Le livre des visiteurs de l'hôtel du Mont Rose à Zermatt

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Avec 3 fac-similésPar C. Egmond d' Arcis

Les registres d' hôtels sont, comme les livres de cabanes, d' utiles sources de documentation pour l' histoire de l' alpinisme, et le Musée du Cervin, à Zermatt, est maintenant bien fourni à cet égard. On y trouve d' abord le « Fremdenbuch des Pfarrhauses » ( 1836-39 ) où mettaient leur nom les visiteurs - rares encore à cette époque - qui, faute d' une auberge, devaient avoir recours à l' hospitalité du curé. En 1839, le Dr Läuber ouvrit le premier « hôtel », c'est-à-dire qu' il mit trois lits à la disposition des voyageurs dans son propre chalet. C' était 1'«Hôtel Cervi » qui, agrandi plus tard, prit le nom d' hôtel Monte Rosa. Alexandre Seiler l' ayant acheté en 1854 en fit peu à peu la maison que connaissent les habitués de Zermatt.

Il y a peu d' années, on a retrouvé le livre des visiteurs de l' hôtel du Mont Rose pour les années 1858 à 1865, et, l' an dernier, on a eu la chance de mettre la main sur le vénérable registre de la période 1840-1858, celui que nous allons maintenant feuilleter. Ses pages jaunies par le temps, assez abîmées par endroits, contiennent les noms de nombreux personnages importants, comme aussi de multiples notes et remarques intéressantes pour l' histoire de la conquête des Alpes.

Le livre commence le 16 août 1840; il y manque les premiers feuillets où l'on devait sans doute trouver la mention, par Studer, de la première ascension du Hohtaligrat, le 11 juillet 18401. Sur la première page du registre figurent, à la date du 26 août 1840, les noms de S. Pierre Netscher et de Joseph Anton Zumstein - se rendant de Gressoney à Brigue -ce dernier a laissé son nom à la Zumsteinspitze ( 4573 m .) qu' il avait gravie en 1820 avec Molinatti, Johann Niklaus et Joseph Vincent.

Le 6 juillet 1842, voici les noms de « G. Muret, Dr. en Dt ., de V. Ruffy, étudt. en dt ., d' Edouard Cornaz, étudt., de Lausanne ». Le 5 août, Dollfus-Ausset et son fils Daniel, de Mulhouse, signent le registre, au retour, probablement, d' une de leurs nombreuses expéditions scientifiques au Théodule. Un peu plus loin, c' est un guide qui, de sa grosse écriture, fait de la publicité en ces termes: « Course au Riffelhorn. Le chemin qui passe par le bois, les chalets conduit au Riffelhorn en marchant pendant trois heures et demie successivement. La Vue des Glaciers est belle; le retour se fera par les prés en passant au bas du Glacier du Matterhorn, trois heures de marche. La course en touriste mi sang ( sic ?) naturaliste se fait en huit heures. Pierre Damatter guide. » Le 8 août, un court récit ( Ag ) raconte la première ascension du Riffelhorn: « Valentine et William Smith Lushington et John Barwell, étudiants à Hofwyl, ont gravi le plus haut point du Riffelhorn ( cette pointe n' a été gravie que par un Chevrier)2. Le parcours est difficile et même dangereux, mais la vue est sans égale, NB. Ag = en anglais. Al = en allemand.

1 On y trouverait également la signature de Juste Olivier, qui visita Zermatt fin août 1939 avec son beau-frère Louis Ruchet, futur conseiller d' Etat, et la femme de ce dernier. Ils y furent bloqués trois jours par une tempête de neige. Pour passer le temps, Olivier s' amusa à copier l' enseigne de l' auberge qui venait de s' ouvrir: HOTEL CERVIE. BON LOGE A PIES ET A CHWAL. 1839.

Fac-similé I, page 13 du Livre.

Riffelhorn: Cette inscription du Livre des Voyageurs permet de résoudre un petit problème de l' his de l' alpinisme en conciliant deux versions données par Forbes de l' ascension de cette sommité. A la page de son livre Travels through the Alps of Savoy ( 1845 ), il écrit: « En 1841 j' essayai de l' atteindre par le versant ouest, mais fus arrêté à quelques mètres du sommet par une breche... En 1842, quelques jeunes étudiants anglais de Hofwyl trouvèrent un itinéraire détourné par le versant est. J' y montai à mon tour Die Alpen - 1953 - Les Alpes12 NOUS ET PRENOMS « es Toyngeurs.

LIEU d' où fls viennent.

car elle offre le panorama le plus magnifique qui soit de tous les glaciers du voisinage. » Le 22 août, on trouve le nom de James Forbes - Péminent professeur connu par ses études sur les glaciers - qui, le 19, avait fait la lre ascension du Wandfluhhorn \ Au-dessous, J. Muir, d' Edimbourg, a ajouté, le 9 août 1875, la note suivante ( Ag ): « Avec l' aimable permission de Mr. Seiler, je désire ajouter mon nom à la liste des visiteurs de Zermatt. En 1842, j' arrivai peu après le départ du Prof. Forbes et je fus conduit au sommet du Riffelhorn, gravi peu auparavant par des jeunes gens, voir page précédente. » Le 13 juin 1843, un anonyme signale ( Ag ): « La seule bonne auberge dans le Val Anzasca est celle de Ruggieri, à Pestarena. Evitez les autres. Experto crédite. » Puis, c' est l' amusante histoire que narre, le 1er août, Thos. Hri. Ambrose, de Colchester ( Ag ): « Quiconque veut aller à Châtillon doit forcément passer la nuit dans un chalet. Il n' y en a point entre cet endroit-ci et celui-là. J' ai passé une nuit au village de Val Tournanche et j' espère qu' une pareille nuit ne se répétera pas pour moi. A la cabane ( car c' est ainsi qu' on peut nommer ce chalet ), je rencontrai, à mon arrivée, 5 ou 6 hommes, possédant assez de muscles pour lutter avec un bœuf, et qui buvaient du vin en masse; ils murmurèrent; j' étais sans doute le sujet en 1842 avec Damatter ( son guide ) qui en avait appris le chemin. » - Mais dans un article de la Quarterly Review ( 1857 ), Pedestrianism in Switzerland, il dit: « Le Riffelhorn était regardé comme inaccessible il y a peu d' années encore, jusqu' à ce que des gardeurs de chèvres trouvèrent un passage en descendant d' abord sur une vire rocheuse inclinée. » 1 Fac-similé II, page 14 du Livre.

C' est au cours de sa longue randonnée Courmayeur-Zermatt par Chamonix-Martigny-St-Bernard-Val de Bagnes-Ollomont-Prarayé-Col Collon-Evolène, effectuée en juillet-août 1842, partiellement en compagnie du Prof. B. Studer de Berne, que Forbes gravit le Wandfluhhorn lors de la traversée du Col d' Hérens. Cette cime peu marquée, que Forbes appelle dans son livre le Stockhorn, est le P. 3589 de la crête de la Wandfluh, à 1,5 km. au NE du Col d' Hérens. Studer, désireux de visiter le Val d' Anniviers, quitta Forbes à Evolène. Ils devaient se retrouver à Zermatt quelques jours plus tard.

NOMS ET PRENOMS des voyageur ».

de la discussion et, plaise à Dieu, me dis-je, que j' aie seulement une paire de pistolets. Toutefois, la nuit se passa sans beaucoup d' escarmouches, si ce n' est avec les puces. Je passai le col du Mont Cervin dans une tempête de neige et ne vis rien, après avoir payé le double de la somme qu' un hôtel de premier ordre m' eût demandée pour mon logement. » Le 28 août, dans un long récit, A.J. Malkin décrit une traversée du col du Weisstor qui semble être une des premières en date.

En 1844, voici, le 9 août, les noms de l' astronome genevois Plantamour, de Cayla, Dr. Med. et Prévost, Dr. es Se, tandis que « Muret J., Conseiller d' Etat, Lausanne », séjourne ici du 8 au 10 août.

En 1845, on relève le passage, le 22 juillet, du Dr. Jur. Nestlé « aus Frankfurt » et de W. Nestlé, Vevey. Le 17 août, voici la signature de John Bail, « Irlandais », qui, le lendemain, va faire la lre traversée du Schwarztor; on sait que Bail fut rédacteur des trois premiers volumes de « Passes, Peaks and Glaciers » et l' un des fondateurs de l' Alpine Club.

Du 19 au 24 août 1846, l' hôtel a été rempli par la famille Couvreu de Vevey.

En 1847, on relève, en date du 13 août, le récit d' une traversée de l' AUalinpass de la main de Melchior Ulrich qui a inscrit aussi ses compagnons « H. Pfarrer Heinrich Johann Dielstorf, Zurich » et « H. Buchhändler Siegfried v. Zurich ». Il raconte ( Al ) qu'«avec les guides Johann Madutz, de Matt, Glaris, ils ont fait par un temps superbe le trajet de Saas par-dessus le glacier d' AUalin, entre la Cima di Jazzi et le Dom, et en descendant ici par le glacier de Tassch. Nous avons eu la chance de trouver en M. le curé Imseng, de Saas, un guide sans lequel il eût été impossible de faire cette traversée, car, autrement, personne d' autre, à Saas, ne la connaissait. Sous sa conduite précieuse, intelligente et circonspecte, ce passage un peu difficile a été heureusement franchi par nous. La vue des montagnes, sur le sommet, est l' une des plus imposantes que l'on puisse voir, du Mont Rose au Weisshorn. » Les indications d' Ulrich sont un peu vagues, mais il doit s' agir ici de l' AUalinpass ( 3570 m .) franchi le 11 septembre 1828 déjà par Ernst Heinrich Michaelis, de sorte que le passage d' Ulrich et de ses amis serait le 2e ou le 3e en date.

Le 15 août, ce sont M. et Mme Ordinaire, de Besançon, qui « ont passé six jours dans cette maison et l' ont quittée pleins de reconnaissance pour les soins obligeants qu' ils ont reçus de leurs hôtes ». Suivent la signature de « Victor Puiseux » et le récit d' une tentative manquée au Mont Rose: « M. Ordinaire 1, profr. à l' Ecole de Médecine de Besançon et M. Puiseux, profr. à la Faculté des sciences de la même ville ont essayé l' ascension de la plus haute pointe du Mont Rose ( qui sera gravie en 1855 réd. ); ils sont partis le 12 août accompagnés des guides Jean Brantsch, Joseph Taugwalder, Joseph Moser; après avoir couché en plein air au lieu dit Ob dem See, ils se sont élevés par des pentes de neige entrecoupées de larges crevasses jusqu' au pied du rocher qui forme le sommet de la chaîne. Là, bien qu' il ne restât plus que 500 pieds environ à monter, ils ont reconnu avec leurs guides l' impossibilité de pousser plus loin l' ascension. Toutefois la vue magnifique dont ils ont pu jouir sur le Mont Blanc, le Mt. Cervin, la Dent Blanche, les Alpes du Simplon et des Grisons, la vallée de Macugnaga, les lacs et les plaines d' Italie, etc. les a amplement dédommagés des fatigues de cette excursion qui s' est achevée sans accident. » En l' année 1848, nous relevons le passage - 6-7 juillet - de « Jules Gétaz. Negt., de Vevey » qui se dit « Très satisfait ainsi que du guide Joseph Biener ». Le ter août, voici « Ee. Burnat, Et. Burnat, Albert Davall, botanistes » et une note du 29 septembre 1908, de la main de E. Burnat, précise qu' Emile Burnat ( né le 21 octobre 1828 ), revenu alors à l' Hotel Monte Rosa, est monté au Gornergrat, il avait donc 80 ans.

A la même date, une Anglaise, Miss Lee, remarque ( Ag ) « lits propres, prix 8 fr. par jour tout compris ». Puis, le 2 août, au-dessous des signatures de Ledru-Rollin ( qui, l' année suivante, va être exilé de France à cause de sa participation à l' émeute de juin ) et de Windis-gra;tz, on lit: « Henrich, peintre déclare que préférer la vallée de Zermatt à celle de Chamouny est une affreuse blague et une mystification. La vue du Riffel est du reste admirable et peut se comparer à celle du Brévent, mais Zermatt lui-même est un trou abominable, sans aucune vue, tandis que de Chamouny même la vue est admirable. » Ce jugement a provoqué des réactions de la part de deux anonymes dont l' un répond « pas vrai », l' autre par « menteur », tandis que, sur la page suivante, une phrase au crayon résume le débat en langage international « the schönsste aussieht you Vish wen the tish mit jutes speis et vins bedeket ish ».

Ulrich réapparaît le 10 août 1848, date à laquelle il consigne un récit de sa traversée de Saas à Zermatt - le premier franchissement du Riedpass ( 3600 m. ). Le compte rendu, en allemand, très mal écrit, est difficile à déchiffrer, il dit: « Le 10 août, sous la conduite incomparable de M. le curé Imseng de Saas, j' ai passé de là par le Saasgrat en montant par le glacier de Hohbalmen, j' ai gravi la pointe la plus septentrionale des Mischable, puis, par le glacier de Ried, je suis descendu à St-Nicolas. A côté de mon guide, Johann Madutz, de Matt, Canton de Glaris, se joignirent à nous Stephan Biner et Matthias zum Taugwalder, tous deux guides à Zermatt. Ceux-ci avaient, deux jours avant, traversé le col du Weisstor et, de Macugnaga, ils étaient enfin revenus à Saas par le Monte Moro. » L' ascension qu' il mentionne de la « pointe la plus septentrionale des Mischable » est en réalité la lre de ce qu' on a ensuite appelé l' Ulrichshorn ( 3929 m. ).

Deux jours après, le 14 août, Ulrich consigne encore dans le registre un récit auquel divers auteurs ont fait allusion, parfois sans le connaître entièrement ( Al ): « Le 12 août, j' ai gravi le Mont Rose sous la conduite de Johann Madutz, de Matt, Canton de Glaris, et de Matthias zum Taugwalder, de Zermatt. A cause du vent violent, je ne les accompagnai pas plus loin que la crête de neige d' où, au nordon voit au-dessous de soi Macugnaga 1 Le Dr Ordinaire avait, en 1843, gravi deux fois le Mont Blanc dans l' espace de dix jours.

dans une profondeur immense. Les deux autres gravirent encore la plus haute pointe qui s' élève d' environ 200 à 300 pieds au-dessus de la crête. Leur route, avec des rochers recouverts de glace, était si difficile qu' il se passa deux heures avant qu' ils fussent redescendus auprès de moi. Le sommet lui-même est large de quelques pas à peine, aussi est-on de toutes parts entouré par l' abîme. C' est très probablement la première fois que la plus haute pointe du Mont Rose a été gravie. » Le 2 septembre, « Ed. Collomb, de Wesserlinz », dit qu' il « a visité les principaux glaciers des environs et les a trouvé en pleine révolution, ils avancent, ils bouleversent tout. » Le 22 juillet 1849, s' inscrit Ed. Olivier avec 16 élèves de l' Institution de Champel ( Genève ) qui, venus de Chamouni, se rendent au lac Majeur. Du 2 au 10 août, l' hôtel MOIS.

NOUS ET PRENOMS des voyageurs.

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abrite le grand écrivain anglais J. Ruskin et, à côté de son nom, le crayon d' un loustic a dessiné un pendu se balançant au haut d' une potence \ Pour quel crime le dessinateur avait-il ainsi condamné Ruskin à être pendu haut et court? D' avoir, avec son daguerréotype, fait la première photographie du Cervin - du moins, c' est ce qu' on croit - ce Cervin dont, plus tard, il devait dire que c' est « un lion au repos » ou encore « le plus noble rocher d' Europe ». C' est alors que revient Ulrich, en compagnie de Gottlieb Studer et de Gottlieb Lauterburg, qui ont fait la lre traversée de FAdlerpass ( 3798 m .) relatée en une bonne demi-page.

Ainsi, dans ces pages fatiguées par les centaines de doigts qui les ont feuilletées, le livre des visiteurs de l' hôtel du Mont Rose retrace toute une période de l' histoire de l' alpi en fournissant du même coup à la petite histoire une foule de documents intéressants et d' anecdotes pittoresques qui font revivre ces temps éloignés où la pension complète revenait à 8 francs par jour et où le Riffelberg constituait une véritable ascension.

1 v. pi. m.

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