Triple première dans la face nord-ouest des Diablerets (3209 m)

Les 10 et 11 mars 1996, Claude et Yves Remy ont réussi un beau triplé dans l' imposante face NW des Diablerets: première ascension d' un nouvel itinéraire direct, qui était en même temps une première hivernale, suivie d' une descente à ski du même versant.

Ambiance « congélateur » La face nord-ouest des Diablerets est un monde en soi, vaste et encore bourré d' inconnues, puisqu' elle n' a été gravie qu' une seule fois en été. Mon frère Yves l' avait tentée il y a une quinzaine d' années, et depuis que je parcours ce massif en tous sens, elle me hante...

Sa partie inférieure est exposée à de sérieux dangers objectifs: séracs tombés des glaciers ou avalanches parfois si gigantesques que les nuages de poudreuse vont jusqu' à plâtrer des maisons du village, pourtant bien éloigné!

Notre ascension ( déroulement général: voir p. 55 ) s' est répartie sur deux jours, avec une nuit passée au refuge de Pierredar. Malgré de nombreuses observations et notre bonne connaissance du massif, cette paroi nous a surpris par sa raideur et sa difficulté.

Le deuxième jour, par une bise toujours glaciale, nous avons achevé l' ascension par la montée du Mauvais Glacier ( neige soufflée obligeant à un rythme haché ) et l' escalade de la barrière rocheuse sommitale, où il nous a fallu çà et là enlever les gants... Mais tant qu' on a mal aux doigts à pleurer, c' est qu' ils sont sensibles!

Parvenus au sommet, nous avons eu la surprise et la joie d' y être accueillis par notre ami Jean-Michel et notre père qui, à 73 ans, était aussi heureux que nous. Mais notre programme n' était pas terminé: il nous restait encore le temps et les forces nécessaires pour effectuer la première Face NW des Diablerets: dans la goulotte sommitale descente à ski de la même face, par un endroit moins escarpé et grâce à du matériel déposé auparavant.

Rappel historique La première ascension connue des Diablerets est celle du Bernois Gottlieb Studer, en 1850. En 1881, Georges Béraneck, hardi grimpeur, gravit seul et sans matériel spécial la Quille du Diable, tour verticale de 40 mètres, franchissant un passage de 3e degré.

C' est en 1904 que la cabane du CAS sur la Tête aux Chamois est construite, suivie quatre ans plus tard par le refuge de Pierredar, du club du même nom. Ces abris stimulent l' alpi dans la région, ce qui ne suffit pas à empêcher le massif d' être relativement délaissé par les alpinistes, attirés par des montagnes plus prestigieuses et plus hautes ( magie des 4000 mètres !) que les Diablerets où le rocher, de surcroît, est souvent médiocre. Plus tard, la région connaîtra pourtant un nouvel essor grâce au développement du ski.

En mars 1953 a lieu la première descente à ski de la raide pente nord-ouest du Dôme sur Pierredar, par Marcel Remy et André Delacrétaz.

La construction, en 1964, du téléphérique du Sex Rouge, sommet proche des Diablerets, crée une dynamique sans précédent du tourisme alpin ( ski estival aussi bien qu' hiver ). Le champion de ski de la vallée, o a Willy Favre ( il devait décrocher la même année une médaille aux Jeux olympiques de Grenoble ) inaugure d' audacieuses descentes du Sex Rouge sur Pierre Meule.

Durant ces années, des alpinistes des Ormonts ouvrent trois voies sur la verticale paroi de la Tête aux Chamois ( 5 et A2 ). Michel Favre et Pierre-Alain Hoffer effectuent des premières descentes à ski, dont deux importantes ( avec rappel ) depuis le sommet des Diablerets: l' une sur Derborence, l' autre par le glacier de Pierredar via l' arête ouest.

En hiver 1975, A. Giobellina et l' Ecossais Dougal Haston font la première ascension de la cascade du Dar, qui deviendra une classique de la technique glaciaire « pointes avant ».

Enfin, depuis 1991, les nouvelles voies d' escalade se sont multipliées comme jamais auparavant. Plus d' une centaine d' itinéraires ont été ouverts ( essentiellement par Claude et Yves Remy, accompagnés par Michel Zosi ). Leur niveau s' échelonne du 5 au 8a et ils sont dotés en majorité d' un équipement moderne ( nombreux gollots M10 ), sur un rocher aussi étonnant qu' excellent.

Claude Remy, l' Eglise VD

I.

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Histoire

Les premières ascensions

La Verte est une véritable pyramide à quatre arêtes: Grands Montets, Sans Nom, Jardin et Moine, qui délimitent quatre versants bien distincts: Talèfre, Charpoua, Nant Blanc et Argentière.

Talèfre est le bassin historique, celui de la première ascension, effectuée grâce à un couloir rectiligne qui porte le nom de son vainqueur: Edward Whymper, conduit à cette occasion par les guides suisses Christian Aimer et Franz Biner. C' est le 28 juin 1865 qu' ils bivouaquent à l' abri d' un gros rocher, pratiquement à l' emplacement de l' ancien refuge du Couvercle. Le 29 juin, ils démarrent très tôt, laissant la tente et les provisions à la garde du porteur. L' ascension se fait sans encombre et ils atteignent rapidement le sommet, en taillant seulement quelques marches. La descente, elle, s' effec dans le mauvais temps. La rimaye traversée, ils courent vers le bivouac, affamés et exténués. A leur grande stupéfaction, le porteur s' apprête à redescendre et a déjà plié la tente. Whymper apostrophe le bonhomme. Celui-ci répond tranquillement qu' il les avait crus morts et s' en retournait donc prévenir Chamonix. « Dépliez la tente et donnez-nous nos provisions », rétorque Whymper. Sans se démonter, le porteur extirpe alors de sa poche un reste de croûton de pain et le tend, presque magnanime-ment. Le misérable avait tout dévoré: gigot, miches,

1 Edward Whymper: Escalades dans les Alpes.

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