Au Schaligrat (Weisshorn)

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Roland Zürcher, PrillyIllustration 62

Randa ( 1400 m ), minuit, quatre personnages se déguisent en cyclopes des temps modernes. Pour l' instant, leur œil frontal projette un puissant faisceau, grâce aux batteries neuves. Malheureusement, pas de pile pour l' être humain qui, après une journée de travail et un long trajet en voiture, agrémenté d' un seul petit arrêt à Viège, trop vite interrompu par la « Polizeistunde », aspirerait au repos du lit plutôt qu' à la perspective d' un long effort nocturne.

— En route pour le bivouac du Schali!

Heureusement, nous connaissons le chemin, parcouru l' an dernier à l' occasion d' une tentative d' ascension du Weisshorn, interrompue au bivouac en raison du mauvais temps. Nous voici déjà au chemin de croix. Cela va mieux que prévu, la bonne cadence est rapidement prise. La température agréable et le ciel étoile, ainsi que la quasi-certitude de bénéficier du grand beau temps pour les prochaines 48 heures, agissent comme le meilleur des stimulants.

Bien avant le jour, et avec près d' une heure d' avance sur l' horaire prévu, nous arrivons à la Schatzplatte ( 2400 m ), ultime alpage et dernier chalet de notre longue marche. Nous préférons y attendre la lumière du jour, et nous nous octroyons une bonne halte. Certains en profitent pour se restaurer et Joos pour se livrer à une 1977.

séance d' hibernation dont il détient le secret, à même le sol du chalet. Il a déjà somnolé dans la voiture, il dort maintenant comme un bienheureux et nous savons qu' il sommeillera bientôt encore même en marchant, de jour comme de nuit. Entre-temps, il se réveille parfois, et c' est pour lui, à chaque fois, un jour nouveau. Ainsi il vit de très, très nombreux jours, et je pense que c' est pour cela qu' il est le plus âgé d' entre nous...

Très haut, au-dessus de nous, à l' arête est du Weisshorn, au lieu dit Place du Déjeuner, nous distinguons des lueurs de lampes frontales et nous admirons ces alpinistes déjà si haut, à 3 heures et demie,par un froid intense.

Bientôt nous repartons. Le sentier, bien trace jusqu' ici, disparaît. Nous parcourons un haut pâturage, de plus en plus avare d' herbe, parsemé de pierriers et arrosé par quelques ruisseaux qui se franchissent aisément à cette heure matinale. A l' extrémité de ce pâturage, la pente se redresse d' un seul coup. Nous nous dirigeons en droite ligne vers le pied de la paroi sud-est du Schalihorn, d' où nous gagnerons le glacier, dont nous éviterons la zone très crevassée par le haut. Devant nous s' allonge la pente raide, normalement pierreuse et par conséquent désagréable. Nous évoquons les chutes de pierres impressionnantes, essuyées ici-même l' année précédente. Aujourd'hui, ce parcours se révèle très agréable et sûr, grâce à une couverture de neige bien durcie, qui nous incite à chausser tout de suite nos crampons. A l' attaque du glacier, Joos, qui conserve la forme olympique, daigne nous attendre, et nous prenons un court repos avant de nous encorder.

Tout au long de cette rude étape, et malgré I' ef, nous avons pu admirer la composition architecturale parfaite des arêtes est et sud du Weisshorn, ainsi qu' un lever de soleil merveilleux, un de ces levers qui paraissent chaque fois plus beaux que les plus étonnants admirés jusqu' alors.

Les conditions du glacier sur lequel nous cheminons s' avèrent également très bonnes, quoique la neige se ramollisse au fur et à mesure que nous progressons! Aucune chute de pierres, ni ava- lanche de neige ne se déclenche dans la paroi du Schalihorn que nous longeons. Sans hésiter, nous évitons les séracs supérieurs en côtoyant les rochers bordant la rive droite. Au-dessus, Joos, qui a mené la cordée jusqu' à présent, se fait relayer par Michel. Depuis un certain temps, la fatigue naissante et la neige plus molle ont ralenti considérablement la marche. Pour ma part, je trouve le rythme encore trop rapide, car je subis un « coup de pompe » aussi majestueux que le lever de soleil de tout à l' heure. Je teste tour à tour et sans succès tous les trucs et bons conseils prodigués à d' autres en circonstances semblables. Désormais, je dois négocier péniblement chaque pas, sans exception, ruminant, ronchonnant et ré-sistantde mon mieux àl' envie de couper cette maudite corde qui me contraint à suivre le ( petit ) train et de jeter hors du sac un certain poids inutile...

Malgré mes obsessions, nous voici au Schalijoch et nous découvrons d' un seul coup tout le panorama vers l' ouest et le nord, paysage grandiose et confirmation d' un temps très sûr. L' arrivée au petit bivouac, conçu pour huit personnes, accroché à même le début de l' arête sud du Weisshorn, est vivement appréciée par chacun. A l' inté, par suite d' une mauvaise conception de l' isolation probablement, tout est humide. Joos se chargera de signaler ce constat à la section propriétaire. Comme il n' est que to heures, nous mettons à l' air toutes les couvertures et tous les matelas mouillés. Désormais, jusqu' au soir, c' est la dolce vita, par une température très agréable. Nos seules activités: dormir quelques heures, fondre de la neige, boire du the, manger, somnoler, lorgner Parke sud, relire le guide, admirer le monde environnant et bavarder.

Pour ponctuer ces heures consacrées à la détente et à l' amitié, une petite bouteille de « rouge » jaillit de mon sac. Ce « poids inutile », proscrit dans ce genre de course, cent et cent fois maudit dans les dernières heures de la grimpée, provoque un bel effet d' heureuse surprise. Je l' ai emportée en pensant avant tout à mon ami Roland qui, il y a quelques années, après l' ascen sion de Parke de la Tsalion ( versant Arolla ), avait véritablement souffert le martyre pendant le trajet du retour. Plus lourd que nous, il enfonçait à chaque pas jusqu' aux cuisses dans la neige cassante et, bien plus tard, au plateau de Plan Bertol, il avait sorti une fameuse bouteille conservée envers et contre tout dans son sac. Je m' étais promis alors de lui rendre un jour la pareille. C' est fait, quoique de manière bien plus semblable que je ne l' aurais souhaité!

Le livre de bivouac pose quelques problèmes à Michel, qui se trompe de mois et d' année au moment de l' inscription. On lui pardonne, car les lieux sont nouveaux pour lui qui n' a pas fait la course de l' an dernier. Cette fois il est là presque par hasard, complétant le groupe au dernier moment.

Une bonne et longue nuit, un temps splendide, la neige bien durcie, frais et dispos, nous quittons notre abri à cinq heures et quart le jour suivant.

Quelques traces sur la neige, d' abord montantes, puis descendantes et enfin disparues, témoignent d' une tentative infructueuse d' une autre cordée peu avant nous. Le premier parcours, sur un flanc neigeux, s' enlève allègrement, crampons aux pieds. Nous gagnons rapidement de l' altitude. Le début de l' arête rocheuse nous pose d' emblée un petit problème d' itinéraire. Nous évitons un ressaut rébarbatif par une traversée à l' est et bientôt la présence de deux pitons nous confirme que nous sommes dans la bonne voie. L' un des pitons me reste dans les mains et le second dans celles de Michel. Nous voici plus riches, mais également avertis qu' à cette altitude, avec le gel et le dégel constants, il faudra se méfier des clous en place ( s' il y en a encore !). La suite de l' itinéraire ne comporte effectivement presque aucun équipement. Cela n' est du reste pas nécessaire. Quelques sangles et l' utilisation judicieuse de la corde suffisent.

La varappe est toujours intéressante, mais, du moins dans les deux premiers tiers, pas trop difficile. Tout au plus, étant donné l' enneigement très abondant pour la saison, de nombreux passages requièrent-ils des précautions extrêmes.

Nous grimpons déjà depuis cinq heures lorsque nous nous accordons notre première halte, à une centaine de mètres de la dernière partie de l' arête, très redressée et gardée par une tour rougeâtre, à la face inquiétante. A son pied, notre souci se dissipe: la voie, facile, se déroule sur une face orientée nettement à l' est, laquelle nous était cachée. Les gendarmes suivants, au nombre de cinq, présentent les plus grosses difficultés de l' en. Le Weisshorn, dont on sent le sommet tout proche - son arête est semble presque à portée de main - nous oppose ses ultimes et plus fortes défenses. Cependant le rocher est excellent, à une exception près: le passage-clé, merveilleusement aérien et à l' itinéraire subtil. Une énorme écaille de granit s' y détache traîtreusement de mes mains. A part cet incident, la varappe est réellement enthousiasmante, mais les corniches entre les gendarmes se dressent de plus en plus fines et aériennes. L' une d' entre elles nous interdira-t-elle le passage, si près du but? C' est notre seule crainte. La perspective d' un retour force par l' iti déjà parcouru, si long et par une neige certainement ramollie maintenant, a de quoi inquiéter. Cependant, le dernier gendarme franchi, l' ultime brèche enneigée atteinte, Parke finale s' offre à nous et bientôt le sommet, convoité depuis tant d' années. Nous venons de vivre neuf heures de plaisir exceptionnellement intense et soutenu, et maintenant nous goûtons une joie simple. Nous savons bien que la descente par Parke est, aujourd'hui très délicate, exigera encore de nous une attention longue et permanente. Mais il fait si beau, nous avons tout le temps et serons extrêmement prudents. Nous avons déjà en nous la certitude que, au bout, nous jouirons de l' accueil chaleureux du gardien et de sa cabane.

Pour l' instant, nous prolongeons notre séjour au sommet et jouissons de la vue étendue, du temps merveilleux et de la grande paix des quatre mille.

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