux lieux de travail, aux centres scolaires et de formation, aux institutions sociales et de santé, aux

Les hommes en orange sont synonymes de sécurité pour les usagers de la route La grande famille de Claudia et Walter Kessler garantit encore pour quelque temps la présence de l' école dans la vallée

centres culturels et commerciaux, et aux gares. La patience des voyageurs est parfois mise à rude épreuve, surtout dans les mois d' avalanche et de fonte des neiges. Des glissements peuvent soudainement bloquer la route et les ruisseaux au fond des ravins arrachent parfois, à la chaussée, toutes sortes de matériaux qu' ils emportent dans les profondeurs.

Ceux qui habitent le long de la route du Safiental et l' empruntent régulièrement sont au courant de tout ce qui la concerne: les incidents, les suppositions, les prédictions, les expertises, les éloges et les jurons. Les histoires se propagent rapidement: celle de la naissance accélérée dans la ferme du bord de la route, du trajet jusqu' à l' hôpital derrière le chasse-neige, de la course mortelle d' un vacancier dans un brouillard épais, du transport d' un mort par-dessus un cône d' avalanche, des collisions entre chauffeurs chevronnés dans le virage au rocher proéminent, ou, encore, des troupeaux qui bloquent la circulation... Mais seuls les hommes en orange, tel Walter Kessler, bénéficient d' une vue d' ensem et connaissent tout de leur route. a

Elisabeth Bardill-Meyer, Schiers ( trad. )

ays méditerranéen du Proche-Orient, le Liban est davantage connu pour ses années de guerre civile que pour la qualité de sa neige de printemps! Et pourtant... cette terre entre mer et ciel dont l' histoire est plus vieille que la Bible, cette « Terre du lait et du miel » qui attisait la convoitise des conquérants offre des possibilités immenses pour l' amateur de randonnée à ski. Deux importantes chaînes de montagnes le traversent du nord au sud: la chaîne du Liban et celle de l' Anti. C' est la première qui nous intéressait, avec son sommet

LES ALPES 1/2002

culminant à 3090 m, le Qornet as-Sawda. En dehors des pistes balisées des quelque cinq ou six petites stations locales, elle recèle des immensités blanches, vides de toutes traces: les Libanais n' ont pas l' esprit aventurier. Voilà qui ne peut que nous plaire! Nous envisageons de traverser une partie de la chaîne pour rejoindre, au nord, la vallée de la Bekaa.

Un décor de film

Nous débarquons un soir de février à Beyrouth. Impatients, nous sautons dans un bus qui nous emmène à Faraya, situé seulement à une heure de là. Nous nous réveillons le matin sous un ciel bleu pur, dans lequel semble

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T E X T E / P H O TO S Nicolas Jaques, Verbier

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