Centenaire de l'ascension du Mont Rose

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L. Seylaz

Avec dessin et 2 illustrations ( 112, 113 ) Alors que le théâtre des 75 premières années de l' histoire du Mont Blanc se situe exclusivement sur le versant de Chamonix ou de St-Gervais, toutes les ascensions ou tentatives d' ascensions aux sommets du Mont Rose, pendant un demi-siècle, furent faites uniquement du côté piémontais. La Pyramide Vincent ( 1819 ), la Zumsteinspitze ( 1820 ), la Ludwigshöhe ( 1822 ) et la Punta Gnifetti ( 1842 ) rappellent les noms des premiers explorateurs du massif. Le versant de Zermatt ne semble pas avoir été abordé avant 1847. Cette année-là, les deux Français Victor Puiseux et Edouard Ordinaire 1, avec quatre guides de la vallée de Zermatt, partirent d' un bivouac au-dessus du petit lac du Gorner et parvinrent au Silbersattel, la belle crête neigeuse qui relie le Nordend au sommet principal du Mont Rose. Ils annoncèrent leur course par la note suivante dans le Livre des voyageurs de l' hôtel du Mont Rose:

« M. Ordinaire, professeur à l' Ecole de Médecine de Besançon, et M. Puiseux, professeur à la Faculté des Sciences de la même ville, ont essayé Vascension de la plus haute cime du Mont Rose; ils sont partis le 12 août, accompagnés des guides J.Brantsch(en ), Joseph Moser, Joseph et Mathias Taugwalder. Après avoir couché en plein air au lieu dit « Ob dem See », ils se sont élevés par des pentes de neige entrecoupées de larges crevasses jusqu' au pied du rocher qui forme le sommet de la chaîne. Là, bien qu' il ne leur restât plus que 500 pieds environ à monter, ils ont reconnu avec leurs guides l' impossibilité de pousser plus loin l' ascension. » Le soir même de leur retour à Zermatt, ils y rencontrèrent le professeur Melchior Ulrich de Zurich, qui fut plus tard un des fondateurs du CAS, et qui ils donnèrent des détails supplémentaires sur leur course 2: Ils se trouvaient tout à fait à leur aise sur la crête neigeuse du Silbersattel; mais l' aspect redoutable des rochers du sommet du Mont Rose les rebuta; « cela nous suffit! » déclarèrent-ils. Leur récit éveilla en moi le désir de faire également cette tentative, dit Ulrich. Aussi l' année suivante, 1848, il revint à Zermatt accompagné de son fidèle guide Johann Madutz 3 de Matt ( Glaris ), auquel il adjoignit Mathias Zum Taugwald. Ils bivouaquèrent dans les rochers du Gadmen, sur la rive droite du glacier du Gorner, et le lendemain 12 août atteignirent la crête du Silbersattel. Il y soufflait un vent violent et glacial; Ulrich déclara ne pas vouloir pousser plus loin, laissant toutefois à ses guides la liberté de tenter l' escalade des rochers du sommet qui se dressait sur leur droite, au sud. Ils furent absents plus de deux heures, pendant lesquelles Ulrich se frigorifiait à observer son baromètre et son thermomètre. Ils avaient trouvé, raconta Madutz, les rochers verglacés et très difficiles; Taugwalder déclara qu' il n' oserait jamais tenter cette escalade avec un touriste. Le sommet, dit encore Madutz, n' est pas une pointe, mais l' ex d' une crête rocheuse dentelée qui s' étend vers l' ouest; la violence du vent et i' heure avancée ne leur avaient pas permis de la suivre jusqu' au bout.

En août 1849, Melchior Ulrich fit une nouvelle tentative. Il avait pour compagnons les Bernois Gottlieb Studer et le Dr Lauterburg. Parvenus au Silbersattel, au lieu d' attaquer les rochers au sud, ils tournèrent à gauche pour essayer de gravir le Nordend. Cette fois encore, le froid et le vent leur fit abandonner la partie.

1 Le nom du premier est attaché à l' un des sommets du Pelvoux; le second s' était acquis une certaine notoriété en accomplissant deux fois, à une semaine d' intervalle, l' ascension du Mont Blanc ( août 1843 ).

2 Voir Berg- und Gletscherfahrten, Bd. I, p. 253.

8 C' est le même J. Madutz qui réussit avec M. Ulrich la première ascension des Diablerets en 1850.

Le 2 septembre 1854, les trois frères Edmund, Grenville et Christopher Smyth, avec quatre guides, quittent l' auberge du Riffel à 2 h. 15 du matin et, suivant la voie connue, atteignent le sommet oriental du Mont Rose. Ils y plantent un alpenstock avec une chemise en guise de drapeau. Quelques jours plus tard, le 11 septembre, S. Kennedy répète la même ascension et laisse un drapeau rouge à côté de la chemise de Smyth.

Le point extrême atteint par toutes ces caravanes est le sommet oriental, coté 4632 mètres, à quelque 80 mètres à l' est du point culminant, et celui-ci, désigné alors sous le nom de Allerhöchstespitze - ce n' est qu' en 1863 qu' une décision du Conseil fédéral le baptisera Pointe Dufour - est encore inviolé. Aussi bien les frères Smyth que Kennedy avaient remarque que la crête sur laquelle ils se trouvaient se redressait à l' ouest en un ressaut qui semblait les dominer. C' est pour toucher enfin le vrai sommet du Mont Rose ( Pointe Dufour ) que les deux frères Grenville et Christopher Smyth reviennent en 1855 avec trois amis. Leurs guides sont Ulrich Lauener et les deux Zum Taugwald qui les accompagnaient déjà en 1854. Voici la notice inscrite au retour dans le Livre des voyageurs de l' hôtel du Riffel ( traduction ):

« J.G. et Christopher Smyth. Accompagnés de nos amis J. Birkbeck, Ch. Hudson et J. Stevenson, avons fait l' ascension du Mont Rose depuis cette auberge ( Riffelhaus ) et avons réussi à atteindre le point culminant ( the very highest point ). Ce point n' avait pas été gravi précédemment, car la partie de V arête faîtière atteinte par nous et par S. Kennedy ( en 1854 ) se trouve à l' est de ( notre ) sommet et lui est inférieure de 20 pieds; mais sur les lieux on remarque à peine la différence... la dernière partie de l' ascension est très difficile. » L' inscription est datée 31 juillet, mais en fait l' ascension eut lieu le 1 er août.

Le rédacteur de cette note ne dit pas un mot de la voie - nouvelle - suivie par la caravane. Un des participants, Charles Hudson, qui devait finir si tragiquement au Cervin en 1865, nous a donne dans son livre Where there' s a Will there' s a Way ( 1856 ) un récit circonstancié de cette « première»1:

« II était environ 1 h. du matin lorsque la caravane quitta l' hôtel du Riffelberg... C' était une nuit de glorieux clair de lune, et les magnifiques glaciers du Breithorn et du Lyskamm se présentaient à notre droite dans toute leur splendeur, tandis que nous remontions d' un pas tranquille les pentes du Riffelhorn...

A cette occasion, nous ne suivîmes la route prise par Kennedy et les frères Smyth, lors de leurs précédentes ascensions, que jusqu' à la hauteur de 4200 mètres, soit jusqu' à ce qu' on peut appeler le Grand Plateau. A partir de cet endroit il y a deux itinéraires: celui conduisant à la crête qui relie le Nordend à la ,Höchstespitze, invariablement adopté jusqu' ici par les guides; l' autre escaladant directement le versant ouest de la ,Höchstespitze. Toutes les caravanes ayant suivi la première route étaient restées à 16 pieds au-dessous du vrai sommet, et le second itinéraire n' avait jamais été tenté jusqu' à ce jour. Quelques-uns d' entre nous avaient résolu d' ouvrir une nouvelle voie dans le versant ouest, et pour assurer l' exécution de notre projet, S. Smyth et moi prîmes les devants, sans même faire halte pour discuter la question avec les guides. Cette initiative eut le résultat désire, car les guides suivirent machinalement sans faire aucune objection à l' abandon de la route habituelle. Peu après, nous arrivâmes au pied d' une crête de neige étroite et rapide, où Lauener passa en tête et tailla de bonnes marches au moyen de la hachette. Toute la caravane suivit aisément. » 1 Un remarquable esprit d' initiative animait cette bande d' amis. Quinze jours après la conquête du Mont Rose, après avoir manqué de peu, à cause du mauvais temps, celle du Mont Blanc par le versant italien, ils inauguraient, sans guides, la route à cette cime via Bionassey et l' Aiguille du Goûter ( voir Where there' s a Will, there' s a Way ).

CENTENAIRE DE L' ASCENSION DU MONT ROSE Au sommet de cette pente ( au point appelé aujourd'hui le Sattel ), on fit halte à l' abri des rochers. Quelques-uns souffraient de gelures; leurs compagnons moins sensibles au froid leur frictionnèrent pieds et mains avec de la neige; au bout d' une heure on put se remettre en route, tout d' abord sur une pente de neige où il fallut derechef tailler des marches, puis le long d' une arête de rocs brisés aboutissant au point culminant...

Le vrai sommet fut atteint vers 10 heures du matin; les vainqueurs y élevèrent un cairn en témoignage de leur victoire.

La nouvelle route ouverte au Mont Rose fut immédiatement adoptée par les guides et les ascensions s' y multiplièrent bientôt. On n' en compte pas moins d' une dizaine en cette fin d' été 1855. Quinze jours après la « première », notre compatriote, le St-Gallois J: J. Weilenmann, autre fondateur du CAS, touchait, premier Suisse, le plus haut sommet de son pays et notait à son retour:

« Hier, mardi 14 août, peu après 5 h., deux caravanes, dix personnes en tout, se mettaient en route pour gravir le Mont Rose. Tous parvinrent heureusement au sommet vers 2 h. de l' après et rentrèrent sains et saufs. » Weilenmann a publié un récit très détaillé de cette course dans son livre Aus der Firnenwelt ( 1872 ). Il y donne quelques renseignements supplémentaires sur la première ascension, recueillies de la bouche du guide Johann Zum Taugwald: « A l' arrivée au pied de l' arête ouest ( le Sattel ), un des compagnons de C. Smyth - il ne dit pas lequel - fut pris d' un malaise dû au froid et à la fatigue. Il gisait sans connaissance sur la neige. Ses compagnons le transportèrent dans un endroit abrité, lui enlevèrent ses souliers et ses chaussettes et le frictionnèrent jusqu' à ce qu' il revînt à lui. » L' ascension du Mont Rose ouvre l' ère de l' alpinisme proprement dit dans la région de Zermatt. Jusqu' en 1854, seul le Breithorn avait été gravi. A partir de 1855, les conquêtes se succèdent rapidement: 1856 Allalin; 1858 Dom; 1859 Rimpfischhorn; 1860 Alphubel; 1861 Weisshorn, Lyskamm, Castor, Nordend; 1862 Dent Blanche, Täschhorn; 1864 Rothorn, Pollux, pour s' achever en 1865 par celles de l' Obergabelhorn et du Cervin.

Le Mont Rose dessin montrant les itinéraires de Melchior Ulrich en 1848 et de Weilenmann en 1855 ( Berg- und Gletscherfahrten I )

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