Du miraculeux sauvetage de J.-C. Escher de la Linth sur le Sandfirn

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Jost Hösli, Männedorf

Contribution à l' histoire de l' alpinisme et de l' exploration géologique du Tödi SANDALP, 9 AOÛT 1807 Aux premières lueurs du jour, quelques hommes courageux, munis de longs bâtons, quittent les chalets de l' alpage glaronnais d' Ober Sand et remontent la rive droite du ruisseau d' Oberstafel dans la direction du Sandfirn. Au bout d' une heure de grimpée fatigante, dans les éboulis et les rochers, la colonne atteint le « Glacier du Doedi qui s' étend du flanc ouest du Doedi aux Clarides et, au sud, dans le canton d' Uri ». La langue du glacier, brillante et tourmentée, tombe' 35 einem höheren Standpunkt gelangen: Schaut doch in das herbstliche Farbenwunder unserer Wälder! Ist das nicht geradezu ein festliches Verklingen? Gemahnt uns dies nicht an den Strahlenglanz der Erinnerungen? Sollten wir uns dessen nicht eher freuen und dankbar dafür sein?

Ein Mensch, der rein beruflich mit der Natur eng verbunden war, weiss die Zeichen zu deuten und wird auch aus dem Alter keine Tragödie machen. Wir können unser Finale nicht bestimmen; kommt aber die Zeit, wo wir die letzten Stufen zu übersteigen haben, so möchte ich es mit unserem « Altmeister » Gottfried Keller halten, der für seine Abschiedsstunde die trefflichen Worte fand: « Werf ich ab von mir dies mein Staubgewand, beten will ich dann zu Gott, dem Herrn: ,Lasse strahlen deinen schönsten Stern nieder auf mein irdisch Vaterland ' .» verticalement. Les crevasses sont larges et profondes. Sans corde, avançant avec précaution l' un derrière l' autre, les « alpinistes » cherchent un passage au milieu de crevasses béantes. Tout à coup, un énorme bloc de rocher, suivi d' une grêle de cailloux, dévale le flanc ouest du Tödi, encore vierge, et vole à quelques pas du groupe médusé, puis disparaît dans la profondeur d' une crevasse. Effrayés, les hommes s' arrêtent. Un instant plus tard, trois excursionnistes seulement continuent leur chemin, tandis que les autres font demi-tour. Le trio infatigable s' enfonce dans la neige tou- Panorama du versant nord du Tödi ( détail ) Dessin en couleur et à la plume de J.C. Escher de la Linth, 8.8. 1807 2Le Tödi vu du nord-est. Au premier plan, le Glacier de Biferten Dessin en couleur et à la plume de J.C. Escher de la Linth, 8.8.1807 3Le Petit Tödi ( 3076 m ) et le Sandfirn Lithographie de J. Weber. Neue Alpenpost, 19. to. 1878 jours plus épaisse au fur et à mesure qu' il s' élève, et il lui devient bientôt impossible de déceler les crevasses.

C' est à une centaine de pas de l' arête rocheuse du Sandpass que l' un des hommes, le deuxième du groupe, sent le sol céder brusquement sous ses pieds. Il a la présence d' esprit d' écarter les bras. C' est un vrai miracle! Le pont de neige crevé retient le malheureux suspendu au-dessus du gouffre d' une crevasse insoupçonnée. Ses compagnons le saisissent par les mains, mais lui ne trouve aucun appui pour ses pieds. Tous les efforts pour le sauver ne servent à rien, au contraire! Peu à peu la neige s' effrite, le trou s' agrandit et la gueule glacée de la mort s' apprête à happer l' infortuné alpiniste.

l' homme suspendu au-dessus du gouffre se sauve tout seul L' homme cependant ne perd pas courage. Il sait que la maîtrise de soi, le courage et la ténacité permettent de se tirer d' affaire. Toujours suspendu au-dessus du gouffre, il demande à ses camarades de lui passer les bâtons. Que veut-il en faire? Quelle est son idée? Laissons-le raconter lui-même comment s' est achevée sa mésaventure.

« Ne sachant ce que j' allais faire de ces bâtons, mes compagnons hésitaient, et ce n' est qu' à ma seconde injonction qu' Obrecht me tendit le sien que je pus heureusement glisser sous mon bras gauche, au-dessus de la crevasse béante. On me tendit ensuite un deuxième alpenstock que je plaçai sous mon bras droit. Appuyé sur ces deux supports, je me soulevai et me dégageai peu à peu de la crevasse, puis, me poussant en avant, je rampai au-dessus de l' effroyable gouffre qui avait bien failli m' engloutir. Heureusement que j' étais resté parfaitement calme. J' avais eu recours aux seuls moyens qui me permissent de me tirer de cette fâcheuse position. Mes camarades, bien que me voyant sain et sauf à leurs côtés, ne pouvaient se remettre de leur émotion, et la bonne humeur ne revint que lorsque je les invitai à prendre quelque réconfort avec un petit coup de kirsch. » LES TROIS HOMMES L' homme qui, dans cette situation périlleuse, n' avait perdu ni son calme, ni son courage, s' ap Jean-Conrad Escher. Il a raconté cette aventure dans ses Essais sur l' histoire naturelle de l' Helvétie, qui n' ont jamais été publiés.

Après l' échec politique de l' Etat unitaire helvétique ( 1 798-1803 ), période au cours de laquelle le citoyen zuricois, républicain convaincu, s' était révélé une des têtes les plus capables, Escher, dont les intérêts étaient variés et nombreux, concentra son attention sur la correction de la Linth. Cette question le préoccupait d' ailleurs depuis 1792. La Diète fédérale lui confia, en 1804, la direction de l' opération nationale engagée pour sauver les habitants des rives du lac de Walenstadt et de la vallée inférieure de la Linth, dont les terrains marécageux avaient plongé toute la population dans une grande misère. En juillet 1807, soit un mois avant son aventure sur le Sandfirn, Escher commença la grande œuvre de sa vie dans la plaine de la Linth1.

Le troisième homme du courageux trio, l' ingé Jean-Christian Obrecht, de Karlsruhe, décédé en 1817, était un des collaborateurs d' Escher. Il avait été également le bras droit de Johann Gottfried Tulla ( 1770-1828 ), ingénieur en chef et inspecteur des barrages du Rhin dans le grand-duché de Bade. La Diète fédérale avait fait appel à Tulla « l' hydraulicien le plus capable » pour les travaux de correction de la Linth relevant de sa spécialité. Obrecht, son collaborateur direct, « était fort connu parses relevés de cartes, même en Suisse où son nom figurait au bas d' un excellent plan de la ville de Nyon, dans le canton de Vaud ». En ce qui concerne la Linth, « il fit preuve d' une grande précision et d' une persévé-'J .Hosli, Correction de la Linth. Œuvre suisse des tableaux muraux pour les écoles. Commentaire de l' illustra 13g. Zurich 1968.

La cabane du Grünhorn ( 2448 m ), le plus ancien refuge du CAS Lithographie de J. Weber. Neue Alpenpost, 20. 1 t. 1880 Le Glacier de Biferten et le Bündner Tödi ( 312g m ) Lithographie de F. Graf. Neue Alpenpost, 20. 11. 1880 Nous devons les reproductions des dessins de J.C. Escher S la Bibliothèque centrale du Zurich ( Collection des estampes ).

rance inébranlable » en se chargeant « de la partie la plus importante des travaux de mensuration ». Obrecht dirigea également les travaux de protection au moyen de fascines, système alors inconnu en Suisse, et s' occupa encore, pendant son dernier séjour ( 1808 ), « des relevés topographiques de toute la région où l'on procédait à la correction de laLinth».2 Nous ne connaissons pas le nom du guide. C' était peut-être Johannes Thut ( 1782-1850 ), de Linthal. Ce dernier, berger à l' alpage de Sand, fut d' abord un adroit chasseur de chamois, avant de devenir un habile vétérinaire naturel et « Wasserdoktor ». En 1819, puis en 1820 et enfin en 1822, Thut accompagna le médecin de Stäfa, qui devint plus tard conseiller d' Etat zuricois, le Dr Johannes Hegetschweiler ( 1789-1839 ), dans ses Voyages dans les montagnes entre Glaris et les Grisons ( Zurich, 1825)3.

FIN HEUREUSE DE L EXCURSION AU TODI Jean-Conrad Escher eut quelque peine à convaincre son guide effrayé de continuer la marche. Bientôt cependant le trio atteignit la « Doedischeidecke », ou ligne de partage des eaux du Sandpass. Là, comme s' il ne s' était rien passé, et selon l' habitude prise au cours de ses innombrables excursions en montagne, Escher se mit à explorer la roche de l' arête et à esquisser un panorama des montagnes du sud.

Par égard pour ceux qui s' étaient arrêtés en route, les trois hommes reprirent le même chemin au retour. « Plutôt que de parcourir une seconde fois le dangereux glacier, nous aurions préféré 2 Notessurles travaux de la Linth de J.C. Escher, ie1' vol., Zurich, 1807-1809. A la page 66> Escher mentionne l' activité de l' ingénieur Obrecht. On ne trouve son prénom ( C. Obrecht ) que sur le plan annexe au volume et représentant le canevas trigonométrique de la Plaine de la Linth. Nous devons le peu de renseignements sur les frères Obrecht aux Archives badoises de Karlsruhe.

3 H. Stüssi, extrait de l' Histoire de la famille des Thut. Le Messager du Nouvel An de l' arrière de Glaris, 1967 ( PP-7à25 ).

faire le détour par les Grisons. Parvenus au trou dans lequel je m' étais enfoncé, nous cherchâmes proximité le point le plus sûr, élargîmes même l' ouverture pour mieux constater la largeur de la crevasse. La profondeur était si grande qu' on n' en voyait pas le fond. En fondant, la neige qui la recouvrait avait pris la forme d' un arc, et je m' aperçus que j' avais été retenu dans la partie la plus mince de ce pont, dont l' épaisseur ne dépassait guère un mètre. Nous nous félicitâmes, une nouvelle fois, de ce sauvetage et descendîmes le glacier aussi rapidement que possible. Ce n' est qu' après l' avoir quitté et après avoir atteint la terre ferme que nous fûmes vraiment tranquillisés. » C' est ici, aux sources de la Linth, qu' est resté attaché le nom de celui qui venait de commencer, en bas, dans la plaine marécageuse, entre les lacs de Walenstadt et de Zurich, la grande œuvre de sa vie, consacrée au bien-être des générations futures.

LES PREMIÈRES ASCENSIONS DU TODI Les premières tentatives de vaincre la majestueuse sommité de la Suisse orientale furent entreprises, comme on sait, par le versant grison. Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, le Père bénédictin Placidus a Spescha ( 1752-1833 ) escalada déjà le Crap Grond et le Piz Urlaun. Comme nous l' avons déjà précisé, le D1' méd Johannes Hegetschweiler tenta de conquérir le Tödi en 1819, puis en 1820 et en 1821, et encore une fois en 1834, aussi bien par le Sandfirn que par le Glacier de Biferten. Le Ier septembre 1824, les Grisons Placidus Curschellas et Augustin Bisquolm, engagés par le Père Spescha, remontent le Val Russein et atteignent le plus haut point du Tödi, le Piz Russein ( 3620 m ). Treize ans plus tard, le to août 1837, le père et le fils Bernhard, Gabriel Vögeli et Thomas Thut réussissent l' ascension du Glarner Tödi ( 3582 m ). Huit jours après, ils conduisent le premier touriste, Friedrich von Dürler, de Zurich, sur la selle glaciaire qui sépare les deux sommets méridionaux. Parmi les premiers visiteurs du Piz Russein qui, pense-t-on, a été atteint pour la première fois de Glaris en 1859, on compte le fondateur du CAS, le Dr Rudolf Theodor Simler. Son ascension du Tödi le poussa à fonder le Club alpin suisse. C' est là, écrit-il, que « germa en moi l' idée d' une association d' amis de la montagne ». Le Massif du Tödi fut la première région visitée par le Club, fondé à Olten, le 19 avril 1863. La même année, la section Tödi construisait dans le massif du même nom le premier refuge du Club, la cabane Grünhorn.

LE PIONNIER OUBLIÉ DU TÖDI En 1807, Escher explora aussi les montagnes qui séparent la Linth du Rhin inférieur. Parti de Breil ( Brigels ), en 1813, il atteignit le Muttsee par le Col du Kisten, mais le mauvais temps le contraignit à rebrousser chemin. En compagnie du guide Hans Vögeli, il remonta en 1817 au Muttsee en partant de Linthal et en passant par Baumgarten et Nüschen, pour gagner ensuite l' Oberland grison, au-delà du Kisten. Cependant, ni l' histoire de l' exploration alpine, ni celle des recherches géologiques du Massif du Tödi ne mentionnent les courses d' Escher. La brillante renommée du créateur du Canal de la Linth a éclipsé tous les autres mérites dus à cet homme trop tôt disparu, le 9 mars 1823. Ils ont sombre dans l' oubli ou n' ont même pas été connus. L' ac de pionnier de Jean-Conrad Escher aux sources de la Linth n' a guère retenu l' attention jusqu' à notre époque.

C' est en vain que nous cherchons le nom d' Escher de la Linth dans l' ouvrage de Rudolf Bühler: Histoire du développement du tourisme dans les Massifs du Tödi et du Bifertenstock ( Glaris, 1937 ). Albert Heim lui décerne un bref hommage dans l' in de sa fondamentale Géologie de la Suisse ( 3 vol., Leipzig 1819,1821,1822 ), en affirmant qu' il « est un excellent et fidèle observateur, exempt de l' esprit de spéculation de son temps, mais qui, par modestie, a peu laissé d' écrits ». On consulte rarement les fascicules, reliés en trois volumes, et les 1500 pages de notes de voyages des Essais sur l' his toire naturelle et la connaissance des montagnes de l' Hel qui dorment dans les cartons Escher de l' Institut de géologie de l' Ecole polytechnique fédérale de Zurich, bien conservés depuis plus de cent ans, comme d' ailleurs les panoramas d' Escher et les opinions qu' il a exprimées. Aussi peut-on comprendre que le consciencieux et très sérieux Jakob Oberholzer, l' explorateur des montagnes glaronnaises, n' ait connu ni les dessins, ni les panoramas, ni les rapports d' Escher. Dans l' in de son ouvrage Géologie des Alpes glaronnaises ( Berne, 1933 ), il ne fait nullement mention de l' activité de géologue de Jean-Conrad Escher. Et l'on s' étonne à peine de lire, sous la plume de Hans Widmer, dans son mémoire sur la Géologie du Massif du Tödi ( Wetzikon/Rüti, 1949 ), la phrase suivante: « Le premier spécialiste qui se hasarda dans ce Tödi pour y explorer les roches fut Arnold Escher de la Linth, dont le père, Jean-Conrad, n' avait dessine le Tödi que de loin. » Le professeur Dr Arnold Escher ( 1807-1872 ) n' a fait qu' une allusion discrète aux travaux de son père dans l' appendice de la biographie de J. Hottinger ( Zurich, 1852 ). C' est le professeur Dr Rudolf Staub qui, le premier, a relevé l' acti fondamentale d' explorateur de Jean-Conrad Escher. Dans son dernier ouvrage, La structure des Alpes glaronnaises ( Glaris, 1954 ), illustré notamment de trois dessins en couleur d' Escher ( mais reproduits en noir et blanc ), nous pouvons lire: « En consacrant ses travaux à l' amélioration des conditions de vie, insupportables à l' époque, dans le bassin inférieur de la Linth et sur les bords du Lac de Walenstadt, Jean-Conrad Escher a non seulement réalisé une œuvre immortelle, mais il est devenu en quelque sorte le père et le pionnier de la géologie du pays de Glaris, voire de la géologie alpine en général, tant il est vrai que cette science se fonde, en grande partie, sur les conclusions tirées des études géologiques des Alpes glaronnaises. » l' infatigable coureur de montagnes A seize ans déjà, Escher commence ses excursions en montagne, et il les poursuivra jusqu' au dernier été de sa vie, soit en 1822. Son premier voyage le conduisit, en 1783, de Morges à la Vallée de Joux et sur le plus haut point du Jura suisse: la Dôle ( 1677 m ). Deux ans plus tard, après son séjour en Suisse romande, à Genève, et avant de regagner sa famille, il fit un voyage à Chamonix avec sonami, l' instituteur Jean-Pierre Vaucher. Le paysage grandiose des glaciers de la Savoie encadrant le plus haut sommet des Alpes fascina et enthousiasma Escher encore plus que la lecture des descriptions des Genevois Marc-Théo-dore Bourrit et Horace-Bénédict de Saussure. De Vallorcine, Escher et Vaucher escaladèrent le Buet ( 3099 m ), situé non loin de la frontière suisse et qui fut gravi pour la première fois en 1770 par les frères Deluc de Genève. Cette première course de haute montagne a impressionné le jeune Zuricois de dix-huit ans. Dans sa collection de panoramas, un dessin lavé gris et bleu rappelle cette excursion. C' est une copie d' après Bourrit, qui avait dessiné une « Vue circulaire des montagnes » à la demande de H.B.de Saussure pour son ouvrage Voyages dans les Alpes ( Neuchâtel, 1779 ).

Escher a visité le pays de Glaris pour la première fois en juillet 1792. Par mauvais temps, en compagnie de ses amis genevois Vaucher et Dunant, il remonta la Vallée de la Linth, passa le Klausen, puis le Gothard, avant de continuer vers le sud. Quatre ans plus tard, en juillet 1796, il revint dans les Alpes glaronnaises, passant de Schwanden dans la Vallée du Sernf, puis de Matt, par le Krauchtal et le Weisstannental, dans la Vallée du Rhin, avant d' atteindre le Lac de Constance. C' est alors que, par grand beau temps, il vit le « Tödi depuis le Mitlödi, ainsi que les montagnes voisines, enneigées et toutes également belles, à l' arrière du Linthal. D' après la forme des couches du Tödi, on peut déduire qu' il appartient aux montagnes de calcaire et de schiste. » C' est alors qu' a pu s' éveiller en lui le désir de voir le Tödi de plus près, mais le temps et les circonstances l' empêchèrent longtemps de réaliser ce projet. C' étaient les années où il connut des hauts et des bas dans sa vie d' homme politique.

LE PROJET DU TÖDI « Hourra! Allons au Tödi avec l' ami Steinmüller !» Le cordial échange épistolaire entretenu de 1796 à 1821 par Escher avec le Glaronnais Johann Rudolf Steinmüller ( 1773-1835 ) révèle bien le désir longtemps caressé par les deux hommes de faire ensemble des randonnées dans le massif du Tödi. L' ami d' Escher avait d' abord été pasteur à Oberstalden ( GL ), puis à Gais ( AR ) et enfin à Rheineck ( SG)4. Il n' a pourtant jamais été question de faire l' ascension de la montagne. Une première fois, en 1797, Steinmüller se réjouit d' accompagner Escher à la Sandalp, mais la course n' a pas lieu. Puis vinrent les temps troublés de la Révolution et des combats que se livraient les armées étrangères dans notre pays. Escher était membre du Grand Conseil du Gouvernement central helvétique; plus tard, il devint même membre du Comité exécutif et fut, pour une courte période, ministre de la Guerre. Evincé en 1803, sous la Médiation, Escher, âgé alors de 36 ans, put se reposer et consacrer ses loisirs à la montagne, et le projet du Tödi reprit de son actualité. « Pense donc que cette course, projetée depuis tant d' années, n' a pas encore été faite », écrit Steinmüller, le 16 mai 1803. « Comme les deux versants du Tödi m' intéressent tout particulièrement, j' avais l' intention, au début, d' y aller toutseul » ( Escher, 4août 1803 ).

Au printemps 1804, le Bernois Niklaus Rudolf de Wattenwyl, landammann de la Confédération, confia à Escher la présidence de la Commis- 4 Joh. Dierauer, Correspondance entreJ.R. Steinmüller et C. Escher de la Linth ( 1796-1821 ). Communication à la Société d' histoire de Saint-Gall, 1889.

sion d' experts pour la correction de la Linth, ce qui n' empêcha pas le vagabond impénitent de mettre la course du Tödi au programme de la même année. « Je sacrifierai pour quelque temps la minéralogie à l' hydrologie, mais le projet du Tödi subsistera » ( 24 mai 1804 ).

Le 9 août, Escher communique à son ami « le programme exact du voyage à Disentis par le Tödi ». Dans sa lettre du 13 août, Steinmüller fait part de ses craintes: « Par le temps de pluie et de brouillard qui règne actuellement, la traversée de la Sandalp à Disentis me paraît très dangereuse. » Escher répond, trois jours plus tard: « Le Tödi te fait sans doute peur avec cette histoire des Anglais ( en août 1786, un Anglais était tombé dans une crevasse du SandfirnJe puis te dire que j' ai cinq enfants et que mes os me sont précieux. Aussi préférerais je faire un détour de dix jours plutôt que de passer par un endroit vraiment dangereux. D' autre part, comme je considère que la conservation de nos deux vies est un devoir sacré, je ne chercherai pas à te convaincre de surmonter un passage dangereux. Au cas on nous traverserions le Tödi, il serait indiqué que tu prennes une bonne corde de 20 à 24 aunes, à laquelle nous pourrions nous attacher tous les trois pour marcher sur la neige et la glace. Ainsi, en s' aidant encore des alpenstocks que l'on peut tendre au-dessus des crevasses, on évite pratiquement tout danger même dans les pires circonstances. » Une fois de plus cependant, l' excursion du Sandpass tomba à l' eau. Le 21 août, les deux amis se rencontraient à Glaris, chez les parents de Steinmüller, avec l' intention de partir le lendemain. « Seul le temps douteux nous découragea, et nous occupâmes notre matinée à rechercher des soldats russes, français et autrichiens. » Deux semaines plus tard, Steinmüller s' excusait d'«avoir attire son ami à Glaris pour le renvoyer ensuite. Qui allait lui faire payer les si belles journées qui avaient suivi »? Escher répondit en ces termes: « Tu n' as pas besoin de t' excuser de notre excursion manquée dans les Alpes glaronnaises. Tu avais peu d' espoir, et moi beaucoup en une amélioration du temps. L' un de nous avait tort. Cette fois, c' était toi, une autre fois, ce sera moi! Tu es déjà assez puni d' avoir renoncé au magnifique Gothard, parce que tu doutais des conditions atmosphériques de la fin de la canicule. A mon retour de Glaris, j' ai entendu dire par les gens du Gaster et de Rapperschwyl que le pays de Glaris était la cuvette du Bon Dieu! Aussi, une autre fois, faut-il t' attendre à voir venir le beau temps, non pas du Klönthal, mais de Schanis. » Une fois encore, il est question de la course au Tödi dans la correspondance des deux amis. Le 17 janvier 1806, Escher écrit: « Cette année, j' espère bien rôder avec von Salis dans les Grisons on tu pourrais aussi nous accompagner. Nous ferions éventuellement la course du Tödi en passant. A moins que tu ne craignes toujours son glacier et qu' il faille t' attacher avec une corde à foin ?» Finalement, la course tant convoitée eut lieu l' année suivante, mais à vrai dire sans Steinmüller et sans corde à foin! On s' étonne de ne rien trouver à ce sujet dans l' abondante correspondance des deux amis, ni avant, ni après la course. Escher a-t-il voulu cacher l' incident du Sandfirn à son ami?

du 7 au 9 août 1807 L'«excursion du personnel » de l' équipe, occupée aux travaux de la correction des eaux de la Plaine de la Linth débuta à Mollis, à la « Haltli », magnifique propriété du conseiller municipal Schindler, proche collaborateur d' Escher. Tulla, Schindler, le conseiller municipal Stehlin de Bâle, président de la commission de taxation, et les géomètres zuricois Dietzinger ( Wädenswil ) et Frey ( Knonau ) étaient-ils de la partie? Nous n' en savons rien, car Escher ne mentionne qu' Obrecht.

Le premier après-midi, la joyeuse cohorte remonte « la route ordinaire de la vallée, mais pas à jusqu' à Linthal. Le lendemain, une longue marche conduit d' abord le groupe à Vorder Sand, puis à Hinter Sand par Tierfehd et le pont de Panten; de là, les randonneurs montent directement au Glacier de Biferten, en traversent la langue beaucoup plus étendue à cette époque- là, dépassent les Ochsenplanggen et l' alpage de Biferten et gagnent, en fin de journée et par le Bifertengrätli, les chalets d' Ober Sand. C' est de cet endroit qu' ils partent, le lendemain 9 août 1807, pour l' excursion du Sandpass dont nous avons fait le récit au début de notre article.

RÉSULTATS SCIENTIFIQUES Escher ne voyageait jamais sans son marteau, son baromètre et son carton à dessin. Nous ne pouvons songer à relever ici les observations détaillées qu' il fit dans le massif du Tödi. En guise de conclusion, nous reproduisons quelques-unes des notes méticuleuses de Jean-Conrad Escher de la Linth qui soulignent le rôle fondamental de ce pionnier de l' exploration géologique des Alpes glaronnaises.

Escher décrivit le premier « les espèces de calcaire granuleux qui, brun ocre à la surface, peuvent passer au rouge brique. Ces calcaires font partie de la formation minérale intermédiaire que l'on voit à Parrière-plan du Linththal et qui s' étend des Clarides au Kistenberg par le nord du Tödi » ( Rötidolomit ). Escher fut aussi le premier à constater la présence de schiste houiller qui affleurait sur le Bifertengrätli et à analyser la roche du socle hercynien, affirmant qu' il s' agissait « nettement d' un gneiss aux veines pas très épaisses et composé essentiellement de quartz gris blanc et de mica aux petites écailles argentées ».

Pour se faire une idée de la partie nord-ouest du Tödi, Escher escalada la pente des Beggenen. De cet endroit, et comme il l' avait déjà fait du nord-est avec le Glacier de Biferten, il dessina l' impo sommet avec le Sandfirn. « D' ici, la disposition des couches du Tödi n' est pas aussi frappante. En effet, à l' ouest émerge du glacier une petite tête rocheuse ( le Petit Tödi, 3076 m ) qui semble appartenir à un plissement descendant vers le sud-est. » Le jour de son miraculeux sauve- tage, il découvrit des nummulites sur le chemin du glacier « au pied des Clarides dans un calcaire gris fumée contenant des feuilles de schiste argileux », ce qui lui fait remarquer « qu' il est curieux de faire de telles découvertes et de trouver, si près des roches primitives, une formation aussi étendue rappelant les Alpes calcaires et que l'on pourra comparer utilement avec d' autres profils ».

Nous honorons la mémoire du créateur du canal de la Linth. Mais, comme le déclarait Oswald Heer dans l' allocution qu' il prononça à Zurich, en 1871, devant les délégués de la 8e Assemblée générale du CAS, Jean-Conrad Escher est « le plus noble exemple que puisse suivre un clubiste ». Aujourd'hui, il convient de rendre aussi hommage à son œuvre scientifique.

Traduit de l' allemand par P. V.

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