L'ascension fantastique

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Par Granif.

( A celui qui a guidé mon ascension la plus difficile. ) Nous sommes partis, le guide et moi, dans la nuit noire pailletée d' étoiles, dans le vent glacial, vers une cime que personne encore n' avait gravie. Nous étions l' un pour l' autre deux inconnus, et nous sommes partis dans cette nuit sans lune — liés par la corde.

La course fut si longue et si dure que je ne m' en souviens qu' en partie. Il y eut d' abord le glacier raide — la glace volant en écailles sous les coups de piolet du guide — les séracs apparaissant dans la nuit comme de vagues fantômes, agenouillés dans une éternelle prière restée sans réponse.

Puis il y eut l' arête interminable, coupée d' horrifiantes plaques de glace noire. Ah! Dieu! des couloirs, des gendarmes, à n' en plus finir, à en désespérer!

Plusieurs fois j' ai glissé dans l' obscurité — je revis encore l' angoisse de ces moments. Mais quelle folie m' avait donc poussé à cette entreprise insensée? Plusieurs fois j' ai demandé le chemin, imploré de l' aide, sans recevoir d' autre réponse que la traction impérieuse de la corde. Silencieux, le guide cherchait le passage, et il le trouvait.

Je revois encore la dalle en pente où une prise m' a cassé dans la main et où j' ai perdu pied; mon front heurta la roche, si brutalement que le sang m' aveugla. Affolé, j' ai agrippé à la corde mes deux mains raides de froid, et j' ai crié: « Guide! ne faudrait-il pas allumer la lanterne? » — Cette fois, une saute du vent m' apporta sa réponse: « Allumer? pourquoi faire? » Il me croyait donc d' acier, comme lui-même? Qu' allait encore exiger de moi cet homme étrange qui me précédait dans la nuit et que je ne voyais pas? Un instant, la colère me fit trembler autant que le froid. Ah! cette ascension fantastique, à certains passages si infernale et si rapide que je crus par moments être encordé au diable!

Et cela continua ainsi toute la nuit — sur l' arête déchiquetée et dans le vent sauvage. Cela continua ainsi jusqu' à l' aube. Sans doute, nous devions approcher du sommet — ce sommet qui dominait tous les autres.

Comme le jour commençait à poindre, un obstacle insurmontable survint: un à-pic de vingt mètres et qui semblait sans prises rendait vains tous nos efforts et barrait la route au guide. Comment il l' a franchi, je ne l' ai jamais su... la corde s' est tendue, et dans le matin glacial a résonné un ordre bref: « Montez! » Et tout à coup j' ai vu que le guide était arrivé au sommet, et qu' il avait rappelé la corde qui nous séparait, et que j' étais tout près de lui. Sans rien dire il m' a regardé gravir les derniers mètres, et j' ai vu qu' il souriait, et que dans son sourire il y avait une grande bonté.

Ce fut alors que le soleil se leva, dans une symphonie de lumière telle que je n' en ai jamais vue d' aussi triomphale. Pour en dire la beauté, tous les mots sont trop pauvres. L' immense horizon flambait, versant des flots d' or en fusion sur les glaciers, les cimes et les vallées, qui s' embrasaient d' amour et de joie. Où donc étaient les angoisses de la montée? De tous les côtés montait maintenant vers nous un intense frémissement de vie, qui faisait vibrer la montagne entière comme un orgue colossal sur lequel venaient chanter tous les vents des cieux.

Avec quelle reconnaissance je regardais maintenant le montagnard silencieux qui m' avait conduit là!

Et toute la puissance, et toute la sérénité de la vie me sont apparues d' un coup, à cet instant où j' ai vu se poser sur le front de mon guide le premier trait de feu de cette aube magnifique.

Corrigenda.

Infolge eines Missverständnisses ist der Name des Künstlers des Bildes « Das Biwak » bei Seite 146 und Varia Seite 53 nicht richtig wiedergegeben. Er muss heissen Robert Gallay.

In einem Teil der Auflage muss das Datum der Ankunft Blaikies auf Seite 140 in 30. August 1775 umgeändert werden.g^

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