Edmond Bille

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Un peintre des Alpes.

Parmi les peintres vivants, aucun ne me paraît, à tant de titres, mériter plus que M. Edmond Bille le qualificatif de peintre suisse — mais avec tout ce que l' expression peut comporter à la fois d' étroit et de large.

Ce Neuchâtelois — né près de Valangin en 1878 — qui n' est ni notaire, ni « court sur pattes » ( au spirituel comme au physique ) garde pourtant de son origine un clair bon sens et un goût de la liberté bien spécifiques, et si son écriture est loin de la célèbre calligraphie, combien elle reste belle, et lisible.

A Paris, où il travaille dès l' âge de dix-sept ans, il apprend le métier sérieusement, mais sans laisser entamer une nature plus forte et plus résistante qu' il ne le croit alors.

Déjà il se défie du facile et du brillant. Rentré au pays, deux peintres l' impressionnent violemment: Sandreuter et Segantini. Il sent qu' en eux, et par eux, il touchera des vérités profondes.

Bientôt le Valais l' accueille et l' envoûte, ce Valais qui restera son grand amour. Pourtant il adore les petits cantons, dont il apprend à parler les dialectes; et, à Lucerne, il découvre Diebold Schilling. Et puis, il y a tout de même le Bernois Hodler.

Et cependant, une attirance pour la culture française. Ce sont alors les premières grandes œuvres, les « Cloches du Soir », ce profond et vertigineux Millet valaisan, le « Printemps en Valais » et la « Matinée de printemps », libres transpositions segantiniennes, et le « Chevalier », vision d' héroïque passé.

Mais surtout, c' est à Chandolin l' ineffaçable leçon de l' Alpe la plus grandiose et la plus dépouillée, des puissantes verticales et des profondeurs. Bille y trouve un style — celui de « La Mort et le Bûcheron » —, si à lui désormais, si répondant à sa nature intime comme à l' ambiance élue entre toutes, qu' il n' est plus d' exposition où ses œuvres ne se reconnaissent au premier coup.

Le pays est profond et austère. Mais même si l'on s' y confine, on n' y étouffe pas. Sierre, où le peintre a maintenant sa maison, ne donne-t-il pas asile à Romain Rolland l' Européen, à William Ritter, Tchèque et Valaque, à Ramuz, jeune et déjà beau, à Rilke, à René Arcos, poète français, à Blanche Berthoud, au Balkanique Istrati, et à l' éternel bohème fribourgisant Matthey-Claudet? Tous plus ou moins s' arrêtent dans le vaste atelier de Bille, non sans laisser quelque chose de leur passage. Ils ont apporté des nouvelles du monde, bien avant l' installation de la T. S. F. Ou alors il est allé les chercher lui-même, roulant en auto sur les routes de l' Europe.

Non seulement son pays et ceux d' alentour, toute son époque le passionne. Respirer et vivre avec ses contemporains n' est point une petite affaire. Il y faut un constant éveil. Et ce n' est pas tout que de connaître les hauts esprits. Il y a le peuple, le vrai peuple industrieux et racé, pauvre de choses, riche de sève. Pour s' approcher de lui, pour le comprendre et s' en faire comprendre, le seul pinceau est un langage un peu aristocratique. Mais il en est d' autres: la plume — Bille la manie avec élégance et fermeté, et plus tard on saura qu' il était écrivain — le vitrail, religieux ou laïque, où il connaît d' éclatantes réussites, et puis le bois gravé, l' eau, la lithographie, et la grande fresque décorative. Il apprend des artisans ces diverses techniques, et dans toutes, emporté par son tempétueux génie, il bouleverse les recettes routinières, et ne retient du métier que l' indispensable à l' idée, qui toujours doit dominer.

De là une œuvre infiniment variée, abondante et solide; et de cette qualité qu' apportent une constante inquiétude, un besoin de comprendre et de voir plus avant. Sans snobisme, comme sans parti pris, Bille incline de toute sa forte nature vers l' expression de demain. Jamais il ne consent à s' enfermer dans une seule formule, mais il veut n' en ignorer aucune, et des plus nouvelles même, si cela lui chante, il sait tirer les moelles substantifiques susceptibles de nourrir toujours davantage son art. Nul n' a moins, avec tant d' ouverture, l' esprit de chapelle.

Constamment baigné d' âpre paysage, bien implanté dans une vivante matière populaire et très épris d' intellectualité, venu d' un lointain passé et voyant loin dans l' avenir, superbement libre avec cela, il dépasse en hauteur, profondeur et largeur son existence propre. Si l' expression, âpre, vigoureuse et rare, est nettement autochtone, la pensée jaillit hors des frontières. Cet amant de l' Alpe, cet ouvrier de toutes les techniques, est un artiste authentiquement suisse, mais c' est aussi « un homme », et c' est là sa vraie signification, et sa grandeur.Maurice Jeanneret.

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