Dans le Haut Atlas

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J.D. Gal land

Avec 2 illustrations ( 115-116Satigny, Genève ) Dans la légère lumière et l' air encore doux du printemps de Marrakech, le car indigène quitte la palmeraie et les plantations d' orangers pour traverser la vaste plaine d' alluvions arides qui monte imperceptiblement vers le pied de la montagne. Passées les étendues semi-désertiques où l' eau fait défaut, on atteint bientôt les riches oliveraies qui bordent les premiers contreforts, là où la vallée rapide débouche brusquement sur le plat.

Le long de la route, des bourricots et même quelques dromadaires, partis tôt matin, descendent à la grande ville, chargés de charbon de bois, de souches et d' autres produits de la montagne. Entassés dans le véhicule bondé, des Berbères somnolent dans leurs burnous de grosse laine blanche, qui fleure l' odeur aigre du vieux couscous. Quelques-uns sont habillés à l' européenne et portent le fez au-dessus d' un visage aux traits plus fins. Ils sont venus de loin, du nord du pays, pour aller faire leurs dévotions au sanctuaire montagnard de Moulay Brahim, véritable Lourdes des musulmans maugrabins.

La route est bonne, car nous sommes sur la grande voie qui mène de Marrakech vers la vallée méridionale du Sous, en passant par le col du Tizi n' Test. Passé le centre de Taha-naout, dont les hautes bâtisses carrées préparent le regard aux kasbah atlasiques, les lacets montent à l' assaut du flanc abrupt de la vallée resserrée, taillés souvent dans le roc. Puis le pays encaissé s' élargit dans le bassin d' Asni, où quelques colons européens isolés cultivent la pomme et la cerise à 1500 mètres.

Le Valais dans VAtlas C' est à partir de là que commencent ces villages chleuh si spéciaux et pourtant peu différents au fond des agglomérations de nos Alpes. Ce sont aussi des habitations serrées qui se côtoient et se chevauchent dans la pente, avec de petites galeries, des fenêtres étroites, de basses entrées d' étables. Seulement ici où le bois manque, les murs sont de terre ou de pierres, épousant les nuances richement colorées du sol dont ils ont surgi.

Après un premier étonnement qui s' attache surtout aux différences d' avec les monts qui nous sont familiers, on découvre de frappantes ressemblances avec les Alpes, retrouvant peu à peu certaines constantes de la montagne.

Ces gens simples, rudes et gais qui cultivent les rares lopins arables, ont appris comme les Valaisans l' art de labourer et d' irriguer de petits champs en terrasses. Leurs « séguia » sont la réplique de nos bisses, avec aussi des bassins de retenue, des partiteurs et des droits d' eau fort disputés. Dans ce pays sec, il est particulièrement frappant de découvrir au pied des pentes arides ces petits herbages comme de riches émeraudes entre leurs murets de pierre et ces parchets d' orge remplacés l' été par du maïs. Les navets, les oignons et la pomme de terre entrent aussi dans les assolements, mais la ressource principale est l' élevage.

Avec le bétail les déplacements saisonniers sont de rigueur. Les bergers descendent les troupeaux pour brouter l' herbe hivernale des plaines, lorsque le village est sous la neige; puis ils remontent au printemps par les mayens jusqu' aux « azib ». Ce sont des alpages, munis d' abris primitifs construits grossièrement de pierres et de troncs tordus de genévriers. Souvent on y trouve des cultures estivales de maïs jusqu' à 2400 m ., exceptionnellement 2700 m. Mais les derniers villages ne dépassent guère 2000 m.

Autour des lieux habités, le fond des vallées est agrémenté par les épaisses frondaisons de noyers séculaires. Après avoir fourni à bien des générations les fruits précieux et le frais ombrage, ces fûts énormes partent pour les fabriques de meubles.

Au-dessus des agglomérations commence le règne du genévrier thurifère, qui se partage avec le chêne-vert et le thuya de Barbarie les hautes pentes de l' Atlas. Ses troncs tourmentés, aux empattements monstrueux, font penser aux derniers arolles qui croissent chez nous à la limite des arbres. Cependant les peuplements sont très clairsemés et ont de la peine à se reproduire. Il faut dire qu' au point de vue forestier le Maroc a souffert de maux graves. L' in arabe a terriblement nui à la couverture sylvestre, soit par des abattages inconsidérés, soit par les dégâts que cause le pacage destructif du petit bétail. Ce n' est pas pour rien que les chèvres voraces sont ici comparées aux sauterelles. Elles pèlent les sous-bois, grimpant jusque sur les branches, et rendent tout rajeunissement aléatoire. La décadence des forêts est partiellement cause d' une légère tendance climatique vers un régime plus aride.

Les plus belles essences sylvicoles du Maroc sont le cèdre, plus répandu au Moyen Atlas, et le pin d' Alep. Cette dernière espèce, propre au massif français des Maures ou au maquis corse, prend de l' extension au Maroc depuis que les services forestiers en ont replanté d' importantes surfaces dans le Haut Atlas pour lutter contre l' érosion. Cependant la forêt marocaine est plus claire, plus sèche, moins verdoyante que nos bois de montagne, et l'on ressent la carence des taillis épais et des fraîches lisières qui font le charme de nos Préalpes.

Le paysage plus massif est bien moins découpé que les « splendides horreurs » alpines. Il ne faut pas oublier que l' Atlas était déjà, à l' ère primaire, un socle éruptif élevé au-dessus de la mer. Les hauts sommets en ont conservé un aspect large et sont souvent constitués entre 3000 et 4000 mètres par de spacieux replats où la roche se délite sur place et s' érode à l' ex. Les crêtes effilées sont très rares, les pics pour ainsi dire inexistants, et les pentes des hautes parois couvertes d' imposantes masses de cailloutis. Par contre les failles récentes sont profondes et les vallées rapides.

De hauts vallons en U en tête des bassins d' érosion sont les seuls vestiges des quelques glaciers aujourd'hui disparus, et la faune caractéristique de ceux-ci ( marmotte, chamois ) n' existe pas en Afrique. Les névés, sauf dans quelques couloirs très encaissés, ne subsistent qu' au printemps. L' animal caractéristique, moins des hauteurs que du rocher, est le lourd mais agile mouflon. Justement le gardien indigène d' un refuge du club alpin en a tué un récemment. L' air est si sec que le gigot est resté suspendu une semaine dans la cabane sans prendre la moindre odeur, déshydratant simplement sa viande musclée et savoureuse. Les chasseurs ont en outre plaisir à poursuivre dans les vallées le sanglier et parfois la panthère. A part ces fauves, le gibier consiste surtout en lièvres, perdrix et gazelles près des plaines. Le renard, la loutre et la mangouste sont aussi répandus.

Au point de vue varappe, il existe de nombreux itinéraires de toutes difficultés. Les grandes distances et les vastes pierriers rendent les marches d' approche pénibles, et les questions de logis et d' approvisionnement sont plus épineuses que dans nos vallées mieux peuplées.

Les sports d' hiver au Maroc Le ski commence à devenir une réalité importante de la vie sportive du Maroc.

C' est à partir de 1920 que Jean Dresch et Jacques de Lépinay entreprennent les premières explorations du Haut et du Moyen Atlas, bien que les derniers noyaux d' insoumission montagnarde n' aient été pacifiés qu' en 1934. Peu de temps après eux, c' est Neltner, plus tard directeur des Mines de Saint-Etienne, qui poursuit leurs recherches. Aussitôt les premiers refuges commencent à s' élever, entrepris par le Syndicat d' Initiative de Marrakech: Aremd, Tachdirt, Irhef et Timichi dans la vallée de FOurika. De son côté le Club Alpin Français réalise le premier refuge de l' Oukaïmden, puis le refuge Neltner en 1938.

Alors que le récent refuge de Lépinay est emporté en 1949 par une avalanche, un nouvel abri ouvre ses portes dans le massif de FAzurki. Il vient compléter le réseau du Service de la Jeunesse et des Sports, qui dispose déjà du refuge de Taffert dans le Moyen Atlas et d' un grand chalet à l' Oukaïmden.

Cet ensemble de refuges qui pouvait déjà il y a trois ans recevoir 250 personnes, est appelé à se développer encore, car la vogue du ski ne cesse de croître au Maroc. C' est à l' Oukaïmden, à plus de 3000 m. d' altitude, que se disputent les championnats de ski de l' Afrique du Nord, sur des champs de neige qui tiennent trois mois au cœur du Haut Atlas. Et si vous allez à Ifrane, dans la montagne qui domine Meknès, vous trouverez un colon suisse qui, comme bien de ses compatriotes restés à d' Oex, a commencé ( mais lui au Maroc ) par élever du bétail en été tout en étant moniteur de ski en hiver; c' est Jean-Claude Masson, un ancien de la brigade 10, qui tient là-bas un magasin de sport.

Au cœur des 4000 En 1950, je suis monté par un long couloir, très relevé et encore enneigé à fin mai, au sommet de la Tazarharht, dont le nom indigène signifie le plateau. Le point culminant n' est qu' une bosse une peu plus haute au bord d' un vaste replat de lave bleuâtre et de granit mauve ou orange. Ce vieux socle partiellement recouvert d' un névé que juin fera disparaître, est transformé en une fine caillasse par la rude érosion due aux différences de température.

A l' est, derrière les hautes falaises arrondies de l' Ouanoukrim, s' élève à 4165 m. la pyramide sommitale du Toubkal, que les Berbères nomment « la Montagne des Montagnes », Adrar n' Dern. Vers le sud descend une longue vallée où gronde un torrent. Sur la pente on aperçoit à la jumelle un vague pâturage, qui doit être irrigué, et une primitive enceinte pour le bétail, à près de 3000 m. De ce côté les tribus montent plus haut que sur le versant nord.

Au loin les chaînes s' abaissent et se dispersent. Derrière, on devine l' immense vallée du Sous, récemment colonisée, où poussent l' orange et la banane. Et tout au fond, après la ligne régulière et bleutée de l' Anti, c' est l' infini du Sahara.

Dans ce Maroc où la belle saison amène vite dans les plaines un air étouffant, surchauffé par l' haleine brûlante du sirocco, la montagne et sa fraîcheur vivifiante sont encore plus nécessaires qu' en pays tempéré au corps et à l' âme. Mais, comme dit le psalmiste, « les montagnes se fondent comme la cire devant l' Eternel, devant le Seigneur de toute la terre ».

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