Ascensions dans les Andes boliviennes

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les Andes boliviennes

Marcel Knörr, Zurich

Je voulais vivre une bonne demi-année en Amérique du Sud et cette occasion - cela va presque de soi pour un alpiniste - gravir quelques sommets des Andes. Je fus bien inspiré de prendre avec moi mon propre équipement de montagne, car il est extrêmement difficile de s' en procurer un équivalent en Amérique du Sud. Il va de soi que tout ne se passa pas selon mes plans. Deux fois la nature l' emporta sur ma force et sur ma volonté: à 1' Aconcagua ( 6960 m, en Argentine ), une dysenterie avec fièvre m' obligea à faire demi-tour; et au Cotopaxi ( 5890 m, en Equateur ), une effroyable tempête de neige me contraignit à abandonner près du sommet. J' eus plus de chance alors en Bolivie.

NEVADA SAJAMA, 654O METRES A la prime aube, nous quittons en bus le cirque de La Paz. Quatorze jours d' un voyage harassant nous attendent le long de la frontière chilienne. Les trois derniers, nous les passons en compagnie de trois « gringos », de vingt Indiens, d' un tas de bagages et de deux cochons, dans la caisse ouverte d' un camion, jusqu' à notre arrivée à Tomarapi ( 4200 m ), au pied de « notre » montagne. Sur le vaste plateau — l' Altipiano — qui couvre la moitié de la Bolivie se dresse le Sajama, volcan éteint qui pointe vers le ciel comme une puissante pyramide. Pour le gravir, nous choisissons sa paroi nord ou voie des Français. Le même soir déjà, je suis sur la pente. Un incoercible élan me pousse à affronter ces lumineux géants de glace. A 4700 mètres, derrière un gros bloc, je découvre une place de bivouac à l' abri du vent. Dans l' agréable chaleur du sac de couchage, sur mon visage le soleil qui décline, avec en outre le silence, la solitude, et tout à mes pensées d' escalade en perspective, je me sens tout fourmillant de sentiments de bien-être et de bonheur.

Le lendemain, la montée me conduit à travers de maigres pentes d' éboulis et de secs déserts rocheux. Ni tiges vertes, ni animaux dans ce paysage primitif. Vers le soir, je rencontre Franz et Ferdl, deux alpinistes de Munich avec qui j' étais à l' Aconcagua. Ensemble nous trouvons, sous une falaise abrupte, une place de bivouac sûre et sans danger ( 5200 m ). Mais les effets de l' altitude, comme aussi des vomissements et des songeries désordonnées, nous ôtent le sommeil. Le matin, après une température nocturne de —120, nous sommes contents de retrouver le mouvement. Ferdl, pris de violents maux d' estomac, renonce.

Nous nous engageons ensuite sur un long flanc glaciaire. D' abord plat, puis toujours plus raide, il nous amène à la prochaine place de bivouac, sous un nez rocheux. Haletant abondamment, nous aplanissons au piolet un coin pour la tente. La rareté de fair à 6000 mètres, les vomissements qui persistent, et le froid de — 150 nous privent aussi de sommeil cette nuit-là, si bien que nous sommes heureux de sentir enfin le soleil le matin suivant ( 10juin ). Posément, nous faisons nos sacs. Tous nos gestes sont lents, et sans cesse nous devons intercaler des pauses pour nous reprendre. Tout de suite après le nez rocheux, la pente devient raide. Quatre longueurs sont de 55 à 60 degrés à peu près, et il est bon de marquer en frappant l' em du pas. Bientôt le brouillard survient, accompagné de furieuses rafales de neige. Au bout de quatre heures, nous sommes sous le sommet. Une puissante corniche en surplomb - insurmontable dans ces conditions - nous rend la vie amère les vingt derniers mètres. Poignée de main, photos de brouillard, dernière gorgée à la bouteille, et déjà nous entreprenons la descente.

Fatigués et assoiffés, à la tombée de la nuit, nous atteignons Tomarapi. Nous attendons là trois longs jours qu' un véhicule passe et nous prenne à son bord. L' hospitalité de ces Indiens tout simples, dans ce village isolé aux cabanes d' argile, sans courant électrique et sans téléphone, ainsi que ce « nous-avons-bien-le-temps » dont nous avions perdu l' habitude resteront pour nous d' im souvenirs.

HUAYANA PÓTOSI, 6088 MÈTRES La belle pyramide, au nord de La Paz, brille au soleil d' un éclat séduisant. Il serait tentant de la gravir. Mais il me faudrait un compagnon de cordée. Je le trouve au terme d' une longue recherche de quatre jours: c' est Pancho, un Bolivien de 22 ans. Une seule difficulté néanmoins subsiste: jusqu' ici la montagne n' a été escaladée que moyennant un bivouac, au minimum, et Pancho ne dispose que d' un jour. Mais ce que l'on fait pour la première fois a toujours de l' attrait. Ajoutons encore que c' est le moment de la pleine lune.

Non sans peine, nous affrétons un taxi qui nous dépose au lac artificiel de Zongoni ( 4550 m ). A 18 h 15 - il commence à faire nuit - nous nous mettons en marche. Un petit chemin monte sur la moraine. Nous continuons par des rochers enneigés, et déjà nous voici baignés dans un pâle clair de lune. Nous marchons avec entrain et faisons aussi de courtes haltes. De plus longues, le froid glacial ( jusqu' à -250 ) ne nous les permettrait pas. Sur l' Altipiano luisent des douzaines de feux, car aujourd'hui c' est la Saint-Jean, la plus longue nuit de l' année, que l'on fête dans tout le pays. Dans le dernier tiers de l' ascension se présentent sur un versant quatre longueurs de 550. Merveilleux comme les crampons mordent! A 5 heures du matin, après onze heures de montée, nous sommes au sommet, « pompés » mais heureux. Tout en bas étincelle une mer de lumières: La Paz. Il souffle un vent froid. Pas le temps de s' attarder: retour! A 6 heures, c' est l' aube. Quatre heures encore et nous regagnons notre point de départ, le lac artificiel.

Pour finir, encore quelques « tuyaux » pour les futurs « andinistes ». Bien des six mille, pris par la voie normale, ne posent guère de problèmes techniques et ne sont que de purs itinéraires de glace. Mais qu' on veuille bien considérer que les marches d' approche sont longues et les refuges inexistants, ainsi que les secours en montagne. Dans les hautes vallées retirées, les Indiens sont honnêtes et respectueux; ils font même preuve d' humilité à l' égard de l' étranger: une séquelle de leur soumission, au temps des Incas et dans la période coloniale qui a suivi. Sauf dans les centres touristiques péruviens, on ne nous a jamais rien vole. Doit-on organiser une grande expédition avec porteurs et muletsNon, il est préférable d' aller, comme dans les Alpes, avec un bon sac à dos - une tente ne pèse souvent guère plus d' un kilo - et d' avoir en outre beaucoup de temps. Du temps non seulement pour s' accoutumer peu à peu à l' altitude, mais aussi pour pouvoir supporter patiemment les retards et les pannes.Traduit de l' allemand par G. W.

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