Le Grand Assaly

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PAR F. HENNY, LAUSANNE

Avec 1 illustration ( 53 ) Après deux tentatives infructueuses par suite de mauvais temps, nous avons pu réaliser cette ascension cette année par temps passable.

Si nous avons jeté notre dévolu sur cette belle pyramide, c' est qu' à la fois elle plaît à l' œil, permet de visiter de nouvelles vallées de la frontière franco-italienne de l' Iseran au Petit St-Bernard et, par surcroît, complète la connaissance du massif du Rutor dont nous avions déjà gravi le sommet principal à 3486 m au sud de l' immense plateau glaciaire trois ans plus tôt.

En tirant un trait du Mont Blanc au Grand Paradis, nous trouverions ce beau massif en plein milieu.

Au retour d' une ascension à l' Aiguille des Grands Fonds dans le Beaufortin, sommet dont l' in majeur réside en sa situation offrant une très belle vue, nous admirons à son pied l' actuel barrage de Roselend. Internationalement célèbre par sa conception, déjà avant son achèvement en 1961, ce barrage est desservi par une route, véritable billard, par laquelle tous les transports de matériaux se font, sans qu' il ait été nécessaire d' établir un téléférique de service.

De là, nous retournons à Beaufort, puis à Bourg-St-Maurice. Irons-nous au Grand Assaly par la Thuile ou par Ste-Foy?

Des renseignements favorables à la deuxième variante nous font opter pour elle, ce qui nous permettra de passer la nuit plus près du but.

Le parcours est plus agréable par le versant italien: on y voit de jolies forêts de mélèzes, de belles cascades, ainsi que les lacs supérieurs au pied du glacier du Rutor par lequel au début du printemps on peut aller à ski jusqu' à la base de la pyramide terminale. Mais, vu que le refuge italien « Margue-rita » au bord du glacier a été incendié par les Allemands en retraite en 1945, il n' offre plus aucun abri. L' idéal serait de faire la course en traversée, ce qui nécessiterait un jour de plus et ne convient pas à nos plans.

Ainsi donc allons-nous à Ste-Foy et de là par le hameau du Miroir jusqu' aux chalets du Moyen où se trouvent des baraquements et tout un chantier. Les ouvriers travaillent au percement de galeries d' amenée d' eau à destination du lac artificiel de Roselend à 40 km d' ici.

De ce lieu, nous gagnons les alpages supérieurs de la Vacherie et Sassière à 2033 m. Nous y trouvons quelques chalets, un ou deux en assez bon état, l' un habité par deux femmes âgées et deux fillettes, et à 10 minutes de là un autre où résident un berger et son chien. C' est à peu près tout ce qui est intact sur près de trente masures, triste témoignage de l' abandon par l' homme d' une région pourtant peu élevée.

Avant le repas du soir, nous poussons une reconnaissance qui nous évitera l' ennui de chercher le bon sentier au petit jour et de subir la mésaventure du berger que nous rencontrons. En effet, revenant d' une tournée à son bétail, il a voulu franchir le torrent d' un saut pour éviter un détour et maintenant il est obligé de changer pantalons et chaussures qui sont ruisselants. Il avait mal calculé son affaire.

Quant au repas pris à la faible lueur du feu d' un potager, nous le partageons avec les bergères, puis comme des Sioux nous nous allongeons sur du foin dans une petite grange, sans permission d' utiliser une bougie, par crainte d' incendie, ni d' ouvrir l' unique volet qu' il serait trop compliqué de refermer, nous est-il précisé.

Au matin le ciel est très nuageux, mais nous ne voulons pas hésiter et sitôt après un rapide et frugal déjeuner, nous quittons l' alpage et remontons le torrent provenant du lac du Petit.

La montée est agréable et l' arrivée au lac, fort jolie, incite à y faire un arrêt. De là, nous poursuivons en direction nord et atteignons un cirque d' éboulis et névés conduisant à un couloir très raide adossé au flanc sud-ouest du Grand Assaly.

Ce couloir est l' un des plus pénibles à remonter que nous connaissions. Il s' agit en fait d' un gigantesque tapis de pierres croulantes nous obligeant à chercher des points d' appui pour éviter d' être comme l' écureuil enfermé dans une sphère qui tourne sur place.

Après bien des zigzags nous débouchons au col de l' Assaly. A nos pieds le grand plateau de glace du Rutor est déjà pas mal voilé et l' écharpe de brouillard nous dérobe la vue de bien des sommets et même des lacs du Rutor pourtant si proches.

D' ici au sommet nous mettrons encore une heure. Cette escalade agréable offre au départ un flanc quelque peu exposé avec de très bonnes prises, puis succèdent des entassements de piles d' as en magnifiques blocs de granit.

Comme espéré, nous arrivons au sommet favorisés d' un bon soleil, d' autant plus agréable qu' il va bientôt nous quitter sous les nuées et l' orage qui se rapprochent.

Adieu Mont Blanc, Grand Paradis et Mont Pourri, tout est obscurci, quel dommage! Nous ne voulons cependant pas nous lamenter sur ce « manque à voir », heureux que nous sommes d' avoir réussi cette ascension, malgré les conditions atmosphériques précaires. Nous écourtons la sieste pour rejoindre nos sacs au col, puis dévalons le fameux couloir avec d' autant plus d' aisance qu' il n' y a plus qu' à se laisser glisser sur les talons.

Dès que nous avons rejoint le cirque d' éboulis, nous choisissons une belle dalle pour pique-niquer. Là encore il s' agit de se hâter, car nous sommes bientôt complètement environnés de brumes et les ondes célestes se mettent de la partie, nous obligeant à revêtir les « anti-pluie » durant une bonne heure.

Après une descente rapide en plein brouillard à l' alpage de la Vacherie, nous rejoindrons celui du Moyen où nous retrouvons l' auto qui nous permet de gagner Ste-Foy, terme de cette journée.

Die Alpen - 1961 - Les Alpes97

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