Varappes uranaises

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Avec 1 illustration ( 116Par André Fontana

Convié à visiter son canton par un ami d' Altdorf, Alex Christen, j' ai séjourné en 1944 à la cabane des Windgällen qu' on atteint d' Amsteg en 5 h. par le ravissant lac de Golzer, en 1945 à la cabane Albert Heim, à 1 h. 1/4 de l' hôtel de Tiefenbach, sur la route de la Furka. La consultation des VARAPPES URANAISES registres de ces cabanes m' a démontré que bien rares sont les Romands qui y passent. Comme elles sont toutes deux le point de départ d' admirables courses de varappe, je crois utile d' en parler dans Les Alpes à l' intention des Romands, à titre de suggestion, précisant que les ascensions décrites sont loin d' épuiser les régions précitées 1 et, pour séduire les amateurs de solitude, que nous ne vîmes âme qui vive dans aucune de nos courses.

I. Windgällen La chaîne Windgällen-Scheerhörner, qui s' étend d' ouest en est au nord du Maderanertal, est surtout calcaire; on y trouve des surfaces absolument lisses, des cailloutis instables et dans les régions peu déclives des crevasses multiformes. Les espadrilles y sont très précieuses. La cabane n' est qu' à 2035 m ., mais les plus hauts sommets, la Grosse Windgälle et le Gross Scheerhorn, ce dernier atteint plus rapidement de la Hüfihütte, mesurent 3192 et 3298 m.

Notre premier objectif fut le Höhlenstock ( 2908 m .), atteint en deux heures cinquante minutes et présentant quelques parois où l' itinéraire n' est pas évident. A la descente nous nous amusâmes à suivre la crête du Schwarzberg qui se termine par un à pic au-dessus de la cabane; force nous fut de remonter quelque peu pour nous échapper par le flanc ouest.

Le deuxième jour nous vit au Gwasmet ( 2873 m .), au Pucher ( 2954 m .) et au Ruchenfensterstock ( 2950 m .), atteint six heures après le départ de la cabane. Comme la descente du Höhlenstock se fit par la voie de montée et que l' ascension du Gwasmet par sa face sud est sans intérêt, nous regrettâmes de n' avoir pas passé la veille du Höhlenstock au Gwasmet par l' arête; il nous aurait alors fallu, sur la base de nos temps, neuf heures pour arriver au Ruchenfensterstock. Nous atteignîmes le Pucher par l' arête, puis par une dalle de la face sud et une cheminée qui débouche juste à l' est du sommet; de là au Ruchenfensterstock nous suivîmes l' arête, sauf une écharpe sur le flanc nord, après une brèche profonde. Deux rappels, du côté sud, nous permirent de descendre sans encombre de ce dernier sommet.

Notre plus grosse entreprise dans la région fut l' ascension de la Grosse Windgälle par la paroi sud-ouest, course rarement effectuée. En deux heures vingt minutes nous atteignîmes la brèche Oberes Furkeli, à 2660 m. environ, où la véritable grimpée commence. Il convient d' attaquer la paroi à une cinquantaine de mètres à l' ouest de cette brèche et de s' élever en progressant sur la gauche jusqu' à une gorge aboutissant dans le haut à une vaste niche. Trop vite nous nous élevâmes verticalement dans une rigole qui nous amena sur une côte séparant les deux grands couloirs-gorges de la paroi; il fallait rejoindre celui de gauche. Nous allâmes jusqu' au haut de notre côte, aboutissant à une tête rocheuse nous offrant, dans cette immense paroi, la particularité, peut-être unique, d' un siège confortable dont cepen- 1 Le Guide I des Alpes Uranaises pour le premier massif, le Guide II pour le second, sont des vade-mecum précieux. Tous les rappels mentionnés ici ont été exécutés avec la corde d' attache de 25 m.

dant la saillie nous installait au-dessus du vide. Nous en descendîmes facilement pour rejoindre un petit mur, passage délicat, mais certain, du bon couloir, où se trouve un piton. Peu au-dessus de ce mur nous nous engageâmes sur une vire en direction ouest, que nous quittâmes pour grimper par des rochers faciles jusqu' à une seconde vire que nous suivîmes sur la droite. Mais ne trouvant pas d' issue nous retournâmes au couloir que nous remontâmes jusqu' à la niche, moyennant quelques passages délicats. Ce nid d' aigle nous parut un cul-de-sac. Courte échelle? Une telle gymnastique nous fut évitée par une minuscule corniche sur la gauche, conduisant à une bonne vire, d' où nous pûmes grimper pour gagner l' arête ouest. La course semblait finie, mais il nous restait à franchir plusieurs gendarmes pour gagner le sommet ouest, ce qui nous prit une heure et demie. Nous passâmes au sommet est, moins élevé d' environ un mètre, séparé de l' autre par une brèche de 25 mètres, pour descendre par la voie ordinaire. C' est 14 heures après être partis, temps relativement long, que nous arrivâmes à la cabane.

Nous pensions traverser les Scheerhörner pour gagner le col du Klausen, mais la pluie menaçante nous incita à monter au Ruchenkehlenpass, d' où nous fîmes un saut au Klein Rüchen ( 2949 m .) et au Sattelhorn ( 2880 m .), avant de descendre par le Brunnital sur Unterschâchen. Le matin, la sente qui conduit de Stäffelalp par Alp Gnof et le Schwarzifad était encombrée de salamandres. Ces petites bêtes noires, assez répugnantes, annonciatrices de pluie ( Regenmolch en allemand ), percevaient notre arrivée à 2—3 mètres; les unes se sauvaient lourdement, les plus nombreuses s' immobilisaient en tendant une tête menaçante dans notre direction. La veille nous avions suivi l' arête du Maderaner Schwarzstöckli et du Furkelihorn, petite course de repos ou de mauvais temps, où la corde est cependant nécessaire pour franchir en rappel un saut de 4—5 m. donnant accès à la brèche où l'on quitte l' arête pour rejoindre le Stäfelgletscher. Nous quittâmes la région avec le regret de n' avoir pu visiter le Gross Rüchen et les Kalkschyen.

J' aimerais rendre hommage à l' amabilité des gardiens de la Windgällenhütte. Nous vécûmes en famille avec le père, la mère et le petit garçon, partageant leur soupe, leur pain, leur fromage et buvant abondamment du lait de leurs chèvres. Il nous fallut insister pour obtenir de payer cette nourriture à son juste prix. J' aimerais aussi dire l' émouvante prière des bergers de la Stäffelalp, sorte de mélopée qu' ils chantent à la fin du jour et qui rappelle l' Afrique. Nous fûmes leurs hôtes et mangeâmes avec eux ce brouet qu' ils prélèvent de la cuve à fromage au moment où nagent des grumeaux dans le lait, avant qu' il tourne complètement. J' aimerais enfin proclamer que les gens du Maderanertal, comme ceux de l' Unterschächental, sont particulièrement accueillants et bienveillants, que leur simplicité, leur solidité, leur bonne humeur sont réconfortantes et qu' après les avoir fréquentés, le Genevois que je suis s' est estimé heureux et fier d' être leur confédéré.

( A suivre )

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