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Un charognard longtemps mal-aimé Le gypaète, entre mythe et réalité

La tradition populaire a fait du gypaète un prédateur capable d’emporter dans les airs ou de précipiter dans le vide enfants et chasseurs.

L’histoire du vautour est celle d’une chasse sans merci suivie d’une extinction. Au fil des siècles, il fut tiré, piégé, empoisonné, ses jeunes furent dénichés et ses œufs dérobés. Des primes encouragèrent sa destruction. Au 19e siècle, sa rareté croissante attisa encore la convoitise des collectionneurs et des chasseurs.

D’autres facteurs jouèrent contre lui: la disparition du gibier – causée par la surchasse – qui le priva de nourriture; l’éradication des grands prédateurs à l’aide d’appâts empoisonnés; ses faibles effectifs et taux de reproduction, sa maturité sexuelle tardive et son naturel confiant; handicap supplémentaire, le Petit Age glaciaire réduisit les courants thermiques nécessaires à ce grand voilier. Mais le rapace a surtout été victime de sa mauvaise réputation.

Victime d’affabulations?

Pour nos esprits rationnels, la traque de l’inoffensif charognard s’explique par les conditions d’existence de nos aïeux sur l’alpe, dans un monde inquiétant où le quotidien comportait maints périls naturels. Leur vie précaire était soumise aux aléas climatiques détruisant foins et récoltes, ou aux grands prédateurs qui s’en prenaient au bétail, et représentaient même – certes rarement – un risque physique. Ces «fléaux» frappaient durement de pauvres paysans, et nourrissaient en eux un fort sentiment de vulnérabilité envers les forces de la nature. Pour apaiser leur inquiétude, ils tentaient d’expliquer ces phénomènes, ce qui leur permettait, pensaient-ils, de les anticiper. C’est ainsi que sont nées des croyances où le gibier tenait une place importante. Celui-ci se divisait en deux catégories: les animaux «utiles» et les «nuisibles».

De par son allure impressionnante et sa taille extraordinaire, le gypaète appartenait au second groupe. En cause, sa faculté d’apparaître soudainement très près de l’Homme, et son audace suspecte de le survoler en le «dévisageant»; son regard fascinant cerclé de rouge; son masque et sa barbe noirs qui lui donnent un air sévère; et sa réputation de voracité, due à ses puissants sucs gastriques, qui lui a valu le nom allemand de «vautour des agneaux». Outre ses prétendus dégâts sur le bétail, on croyait aussi qu’il s’en prenait parfois aux montagnards.

Ou cas rarissimes généralisés?

Au-delà de cette explication restent de nombreux récits détaillés (dates, lieux, noms, témoins) d’attaques d’enfants et de chasseurs. Par exemple, le 2 juin 1870 dans l’Oberland bernois, un garçon de 14 ans se serait fait violemment tabasser à coups d’ailes, de bec et de griffes, et sérieusement blessé au crâne, au dos et à la poitrine. Après sa convalescence, il se serait rendu au Museum de Berne où, parmi d’autres rapaces naturalisés, il aurait identifié son agresseur: un gypaète adulte (M. A. Feierabend, Die Schweizerische Alpenwelt, 1873).

Si les récits de chasseurs soi-disant attaqués paraissent souvent exagérés voire stéréotypés, peut-on affirmer qu’absolument tous ceux relatant des attaques d’enfants ne sont qu’affabulations? Ou est-ce que, en des cas rarissimes et des contextes différents du nôtre (conditions de la vie rurale, disparition du gibier, climat défavorable), un gypaète affamé et stressé a-t-il pu précipiter dans le vide un gamin chétif livré à lui-même sur l’alpe, avant de se repaître de sa dépouille? Car, selon plusieurs témoignages anciens ou récents, le vautour, s’il n’est pas le chasseur qu’on croyait jadis, saurait déséquilibrer des proies en détresse pour les faire chuter. Aurait-on ensuite fait de ce comportement occasionnel une généralité? Difficile de trancher. Soulignons toutefois que l’oiseau, doté de serres de charognard inadaptées à la chasse, est incapable d’emporter dans les airs un poids de plus de 3 kilogrammes, donc en principe un enfant.

Chronologie d’une disparition

Entre 1800 et 1900, au moins 115 gypaètes sont tués ou capturés en Suisse, malgré l’appel de la Confédération à protéger l’espèce en 1887. Dans le premier tiers du 19e siècle, elle disparaît d’abord d’Appenzell, puis de Saint-Gall et Glaris. L’oiseau se maintient jusqu’en 1869 au Tessin, 1880 dans le canton de Vaud et 1886 dans celui de Berne. Ses derniers bastions se situent dans des massifs retirés des Grisons jusqu’en 1892, voire 1897, et en Valais jusqu’en 1900.

En Autriche, la dernière observation d’oiseaux indigènes remonte à 1906. Le vautour survivra plus longtemps entre la France et l’Italie, où les ultimes captures datent de 1909 dans les Alpes maritimes et 1913 dans le val d’Aoste. Pourtant, dès les années 1920, des gypaètes seront régulièrement observés dans le nord de l’Italie, en Autriche et même en Suisse. Ces visiteurs seraient venus des Balkans, de Corse ou des Pyrénées, où subsistait une centaine de couples.

Après un premier essai de réintroduction dès 1974, l’espèce a fait l’objet, dès 1986, d’un programme coordonné de lâchers en Autriche, en France, puis, dès 1991, en Suisse et en Italie, dont sont issues ses actuelles populations alpines.

Un charognard longtemps mal-aimé Le gypaète, entre mythe et réalité

La tradition populaire a fait du gypaète un prédateur capable d’emporter dans les airs ou de précipiter dans le vide enfants et chasseurs.

L’histoire du vautour est celle d’une chasse sans merci suivie d’une extinction. Au fil des siècles, il fut tiré, piégé, empoisonné, ses jeunes furent dénichés et ses œufs dérobés. Des primes encouragèrent sa destruction. Au 19e siècle, sa rareté croissante attisa encore la convoitise des collectionneurs et des chasseurs.

D’autres facteurs jouèrent contre lui: la disparition du gibier – causée par la surchasse – qui le priva de nourriture; l’éradication des grands prédateurs à l’aide d’appâts empoisonnés; ses faibles effectifs et taux de reproduction, sa maturité sexuelle tardive et son naturel confiant; handicap supplémentaire, le Petit Age glaciaire réduisit les courants thermiques nécessaires à ce grand voilier. Mais le rapace a surtout été victime de sa mauvaise réputation.

Victime d’affabulations?

Pour nos esprits rationnels, la traque de l’inoffensif charognard s’explique par les conditions d’existence de nos aïeux sur l’alpe, dans un monde inquiétant où le quotidien comportait maints périls naturels. Leur vie précaire était soumise aux aléas climatiques détruisant foins et récoltes, ou aux grands prédateurs qui s’en prenaient au bétail, et représentaient même – certes rarement – un risque physique. Ces «fléaux» frappaient durement de pauvres paysans, et nourrissaient en eux un fort sentiment de vulnérabilité envers les forces de la nature. Pour apaiser leur inquiétude, ils tentaient d’expliquer ces phénomènes, ce qui leur permettait, pensaient-ils, de les anticiper. C’est ainsi que sont nées des croyances où le gibier tenait une place importante. Celui-ci se divisait en deux catégories: les animaux «utiles» et les «nuisibles».

De par son allure impressionnante et sa taille extraordinaire, le gypaète appartenait au second groupe. En cause, sa faculté d’apparaître soudainement très près de l’Homme, et son audace suspecte de le survoler en le «dévisageant»; son regard fascinant cerclé de rouge; son masque et sa barbe noirs qui lui donnent un air sévère; et sa réputation de voracité, due à ses puissants sucs gastriques, qui lui a valu le nom allemand de «vautour des agneaux». Outre ses prétendus dégâts sur le bétail, on croyait aussi qu’il s’en prenait parfois aux montagnards.

Ou cas rarissimes généralisés?

Au-delà de cette explication restent de nombreux récits détaillés (dates, lieux, noms, témoins) d’attaques d’enfants et de chasseurs. Par exemple, le 2 juin 1870 dans l’Oberland bernois, un garçon de 14 ans se serait fait violemment tabasser à coups d’ailes, de bec et de griffes, et sérieusement blessé au crâne, au dos et à la poitrine. Après sa convalescence, il se serait rendu au Museum de Berne où, parmi d’autres rapaces naturalisés, il aurait identifié son agresseur: un gypaète adulte (M. A. Feierabend, Die Schweizerische Alpenwelt, 1873).

Si les récits de chasseurs soi-disant attaqués paraissent souvent exagérés voire stéréotypés, peut-on affirmer qu’absolument tous ceux relatant des attaques d’enfants ne sont qu’affabulations? Ou est-ce que, en des cas rarissimes et des contextes différents du nôtre (conditions de la vie rurale, disparition du gibier, climat défavorable), un gypaète affamé et stressé a-t-il pu précipiter dans le vide un gamin chétif livré à lui-même sur l’alpe, avant de se repaître de sa dépouille? Car, selon plusieurs témoignages anciens ou récents, le vautour, s’il n’est pas le chasseur qu’on croyait jadis, saurait déséquilibrer des proies en détresse pour les faire chuter. Aurait-on ensuite fait de ce comportement occasionnel une généralité? Difficile de trancher. Soulignons toutefois que l’oiseau, doté de serres de charognard inadaptées à la chasse, est incapable d’emporter dans les airs un poids de plus de 3 kilogrammes, donc en principe un enfant.

Chronologie d’une disparition

Entre 1800 et 1900, au moins 115 gypaètes sont tués ou capturés en Suisse, malgré l’appel de la Confédération à protéger l’espèce en 1887. Dans le premier tiers du 19e siècle, elle disparaît d’abord d’Appenzell, puis de Saint-Gall et Glaris. L’oiseau se maintient jusqu’en 1869 au Tessin, 1880 dans le canton de Vaud et 1886 dans celui de Berne. Ses derniers bastions se situent dans des massifs retirés des Grisons jusqu’en 1892, voire 1897, et en Valais jusqu’en 1900.

En Autriche, la dernière observation d’oiseaux indigènes remonte à 1906. Le vautour survivra plus longtemps entre la France et l’Italie, où les ultimes captures datent de 1909 dans les Alpes maritimes et 1913 dans le val d’Aoste. Pourtant, dès les années 1920, des gypaètes seront régulièrement observés dans le nord de l’Italie, en Autriche et même en Suisse. Ces visiteurs seraient venus des Balkans, de Corse ou des Pyrénées, où subsistait une centaine de couples.

Après un premier essai de réintroduction dès 1974, l’espèce a fait l’objet, dès 1986, d’un programme coordonné de lâchers en Autriche, en France, puis, dès 1991, en Suisse et en Italie, dont sont issues ses actuelles populations alpines.

Un charognard longtemps mal-aimé Le gypaète, entre mythe et réalité

La tradition populaire a fait du gypaète un prédateur capable d’emporter dans les airs ou de précipiter dans le vide enfants et chasseurs.

L’histoire du vautour est celle d’une chasse sans merci suivie d’une extinction. Au fil des siècles, il fut tiré, piégé, empoisonné, ses jeunes furent dénichés et ses œufs dérobés. Des primes encouragèrent sa destruction. Au 19e siècle, sa rareté croissante attisa encore la convoitise des collectionneurs et des chasseurs.

D’autres facteurs jouèrent contre lui: la disparition du gibier – causée par la surchasse – qui le priva de nourriture; l’éradication des grands prédateurs à l’aide d’appâts empoisonnés; ses faibles effectifs et taux de reproduction, sa maturité sexuelle tardive et son naturel confiant; handicap supplémentaire, le Petit Age glaciaire réduisit les courants thermiques nécessaires à ce grand voilier. Mais le rapace a surtout été victime de sa mauvaise réputation.

Victime d’affabulations?

Pour nos esprits rationnels, la traque de l’inoffensif charognard s’explique par les conditions d’existence de nos aïeux sur l’alpe, dans un monde inquiétant où le quotidien comportait maints périls naturels. Leur vie précaire était soumise aux aléas climatiques détruisant foins et récoltes, ou aux grands prédateurs qui s’en prenaient au bétail, et représentaient même – certes rarement – un risque physique. Ces «fléaux» frappaient durement de pauvres paysans, et nourrissaient en eux un fort sentiment de vulnérabilité envers les forces de la nature. Pour apaiser leur inquiétude, ils tentaient d’expliquer ces phénomènes, ce qui leur permettait, pensaient-ils, de les anticiper. C’est ainsi que sont nées des croyances où le gibier tenait une place importante. Celui-ci se divisait en deux catégories: les animaux «utiles» et les «nuisibles».

De par son allure impressionnante et sa taille extraordinaire, le gypaète appartenait au second groupe. En cause, sa faculté d’apparaître soudainement très près de l’Homme, et son audace suspecte de le survoler en le «dévisageant»; son regard fascinant cerclé de rouge; son masque et sa barbe noirs qui lui donnent un air sévère; et sa réputation de voracité, due à ses puissants sucs gastriques, qui lui a valu le nom allemand de «vautour des agneaux». Outre ses prétendus dégâts sur le bétail, on croyait aussi qu’il s’en prenait parfois aux montagnards.

Ou cas rarissimes généralisés?

Au-delà de cette explication restent de nombreux récits détaillés (dates, lieux, noms, témoins) d’attaques d’enfants et de chasseurs. Par exemple, le 2 juin 1870 dans l’Oberland bernois, un garçon de 14 ans se serait fait violemment tabasser à coups d’ailes, de bec et de griffes, et sérieusement blessé au crâne, au dos et à la poitrine. Après sa convalescence, il se serait rendu au Museum de Berne où, parmi d’autres rapaces naturalisés, il aurait identifié son agresseur: un gypaète adulte (M. A. Feierabend, Die Schweizerische Alpenwelt, 1873).

Si les récits de chasseurs soi-disant attaqués paraissent souvent exagérés voire stéréotypés, peut-on affirmer qu’absolument tous ceux relatant des attaques d’enfants ne sont qu’affabulations? Ou est-ce que, en des cas rarissimes et des contextes différents du nôtre (conditions de la vie rurale, disparition du gibier, climat défavorable), un gypaète affamé et stressé a-t-il pu précipiter dans le vide un gamin chétif livré à lui-même sur l’alpe, avant de se repaître de sa dépouille? Car, selon plusieurs témoignages anciens ou récents, le vautour, s’il n’est pas le chasseur qu’on croyait jadis, saurait déséquilibrer des proies en détresse pour les faire chuter. Aurait-on ensuite fait de ce comportement occasionnel une généralité? Difficile de trancher. Soulignons toutefois que l’oiseau, doté de serres de charognard inadaptées à la chasse, est incapable d’emporter dans les airs un poids de plus de 3 kilogrammes, donc en principe un enfant.

Chronologie d’une disparition

Entre 1800 et 1900, au moins 115 gypaètes sont tués ou capturés en Suisse, malgré l’appel de la Confédération à protéger l’espèce en 1887. Dans le premier tiers du 19e siècle, elle disparaît d’abord d’Appenzell, puis de Saint-Gall et Glaris. L’oiseau se maintient jusqu’en 1869 au Tessin, 1880 dans le canton de Vaud et 1886 dans celui de Berne. Ses derniers bastions se situent dans des massifs retirés des Grisons jusqu’en 1892, voire 1897, et en Valais jusqu’en 1900.

En Autriche, la dernière observation d’oiseaux indigènes remonte à 1906. Le vautour survivra plus longtemps entre la France et l’Italie, où les ultimes captures datent de 1909 dans les Alpes maritimes et 1913 dans le val d’Aoste. Pourtant, dès les années 1920, des gypaètes seront régulièrement observés dans le nord de l’Italie, en Autriche et même en Suisse. Ces visiteurs seraient venus des Balkans, de Corse ou des Pyrénées, où subsistait une centaine de couples.

Après un premier essai de réintroduction dès 1974, l’espèce a fait l’objet, dès 1986, d’un programme coordonné de lâchers en Autriche, en France, puis, dès 1991, en Suisse et en Italie, dont sont issues ses actuelles populations alpines.

Un charognard longtemps mal-aimé Le gypaète, entre mythe et réalité

La tradition populaire a fait du gypaète un prédateur capable d’emporter dans les airs ou de précipiter dans le vide enfants et chasseurs.

L’histoire du vautour est celle d’une chasse sans merci suivie d’une extinction. Au fil des siècles, il fut tiré, piégé, empoisonné, ses jeunes furent dénichés et ses œufs dérobés. Des primes encouragèrent sa destruction. Au 19e siècle, sa rareté croissante attisa encore la convoitise des collectionneurs et des chasseurs.

D’autres facteurs jouèrent contre lui: la disparition du gibier – causée par la surchasse – qui le priva de nourriture; l’éradication des grands prédateurs à l’aide d’appâts empoisonnés; ses faibles effectifs et taux de reproduction, sa maturité sexuelle tardive et son naturel confiant; handicap supplémentaire, le Petit Age glaciaire réduisit les courants thermiques nécessaires à ce grand voilier. Mais le rapace a surtout été victime de sa mauvaise réputation.

Victime d’affabulations?

Pour nos esprits rationnels, la traque de l’inoffensif charognard s’explique par les conditions d’existence de nos aïeux sur l’alpe, dans un monde inquiétant où le quotidien comportait maints périls naturels. Leur vie précaire était soumise aux aléas climatiques détruisant foins et récoltes, ou aux grands prédateurs qui s’en prenaient au bétail, et représentaient même – certes rarement – un risque physique. Ces «fléaux» frappaient durement de pauvres paysans, et nourrissaient en eux un fort sentiment de vulnérabilité envers les forces de la nature. Pour apaiser leur inquiétude, ils tentaient d’expliquer ces phénomènes, ce qui leur permettait, pensaient-ils, de les anticiper. C’est ainsi que sont nées des croyances où le gibier tenait une place importante. Celui-ci se divisait en deux catégories: les animaux «utiles» et les «nuisibles».

De par son allure impressionnante et sa taille extraordinaire, le gypaète appartenait au second groupe. En cause, sa faculté d’apparaître soudainement très près de l’Homme, et son audace suspecte de le survoler en le «dévisageant»; son regard fascinant cerclé de rouge; son masque et sa barbe noirs qui lui donnent un air sévère; et sa réputation de voracité, due à ses puissants sucs gastriques, qui lui a valu le nom allemand de «vautour des agneaux». Outre ses prétendus dégâts sur le bétail, on croyait aussi qu’il s’en prenait parfois aux montagnards.

Ou cas rarissimes généralisés?

Au-delà de cette explication restent de nombreux récits détaillés (dates, lieux, noms, témoins) d’attaques d’enfants et de chasseurs. Par exemple, le 2 juin 1870 dans l’Oberland bernois, un garçon de 14 ans se serait fait violemment tabasser à coups d’ailes, de bec et de griffes, et sérieusement blessé au crâne, au dos et à la poitrine. Après sa convalescence, il se serait rendu au Museum de Berne où, parmi d’autres rapaces naturalisés, il aurait identifié son agresseur: un gypaète adulte (M. A. Feierabend, Die Schweizerische Alpenwelt, 1873).

Si les récits de chasseurs soi-disant attaqués paraissent souvent exagérés voire stéréotypés, peut-on affirmer qu’absolument tous ceux relatant des attaques d’enfants ne sont qu’affabulations? Ou est-ce que, en des cas rarissimes et des contextes différents du nôtre (conditions de la vie rurale, disparition du gibier, climat défavorable), un gypaète affamé et stressé a-t-il pu précipiter dans le vide un gamin chétif livré à lui-même sur l’alpe, avant de se repaître de sa dépouille? Car, selon plusieurs témoignages anciens ou récents, le vautour, s’il n’est pas le chasseur qu’on croyait jadis, saurait déséquilibrer des proies en détresse pour les faire chuter. Aurait-on ensuite fait de ce comportement occasionnel une généralité? Difficile de trancher. Soulignons toutefois que l’oiseau, doté de serres de charognard inadaptées à la chasse, est incapable d’emporter dans les airs un poids de plus de 3 kilogrammes, donc en principe un enfant.

Chronologie d’une disparition

Entre 1800 et 1900, au moins 115 gypaètes sont tués ou capturés en Suisse, malgré l’appel de la Confédération à protéger l’espèce en 1887. Dans le premier tiers du 19e siècle, elle disparaît d’abord d’Appenzell, puis de Saint-Gall et Glaris. L’oiseau se maintient jusqu’en 1869 au Tessin, 1880 dans le canton de Vaud et 1886 dans celui de Berne. Ses derniers bastions se situent dans des massifs retirés des Grisons jusqu’en 1892, voire 1897, et en Valais jusqu’en 1900.

En Autriche, la dernière observation d’oiseaux indigènes remonte à 1906. Le vautour survivra plus longtemps entre la France et l’Italie, où les ultimes captures datent de 1909 dans les Alpes maritimes et 1913 dans le val d’Aoste. Pourtant, dès les années 1920, des gypaètes seront régulièrement observés dans le nord de l’Italie, en Autriche et même en Suisse. Ces visiteurs seraient venus des Balkans, de Corse ou des Pyrénées, où subsistait une centaine de couples.

Après un premier essai de réintroduction dès 1974, l’espèce a fait l’objet, dès 1986, d’un programme coordonné de lâchers en Autriche, en France, puis, dès 1991, en Suisse et en Italie, dont sont issues ses actuelles populations alpines.

Un charognard longtemps mal-aimé Le gypaète, entre mythe et réalité

La tradition populaire a fait du gypaète un prédateur capable d’emporter dans les airs ou de précipiter dans le vide enfants et chasseurs.

L’histoire du vautour est celle d’une chasse sans merci suivie d’une extinction. Au fil des siècles, il fut tiré, piégé, empoisonné, ses jeunes furent dénichés et ses œufs dérobés. Des primes encouragèrent sa destruction. Au 19e siècle, sa rareté croissante attisa encore la convoitise des collectionneurs et des chasseurs.

D’autres facteurs jouèrent contre lui: la disparition du gibier – causée par la surchasse – qui le priva de nourriture; l’éradication des grands prédateurs à l’aide d’appâts empoisonnés; ses faibles effectifs et taux de reproduction, sa maturité sexuelle tardive et son naturel confiant; handicap supplémentaire, le Petit Age glaciaire réduisit les courants thermiques nécessaires à ce grand voilier. Mais le rapace a surtout été victime de sa mauvaise réputation.

Victime d’affabulations?

Pour nos esprits rationnels, la traque de l’inoffensif charognard s’explique par les conditions d’existence de nos aïeux sur l’alpe, dans un monde inquiétant où le quotidien comportait maints périls naturels. Leur vie précaire était soumise aux aléas climatiques détruisant foins et récoltes, ou aux grands prédateurs qui s’en prenaient au bétail, et représentaient même – certes rarement – un risque physique. Ces «fléaux» frappaient durement de pauvres paysans, et nourrissaient en eux un fort sentiment de vulnérabilité envers les forces de la nature. Pour apaiser leur inquiétude, ils tentaient d’expliquer ces phénomènes, ce qui leur permettait, pensaient-ils, de les anticiper. C’est ainsi que sont nées des croyances où le gibier tenait une place importante. Celui-ci se divisait en deux catégories: les animaux «utiles» et les «nuisibles».

De par son allure impressionnante et sa taille extraordinaire, le gypaète appartenait au second groupe. En cause, sa faculté d’apparaître soudainement très près de l’Homme, et son audace suspecte de le survoler en le «dévisageant»; son regard fascinant cerclé de rouge; son masque et sa barbe noirs qui lui donnent un air sévère; et sa réputation de voracité, due à ses puissants sucs gastriques, qui lui a valu le nom allemand de «vautour des agneaux». Outre ses prétendus dégâts sur le bétail, on croyait aussi qu’il s’en prenait parfois aux montagnards.

Ou cas rarissimes généralisés?

Au-delà de cette explication restent de nombreux récits détaillés (dates, lieux, noms, témoins) d’attaques d’enfants et de chasseurs. Par exemple, le 2 juin 1870 dans l’Oberland bernois, un garçon de 14 ans se serait fait violemment tabasser à coups d’ailes, de bec et de griffes, et sérieusement blessé au crâne, au dos et à la poitrine. Après sa convalescence, il se serait rendu au Museum de Berne où, parmi d’autres rapaces naturalisés, il aurait identifié son agresseur: un gypaète adulte (M. A. Feierabend, Die Schweizerische Alpenwelt, 1873).

Si les récits de chasseurs soi-disant attaqués paraissent souvent exagérés voire stéréotypés, peut-on affirmer qu’absolument tous ceux relatant des attaques d’enfants ne sont qu’affabulations? Ou est-ce que, en des cas rarissimes et des contextes différents du nôtre (conditions de la vie rurale, disparition du gibier, climat défavorable), un gypaète affamé et stressé a-t-il pu précipiter dans le vide un gamin chétif livré à lui-même sur l’alpe, avant de se repaître de sa dépouille? Car, selon plusieurs témoignages anciens ou récents, le vautour, s’il n’est pas le chasseur qu’on croyait jadis, saurait déséquilibrer des proies en détresse pour les faire chuter. Aurait-on ensuite fait de ce comportement occasionnel une généralité? Difficile de trancher. Soulignons toutefois que l’oiseau, doté de serres de charognard inadaptées à la chasse, est incapable d’emporter dans les airs un poids de plus de 3 kilogrammes, donc en principe un enfant.

Chronologie d’une disparition

Entre 1800 et 1900, au moins 115 gypaètes sont tués ou capturés en Suisse, malgré l’appel de la Confédération à protéger l’espèce en 1887. Dans le premier tiers du 19e siècle, elle disparaît d’abord d’Appenzell, puis de Saint-Gall et Glaris. L’oiseau se maintient jusqu’en 1869 au Tessin, 1880 dans le canton de Vaud et 1886 dans celui de Berne. Ses derniers bastions se situent dans des massifs retirés des Grisons jusqu’en 1892, voire 1897, et en Valais jusqu’en 1900.

En Autriche, la dernière observation d’oiseaux indigènes remonte à 1906. Le vautour survivra plus longtemps entre la France et l’Italie, où les ultimes captures datent de 1909 dans les Alpes maritimes et 1913 dans le val d’Aoste. Pourtant, dès les années 1920, des gypaètes seront régulièrement observés dans le nord de l’Italie, en Autriche et même en Suisse. Ces visiteurs seraient venus des Balkans, de Corse ou des Pyrénées, où subsistait une centaine de couples.

Après un premier essai de réintroduction dès 1974, l’espèce a fait l’objet, dès 1986, d’un programme coordonné de lâchers en Autriche, en France, puis, dès 1991, en Suisse et en Italie, dont sont issues ses actuelles populations alpines.

Un charognard longtemps mal-aimé Le gypaète, entre mythe et réalité

La tradition populaire a fait du gypaète un prédateur capable d’emporter dans les airs ou de précipiter dans le vide enfants et chasseurs.

L’histoire du vautour est celle d’une chasse sans merci suivie d’une extinction. Au fil des siècles, il fut tiré, piégé, empoisonné, ses jeunes furent dénichés et ses œufs dérobés. Des primes encouragèrent sa destruction. Au 19e siècle, sa rareté croissante attisa encore la convoitise des collectionneurs et des chasseurs.

D’autres facteurs jouèrent contre lui: la disparition du gibier – causée par la surchasse – qui le priva de nourriture; l’éradication des grands prédateurs à l’aide d’appâts empoisonnés; ses faibles effectifs et taux de reproduction, sa maturité sexuelle tardive et son naturel confiant; handicap supplémentaire, le Petit Age glaciaire réduisit les courants thermiques nécessaires à ce grand voilier. Mais le rapace a surtout été victime de sa mauvaise réputation.

Victime d’affabulations?

Pour nos esprits rationnels, la traque de l’inoffensif charognard s’explique par les conditions d’existence de nos aïeux sur l’alpe, dans un monde inquiétant où le quotidien comportait maints périls naturels. Leur vie précaire était soumise aux aléas climatiques détruisant foins et récoltes, ou aux grands prédateurs qui s’en prenaient au bétail, et représentaient même – certes rarement – un risque physique. Ces «fléaux» frappaient durement de pauvres paysans, et nourrissaient en eux un fort sentiment de vulnérabilité envers les forces de la nature. Pour apaiser leur inquiétude, ils tentaient d’expliquer ces phénomènes, ce qui leur permettait, pensaient-ils, de les anticiper. C’est ainsi que sont nées des croyances où le gibier tenait une place importante. Celui-ci se divisait en deux catégories: les animaux «utiles» et les «nuisibles».

De par son allure impressionnante et sa taille extraordinaire, le gypaète appartenait au second groupe. En cause, sa faculté d’apparaître soudainement très près de l’Homme, et son audace suspecte de le survoler en le «dévisageant»; son regard fascinant cerclé de rouge; son masque et sa barbe noirs qui lui donnent un air sévère; et sa réputation de voracité, due à ses puissants sucs gastriques, qui lui a valu le nom allemand de «vautour des agneaux». Outre ses prétendus dégâts sur le bétail, on croyait aussi qu’il s’en prenait parfois aux montagnards.

Ou cas rarissimes généralisés?

Au-delà de cette explication restent de nombreux récits détaillés (dates, lieux, noms, témoins) d’attaques d’enfants et de chasseurs. Par exemple, le 2 juin 1870 dans l’Oberland bernois, un garçon de 14 ans se serait fait violemment tabasser à coups d’ailes, de bec et de griffes, et sérieusement blessé au crâne, au dos et à la poitrine. Après sa convalescence, il se serait rendu au Museum de Berne où, parmi d’autres rapaces naturalisés, il aurait identifié son agresseur: un gypaète adulte (M. A. Feierabend, Die Schweizerische Alpenwelt, 1873).

Si les récits de chasseurs soi-disant attaqués paraissent souvent exagérés voire stéréotypés, peut-on affirmer qu’absolument tous ceux relatant des attaques d’enfants ne sont qu’affabulations? Ou est-ce que, en des cas rarissimes et des contextes différents du nôtre (conditions de la vie rurale, disparition du gibier, climat défavorable), un gypaète affamé et stressé a-t-il pu précipiter dans le vide un gamin chétif livré à lui-même sur l’alpe, avant de se repaître de sa dépouille? Car, selon plusieurs témoignages anciens ou récents, le vautour, s’il n’est pas le chasseur qu’on croyait jadis, saurait déséquilibrer des proies en détresse pour les faire chuter. Aurait-on ensuite fait de ce comportement occasionnel une généralité? Difficile de trancher. Soulignons toutefois que l’oiseau, doté de serres de charognard inadaptées à la chasse, est incapable d’emporter dans les airs un poids de plus de 3 kilogrammes, donc en principe un enfant.

Chronologie d’une disparition

Entre 1800 et 1900, au moins 115 gypaètes sont tués ou capturés en Suisse, malgré l’appel de la Confédération à protéger l’espèce en 1887. Dans le premier tiers du 19e siècle, elle disparaît d’abord d’Appenzell, puis de Saint-Gall et Glaris. L’oiseau se maintient jusqu’en 1869 au Tessin, 1880 dans le canton de Vaud et 1886 dans celui de Berne. Ses derniers bastions se situent dans des massifs retirés des Grisons jusqu’en 1892, voire 1897, et en Valais jusqu’en 1900.

En Autriche, la dernière observation d’oiseaux indigènes remonte à 1906. Le vautour survivra plus longtemps entre la France et l’Italie, où les ultimes captures datent de 1909 dans les Alpes maritimes et 1913 dans le val d’Aoste. Pourtant, dès les années 1920, des gypaètes seront régulièrement observés dans le nord de l’Italie, en Autriche et même en Suisse. Ces visiteurs seraient venus des Balkans, de Corse ou des Pyrénées, où subsistait une centaine de couples.

Après un premier essai de réintroduction dès 1974, l’espèce a fait l’objet, dès 1986, d’un programme coordonné de lâchers en Autriche, en France, puis, dès 1991, en Suisse et en Italie, dont sont issues ses actuelles populations alpines.

La montagne de Valott Dessin humoristique

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