Ski extrême. D'adrénaline et de parois abruptes

Ski extrême.

D' adrénaline et de parois abruptes

Seule une poignée d' athlètes de haut niveau s' adonne au ski extrême, discipline à part parmi les autres sports alpins. Ces cracks de l' espace vertical obéissent à la même passion: skier là où cela semble impossible – ou mieux encore, là où personne ne s' était encore jamais risqué. Et pour cause: il faut posséder un mental et un physique d' acier pour avoir une chance d' arriver en bas, sain et sauf. Le Français Pierre Tardivel 1 et le Suisse Marcel « Stei » Steurer représentent la crème des skieurs extrêmes.

Boucler les skis au sommet, regarder dans les profondeurs du vide, ne rien distinguer d' autre que le fond de la vallée, séparé par plus de mille mètres d' une pente que l'on devine seulement, tellement elle est verticale, prendre trois profondes inspirations et se lancer avec précaution dans la paroi abrupte – rien ne fait monter plus vite l' adrénaline et battre plus fort le cœur d' un skieur extrême que le défi d' une descente à la limite du possible. Le skieur extrême – ce sport se décline au masculin, car les femmes pratiquent rarement cette discipline – doit se concentrer sur le moindre de ses gestes, sans jamais perdre de vue son but. Il ne peut ni ne doit se laisser distraire, car le moindre relâchement a toujours les conséquences les plus dangereuses. Un seul moment de doute et tout est perdu. Mais l' appel du vide exerce une force d' attraction magique. Quiconque l' assouvit ressent des émotions tellement fortes qu' elles sont presque indescriptibles.

Il ne faudrait pas pour autant s' ima, en profane, que le skieur extrême dévale en sauts élégants les parois les plus raides en exultant de joie. Descendre une pente entre 45° et 60° en franchissant des précipices dans des conditions d' enneigement délicates se transforme par moments en une glissade malaisée, entrecoupée de manœuvres périlleuses pour changer de direction. Pour repousser les limites du possible, des nerfs solides, un contrôle parfait de ses skis et une maîtrise sans faille de toutes les techniques alpines – le skieur extrême ne se fait pas déposer au sommet par un hélicoptère, mais escalade l' itinéraire en montée pour reconnaître les lieux – sont d' une nécessité vitale.

De Saudan à Tardivel La liste des skieurs extrêmes est courte. Certains noms appartiennent au passé, comme Sylvain Saudan, le Suisse qui s' est illustré dans les années septante comme le pionnier du ski extrême, ou encore l' Italien Heini Holzer et le Français Patrick Vallençant, qui ont tous deux payé leur passion de leur vie. Actuellement, deux Français jouent les figures de proue: Pierre Tardivel pour le ski et Jérôme Ruby pour le snowboard. Les Suisses Dominique Neuenschwander, Hansruedi Abbühl de Hasliberg et Kobi Reichen de Lauenen sont peut-être moins médiatiques, mais n' ont rien à leur envier. Tous sillonnent, ou sillonnaient, les Alpes en quête du prochain défi, surveillant attentivement les conditions, attendant encore et encore – jus-

1 Cf. page 14 Descente dans la paroi ouest du Graustock; « Stei » se situe juste en dessus du couloir caché LES ALPES 3/2001

qu' au jour où le temps et la neige sont parfaits et qu' il n' est plus l' heure de patienter.

Trente descentes en trois mois! Marcel « Stei » Steurer de Ruswil ( LU ), 28 ans, a rejoint depuis quelques années déjà l' élite des skieurs extrêmes. La liste de ses exploits est longue, tout comme celle de ses premières 2. Cet ébéniste de métier, guide de montagne à ses heures, était particulièrement en veine au printemps 2000. Il a profité des excellentes conditions d' enneigement dont bénéficiait pendant trois mois tout l' arc Alpin pour effectuer trente descentes extrêmes. D' après ses dires, la « plus sauvage » était celle de la paroi nord du Graustock, à Engelberg. Le long de ce mur haut de mille mètres où seul Robert Jasper, le célèbre alpiniste sur glace, avait, en montant, ouvert une voie avant lui, Steurer a tracé une trajectoire extrême-

2 Premières voies ( selon les indications de Marcel « Stei » Steurer ): Tannhorn, paroi nord, Gras-madli und Schnee, 65°; Graustock, paroi nord, Nerven auf Ski, 60°; Bristen, paroi nord-ouest, Urinelli Couloir, 50°; Hangendgletscherhorn, couloir de la paroi nord, Haslirinne, 60°; Dom, paroi est, Weisse Fee, 55°; Laub-Galti-Verbindung, paroi est, 50°; Seehorn, couloir nord-ouest, 50°, Aig. du midi, paroi nord, Glacier Ronde Diretissima, 60°; Titlis paroi est, Marcello Couloir, 65°.

Coup d' œil prodigieux sur la mer de brouillard qui recouvre la région d' Uri. Marcel « Stei » Steurer peu après le sommet, dans la paroi nord-ouest du Bristen Dans la paroi ouest du Titlis, dont Steurer a réalisé la première il y a un an Pho to s:

Lo ren z A .F is che r

ment difficile, combinant des traversées raides, des couloirs cachés et des vires exposées. Certains passages clés – comme un couloir traversé de rochers d' une longueur de 80 m et d' une inclinaison de 60° ou une cascade de glace traversante d' une pente de 60 ont exigé le meilleur de lui-même. Et c' est précisément dans ce moment d' extrême concentration qu' un hélicoptère de la Rega a choisi d' apparaître, alarmé par des skieurs inquiets au pied de la paroi! Commentaire de Steurer: la prochaine fois, j' indiquerai mieux mes intentions!

Seulement pour les alpinistes très expérimentés « Stei » Steurer, qui a introduit la cotation « affreusement difficile » pour classer des voies de plus de 60°, tient à souligner que ses descentes ne sont pas des entreprises de kamikaze: « L' expérience n' est pas tout. Il faut prendre son temps lors de tels parcours, évaluer les dangers et toujours pouvoir faire marche arrière. Au milieu d' une paroi particulièrement raide, la plus petite erreur, la moindre coulée de neige revêt une importance et les sauts deviennent dangereux. » Steurer considère que les quarante semaines qu' il passe par année dans les montagnes, comme guide ou lors de courses privées, constituent les assises les plus importantes de ses descentes extrêmes. a

Emanuel Balsiger, Hettiswil ( trad.

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