Traversée hivernale des Petites Sattelspitzen

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

des Petites Sattelspitzen ( Gastlosen )

Avec 2 illustrations ( 216, 217Par Paul Madierel

A 7 h. 30 le dimanche, 10 mars 1946, mon ami Hans Schmid et moi déposons nos skis au pied des Petites Sattelspitzen, après être montés depuis Abländschen, où nous avons passé la nuit. Heureusement que nous connaissons la région, car nous nous trouvons dans un brouillard opaque nous cachant tout le paysage environnant. Après % h- de montée, nous en sortons. Le soleil matinal nous aveugle. La neige porte très bien, nous sommes donc favorisés. Par un couloir très incliné nous nous élevons dans la direction de l' encoche séparant les Grandes des Petites Sattelspitzen. Nous l' atteignons vers 10 h. 30 après avoir surmonté quelques difficultés dues aux passages glacés. Nous reprenons quelques forces au moyen de biscuits et d' un peu de thé, puis partons en direction du sommet de la Hangfluh, par le chemin habituel. Le premier passage, un mur vertical, muni de prises suffisantes, mais où la neige n' a pas trouvé de place pour se poser, est enlevé sans difficulté. La vire qui vient ensuite du côté sud nous oblige à redoubler de prudence, car elle est pleine de neige.Vers 11 h. nous nous serrons la main au sommet en admirant le paysage. Quelle vue splendide! Au premier plan, les sommets de la chaîne des Gastlosen et des montagnes fribourgeoises émergent du brouillard. Dans le fond, les sommets des Alpes, du Wetterhorn au Mont Blanc, en passant par le Bietschhorn, le Weisshorn et le Grand Combin scintillent sous l' éclat du soleil.

Malgré le temps favorable nous n' avons pas le loisir de nous attarder. Un rappel de 30 m. nous dépose au pied de la Rote Spitze dont le premier tronçon est gravi aisément. La suite de l' arête qui, au dire des connaisseurs, est le plus beau passage de la traversée, nous occupe plus lontemps. Tandis que la vue plonge sur un vide de 300—400 m ., nous nous trouvons en présence d' un passage où, sur 7—8 m ., les prises sont extrêmement rares. Hans s' élève lentement. Après un moment de dur effort, il rejoint un piton qui ne se trouve certainement pas par hasard en cet endroit. Il y passe la corde. Pendant que je l' assure, je vois ses mains qui effleurent le rocher, à la recherche de quelques problématiques aspérités. Au bout d' un moment, je le vois qui s' élève et atteint un endroit où, quelques mètres en dessous du sommet, il peut se reposer et souffler à pleins poumons. Il a surmonté les difficultés avec sa maîtrise habituelle. Maintenant, c' est mon tour. Je m' aperçois vite que le morceau est de choix. Tandis que, les pieds posés sur de minuscules points d' appui, de la main gauche j'.arrive juste à me tenir en équilibre en m' agrippant à une minuscule anfractuosité, ma main droite erre un moment à la recherche d' une prise. Je suis content de sentir la corde qui se tend. Hans qui surveille mes faits et gestes réussit à me faire atteindre une petite plateforme où je reprends mon souffle. Je la quitte après quelques instants, j' atteins le piton, j' en décroche le mousqueton et le remplace par un doigt, ce qui m' aide à garder mon équilibre Plusieurs essais infructueux pour effectuer un délicat rétablissement m' incitent à recourir à nouveau à la corde pour atteindre l' endroit où se trouve mon camarade. De là, quelques mètres de montée plus facile nous font atteindre le sommet recouvert de neige.

Une descente d' une quinzaine de mètres au moyen d' une main courante, puis nous remontons par une vire oblique du côté sud, atteignons l' arête que nous suivons jusqu' au sommet de la Dünne Fluh. La descente s' effectue au moyen d' un rappel de 30 m. sur une dalle verticale et lisse et se termine sur une plateforme d' une dizaine de m2 recouverte de neige poudreuse.

Nous en repartons pour nous élever sur une pente gazonnée, mais très inclinée où il n' y a que très peu de neige. Une montée d' une trentaine de mètres nous fait atteindre l' arête qui nous conduira au sommet de la Weisse Fahne. Nous nous y accordons un instant de repos durant lequel biscuits et thé sont les bienvenus. Nous nous mettons ensuite à la recherche d' un bec de rocher muni d' anneaux de rappel. Il est entièrement enfoui sous la neige. La descente verticale de 35 m. se passe sans incidents et nous dépose dans un couloir très incliné où la neige se trouve en abondance.

Après un passage de côté, recouvert de glace, mais où se trouve un piton qui est le bienvenu, la montée recommence. Nous enfonçons dans la neige jusqu' aux hanches, mais réussissons à nous élever lentement jusqu' au rocher où les pierres de toutes dimensions sont branlantes, mais au moyen desquelles nous montons jusqu' au sommet du Sparrengrat recouvert de corniches de 2 m. et plus que nous longeons avec le maximum de prudence jusqu' au côté opposé où nous effectuons le dernier plongeon dans le vide au moyen d' un rappel surplombant de 35 m. qui est certainement le plus beau de la chaîne des Gastlosen. Il est 18 h. 30, et la nuit approche. Elle nous surprend dans le couloir que nous nous empressons de descendre.Vers 19 h. 30 nous retrouvons nos skis après une traversée de 12 heures, l' estomac presque vide, mais le cœur content de notre belle journée.

Feedback