Fantaisie mélancolique

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Par François Gos

A la mémoire de chers amis, Constant Long et Georges Descœudres Avec reproduction d' un tableau ( 136 ) ( Section Genevoise ) C' est au milieu d' une période de grisaille et de pluie qu' est venu s' in le plus long jour de l' année. Il s' est inscrit dans une aube fastueuse, miraculeusement transparente, accompagnée par le chant d' oiseaux cachés dans la verdure; des guirlandes de roses épanouies parent l' été revenu.

Très vite, la clarté grandissante s' épand, nacre d' or sur l' eau calme du lac. De la grève, d' infimes vaguelettes font glisser l' attention jusque vers l' autre rive, où l'on devine, au-dessus des coteaux, de très lointains sommets. Pour l' instant, ils sont comme rognés par la lumière diffuse, mais les taches scintillantes, quoique indécises encore, des hauts glaciers, avivent des souvenirs depuis longtemps cachés dans l' ombre des ans révolus. Ce sont les chers fantômes d' un bien lointain passé, celui des vacances d' antan. Alors aussi, c' étaient les beaux jours de l' été, les heures fébriles qui précédaient un envol vers les cimes, la cage des mois de classe enfin s' ouvrait pour nous. Après avoir vérifié le cloutage des souliers — oh! pas encore des « tricounis » —, on recousait les fonds de poches du vieil habit à capuchon, on ajustait les courroies de la « taque » et, sans penser aux vitamines, on préparait de sommaires nourritures. Il y avait aussi la lanterne à ne pas oublier, avec ses bougies de rechange, et encore la gourde de fer blanc, élégante de forme, mais combien « cabossée » par les heurts aux rochers. On l' appelait — qui sait pourquoile « godillot »; elle remplaçait le fragile thermos de nos jours. Puis la précieuse Siegfried, car n' existaient pas alors ces publications multiples avec graphiques explicatifs et nombreux itinéraires variés.

Le sac était bien lourd, avec la corde, les crampons, plus l' indispensable provision de branches et de ramures ramassée vers les derniers aroles, mais nous allions le cœur en joie, si fiers du piolet neuf, au bec acéré, emmanché d' un bois solide, certes, mais si long!... Des renseignements plus ou moins précis orientaient notre marche vers telle lointaine vallée avec des monts inconnus et pour nous entourés de mystère. Aux récits obtenus venaient parfois s' ajouter ceux de guides rencontrés, ils souriaient à notre juvénile enthousiasme et nous allions de l' avant. Souvenirs!...

Maintenant, ici dans ce jour grandissant, la ligne des cimes nettement se précise, et de surgir, avec les noms évocateurs tant d' impressions oubliées, tant de visions. Par une sorte de dédoublement, je me retrouve sur un chemin qui monte au milieu d' une forêt de hêtres au tendre feuillage d' un vert jaune transparent, chemin qui conduit aux premiers chalets, encore fermés. Sur l' alpage désert fondent les derniers névés, des ruisselets traversent la prairie parsemée de crocus blancs et violets, et, dans l' herbe jaunie, proches de la neige, de graciles soldanelles penchent les franges de leurs corolles mauves. Aux touffes de rhodos, chauffées par le soleil, pointe déjà un rouge timide; il y a des parterres de gentianes si bleues que, hélas! on écrase en passant. Par un enchaînement, logique mais inconscient, la course se continue, se construit, sorte d' ascension irréelle, imaginativement composée, mais véridique pourtant, puisque tant de fois vécue. Elle commence par la fastidieuse marche sur le faîte d' une moraine croulante, et c' est la grimpée dans des rocs entassés. Varappe. Puis traversée de fabuleux couloirs, sertis d' ombre et de glace, avec des pentes de plus en plus raides où la taille du piolet fait jaillir des panaches de paillettes transparentes, étincelles de lumière.Voici encore des corniches surplombantes, et enfin l' arête terminale qui d' un seul jet s' élance, et la sensation d' un vide grandissant. Sur le sommet atteint, j' aime à revoir flotter attaché à un manche de piolet — c' était alors la mode — le petit fanion, flammé de rose et noir ( les couleurs de notre clan ) avec sa devise brodée « Patrie et Montagne », ou l' autre, le rouge à la croix blanche que le vent agitait... Vivantes reviennent en ma mémoire ces descentes avec

Alpinisme sous-marin

Voici, en gros plan, de Wouters, nous suivant dans une caverne i S mètres de profondeur. On voit nettement à sa ceinture l' équipement de sécurité consistant d' une part en un poignard à manche de liège qui flotte à la surface en cas de perte. Celui-ci est très important pour se dégager soit d' une ligne de pêche ( elles sont pratiquement invisibles sous l' eau ), soit pour s' expliquer avec les pieuvres, et, d' autre part, à droite en un „ tuba ", ou tube respiratoire de chasseur sous-marin. On ne doit jamais plonger sans ces deux accessoires.

Ici, une cordée du Club alpin sous-marin entre dans une grotte à l' ouest de l' Ile Saint-Honorat.

134/135 - photos Rebilcoff Orell Füssli Arts Graphiques S. A., Zurich Die Alpen - 1951 - Les Alpes des cordes qui s' accrochent, ou que raidit le froid, j' entends le crépitement de la foudre et ressens cette somnolence de retours monotones sur un glacier où l'on enfonce dans une neige fondante. Mais après la joie éprouvée des dernières glissades, voici celle d' atteindre l' hospitalière « cabane » et dès la porte ouverte on pénètre dans cette ambiance si sjrmpathique faite de fumée, de rires, de chants, avec des odeurs de soupes et de café, mélangée à celle, non moins délectable, des vêtements qui sèchent... Il y eut naturellement d' autres retours, et de tardives arrivées nocturnes dans un solitaire chalet où le foin accueillant était doux à notre fatigue.

Souvenirs, qu' en mes vieux ans j' évoque, avec regrets, c' est vrai, mais non sans reconnaissance, car ce que la Montagne nous a donné, restera toujours trésor inestimable que rien ne peut ternir. Est-ce à dire cependant que vide soit le présent? ou qu' un proche avenir ne puisse nous dispenser d' autres heureux jours dans un décor alpestre? Ah! non, espérons, tous sachons espérer.

Quant à moi, je rêve de retourner en ce hameau paisible qu' entre tous j' affectionne. Il n' est formé que de quelques vieux mazots, bien délabrés, noirs, bruns, violacés, ils entourent une chapelle très blanche dont le porche encadre les glaciers. Adossé à son mur, au soleil et à l' abri du vent, on peut de là suivre durant des heures, à la jumelle, la lente avance des caravanes engagées sur des pentes de neige ou sur les arêtes, minuscules points noirs, auxquels on se sent uni...

Le soleil, en sa course quotidienne, a sculpté — c' est le mot — par ombres et lumières opposées, la structure changeante du grand pic voisin, immuable et fantastique vision. Rêveries, bercées par le bruit du torrent dans ses gorges ou celui des sonnailles d' un troupeau, et le soir lentement venu emplira de bleu la vallée. Alors, peut-être, verrai-je passer grand' mère Monica, recon-duisant ses vaches; elle aura, comme toujours, un foulard délavé sur sa tête ridée, une hotte au dos, un tricotage en main et sa pipe à la bouche! Nous nous dirons un amical salut, et son regard admiratif pourra s' arrêter sur l' insigne doré, signe distinctif — suprême consolation — accordée par le CAS à ses plus vieux enfants.

En ce proche avenir, si j' ai avec moi mon attirail de peintre, je pourrais faire encore quelque étude, augmenter ainsi ma collection d' images, avec ce désir — ici exprimé — que plus tard, Dieu sait quand, mes collègues alpinistes, fervents de la montagne, ou qui m' auraient connu, puissent y venir chercher un souvenir. Mais oui, pourquoi pas?

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