La genèse des guides édités par le C. A. S

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Pendant ce temps, un de nos camarades était monté sur le sommet de la lre Pucelle avec une corde et des vivres. Deux heures et demie nous séparent encore de cette pointe, en passant par la 2e; heures mortellement longues, car nos bras se refusent à nous tirer en haut ou à tenir la corde.

Enfin, à 21 heures, nous abordons le premier sommet, nous y laissant littéralement hisser par notre sauveteur, car nous sommes incapables de l' atteindre par nos propres forces.

Quelques gorgées d' eau ( c' est tout ce que nous pouvons avaler ) nous remettent bien vite sur pieds, et l' immense joie de la conquête peut enfin remplir nos cœurs. Ceux qui ont vécu cette minute ne l' oublieront jamais.

Un coup d' œil sur la beauté incomparable des Alpes, encore rosées des derniers reflets du soleil couchant et un élan de reconnaissance envers Celui qui nous a aidés. Puis la descente facile dans la nuit...

La genèse des guides édités par le C. À. S.

Résumé de l' article publié dans le n° d' avril des Alpes par Hans Raschle.

L' article que le Dr Hans Raschle, membre du Comité central et président de la commission des publications du C.A.S., a publié dans le numéro d' avril 1934 des Alpes ( p. 140—146 ) sous le titre: « Wie unsere Clubführer entstehen » contient un si grand nombre de renseignements intéressants sur la confection des « Guides » édités par le C.A.S. qu' il nous a paru utile et nécessaire de le faire connaître à nos collègues romands. A vrai dire, nombreux sont les clubistes qui ne considèrent que les résultats des efforts faits tant par les comités centraux que par les comités des sections et les diverses commissions pour mener à bien les tâches souvent ardues qui incombent au C.A.S. On est heureux de trouver à point nommé une bonne cabane ou de pouvoir se procurer des « Guides » à l' aide desquels l'on peut, des semaines durant, préparer excursions et ascensions, ou encore d' étudier la technique de l' alpinisme, ou même d' être tenu par Les Alpes au courant des choses de la montagne en même temps que des affaires du Club. Et combien d' autres avantages ne devons-nous pas au Club et dont nous profitons béatement et en toute tranquillité sans songer, la plupart du temps, à tout ce qu' a coûté de peines et de soins la mise au point de ces mêmes avantages! Aussi est-il bon que les clubistes soient parfois renseignés par des hommes com- pétents. C' est ce qui a été fait déjà plusieurs fois, entre autres par notre président central, le Dr Gugler, l' an passé, et c' est ce que fait le Dr Raschle dans l' article dont nous parlons.

C' est pourquoi nous nous permettons, avec l' autorisation de l' auteur, d' en donner aujourd'hui un résumé qui, évidemment, ne peut avoir l' importance de l' article original, mais qui, nous l' espérons, renseignera tout au moins nos lecteurs sur cette question si digne de retenir l' attention de tous les clubistes.

A.R.

Il y a plus de 30 ans que fut prise par le C.A.S. la décision d' entreprendre le travail gigantesque d' éditer des guides pour toutes les régions des Alpes suisses. L'on se mit aussitôt joyeusement à l' œuvre un peu dans tous les coins du pays. Mais, comme bien on pense, une telle entreprise, pour être conduite à son but, demande du temps, sans parler de la difficulté du travail lui-même. Notons, en passant, que le premier guide paru fut celui des Alpes glaronnaises qui sortit de presse en 1902 et que la première collection régionale, celle qui fut baptisée en 1911 du titre général de « Guide des Alpes grisonnes », comprenait en 1922 quatre volumes, auxquels vinrent s' ajouter un cinquième en 1932, celui du « Bernina » et, en 1934, celui du « Silvretta-Samnaun ». Deux nouveaux volumes, « l' Albula » et le « Rätikon », sont sous presse.

Et maintenant écoutons le Dr Raschle nous expliquer la genèse proprement dite des guides.

* La recherche des principaux auteurs d' un guide n' est pas une petite affaire.

Lorsque le « chef des publications » a en mains l' ordre du C. C. pour l' édition d' un nouveau guide, il se trouve tout d' abord désemparé; il tâtonne à l' aveuglette dans toutes les directions. Conduit par un ancien clubiste, il s' adresse à quelque camarade enthousiaste, courageux et désintéressé qui finit par accepter de devenir l' auteur principal du guide projeté. Mais la charge est lourde et le plus souvent, à mi-chemin déjà, doit être répartie sur plusieurs épaules. L' auteur en chef se met alors en quête de collaborateurs, auteurs eux-mêmes de notes ou de manuscrits ébauchés pouvant être utilisés pour le guide.

Si le chef des publications n' a trouvé personne, il s' adresse aux A. A. C. ou aux sections du C.A.S., et ses demandes se font de plus en plus pressantes.

Si, décidément, il n' est pas possible de trouver dans les sections l' appui désiré, on engage un spécialiste, professionnel ou mi-professionnel, et les « conditions » prennent alors une tournure commerciale.

Une fois obtenu le résultat cherché, on s' attaque à l' organisation et à l' exé du travail touristique.

Le travail est subdivisé en régions attribuées à des collaborateurs connaissant bien le pays; mais là encore il faut stimuler ces collègues, les assister. Et ce n' est pas tâche facile d' obtenir les manuscrits, de souder des parties conçues parfois de façons bien différentes.

Le principe essentiel est que toutes les descriptions doivent être le résultat d' expériences personnelles qui exigent du temps, de l' énergie, du courage, des yeux ouverts et un véritable esprit d' abnégation. Et bien souvent il faut demander à son Kodak les pièces justificatives pour marquer la route à suivre.

Un exemple: un rédacteur principal nous exposait récemment que, par un tour de force, il avait pu, malgré un temps très défavorable, faire, dans l' espace de deux mois seulement, 26 tours comprenant 64 routes. Et il ne s' agissait que de la vérification de connaissances personnelles. Il avait pris plus de 200 photos pour le tracé des routes. « En considérant cette pile de feuilles de papier haute de 30 centimètres, dit le Dr Raschle, j' ai cru découvrir tout à coup ce que c' est que la rédaction d' un guide du C.A.S., et cependant j' ignorais encore que je ne le savais pas! » En effet ce n' est que lorsqu' on a devant soi le manuscrit, en 4 à 6 copies mises au net, que commence le travail des spécialistes, lesquels sont constitués par une demi-douzaine au moins d' experts éminents, géologues, botanistes, onomatologues, tous à la fois alpinistes et scientifiques et, en outre, désintéressés, car le C.A.S. ne peut même pas les dédommager en proportion de leurs dons spéciaux.

Ces dernières années il a été voué une attention toute spéciale aux noms de lieux, en plein accord avec le bureau topographique fédéral, tout comme l' accord existe, dans d' autres domaines, avec l' administration fédérale des Postes, les chemins de fer privés et l' Automobile Club Suisse, lesquels accordent à nos collaborateurs de multiples facilités.

D' autre part l' illustration est, à son tour, devenue plus riche et plus suggestive, car le C.A.S. a pu s' attacher de vrais artistes en ce genre.

Une fois accompli le travail des spécialistes, le rédacteur principal doit coordonner tous les manuscrits et s' assurer en outre la collaboration d' un érudit qui réunit et coordonne également toute la littérature relative à la région traitée.

Les noms de tous les collaborateurs étant mentionnés dans l' avant de chaque guide, on peut s' abstenir de les indiquer ici. Toutefois, il est un nom qu' on ne peut passer sous silence, car c' est celui d' un homme qui, en sa qualité d' alpiniste connaissant à fond les Alpes des Grisons, a revu et revoit la rédaction des guides de cette région dans toutes leurs parties et dans les moindres détails. Et c' est bien à lui que l'on doit la réussite de l' exécution de tous les guides des Grisons. Nous avons nommé Carl Eggerling, président de la section Rätia du C.A.S., à Coire.

Tous les collaborateurs accomplissent leur tâche avec un dévouement remarquable à l' idéal commun; ils ne reçoivent aucune rémunération, si ce n' est le remboursement de leurs débours effectifs, et même quand il faut avoir recours à des professionnels, le C.A.S. ne peut les rémunérer que bien faiblement.

Les dépenses ne commencent effectivement que lorsque vient le moment d' imprimer et de relier le guide. Il faut alors mettre les travaux en adjudication en ayant en vue le principe de n' utiliser autant que possible que des matériaux suisses et c' est si bien possible que le papier pour l' impression et le cuir ( artificiel ) pour la reliure sont fabriqués en Suisse. D' autre part l' impression est confiée à une maison de la région traitée dans le guide, ce qui offre, entre autres avantages, celui de faciliter les relations entre l' imprimeur et les rédacteurs locaux.

Le calcul des prix, fait aussi l' objet d' un sérieux examen et, comme bien entendu, plus le chiffre du tirage est élevé, plus le prix de revient de chaque vo- lume est bas. Ainsi, par exemple, une édition de 3000 exemplaires coûte 14000 fr., l' exemplaire revient brut à fr. 4. 63, mais, en réalité, à fr. 4. 89, déduction faite des exemplaires distribués gratuitement, tandis qu' une édition de 4000 exemplaires coûtant 15200 fr., 1e prix brut de revient de l' exemplaire est de fr. 3.80, en réalité de fr. 3. 94, déduction faite des exemplaires distribués gratuitement. Le prix de vente devrait couvrir le prix de revient. Or, les clubistes payent en moyenne fr. 6 l' exemplaire, sur lesquels l' éditeur et le libraire reçoivent fr. 2.10 et le G. A. S. fr. 3. 90. C' est donc une vente à perte, au point de vue commercial. Ce n' est guère que sur les éditions suivantes que l'on peut récupérer le déficit, les frais d' honoraires étant considérablement diminués. On a donc intérêt à publier des éditions d' un tirage aussi élevé que possible.

En janvier 1933, le C.A.S. avait en stock un total de 30500 volumes de guides, représentant une valeur marchande de fr. 150000. Or, de toute l' année il n' a été vendu qu' à peine le 7% de cette quantité. Et les trois nouveaux guides des Grisons1 ) constituent une dépense de 30000 à 35000 francs. Il faut donc au C.A.S. un véritable courage pour se résoudre à pareille opération.

Voici encore quelques détails peu encourageants: De deux éditions lancées en 1916 il reste encore plus de 200 exemplaires. Des 2000 exemplaires parus en 1925, il en reste encore 1370. La vente de 17 guides, sur 22 parus, a été, en 1933, de 7 à 99 exemplaires; pour 3 autres guides le chiffre des ventes oscille entre 137 et 181, et ce n' est que pour les 3 autres guides — les derniers parus — que le modeste chiffre de 200 est dépassé.

Il faut avouer que ces constatations ne sont guère réconfortantes. Aussi le Dr Raschle termine-t-il son article par un appel à tous les collègues:

Le C.A.S. n' entend pas faire « une bonne affaire » par la publication de ses guides. Jamais les collaborateurs ne pourront, même approximativement, être payés de leur abnégation ni de leur peine. Jamais ne pourront être payées à leur juste valeur la richesse des détails ni la compétence de nos guides. Mais bien au-dessus de la question commerciale s' élève toujours l' idéalisme qui créa cette œuvre d' ensemble, unique en son genre, des Guides des Alpes suisses, cet idéalisme qui a toujours animé, qui anime et animera toujours les exécuteurs de cette œuvre magistrale.

N' est pas juste que les qualités de cette œuvre, de ceux qui l' ont fondée, de ceux qui l' ont exécutée, puissent compter sur l' attention et la reconnaissance effective de tous nos camarades? Seul l' empressement de tous à lui accorder un appui général matériel aussi bien qu' idéal pourra encourager ceux des nôtres qui ont joyeusement travaillé et consenti des sacrifices, à continuer et à mener à chef cette œuvre magnifique de nos Guides qui constitue un monument à l' honneur du C.A.S.

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