Les Maisons Blanches

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Avec 3 illustrations ( 136, 137 ) et 1 croquisPar Ali Szepessy

Ces derniers étés j' ai eu l' occasion, pendant mes relevés géologiques, de parcourir toute la région comprise entre le Velan et le Mont Rogneux. Mais ce sont les Maisons Blanches, ces montagnes perdues visitées seulement par les chocards et le vent, qui m' ont procuré le plus de joie et m' ont montré le mieux la force tectonique de la nature créatrice. Je les ai parcourues seul et en cordée tant que j' ai pu, et j' y ai trouvé des escalades difficiles, des promenades r: cher de coups d' œil magnifiques, l' immense solitude de la montagne.

Vues du Glacier de Corbassière, qu' elles dépassent à peine de 300 mètres, les Maisons Ranches ne font qu' une piètre impression. Il faut s' aventurer sur l' autre versant pour comprendre le nom de Grande Aiguille qui a été donné à la plus haute cime. Entre les longs couloirs qui descendent des cols coupant la chaîne, des arêtes hérissées d' aiguillettes encadrent de hautes murailles de 700 à 800 mètres, déchirées par des « glavinières », balayées par les chutes de pierres. A leur pied, au-dessus des alpages, s' étendent des combes d' un aspect désertique, isolées par de petits raidillons. Seuls les aigles tracent quelquefois leurs cercles au-dessus des pierriers et effrayent de leur ombre les quelques marmottes ermites qui se sont réfugiées là-haut.

Trois petits glaciers se blottissent au pied SW de la chaîne. Du sud au nord ce sont: le Glacier de la Truie, compris entre l' arête qui descend du Combin du Mîitin vers l' Aiguille de Botseresse et la large selle d' éboulis entre le Beauf ert et l' arête SW de la Grande Aiguille. Puis vient le bras sud du Glacier de Challand, enfermé entre cette selle et le Six du Meitin du Truino. Puis, au nord de ce rocher, c' est le bras nord du Glacier de Challand.

Le couloir qui monte de ce glacier au Col du Ritord est la limite NW de la chaîne, longue de 3 km ., tandis qu' au SE c' est le Col des Maisons Blanches qui en marque la fin.

Pour admirer ces montagnes de près, il faut, des chalets d' Amont, traverser le Beaufort, puis descendre en direction W sur la Tête de Bois et Bourg St-Pierre. Cette belle promenade se fait facilement en un jour de Bourg St-Pierre. Elle offre en outre des coups d' œil magnifiques sur le cirque de Valsorey, le Grand Combin et la chaîne du Mont Blanc.

La nomenclature est probablement en partie assez récente, quoique la dénomination de toute la chaîne semble être de vieille date; « Maisons » est un équivalent de « tours-murailles-murs-châteaux ». Challand était le nom d' une famille d' Entremont au XVIe siècle. Le nom qui semble convenir le moins bien est celui des « Aiguilles du Meitin », attendu que le Combin Di« Alpen - 1J47 - Les Alpes31 du Meitin est situé bien loin d' elles. Mais il s' explique si l'on se rend compte que ces aiguilles sont juste au-dessus du Six du Meitin du Truino, ce qui veut dire « rocher du milieu du glacier », qui partage le Glacier de Challand. Le mot « glavinière » est un terme valdôtain que j' emploie pour désigner des petits couloirs, remplis d' éboulis.

La chaîne des Maisons Blanches se compose de sept sommets. D' abord, au NW du Col des Maisons Blanches, c' est la Petite Aiguille, monticule en mauvais rocher, sans forme caractéristique. Puis la pointe élancée du Moine se découpant contre le ciel présente la première véritable aiguille. Après cette belle pyramide un long couloir plonge du Col du Moine vers le Glacier de la Truie. Sa rive droite est flanquée d' une paroi assez raide; son faîte s' élève en une courbe jusqu' à une petite épaule pour arriver au point 3571, d' où une arête en dents de scie monte au sommet de la Grande Aiguille. La chaîne, orientée jusqu' ici SE—NW, tourne maintenant franchement vers le nord. D' un deuxième sommet en forme de ciseaux ouverts l' arête s' abaisse en formant un surplomb bien visible du Glacier de Corbassière jusqu' à une profonde brèche. De celle-ci une rigole enneigée descend dans le couloir du Col de l' Epée. Au nord de la brèche une arête facile monte vers un sommet neigeux, le point 3604 m.; l' autre versant, formé d' une pente de neige, barrée par une rimaye, descend dans la baie glaciaire issue des hauts névés du Glacier de Corbassière. Ce sommet est bien individualisé et poussé au NE en avant de la chaîne principale. Au nord du point 3604, c' est la large et profonde encoche du Col de l' Epée qui s' étend au pied de l' aiguille du même nom. L' Epée est la silhouette la plus élégante de toute la chaîne. Après elle, d' une petite entaille, un couloir très raide et étroit va rejoindre le Glacier de Challand; dans cette brèche se dresse une toute petite « Epée » en miniature qui marque le début d' un « mur ruiné ou menaçant ruine ». C' est le groupe des Aiguilles du Meitin et de l' Aiguille de Challand. Dans cette partie de la chaîne des Maisons Blanches tout bouge; des pierres descendent vers l' ouest par des « glavinières » qui sillonnent les faces, tandis qu' à l' est c' est le régime des névés et des pentes d' éboulis. Du sommet de l' Aiguille du Meitin-Sud le faîte s' abaisse un peu, puis remonte pour former l' Aiguille du Meitin-Nord. Une large croupe peu inclinée s' étale au nord jusqu' à un petit col depuis lequel on monte facilement à l' Aiguille de Challand. Son arête nord est plus intéressante, et malgré la mauvaise qualité du rocher on y rencontre quelques passages amusants.

Toute la chaîne est ciselée dans une digitation de « l' Eventail de Bagnes » de la nappe des Mischabels. L' érosion a déblayé les couches supérieures d' un vaste pli, ne laissant en place qu' une « série renversée » qui forme notre chaîne.

Les versants NE et les cols de la chaîne sont facilement accessibles depuis la cabane de Panossière, 2761 m.; il faut compter environ trois heures pour arriver à pied d' œuvre. La base des arêtes SW et W peut être atteinte soit des chalets d' Amont en 1 h. 45 min. à 2 h. 15 min., soit de Bourg St-Pierre par l' alpe de Challand d' Amont et les éboulis de la combe de Darreys en trois heures environ.

La Petite Aiguille, 3517 m.

Si, de ton s les sommets des Maisons Blanches, la Petite Aiguille fut escaladée en dem er lieu, ce n' est certes pas à cause de la difficulté de ses voies d' accès. On a plutôt l' impression que les alpinistes délaissaient ce monticule tant qu' ils trouvaient des cimes plus hautes, plus belles ou plus intéressantes. Du Col des Maisons Blanches une vague arête de gros blocs et d' éboulis conduit au soumet, la longue crête est coupée par deux brèches, reliée aux névés supérieurs du plateau du Glacier de Corbassière par de petites pentes de neige.Veis le SW une seule nervure un peu plus marquée descend du sommet vers le Glacier de la Truie, émergeant des faces en pierres brisées.

Il est probable que les abords de la Petite Aiguille furent visités depuis fort longtemps par des chasseurs de chamois. Le couloir qui descend du Col des Maisons Blanches étant souvent en glace, les caravanes qui passent ce col empruntent parfois les rochers de sa rive droite.

La première ascension connue et la première traversée fut effectuée par R. Correvon, A. Bernoud, H. Mangini et E. Haltmeyer, le 18 août 1894. Ils suivirent l' arête SE, traversèrent le sommet et rejoignirent le Glacier de Corbassière psr l' une des pentes de neige ( deux heures et demie ).

Un nouve itinéraire fut suivi par R. Aubert, R. Dittert, L. Flory, R. Gréloz et F. Marullaz, le 18 juillet 1943. Ils gravirent sans difficulté la Petite Aiguille par la nervure SW; la descente s' effectua par l' arête NW.

Enfin, le 25 juin 1944, MM. Bergoz, Gonser, Page et Junker remontent l' arête NW en une demi-heure et descendent ensuite au Col des Maisons BlancheSA suivre )

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