Aventure et alpinisme aux antipodes

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Etienne Kummer, Court

Un rêve de plus en plus profond, une grande envie de repartir, et me voilà sur la route de l' In, à la fin de l' année 1971, avec comme but l' Australie ou la Nouvelle-Zélande. Continent des contrastes, gens aux cultures si différentes, un tout fantastique pour moi qui me sens si libre et heureux.

C' est aux antipodes, dans le nord de l' Australie, qu' un jour l'on me présente à un Suisse, petit et barbu, une tête très sympathique, qui par la suite deviendra l' un de mes meilleurs amis. Il n' est autre que Max Dörflinger, le grimpeur qui gravit la paroi nord de 1' Eiger en première ascension hivernale par la voie des Japonais. Causant tout naturellement montagne, Max me dit qu' il revient de la Nouvelle-Zélande où il a travaillé dans le Parc national du Mont Cook avec l' équipe de sauvetage, et qu' il organiserait « unjob » pour moi là-bas, si je voulais y aller. Une croisière de trois jours en bateau, et je prends pied sur le territoire « kiwi », surnom des Néo-Zélandais.

Quelles différences de nature: ici, très verte, des fermes par-ci, par-là, des milliers de moutons, 16 Mont Tagha: 6' longueur 17 Mont Cook ( Nouvelle-Zélande ): Caroline face 6o millions pour 3 millions d' habitants et un pays six fois grand comme la Suisse. Me rendant au Mont Cook, nom de la plus haute montagne ( 3766 m ) ainsi que du petit village comptant 300 habitants, d' emblée je me sens à l' aise, chez moi, entouré de gens très aimables et dans ce décor alpestre magnifique. Les expériences diverses continuent, dont plusieurs vols en hélicoptère et en petits avions qui me causèrent longtemps de grandes frayeurs.

Une année passe depuis mon départ dujura et, vers le milieu de décembre 1972, je fais la connaissance de l' un des plus brillants alpinistes du pays, Bill Denz, et de Peter Gouht. Comme projet, réaliser la première ascension directe de la face sud du Mont Hicks. C' est une entreprise audacieuse, mais aussi quelle gueule elle a, cette paroi, avec ses 600 mètres de rocher et de glace!

MONT C00K - CAROLINE FACE-JANVIER I 974 Ce nom, en Nouvelle-Zélande, évoque un peu celui de la face nord de l' Eiger, bien que la comparaison ne soit pas possible, étant donné que la paroi de glace est haute de 2100 mètres. La raison de sa renommée est due à sa difficulté et aussi à la liste de ses victimes: 8 morts pour 9 ascensions, dont la première fut réalisée en 1970. Les dangers objectifs sont très grands, une barre de séracs partage la face en son milieu.

La météo est parfaite, il y a clair de lune, et nous avons un moral à tout casser, une envie de grimperfolle. Nous sommes quatre pour l' escalade, deux grimpeurs guides des Grisons, dont le regretté Joos Flusch, mort l' été dernier dans une avalanche au Mont Cook.

Il est 8 heures du soir. Nous quittons le refuge Ball Hut, et, à travers la moraine, en deux heures nous atteignons le pied de la face. Quelle ambiance sauvage, ces jeux d' ombres que font les séracs suspendus au-dessus de notre tête, ce ciel étoile! J' ai grand plaisir à me trouver dans ces lieux, depuis le temps queje rêve de faire une escalade de nuit sous la lune, une expérience que je 18 Face est du Mont Blanc du Tacul: I "'ascension hivernale 19 L' ombra della montagna è proiettata come una gigantesca piramide sulla bruma che copre la pianura desolata 20 La vetta si staglia nel ciclo come un tronco di cono Foto Ermes Borioli, Locamo souhaite à tous les mordus de réaliser une fois. A 3 h 30 du matin, nous arrivons sous les séracs, le soleil se lève, merveilleux. C' est un mur vertical de 45 mètres qui se dresse devant nous, avec la seule possibilité de le passer directement. Je suis encordé avec Nick, un gars du pays. Les Grison-nais sont très impressionnés: comment passer? impossible! Normalement, le mur est cassé, ne posant des problèmes que sur 10 mètres, au maximum 15. Heureusement que j' ai emporté un étrier au cas où... Je demande toutes les vis et attaque, un piolet à chaque main, technique très efficace et rapide. Il faut relayer au milieu du mur. Nick récupère tout, car les copains Joes et Bruno monteront avec les jumars.

Le soleil se fait chaud. Je repars en tête, car je veux ce mur. L' escalade est très pénible. Soudain, un crampon me sort du pied dévale la pente et se plante deux cents mètres plus bas.

Vraiment, il ne manquait plus que ça! La difficulté n' était pas suffisante pour avoir encore cette J' attends sur une vis, assis dans l' étrier, que Joos me rapporte le crampon qu' à l' aide d' une corde je hisse jusqu' à moi, et je repars à l' assaut. Il faut en finir avec ce mur, et rapidement, car la chaleur devient un problème. Je ressors les vis derrière moi à la main, car il m' en manque, et faire un nouveau relais n' est guère possible. En arrivant à leur tour au haut du mur, les copains applaudissent: incroyable, c' est le cirque, ici! Il nous a fallu quatre heures pour que tous, nous nous trouvions hors de ce passage. Devant nous, environ neuf cents mètres encore à gravir, dans une pente régulière de 50 à 55 degrés. Un bruit de fracas énorme résonne: à droite, une partie des séracs termine sa chute mille deux cents mètres plus bas, sur le glacier.

Nous touchons le sommet à 7 heures du soir, très fatigués après 24 heures d' efforts continus. La vue est merveilleuse: à droite, la végétation tropicale et la mer; à gauche, la neige et les glaciers. Le coucher du soleil est presque trop beau pour être vrai. Je ne sais exprimer la joie profonde, la satisfaction complète qui régnent en moi dans ce moment extraordinaire. Ah! si quelques-uns de mes copains du Jura pouvaient se trouver là, eux aussi!

ARÊTE OUEST DU MONT C00K- MARS i974 Nouvelle aventure de montagne et nouvelle aventure humaine. Oui, et pour deux raisons: d' abord j' en suis à ma troisième tentative, qui sera la bonne, et, d' autre part, je grimpe avec le gardien de la cabane Ball Hut, qui a 49 ans. Promenant les touristes sur le glacier, il se maintient en bonne condition physique et, comme il est très doué, bien qu' il n' ait jamais grimpé au-delà du IIIe, degré, je lui propose d' aller faire la longue et belle arête ouest du Mont Cook, de difficulté moyenne.

Nous prenons la Hooker Valley jusqu' au refuge Gardiner où nous arrivons avec peine, le glacier étant ouvert en cette fin de saison. A 3 heures du matin, nous quittons la cabane; le ciel est nuageux et, à 5 heures, la pluie se met à tomber. Bon sang, c' est incroyable! Il faut retourner au refuge où nous continuons de dormir jusqu' à 9 heures. Les conditions s' améliorent, l' idée me vient de demander par la radio-secours la météo pour le lendemain, qui s' annonce favorable. Nouveau départ à to heures du matin. Nous grimpons sous les nuages, tantôt menaçants, tantôt disparais-sants. Avec un peu de « pot », cela peut tenir, du moment que, pour demain, ce sera... le beau! Mon compagnon John marche à merveille. Quel plaisir réciproque de se trouver liés à la même corde! A 9 heures du soir, étant parvenus aux deux tiers de l' ascension, nous installons le bivouac sur une belle plate-forme, face à un panorama des plus grandioses, ayant la mer comme toile de fond. Nous assistons à la chute d' un sérac sur le Mont Péreuse, en face de nous, spectacle impressionnant et fracassant. La lune est pleine, ce qui nous permet de repartir déjà à i heure du matin à l' aide des lampes frontales, la difficulté ne dépassant pas le IV° degré. John ressent le poids des années: il se fatigue mais conserve un moral et une humeur extraordinaires. Le sommet est proche, les dernières longueurs se font sur une arête de neige, avant la pente terminale.

Je propose à John qu' il parcoure la dernière en tête: je voudrais le voir au sommet le premier, car c' est la course, le rêve de sa vie, à l' entendre, que de pouvoir gravir le Mont Cook. Ça y est, il lève les bras au ciel, heureux à pleurer. Quel moment fantastique, le but est atteint. Il est 7 heures du matin, le lever du soleil est et reste grandiose. La descente, qui nécessita deux heures et demie deux mois plus tôt, exige cette fois-ci treize heures. Jamais je n' avais encore vu et eu à franchir un glacier aussi crevassé. Nous y avons laissé des vis, faisant des rappels dans les crevasses, remontant, recommençant...

Ma dernière vision: un pauvre John épuisé, éreinté, n' en pouvant plus et se laissant diriger, mais manifestant quand même un cran incroyable, celui d' un homme véritable.

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