Des fleurs sur l'Alpe

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Avec 7 dessins.Par Sam. Aubert.

Vous qui partez à l' assaut des sommets, n' avez d' autre préoccupation que la conquête de la cime convoitée? Non! Tout en vous approchant de la zone des rocs et des neiges, vos yeux sont ouverts et remarquent ces innombrables êtres minuscules si brillamment parés par la Nature qui peuplent les pentes, les graviers des torrents ou des moraines, les rochers. Vous les admirez sans trop penser à leur situation dans la classification admise par les botanistes. Néanmoins, survivent en votre esprit quelques ressouvenirs des leçons entendues jadis à l' école ou au gymnase ou à l' université et le mot Composées ne vous est pas étranger. Et c' est à quelques représentants de cette grande famille végétale que je veux consacrer les lignes suivantes.

Parmi les plantes qui, de leurs fleurs aux tons variés, constellent les pelouses de la région alpine, beaucoup appartiennent aux Composées. Les représentants de cette famille sont facilement reconnaissables. Les fleurs très petites, sont réunies nombreuses, à l' extrémité de la tige, en un capitule, soit une petite tête. Ces fleurs sont de deux sortes; chez les unes la corolle est simplement tubulaire; chez les autres, le tube se prolonge en une languette étalée ou ligule. Certaines espèces n' ont que des fleurs tubuleuses; d' autres seulement des fleurs ligulées; chez d' autres enfin, on trouve les deux sortes, les ligulées toujours à l' extérieur, disposées comme les rayons d' une roue. Chez les Composées, ce que le public prend pour une fleur, est au contraire, l' inflorescence, l' assemblage d' un nombre de fleurs considérable.

Il est des Composées qui appartiennent au groupe des « belles fleurs » selon la voix populaire; il en est aussi qui n' ont pas le moindre attrait et que l'on considère d' un œil indifférent voire malveillant, ainsi les Chardons.

Le touriste qui s' en va « là-haut » est presque toujours obligé de traverser une de ces grasses prairies voisines des chalets et constamment surfumées par les déjections du bétail. Il y remarquera ces grands chardons à l' in en forme de tête épineuse ainsi qu' une autre espèce, à la tige densément feuillée, de teinte jaune verdâtre et dangereusement hérissée de piquants très acérés. A vrai dire, ce ne sont pas des chardons, mais des Cirses, leurs proches parents. Plantes que personne ne s' avisera de caresser mais dont on admirera tout de même la majestueuse exubérance.

Une des plus communes parmi les Composées à « belles fleurs » est le Chrysanthème des Alpes qui ressemble beaucoup à la « grande marguerite », cette plante répandue un peu partout et dont il diffère surtout par ses feuilles profondément divisées. Ce Chrysanthème, il a de la finesse, de la grâce; ses fleurs sont d' un blanc éclatant et bien que commun, on ne peut que l' aimer. Certaines gens ne s' attachent qu' aux espèces rares et dédaignent les communes. Ils ont tort.

Une autre Composée répandue aussi sur les beaux gazons de l' Alpe, c' est l' Aster des Alpes, reconnaissable à ses fleurs ligulées bleues qui font à l' inflorescence une couronne d' un effet charmant. Vous la voyez, aussitôt vous l' admirez et estimez que son nom Aster, c'est-à-dire étoile, lui sied à merveille, car sur la prairie est-il étoile plus belle, plus noble que celle-là? De nombreuses espèces des Alpes dédaignent le Jura. Au terme de leur exode dans les plaines, causé par l' extension glaciaire, alors que la plupart des espèces alpines reprenaient le chemin de leur lieu d' origine, les Alpes, maintes d' entre elles ont pris également celui du Jura. Notre Aster a fait cause commune avec ce contingent qui ne s' est pas fait scrupule de s' installer dans une modeste chaîne de montagne. Et aujourd'hui, ce bel Aster vous le trouvez représenté par une multitude d' individus sur les sommités du Jura méridional et, sur le plateau culminai de la Dôle, vous pourrez l' admirer en la saison propice, dans la société de la Paradisie, ce lis élégant, aux fleurs d' un blanc immaculé. Un tableau qui ne saurait échapper à l' œil... qui sait voir.

Et puis, nous avons l' Arnica, plante vraiment majestueuse avec ses grandes fleurs d' un jaune d' or vif, épanouies comme autant de soleils minuscules sur la prairie. Pour passer à côté sans les voir, sans se pencher pour leur dire qu' elles sont belles, il faut être distrait ou totalement insensible à la magnificence que la Nature déploie dans son œuvre créatrice. Les fleurs d' Arnica ont la propriété de provoquer l' éternuement. C' est M. H. Correvon qui le dit et on peut être sûr qu' il dit vrai.

Les Hieracium ou Epervières sont une damnation pour les botanistes. En effet les espèces sont si nombreuses et reliées par tant et tant de variétés, sous-variétés, races, hybrides que, ma foi, rares sont ceux qui sont capables de s' y reconnaître. Il en est toutefois une que le touriste distinguera d' emblée, grâce à ses inflorescences d' un rouge orange foncé; aussi l' a nommée VEpervière orangée. Elle se laisse cultiver en plaine mais ainsi que nombre de plantes de la montagne, elle perd en grâce et en couleur, ce qu' elle gagne en taille. Ces transplantées ont l' air de se venger. Ah! semblent-elles dire, vous voulez nous arracher au brillant soleil, à l' air pur de l' Alpe, pour nous faire vivre dans l' atmosphère étouffée et fumeuse des basses régions, eh! bien non, vous ne nous aurez pas tout entières et nous laisserons là-haut, ce qui fait la noblesse et le charme de nos traits.

Par le coloris de ses fleurs, le Séneçon à feuilles d' aurone ( S. abrotanifolius ) rappelle l' espèce précédente, mais le port en est bien différent. C' est un modeste buissonnet, bien vert, appliqué au sol et pourvu de feuilles très finement découpées, du milieu desquelles les fleurs se détachent comme autant de taches d' or. Ce magnifique Séneçon, vous le rencontrerez principalement dans les montagnes du Tessin et des Grisons. Et si vous voyagez à pied dans l' une ou l' autre de ces contrées, sûrement une fois ou l' autre, alors que vous sortez de la forêt et que le pâturage avec ses richesses florales vient à la rencontre du touriste, subitement, votre regard s' arrêtera fasciné sur les fleurs d' or vivant de notre Séneçon, disséminées au sein de la pelouse alpine. Le spectacle, vous le contemplerez non pas avec l' œil de l' avare serrant son trésor de vil métal, mais avec des yeux attendris et ravis... avec des mains respectueuses aussi, car vous n' appartenez pas à la cohorte qui moissonne et remplit les sacs des fleurs qu' elle trouve sur son chemin. Le Séneçon à feuilles d' aurone est comme bien d' autres; il ne réalise sa pleine beauté que sur la montagne dans la société de ses congénères. En bouquet, le charme s' est envolé.

Mais toutes les Composées ne sont pas comme les précédentes, ornées de grandes fleurs voyantes. Il en est toute une série dont les fleurs minuscules se dissimulent autour d' une gaîne de feuillules barbées d' une infinité de poils soyeux. Dans leur ensemble, on les distingue nettement, mais pour les isoler une à une, c' est toute une affaire, la loupe est de rigueur. Ainsi les Armoises. Ce sont des plantes fidèles aux terrains secs et ensoleillés, très aromatiques et vêtues de poils gris blanc. L' une d' elles, l' Absinthe, a été... et est encore utilisée pour la fabrication de la liqueur du même nom. Mais la haute montagne héberge plusieurs espèces de petite taille, localisées le long des arêtes, dans les fissures des rochers, etc., et dont l' une, le Génipi, sert à fabriquer une liqueur d' un goût et d' un arôme exquis. Les montagnards en préparent un thé souverain pour le traitement des petites et des grandes maladies. Rambert, dans son délicieux récit « le Chevrier de Praz-de-Fort », parle du Génipi et du chevrier taciturne, Gaspard Gros, qui l' allait cueillir, ainsi que d' autres plantes rares, sur les plus hauts rochers de la région, pour le compte du curé d' Orsières. Mais lit-on encore Rambert et apprécie-t-on le charme qui se dégage de ses récits? On doit l' espérer.

L' Edelweiss, autre Composée, est une plante trop connue pour qu' il soit indiqué d' en donner ici une description même sommaire: Mais en vertu de l' étrangeté de sa physionomie, elle exerce un attrait extraordinaire sur d' innombrables esprits qui s' imaginent voir en elle le symbole de l' Alpe. Erreur! L' Edelweiss n' est pas une plante d' origine alpine, mais bien de la plaine centrale asiatique, de la steppe, d' où à la faveur de circonstances spéciales, elle a atteint l' Europe et s' est finalement cantonnée dans les Alpes. Quand même chacun saurait cela, il se trouverait néanmoins des gens qui persisteraient à vouer à cette plante un culte mystique qui, hélas! fait chaque année de trop nombreuses victimes.

Les Achillées sont pourvues de petites fleurs blanches ou jaunes; parmi les plus belles, citons Y Achillèe naine, petite plante rampante, tout entière recouverte d' un fin duvet laineux. Fidèle aux graviers des hautes régions, le touriste attentif la distinguera aussitôt et s' il en cueille une touffe, il se persuadera bien vite de l' arôme très agréable qui s' en échappe. Ajoutées au thé, les feuilles lui communiquent une saveur spéciale, fort appréciée de certains.

Sur le chemin du retour, vous récapitulerez les péripéties diverses de la course; aux impressions éprouvées sur le glacier, dans l' escalade des rochers, vous joindrez le souvenir de quelques-unes des belles plantes rencontrées au cours de la journée. Des Composées seront sans doute du nombre et plusieurs feront partie du modeste bouquet que vous rapporterez à la maison et vous direz à coup sûr: partout sur l' Alpe, les fleurs sont belles et les Composées, telles que l' Arnica, l' Aster, l' Achillèe naine, etc., n' ont rien à envier aux autres.

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