A la Petite Scheidegg.

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( A propos de la 64e assemblée des Délégués et de la Fête centrale du C.A.S. des samedi 12 et dimanche 13 septembre 1925. ) Le dimanche 13 septembre, les trains partis d' Interlaken aux premières heures du matin déposent à la Petite Scheidegg les quelque 400 clubistes qui, poussés par l' esprit de sociabilité ou délégués par leurs sections respectives, sont venus assister à la fête centrale. Les uns sont montés par Lauterbrunnen, les autres par Grindelwald; tous ont, d' ailleurs, été privés de la jouissance de la vue des merveilleux paysages qu' offre cette contrée par le beau temps. Un brouillard plus ou moins dense — plutôt plus que moins — a envahi le pays; parfois — mais bien rarement, hélasune fenêtre subitement ouverte dans les nuages permet d' apercevoir les flancs des géants oberlandais. Et ce sont des espoirs déçus pour tant et tant de nos collègues qui, venus avec corde, piolet et crampons, se voient dans l' obligation de renoncer aux ascensions prévues et préparées. Ajoutons cependant qu' un groupe de sept clubistes ne désespéra point et réussit le lundi à atteindre le sommet de la Jungfrau. Leur persévérance eut sa récompense: la vue, du sommet, fut magnifique et le froid intense à souhait.

Donc, vers 9 heures, le premier train arrive à la Scheidegg. Brume, froid, petite pluie, neige probable 1 La plupart des arrivants s' installent dans les salles, d' autres essayent d' apercevoir les sommets, tandis que deux couples, désireux de sortir du brouillard, prennent le train pour aller voir si le col de la Jungfrau est au soleil. Bien leur en prit, car — comme, du reste, tous ceux et toutes celles qui montèrent au « Berghaus » par les trains suivants — ils jouirent d' un fort beau panorama sous un chaud soleil. Pour qui utilise pour la première fois les luxueux wagons de ce train, la sensation est bizarre, en même temps qu' inoubliable, de cette arrivée en plein soleil, après 7 kilomètres d' un tunnel coupé de deux ou trois larges baies d' où l'on peut admirer les crevasses et les séracs des glaciers au-dessous de soi, tandis que, tout au fond, apparaissent les maisons de la Scheidegg ou de Grindelwald et que, vis- à-vis, le sol remonte en pente douce ou raide jusqu' au faîte des montagnes. Puis, une fois au col, à quelques minutes de l' hôtel, c' est, à droite et à gauche, la Jungfrau, son pic Mathilde et son Silberhorn, le Mönch et son Sphinx; au sud, le blanc tapis du glacier d' Aletsch que raye seule une trace de skis d' une rectitude impeccable, et, au nord, le glacier de Guggi, houleux, tourmenté et inhospitalier, avec, perchée sur un rocher, la minuscule cabane de Guggi. Et l'on ne peut, quoique alpiniste, qu' admirer la ténacité de ceux qui, par un effort extraordinaire, ont mené à chef cette entreprise hasardée de perforer le rocher et d' installer, à cette altitude, une maison si confortable, si bien située, d' ailleurs, que, à deux minutes de la galerie vous n' apercevez plus trace d' habitation et que vous pouvez vous croire seul sur ce col majestueux. L' impression ne doit certainement pas être aussi favorable, lorsque les trains amènent en masse les touristes en « civil » et en escarpins vernis, mais, ce matin-là et à cette heure, nous eûmes le grand bonheur de ne nous trouver là-haut que quatre montagnards — dont deux montagnardes—auxquels un indigène indiquait les noms des points intéressants, sans lyrisme débordant, sans récit de catastrophes, mais « tout simplement », en son parler bernois.

Il ne faut cependant pas que la splendeur de la haute montagne nous fasse oublier la réunion du Club à 1500 mètres au-dessous et nous redescendons, un peu à regret. Le pique-nique est terminé. La Bergsgemeinde bat son plein et les quelques flocons de neige mêlés à une petite pluie intermittente n' empêchent pas les membres du Club d' écouter avec attention les discours que leur adressent les hauts dignitaires: c' est d' abord le pasteur Feiler, président de fête, qui dit sa joie de saluer une aussi imposante assemblée de clubistes au pied des géants de l' Oberland bernois. Ce discours est suivi d' un chant fort bien exécuté par le chœur des sections Grindelwald et Lauterbrunnen. Puis, le président de Diablerets, Grivel, qui nous parle de la patrie. Au pasteur Feiler, remerciant le Comité Central qui va nous quitter après un travail intensif de trois années, succède le président central Dr Leuch qui nous fait ses adieux en ajoutant que ces trois années compteront parmi les plus belles de sa vie; enfin le futur président DrFaes nous dit ses espoirs. On chante l' hymne suisse de tout cœur et la partie officielle de la fête centrale étant close, on cause, des cartes postales sont expédiées, d' aucuns dansent, d' autres jodlent, jusqu' au moment où trois trains absolument bondés ramènent les clubistes à Interlaken. Pour être complet et afin de rassurer ceux qui pourraient penser que la partie gastronomique avait été oubliée, nous devons mentionner le pique-nique qui dut, malheureusement, vu le temps, avoir lieu dans les salles des hôtels et des restaurants, ce qui fut cause que l' un des moments les plus pittoresques de ces réunions fit défaut.

Mais de quoi pouvaient bien s' entretenir les clubistes en faisant les cent pas à la Scheidegg pour se réchauffer? Non point de la beauté du paysage, non plus que de projets de courses; le temps était bien trop maussade pour cela.

Il y avait d' ailleurs matière à conversation à se rappeler soit la séance de la veille, soit la soirée récréative. Faisons donc comme tout le monde et re-portons-nous par la pensée dans la grande salle du Kursaal où se tint l' assem des délégués.

Habitués aux salles des Grands Conseils ou aux salles de concert, les délégués ne furent pas peu surpris de se trouver réunis dans la belle salle de bal du Kursaal d' Interlaken, assis autour de petites tables et prenant qui un thé, qui un verre de vin. Le président Dr Leuch ouvre la séance par un discours de bienvenue, on fait l' appel des délégués, le rapport de gestion est approuvé, tout comme les comptes de 1924 et les propositions de modifications au budget de 1925. L' assurance obligatoire, qui suscita autrefois de si vives polémiques, passe « comme une lettre à la poste », avec de très légères modifications. Moléson, Chaux-de-Fonds et Neuchâtel déclarent toutefois que leur opinion n' a pas changé, mais qu' ils ne feront pas opposition à la proposition du C. C. Et ainsi est close une discussion qui a duré nombre d' années. En annonçant l' adoption, le Dr Leuch salue cette décision du C.A.S. qui affirme ainsi une fois de plus le principe de solidarité. Les subventions aux sections pour construction de cabanes ne rencontrent guère d' opposition. Seule la cabane Lischanna qui attend son tour depuis des années et des années donne de nouveau lieu à une discussion animée. Toutefois, la subvention est accordée. Quand vient la question des subventions refusées par le C. C, chaque section visée plaide sa cause diversement. Diablerets demande l' autorisation de construire la cabane de la Neuvaz en attendant la subvention. Genève demande à pouvoir compter sur une subvention pour la cabane du Riedgletscher quand il y aura des sommes disponibles. Malgré l' appui très éloquent du C. C, ces deux demandes sont refusées par l' assemblée, dont les devancières avaient cependant accueilli favorablement des requêtes plus dangereuses, puisque des sommes déterminées avaient été expressément allouées sur les budgets futurs. L' accueil fait à la Neuvaz et au Riedgletscher engage Ticino à retirer sa demande de subvention supplémentaire pour l' Adula.

Puis vient la question de « la cabane Bétemps à la section genevois© ), question qui ne paraissait pas devoir susciter de difficultés. Cependant, la section Monte Rosa s' étant prise d' un grand amour pour cette cabane, quelque quinze jours avant l' assemblée des délégués, de nombreux articles avaient paru dans divers journaux réclamant Bétemps pour Monte Rosa. Et l'on vit, dès l' abord, que cela n' irait pas tout seul, car, aussitôt après la très claire explication du président central qui dénie à Monte Rosa le droit de revendiquer cette cabane, un des délégués de la section valaisanne, excellent avocat, prononce avec volubilité une longue plaidoirie en faveur de la protestation de Monte Rosa, répétant que puisque Bétemps est au pied du Mont Rose elle doit revenir à la section dont cette montagne est la marraine et garantissant que sa section saura entretenir la cabane et la défendre contre les entreprises de Zermatt que le C. C. a l' air de prévoir. A ce long discours, le président de la section genevoise répond brièvement en constatant que Bétemps était genevois, que Genève n' a rien demandé, mais accepte avec plaisir l' offre du C.C., se sentant capable de remplir le mandat qu' on voudra bien lui confier. Le président central répond à Monte Rosa; il cite en passant le rapport défavorable sur l' entretien de la cabane du Hörnli; il constate que lorsque la cabane Bétemps a été offerte il y a quelques années, Monte Rosa ne l' a pas demandée. Le président de la section de Berne estime qu' il n' y a pas nécessité de remettre Bétemps.

à une section. Sur quoi la cabane reste au Comité Central jusqu' à des temps meilleurs. Ce fut le seul incident un peu vif de la séance. N' étant pas chargé de faire la critique des faits, mais simplement de les rapporter, nous nous en tiendrons là. L' heure avance, du reste, et la revision du règlement pour les guides et les guides skieurs du C.A.S. est adoptée sans autre. A propos du budget, il est fait une proposition d' accorder une subvention à l' observatoire de la Jungfrau. Cette proposition, fort intéressante en elle-même, est appuyée par le Dr Faes, mais le président de la section de Berne, le DrLaNicca, estime qu' il convient de la renvoyer au C. C. pour étude. Il en sera ainsi fait. II faut croire que le délégué des sections tessinoises a su être très persuasif dans son discours, puisque, sans délibération, il est décidé de joindre le titre « Le Alpi » aux titres « Die Alpen » et « Les Alpes ».

Puis, MM. Farrar, Freshfield, Mercanton, Stebler et de Quervain sont acclamés membres d' honneur du C.A.S. et l'on en vient à la nomination du futur président central. Après avoir exposé que M. Payot, 25 fois délégué de Chaux-de-Fonds qu' il préside depuis plus de 25 ans, a cru devoir refuser la présidence centrale, le Dr Leuch exprime son contentement de ce que la section Diablerets ait accepté de former le prochain comité central et il propose à l' assemblée de nommer président central le Dr Faes dont il fait l' éloge et qui, d' ailleurs, est connu de tous les clubistes. Le Dr Faes est élu par acclamation et le Dr Leuch, après avoir félicité son successeur et remercié le C.A.S. de la confiance qu' il a accordée au C. C. et du travail fait en commun, donne la parole au Dr Faes, lequel adresse à l' assemblée les remerciements de Diablerets. Il ajoute qu' il sent tout l' honneur qui lui est fait et rappelle la mémoire de son compatriote Rambert, qui fut lui aussi président central. Puis, au nom des délégués et de tout le C.A.S., il adresse des remerciements au C. C. en charge et spécialement au Dr Leuch, dont nous avons été à même, pendant ces trois années, d' apprécier le tact, l' intelligence et l' ardeur au travail. Il termine en envoyant un cordial salut à toutes les sections. Et la séance est levée à 19 h. 50. Elle avait duré plus de cinq heures, et, cependant, l' expert président qu' est le Dr Leuch l' avait conduite sans perte de temps et avec l' ha que tous se plaisent à lui reconnaître.

Le soir, dans la même salle, mais plus bruyante, une foule d' un millier de personnes, parmi lesquelles de très nombreuses dames, dont quelques-unes portaient les costumes nationaux, applaudissaient les discours, les chants et diverses « productions ». M. le notaire Berta, président de la section d' Inter, salue les assistants et rappelle que, depuis 1878, sa section n' avait pas eu le plaisir de recevoir le C.A.S. Il célèbre le Club, son esprit et ses conquêtes et souhaite une heureuse soirée aux assistants. On entendit encore M. le pasteur Feiler, président de fête, qui, dans une allocution pleine d' humour, constate que, bien que l'on ait coutume de penser que les habitants des grandes stations d' étrangers viennent au monde coiffés d' une casquette de portier, ces mêmes habitants ont le sens et le respect de la beauté du monde des Alpes. Il est heureux de saluer à Interlaken les membres du C, A. S., ces défenseurs et conservateurs de sentiments élevés. Le second discours fut celui de Dr F. Michel, président d' honneur, ancien président central ( 1892—1895 ).

Le Dr Michel, après avoir adressé quelques mots aux assistants en sa qualité de président de la société du Kursaal, rappelle ses souvenirs du temps où il présidait le C. C, dont M. Flück et lui-même sont les seuls survivants. Il rappelle tout spécialement l' activité déployée alors dans l' œuvre de la construction de cabanes. Puis il décrit le développement du C.A.S. depuis ces temps déjà éloignés, en remarquant que les sociétés, tout comme les particuliers, ont toujours l' âge qu' elles se sentent; il chante nos montagnes, en l' amour desquelles la population trouve la force de surmonter la terrible crise d' après et, citant les paroles de Rambert, célèbre l' importance et l' in du C.A.S. dans la vie publique et patriotique. Il termine en portant son toast à la Patrie suisse. Le brouhaha croissant empêche d' entendre toutes les phrases de ce beau, mais un peu long discours. Les applaudissements crépitent et la partie récréative commence. Ce sont les chants du chœur d' hommes d' Interlaken, les récitations de deux jeunes garçons lançant à pleine voix les vers de C.F. Meyer, puis les fort beaux chants d' un chœur mixte dont les femmes avaient revêtu les somptueux et gais costumes du pays, puis les exercices d' acrobatie de la société de gymnastique. Et ce sont enfin les jodleurs du Jodlerklub d' Interlaken. Et, entre chaque morceau, les danseurs s' en donnent à cœur joie dans l' ancienne salle des jeux, muée en salle de bal. La soirée se prolongea, paraît-il, jusqu' au petit matin, tandis qu' au dehors, la pluie tombe sans arrêt, contretemps doublement regrettable puisque, en même temps qu' il retint tout le monde dans les salles, il embruma le si accueillant Kursaal, aux parterres fleuris, à la terrasse si vaste, aux sculptures sur bois si caractéristiques.

Dans ce même décor, mais sur la terrasse cette fois, Interlaken offrait un concert aux clubistes restés le dimanche soir. Le mauvais temps ne permit pas de tirer le feu d' artifice annoncé.

Et voilà terminée une fête centrale. Si le soleil avait lui, si les soirées avaient été claires, c' aurait certainement été une des plus belles fêtes du C.A.S. Mais il est rare que le ciel favorise ces journées. Souvenez-vous de Zermatt, il y a trois ans, et de la neige duGornergrat. Et puis, la fête passée, le soleil luit de nouveau. Et cependant, la cordialité avec laquelle la section d' Interlaken accueillit ses hôtes, le souci de bien faire dont elle fit preuve, le plaisir de se retrouver entre collègues de sections de tous les coins de la Suisse, tout cela réuni fit passer par-dessus l' inclémence du temps. On se sentait dans l' at si particulière du Club, atmosphère d' amitié, de cordialité, de simplicité, de patriotisme, qui fait que dans ces grandes réunions, et malgré la différence de langues, de tempéraments, de façons de comprendre même, on se sent entre soi et chez soi. Cette fête présenta deux innovations: il n' y eut pas de banquet en commun, ce qui est peut-être regrettable; les dames étaient invitées, ce qui fut certainement très agréable.

Nous ne voulons pas clore ce trop bref résumé sans remercier et féliciter la section d' Interlaken et son actif et modeste président, M. le notaire Berta, ainsi que son collègue, M. Frenner et le comité d' organisation qui, sans le secours d' aucune autre subvention que celle du C. C, sut mener à bien une entreprise toujours si pleine d' aléas.

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