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Les variations périodiques des glaciers des Alpes

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Prof. Dr F.A. Forel a Morges ( Section des Diablerets ). Douzieme rapport — 1891 ' ).

Par le XLII. Etude méthodique des variations glaciaires.

Nous avons de bonnes nouvelles ä annoncer à ceux qui s' intéressent à nos études. Les variations glaciaires, ces phénomènes si grandioses, de si puissant développement, mais si lents dans leurs manifestations qu' ils demandent une génération d' hommes pour témoin du cycle d' une seule de leurs périodes, par conséquent si difficiles à observer et dont l' étude est de si longue haleine, vont etre dorénavant l' objet de recherches systématiques dans les diverses régions des Alpes qui entourent la Suisse.

Le Club alpin allemand et autrichien a adjoint, depuis quelques années, à son comité central un conseil scientifique ( wissenschaftlicher Beirath des Central-Ausschusses ), qui est composé de MM. Dr Finsterwalder à Munich, prof. Hann a Vienne, prof. Partsch à Breslau, prof. Penck à Vienne, prof. Richter à Graz; un credit convenable est alloué à cette commission, qui s' est chargée d' étudier toutes les questions de science alpine. Dans le n° 8 des Mittheilungen des D. u. Oe. A. V. ce conseil a publié un appel pressant, invitant à l' étude des variations glaciaires. Observations directes, mesures précises, levers de plans, vues photographiques, etc., sont vivement recommandés aux sections et aux membres du club. Nos voisins et amis vont appliquer à ces sujets l' ar que nous admirons chez les peuples germaniques pour les recherches scientifiques, et nous pouvons compter sur des résultats précieux et réjouissants de ces efforts collectifs. Cette initiative est d' autant plus opportune que, comme nous l' avons dit précédemment ( Xe rapport ), les Voir onzième rapport, Jahrbuch des S.A.C., XXVI, pag. 351. Berne, 1891.

glaciers des Alpes orientales, jusqu' à present immobiles et en phase de décrue persistante depuis 1855 environ, ont commence dernièrement à se mettre en crue, et que pour le massif de l' Ortler, pour le moins, cette crue est déjà constatée chez 3 ou 4 glaciers.

D' une autre part, le prince Roland Bonaparte, membre du Club alpin francais, a entrepris, avec un enthousiasme communicatif, l' étude analogue des glaciers francais. Dans le volume XVII de l' Annuaire du C.A.F., Paris 1891, il nous donne les résultats de ses premiers travaux sur les glaciers des Alpes du Dauphiné, et nous y trouvons une foule d' obser précieuses. Soit par ses recherches personnelles, soit par les rapports des guides qu' il a interrogés, il indique comme etant:

En phase de décrue, ou stationnaires, en i890: Glaciers du Mont de Lens, de la Seile, du Piaret, du Rateau, Carré, du Pavé, du Clot des Cavales, de la Grande Ruine, de la Plate des Agneaux, d' Arsine, du Seguret-Foran, de la Bonne Pierre, Noir, du Sele, de la Pilatte, du Chardon, de la Muande, du Vallon des Etages, d' Entre, du Pierroux, de Lanchätra; soit 21 glaciers.

En phase de crue en 1890: Glacier des Etanc,ons, bras occidental et bras oriental depuis 1887 ou 1888, de la Meije depuis 1884 ou 1885, du Tabuchet, de l' Homme, de Tombe-muree depuis 1889, du Casset, de Monestier, glacier Blanc depuis 1884 ou 1885, glacier sans nom entre le Pelvoux et le Pic Salvador-Guillemin, glacier des Sellettes depuis 1889, d' Olan, de la Mariande depuis 1889; soit 14 glaciers.

D' apres ces observations, qui complètent heureusement les faits indiqués dans mes precedents rapports, plus du tiers des glaciers des Alpes du Dauphiné seraient actuellement en crue manifeste.

Cette crue ne dure pas depuis tres longtemps; elle est, pour autant que nous pouvons en juger par les quelques dates citées, de manifestation récente, quelques années tout au plus. Elle appartient bien à la meine période dont nous constatons le développement dans les Alpes du Mont-Blanc et du Valais, cette période de la fin du XIXe siècle qui a commence à apparaître dans les Alpes occidentales et qui se propage lentement, très lentement, vers les Alpes orientales.

Dans ce premier rapport, le prince Roland traite aussi des glaciers des Pyrenees; d' après les documents qu' il a su recueillir, il indique que dans le massif de Mont Perdu et celui du Vignemale, tout au moins, quelques glaciers ont commence une nouvelle période et se sont mis en phase de crue.

Le prince Bonaparte va continuer ces etudes, et nous sommes assures, d' après les résultats brillants et les premières recherches, que bientöt les glaciers frangais seront, au point de vue de leurs variations, aussi bien et mieux connus que ceux de quelqu' autre pays que ce soit.

De son cötö, M. le professeur Dr W. Kilian de la faculte des sciences de Grenoble, dans un resume fort interessant de la physique des glaciers ( Neige et glaciers, I, Grenoble 1891 ), invite chaleureusement les societes alpines du Dauphine ä contribuer par leurs travaux ä l' etude des variations glaciaires.

M. le Dr Fr. Virgilio, du musee royal de geologie de Turin, a bien voulu se charger de l' etude des variations des glaciers italiens, sur lesquels il avait dejä en 1883 reuni des observations et documents im-portants.* ) Enfin notre excellent ami, le capitaine Marshall Hall, F. G. S., F. C. S., a publie en fevrier 1891 dans' YAlpine Journal un article „ On glacier observations " dans lequel, apres avoir resume la question, il demande la creation d' un comite international et de comites locaux pour l' etude des variations glaciaires dans toutes les regions montagneuses, Alpes scandinaves, Himalaya, Nouvelle-Zelande, Alaska, etc.

Esperons que tous ces efforts, que nous saluons avec joie et recon naissance, seront assez perseverants pour nous donner, successivement et dans la serie des äges, des dates precises; nos descendants sauront en tirer une vue generale du phenomene, que nous ne pouvons actuelle-raent qu' entrevoir.

Du moment oü les naturalistes nos voisins veulent bien se charger, enfin, de l' etude systematique de leurs glaciers nationaux, cela m' autorise ä liniiter le champ de mes rapports. Tant que j' etais seul ä reunir les observations sur les glaciers de la longue chaine des Alpes, j' ai cru devoir recolter toutes les notes qui venaient ä ma connaissance de toutes les parties de ce territoire. Dorenavant je m' en tiendrai aux Alpes suisses, laissant ä mes amis d' Autriche, d' Italie et de France le soin de decrire les faits detailles qui les touchent. Cependant, comme les frontieres politiques ne sont point des frontieres geographiques, je me permettrai de continuer ä m' interesser aux glaciers du Mont-Blanc, qui sont intimement allies ä ceux du Valais; je prendrai dans les rapports de mon collegue de Turin les faits qu' il collectera sur les glaciers du versant italien des Alpes valaisannes; pour les Alpes grisonnes j' y adjoindrai, quand j' en aurai des nouvelles, les glaciers des versants meridionaux des Alpes de l' Engadine, et septentrionaux des Alpes du Rhsetikon. Les limites du territoire auquel je me restreins seront dont: la chanie des Alpes centrales bornee ä l' Ouest par le col du Bonhomme, ä l' Est par la Valteline, le Stelvio, la vallee de le Haute-Adige, les vallees de Paznaun et de Montafun.

Je profite de l' occasion pour recommander instamment a nos collègues du Club alpin suisse de continuer a m' adresser toutes les observations qu' ils pourront faire sur le phenomene des variations glaciaires que je suis charge d' étudier dans les Alpes de notre patrie.

Si pour les études detaillees je me limite au domaine restreint que je viens de préciser, je n' aurai pas a me justifier quand j' emprunterai aux domaines de nos voisins les faits d' interet general, qui pourront nous aider a mieux comprendre l' importante et la signification des phénomènes que nous étudions. C' est ainsi que je signalerai cette année dans le massif de l' Ortler la repetition des catastrophes de la Plima, vallée de Martell. Ainsi que je l' ai dit dans mon Xe rapport, il y a eu, en 1887, 1888 et 1889, barrage de la rivière par le glacier de Zufall, formation d' un lac temporaire, et écoulement de ce lac sous le glacier par un flot d' eau qui a ravagé la vallée inférieure. Cet événement s' est renouvelé en 1891. D' apres une communication obligeante de M. le prof. Richter de Graz, le lac temporaire était dejä a moitié rempli le 2 juin 1891 le 17 juillet, entre 31/« et ö'/a h. du jour, il s' est écoulé par-dessous le glacier de Zufall; la profondeur du lac s' est élevée a 26-28 m et son volume approximatif à sept ou huit cent mille m3. Les ravages dans la vallée de Martell ont été terribles: 11 maisons entre autres ont été détruites. La crue de l' Adige, mesurée a San-Michele, ä 164 km. aval du glacier, avait encore une valeur de ¾ metre; ce chemin de 164 km. a été parcouru par l' eau en 12 heures. Comme je l' ai dit dans mon rapport de l' année 1889, ces catastrophes de la Plima sont dues ä l' état de crue du glacier de Zufall; sa marche rapide ne permet plus l' établissement du tunnel, qui laissait circuler les eaux supérieures quand le glacier était stationnaire. Ce fait est done important pour nous en montrant quelle action peuvent avoir les variations périodiques des glaciers; elles sont les causes des principales catastrophes qui atteignent l' homme et son industrie dans la region des Alpes. Par consequence, leur etude théorique et pratique doit titre suivie avec la plus grande attention. Clubistes! mes chers amis! envoyez-nous toutes les observations que vous saurez col-leeter sur ces phénomènes d' interet capital pour le monde de nos montagnes.

Post-scriptum. Au moment d' imprimer ce rapport, nous avons la grande joie de pouvoir annoncer au public alpin que le Conseil d' Etat du canton du Valais, sur la proposition de M. Maurice de la Pierre, chef du département de l' intérieur, a bien voulu decider, en date du 16 février 1892, de prendre sous sa haute direction les études de sur- veillance et de contröle des variations des glaciers; c' est l' administra forestiere cantonale, dont le chef est notre collegue M. Antoine de Torrente ä Sion, qui est chargee de ces observations. Nous enregistrons avec une vive satisfaction et une reconnaissance bien legitime cet acte d' intelligente pradence administrative que nous voudrions voir imiter dans les autres cantons possedant des glaciers. Dans l' espoir que ces lignes viendront a la connaissance des hommes d' Etat qui dirigent nos cantons alpestres, nous publions ici le rapport que, en reponse aux demandes de M. de la Pierre, nous avons adresse au departement de l' interieur du Valais; les memes motifs seraient valables pour ce qui concerne les glaciers des autres cantons de notre Suisse.

Monsieur le Conseiller d' Etat de la Pierre, chef du departement de l' interieur, Sion.

Monsieur le Conseiller!

A la snite de l' audience que vous m' avez accordee le 31 janvier, et pour repondre ä vos questions, j' ai l' honneur de vous exposer ce qui suit:

Les glaciers en general, et en particulier ceux du Valais, sont soumis ä des variations de taille qui, suivant une periodicite irregiiliere, tantöt les fönt s' accroitre en longueur, en largeur, en epaisseur, tantöt les fönt decroitre, dans des proportions souvent considerables. Ces variations, qui ont, dejä dans les siecles derniers, attire l' attention des populations interessees et des naturalistes, ont ete l' objet d' etudes directes dans ce siecle et surtout dans les vingt dernieres annees.

Nous avons entre autres reconnu que la plupart des grandes catastrophes qui ont ravage la region des hautes Alpes ont ete causees par ces variations glaciaires. C' est quand le glacier crott, s' allonge, arrive ä son maximum, que non seulement il envahit les päturages et demolit les chalets alpestres, mais encore barre les vallees, arrete l' ecoulement des eaux et cree des lacs temporaires dont l' evacuation ravage le pays aval; ou bien encore, depassant ses dimensions normales, il s' eboule en avalanche de glace dont le pouvoir destructif est terrible. Je prendrai mes exemples dans le Valais, et j' attribuerai ä des actions de ce genre: les castrophes de la vallee de Saas, 1633, 1680, 1772, ecoulement du lac Mattmarck, surexhausse par le fait du barrage de la Viege par le glacier d' Aüalin; les catastrophes de la vallee de Bagne, 1545, 1605, 1818, formation d' un lac temporaire derriere le barrage du glacier de Gietroz; les catastrophes de Randa, 1636, 1819, eboulement du glacier de Bies, qui en phase de crue avait pris des dimensions extraordinaires; peutetre faudrait-il en rapprocher encore les inondations de boue de torrent de Saint-Barthélemy, 1560, 1635, 1636, 1835, qui pourraient e"tre dues à des crues excessives et ä l' éboulement de l' extrémité terminale du glacier de Plan-névé de la Dent-du-Midi.

Puisque ces variations des glaciers sont la cause des grandes catastrophes dans la region montagneuse, elles méritent d' etre étudiées attentivement; il y a lieu d' en faire la théorie et d' en reconnaitre le rythme; il est urgent qu' on puisse prévoir le développement des crues, pour, an besoin, parer si possible aux éventualités menagantes.

Or, l' étude préparatoire que nous en avons faite dans les dernières années nous a fait voir que la périodicité des variations glaciaires est de beaucoup plus longue durée qu' on ne le croyait jadis: le dicton populaire qui affirme que les crues des glaciers reviennent tous les 7 ans est certainement faux. Nous ne pouvons encore donner des chiffres définitifs, mais il est probable que le cycle de la variation glaciaire s' élève à quelque 35 ä 50 ans. La dernière période a seule été étudiée avec attention; si l'on fixe ä 1850 ou 1855 l' époque du maximum des glaciers, ceux-ci se sont mis successivement en décrue dans les années ultérieures, tellement que de 1870 ä 1875 nous n' en connaissions pas un seul en crue. En 1875, le glacier des Bossons du Mont-Blanc a donne le signal d' une nouvelle période en se mettant à s' allonger; il a ete suivi en 1878 et 1879 par les glaciers de Trient et de Zigiorenove, puis successivement par une trentaine de glaciers des diverses vallées du Valais; mais la phase de crue n' est pas encore générale dans votre canton; nombre de grands glaciers, Aroila, Otemma, Corbassière, le Gorner, le Rhone, sont encore en décrue ou stationnaires. Ce n' est que pour le massif du Mont-Blanc que l'on peut dire que la crue est générale; pour le Valais elle est en développement, et nous sommes encore très loin d' un état de maximum des glaciers. Si, ce qui est probable, ce maximum n' arrive qu' an commencement du siècle prochain, la période actuelle des glaciers aura en une durée de plus de cinquante ans.

C' est donc un phénomène dont le cycle est égal ou supérieur en durée ä celle de la moyenne de la vie humaine; une génération d' hommes est le témoin d' une seule de, ces variations glaciaires. C' est un phénomène d' une lenteur tellement majestueuse que son etude est exceptionnellement difficile.

Un phénomène, dont un homme, dans sa vie entière, ne peut voir qu' une seule manifestation, dépasse par son ampleur les moyens d' étude de l' initiative individuelle. Pour observer des faits d' une durée aussi prolongée, il faut des organismes dont la durée leur soit supérieure. Nous adresserons-nous pour cela aux sociétés savantes qui, se renouvelant sans cesse, peuvent etre supposées avoir assez de persistance? Nous craindrions que, meme dans les plus puissantes de ces societes, societes de naturalistes, societes du Club Alpin, l' intere d' observations qui ne seront utilisees que dans quelques generations d' bommes ne soit pas assez evident pour que ces observations soient ordonnees et suivies avec la perseverance necessaire. II nous paralt que c' est l' Etat seul, par la persistance indefinie qui lui est propre, qui est en position de faire suivre ä une etude d' aussi longue haieine. Quelque partisans que nous soyons de l' action de l' initiative privee individuelle ou collective, pour les recherches et travaux scientifiques, dans ce cas Special nous croyons devoir avoir recours ä l' administration de l' Etat, en le considerant comme etant la seule institution d' assez longue duree pour proceder ä l' etude de phenomenes d' une si extreme lenteur.

Nous prenons donc la liberte de nous adresser tres respectueusement au gouvernement du canton du Valais et de l' engager ä faire etu-dier et surveiller les variations des glaciers qui interessent grandement la prosperite des populations raontagnardes.

II nous parait que, parmi les Services de l' Etat, celui qui serait le mieux apte ä faire une teile ötude, serait celui de l' administration forestiere. Les inspecteurs forestiers et leurs agents sont appeles par leurs fonctions ä parcourir les hautes vallees des Alpes; ils pourraient sans grande surcharge de travail s' occuper de la surveillance des glaciers.

Quel programme faudrait-il leur donner? Nous le simplifierons autant que possible et nous le reduirons a deux points:

1° Surveiller avec assez d' attention les glaciers pour preciser pour chacun d' eux l' annee du maximum d' extension et l' annöe du minimum dans leurs variations successives.

2° Surveiller specialement les glaciers dangereux, et aviser l' adminis des menaces qu' ils peuvent causer en prenant des dimensions exagerees dans leur phase de crue.

Comment satisfaire ä ce double programme? Que le gouvernement Charge chaque inspecteur forestier d' etudier les glaciers de son arrondissement, et d' inscrire, sur un registre ad hoc, chaque annee, l' etat de crue et de decrue de chaque glacier. Pour les glaciers importants, interessants ou dangereux, il devrait etre fait des mesures rapportees ä des reperes fixes, qui constateraient en chiö' res precis les changements de dimensions des glaciers; pour les petits glaciers et les glaciers sans interet ou importance, des inspections occasionnelles et les rapports des montagnards suffiraient ä faire connaitre leur etat de crue ou de decrue.

M. Antoine de Torrente, inspecteur general des forets du Valais, s' occupe depuis longtemps de reunir des observations sur les variations des glaciers de nos Alpes; c' est de lui que nous tenons tous les faits enregistres par la science dans cet ordre de recherche en Valais; c' est ä lui et non pas ä nous ä donner des instructions sur la maniere dont les observations doivent etre ordonnees et organisees.

Cette etude est pen dispendieuse; elle ne demande ni grandes dépenses d' argent de la part de l' Etat, ni grandes dépenses de forces et de temps de la part des agents. Elle peut amener à des résultats importants et utiles. Elle ne peut etre menée ä bien que par les ordres de l' Etat qui seul a la persistance nécessaire pour la continuer assez longtemps. Je me permets donc de recommander ces études sur les variations des glaciers ä votre haute bienveillance et ä la sollicitude éclairée avec laquelle vous suivez aux questions interessant l' utilité publique. Les hommes de science qui consacrent leur vie ä l' étude des phenomenes de la nature, sont prets ä vous aider, dans la mesure de leurs forces, ä travailler ces questions an point de vue théorique. Mais ils ont besoin, pour arriver ä des résultats pratiques, d' avoir une collection de matériaux d' observation que l' Etat seul nons parait etre capable de réunir avec fruit.

Agreez, M. le Conseiller d' Etat, l' hommage de mes sentiments très respectueux et très devoues.

F.A. Forel.

Morges, 10 février 1892.

XLIII. Quelques nouvelles études glaciaires.

Les glaciers du Mont-Blanc vont tre étudiés avec méthode et attention. M. Joseph Vallot, le vaillant créateur de l' observatoire météorologique du Mont-Blanc, établi sur les Bosses du Dromadaire ä l' altitude de 4400 metres, s' est donne pour mission de faire l' étude sys-tematique et complete du geant des Alpes. Dans son observatoire il a organise tout un ensemble d' observations et de recherches sur la meteorologie et la physique, grace surtout ä un arsenal admirablement outille d' instruments enregistreurs. En meme temps il a entrepris le lever d' une carte detaillee, ä grande échelle, du glacier des Bois; il a déjà en 1891 termine la triangulation générale du glacier. Sur la mer de glace du glacier des Bois il a place en 1891 quatre lignes de pierres numérotées, analogues ä celles que M. Ph. Gösset a posées en 1874 sur le glacier du Rhone; ces lignes sont établies en aval du Chapeau, en amont du Chapeau, en amont du Montanvers, et ä l' Angle.

M. Vallot a donne suite ä une demande d' établissement d' échelles nivométriques ( voir XIe rapport ); il en a fait peindre deux au rocher des Bosses; l' année prochaine il en établira une au rocher de l' Heureux Retour, altitude 3600 metres, et au rocher de la Tournette, altitude 4700 metres.

On sait que dans l' été de 1891 M. Janssen, membre de l' Institut de France, appuyé par les subventions de quelques Mecenes, entre autres le prince Roland Bonaparte et M. R. Bischoffsheim, a demande ä M. l' in Eiffel des etudes preparatoires ä l' etablissement d' un observatoire sur la cime meme du Mont-Blanc. M. l' ingenieur Xavier Imfeid, de Samen, a ete Charge par M. Eiffel de faire executer un tunnel de recherche dans la neige de la cime pour aller ä la decouverte d' une pointe rocheuse sur laquelle on put fonder le bätinient de l' observatoire. Cette recherche n' a pas abouti, ou du moins le rocher en place n' a pas encore ete rencontre dans la galerie creusee ä 12 metres au-dessous de la cime. J' ai voulu profiter de cette occasion pour etablir une experience sur la vitesse et la direction de l' ecoulement des roches glacees du sommet du Mont-Blanc vers le bas du glacier. Quelle est la duree du voyage du glacier? On va se perdre la neige de la cime du Mont-Blanc? D' apres le relief de la montagne et de ses glaciers, il est probable qu' elle s' ecoule dans le glacier des Bossons; d' apres ce que nous savons de la marche plus rapide de l' axe du glacier, que de ses bords la plus grande partie de la glace descend par le milieu du courant. Cest donc dans le glacier des Bossons, sur son axe et dans sa partie inferieure, que nous irions rechercher un bloc de neige parti du sommet du Mont-Blanc. Mais au bout de combien d' annees faudra-t-il aller le chercher? est-ce 50, est-ce 100, est-ce 200 ans qui seront necessaires pour l' ecoulement de cette masse de glace? Si nous n' avions que les donnees tirees d' autres glaciers ä marche lente, nous croirions ä une duree tres longue du voyage. L' echelle de Saussure, perdue en 1788 au pied des Aiguilles-Noires et retrouvee en 1832 pres des Moulins de la Mer-de-glace du glacier des Bois, avait marche ä raison de 91, 100 et 105 metres par an, suivant les recherches des divers auteurs; le sac de Michel Devouassoud, perdu en 1836 dans les seracs du Talefre et retrouve en 1846 au pied du Couvercle, avait eh une progression annuelle de 130 metres. Mais nous possedons une observation du glacier des Bossons lui-ineme qui nous indique un ecoulement plus rapide. Les debris des victimes de la catastrophe de 1820, ascension du Dr Hainel, retrouves en 1861 sur le plateau inferieur du glacier des Bossons, ä la hauteur du pavillon de la grotte, ä environ 7000 metres aval de la Grande-Crevasse oü les trois guides avaient ete engloutis, avaient voyage ä raison de 170 metres par an. A supposer que cette meme vitesse moyenne existe dans les annees prochaines — ce qui n' est pas certain, car nous croyons savoir que le glacier marche plus vite en phase de crue qu' en phase de decrue — ä supposer que la glace emploie une dizaine d' annees pour descendre de la cime du Mont-Blanc jusqu' ä la Grande-Crevasse, ä supposer encore que la glace en question se maintienne au milieu du courant du glacier, ce serait une cinquantaine d' annees que nöcessiterait le voyage du glacier du sommet du Mont-Blanc jusqu' au bas du glacier des Bossons. Quoi qu' i! en soit, dans Ie but d' obtenir, si possible, une notion precise sur la vitesse moyenne de l' ecoulement des glaeiers, j' ai propose l' experience suivante que M. Vallot a eu 1' obligeance d' executer. Au railieu du tunnel creuse par M. Imfeid, :'i 23 mötres ä partir de l' entree, soit exaetement sous la eime du Mont-Blanc, et ä 12 metres au-dessous de cette eime, M. Vallot a enterre dans la neige une laine de plomb, de 20 sur 15om, portant gravee ä la pointe l' inscription suivante:

„ Sur la demande du professeur F.A. Forel de Morges, ce present document a ete depose par M. J. Vallot dans la grotte creusee par M. Imfeid, par ordre de M. Janssen, au sommet du Mont-Blanc, a 12 metres au-dessous de la eime. Priere est faite ä qui rencontrera ce document de noter le Heu et la date de la trouvaille et de le porter ä un naturaliste qui saura calculer la duree et la vitesse du voyage du glacier. Salut et merci!

„ Ecrit ä Morges, le 29 aoüt 1891, „ F.A. Forel.

„ Porte au sommet du Mont-Blanc et depose en place le 20 septembre 1891, „ J. Vallot.

„ Teraoins: Michel Savioz, Jules Bossonney, Frederic Payot, Alfred Desplans, Edouard Payot, Sermet Alexandre. "

M. Vallot y a Joint 20 planchettes de sapin, de 20 sur 30 centimetres, portant rinscriplion gravee au feu „ J. Vallot, 1891 ", qu' il a fait enterrer dans la galerie, de metre en metre, depuis le ( 5° au 25° metre ä partir de l' entree.

Lorsque dans une cinquantaine d' annees la masse de neige qui forme actuellement le sommet du Mont-Blanc sera descendue au milieu ou au bas du glacier, ces planchettes mises ä nu par l' ablation attireront les yeux d' un passant et la lettre que nous avons fait mettre ä la poste sur la eime arrivera, esperons-le,son adresse.

XLIV. Chronique des glaeiers « les Alpes suisses, 1891.

I. Bassin du Ehone.

Vallee de Conches. Glacier du Rhone. D' apres les notes de M. l' ingenieur L. Held, du bureau topographique federal:

Dans l' annee 1890—91 le front du glacier a decouvert une super- licie de moraine profonde de3820 m2 il a recouvert 720 m2 Exces de fusion 3100 m2 Mais de la surface fondue, 2510™2 appartiennent ä une langue de glacier mort; l' exces de fusion est donc reduit ä 590 m2.

D' une annee ä l' autre le point du front qui a le plus recule a' est deplace de 14 m; celui qui a le plus avance s' est deplace de 7 m. Si l'on superpose sur le plan les lignes du front du glacier en 1890 et en 1891, on les voit se couper toutefois; elles sont par consequent presque sur la meme ligne moyenne.

Le profil vert ( au bas de la cascade des glaces ) montre une legere augmentation d' epaisseur au milieu du courant. Devant le Belvedere, le bord du glacier s' est un peu elargi depuis l' annee dernifere.

Conclusion: le glacier du Rhone n' a pas avance; il a plutöt un peu recule; il est stationnaire, mais il ne va pas tarder ä se mettre en crue.

VaM6e de la Massa. Le glacier i' Aletsch a commence ä s' allonger. ( M. A. de Torrente ä Sion. ) Vallee de l' Avengon. D' apres un rapport verbal de M. Philippe Marlettaz, guide aux Plans de Freniere, les glaciers des Alpes vaudoises, Martinets, Plan-neve et Paneyrosse, etaient encore en decrue dans l' automne de 1890.

VallGe de Saas. Glacier ä' Allalin. Note retrospective: „ En 1822 j' ai vu le glacier du MacMar ( Mattmark ) envahir le flanc de la montagne contre laquelle il butte, labourer les gazons et rouler devant lui les blocs detacbes, comme le soc d' une puissante charrue. " ( Jean de la Harpe. Bull. soc. vaud. sc. nat. VII, 235. Lausanne 1862. ) En 1891, le front du glacier, en crue manifeste, arrive jusque dans le lit de la Viege. ( M. A. de Torrente, d' apres le rapport des habitants d' Almagel. ) Vallöe de St-Nicolas. Glacier de Gorner. Immobile en hauteur et en longueur d' apres les marques posees en 1890 vis-ä-vis du front du glacier et ä Gagenhäut, et etudiees en 1891. ( M. A. Delebecque, ingenieur ä Thonon. ) Vallee d' H6renS. Le glacier de Zigiorenove est en crue rapide; celui ä' Arolla est encore en decrue ou stationnaire. ( M. W. Kündig de Geneve. ) Valleys de la Dranse. J' ai recu par l' entremise obligeante de M. Ch. Bioche, professeur ä Paris, des notes interessantes provenant de J. M. Genoud, guide a Bourg St-Pierre; ces. observations recueillies dans l' ete de 1891 donnent les variations de 1890 ä 1891; je les designe par la lettre G. D' une autre part, pour la vallee de Bagne, M. A. de Torrente m' a communique les notes de ses agents forestiers, que je continue ä designer, comme dans les rapports precedents, par les lettres C. V. ( coraite valaisan ).

Val de Bagne. Glacier A' Otemma, diminue de 22™ en longueur ( G ).

Repere au pied sud du glacier, diminution 7 m.

Repere au couchant rière Chanrion, diminution 6 m.

Le glacier a depose du cote du couchant une longue moraine de sable. Grande baisse vers les crevasses au pied du Mont Gelé; j' y ai remarque l' apparition d' un rocher au milieu du glacier. ( C. V. ) Glacier de Dur and. Repere vers la Dranse au pied du glacier, diminution 5 m. Affaissement vers le milieu du glacier; on y voit sortir le torrent en certains endroits. ( C. V. ) Glacier de Breney. Pas de mesures; on le croit en crue. ( G. ) Glacier de Giétroz. S' est accru de 17 m en longueur et de 7 m en épaisseur. ( G. Repere au levant, au pied du glacier, accroissement 5 m; la croix track en 1889 est couverte par la glace. Le glacier pousse le terrain du cote du levant, sur les rochers dans un creux où commence la chute sur la Dranse. ( C. V. ) Glacier de Corbassière. Repere au pied du rocher au nord-ouest, diminution 3 m. Petite diminution sur le plateau; dans le torrent au bas du glacier on ne peut pas prendre de mesures; mais on y constate une diminution très forte. ( C. V. ) Diminution de 10 m en longueur et de 2 m en épaisseur. ( G. ) Val d' Entremont. Glacier de Proz, tend ä augmenter. ( G. ) Glacier de Tseudet, augmentation de 8 m en longueur; augmente aussi en épaisseur. ( G. ) Glacier du Velan, augmente en épaisseur et en longueur; il pousse le glacier de Valsorey. ( G. ) Glacier de Valsorey, augmente de 17 m en longueur, mais peu en épaisseur. ( G. ) Glacier du Sonadon, diminue en tous sens, 8 m environ en longueur. ( G. ) Glacier des Maisons-blanches, augmente de 8 m en longueur et 2 m en épaisseur. ( G. ) Val Ferret. Glacier du Mont Do lent, augmente de 12 m en longueur et 3 m en épaisseur. ( G. ) Glacier de la Neuvaz, à peu près au meme point que l' année dernière. ( G. ) Glacier de Saleinaz, diminue en tous sens. ( G. ) Glacier d' Orny, augmente de 11 m environ en longeur, et augmente de meme en epaisseur.

Valläe du Trient. Glacier du Trient, d' après les observations de M. J. Guex à Vevey, continue ä augmenter:

Repere.Pose en Aüongement 1890/91.

rive gauche.. IV189020 m centre... I188816 m rive droite.. II189017 m.. I189015 m J. M. Genoud signale pour ce glacier, en Opposition ä cela, une diminution de 8 m en longueur. Entre ces deux observations contradictoires, je n' hesite pas ä preferer celle de M. J. Guex qui represente la suite d' une etude perseverante et complete depuis 1879, soit pendant 12 ans. Si j' indique cette divergence entre les deux observateurs, c' est pour bien faire voir combien est difficile l' appreciation des mouvements des glaciers, et combien surtout est delicate la critique des notes qui nous sont fournies par des observateurs difl¾rents.

Glacier des Grands, d' apres les observations de M. F. Doge ä la Tour de Peilz, 1890-91.

„ Repere n° I, flanc du glacier, allongement 6.5 mII, pres de la base, stationnaire 0 mIV, axe du glacier, allongement 4 m „ Le mouvement est plus faible qu' en 1889-90, mais la direction est restee la meme; l' elargissement est plus considerable que l' allongement sur l' axe. Le flanc continue. ä s' elever et constitue actuellement une haute paroi de glace qui ne touche cependant pas encore la grande paroi du roc en place, situee vis-ä-vis. Dans la region mediane du glacier les signes d' avancement sont toujours tres apparents.

„ L' enneigement de la partie moyenne du glacier paraissait plus faible en 1891 qu' en 1890; les seracs etaient mieux degages. "

Voici le resume que M. Doge donne de ses dix premieres annees d' observation:

anneeaxe du glacierflanc du glacier 1881-188216 m10 m 1882-18831,5 m0,5 m 1883-18843 m1 » 1884-1885j- 3nOm 1885-1886f- 27 m1"> 1886-1887f 17 m6 m 1887-1888f- 9 m3 m 1888-1889f 6 m7 m 1889-1890j- 5 mHm 1890-189146,5 m de l' Arve. M. Joseph Tairraz a continue son interessante collection de photographies des glaciers du massif du Mont-Blanc qui comprend, on se le rappelle, une vue de chaque glacier prise chaque annee exactement dn meme point de pose, et il l' a completee en etendue. La collection consiste actuellement ( octobre 1891 ) dans les vues des glaciers du Trient ( depuis 1891 ), du Tour ( 1888 ), d' Argentiere ( 1888 ), des Bois ( 1885 ), des Bossons ( 1884 ), de Taconnaz ( 1889 ), de Bionnassay ( 1890 ).

J' ai recu aussi les observations de M. Venance Payot qui depuis plus de 25 ans surveille avec fidélité les glaciers du Mont-Blanc.

Le glacier du Tour a avance depuis le 23 novembre 1889 au 6 octobre 1891 d' une centaine de metres; tous les repères distants, à la première de ces dates, de 30 m au moins du glacier ont été recouverts. Des avalanches de glace se détachent continuellement, le mouvement est très actif. ( V. Payot. ) Confirme par les photographies Tairraz, qui montrent de nombreux signes de crue.

Glacier ä' Argentière. Le front du glacier était, le 6 octobre 1891, a la meme distance des repères que le 12 octobre 1890; il n' y a donc pas d' allongement sensible; mais l' épaississement du glacier est général. ( V. Payot. ) Sur les photographies Tairraz l' épaississement et l' élargissement du glacier sont très evidents.

Glacier des Bois. L' avancement en longueur doit etre d' une cinquantaine de metres, autant qu' on peut en juger a distance, le front étant actuellement inabordable; l' exhaussement de la surface indique un épaississement considerable. ( V. Payot. ) La crue est très facile à constater par la comparaison des photographies 1890 et 1891 de M. J. Tairraz.

Quant au glacier des Bossons, l' extrémité terminale était, au 14 octobre 1891, ä m près dans la meme position qu' au 10 octobre 1890, l' allongement a donc été nul dans cette année. En revanche, le glacier s' est énormément exhaussé et élargi; M. Payot évalue l' épaississement a 15 ou 20 m. La grotte commencée sur le flanc gauche le 15 mai 1891 avait avance de 51 m au 14 octobre de la meme année, soit de 10 m par mois. ( V, Payot. ) La petitesse ou la nullite de l' allongement de ce glacier constatée par l' observation de M, Payot nous ramène aux memes questions que nous nous sommes posées dans nos rapports précédents ( VIIle, IXe et Xe rapport ): le glacier des Bossons serait-il déjà a la fin de la phase de crue? Aussi avons-nous étudié avec grande attention les photographies Tairraz levées en octobre 1890 et octobre 1891. J' y ai reconnu sans aucun doute des symptömes évidents de crue. Non seulement la langue du glacier est plus avancée sur la rive droite dans la dernière vue photographique, mais aussi les gros blocs qui gisent devant le front ont été roulés et bousculés, ce qui prouve que la moraine frontale a été chassée en avant. La crue du glacier des Bossons, commencée en 1875, est encore persistante en 1891, cela est incontestable.

Une nouvelle pose photographique, qui prend le glacier en profil, a été heureusement commencée en 1891 par M. Tairraz et elle permettra de juger facilement dans les années prochaines de l' allongement de ce glacier interessant.

Glacier de Taconnaz, en crue manifeste d' apres les photographies Tairraz.

Glacier de Bionnassay, egalement en crue, photographies Tairraz.

II. Bassin de l' Aar.

J' ai rec,u de M. le pasteur H. Baumgartner de Brienz, president central du S.A.C., les notes suivantes sur l' etat des glaciers de l' Ober bernois.

Vallee de l' Aar. Diechtergletscher, visite en septembre 1891, n' in pas trace de crue, ni par les moraines laterales ni par les moraines frontales.

Triftgletscher. Sa partie inferieure est puissaminent reduite et montre la continuation de la decrue. 11 faut longtemps traverser la moraine jusqu' ä ce que l'on arrive ä la glace.

Steingletscher et Steinlimmigletscher au pied du Sustenhorn, visites en 1874, 1882 et 1891; la partie inferieure est toujours en decrue; les moraines terminales sont toujours fort loin et fort elevees au-dessus de la glace. Les regions superieures au contraire ont moins decru; les seracs sont aussi massifs qu' autrefois.

Rosenlauigletscher. M. Perrot, proprietaire de l' hötel de Rosenlaui, sur la demande de la section Oberland, veut bien promettre des observations regulieres sur la marche de ce glacier. ( H. Baumgartner. ) MM. les Drs Robert Sieger et Ant. Swarowsky de Vienne ont constate que le glacier de Rosenlaui continue sa pliase de crue. Ils nous rendent attentifs k un fait qui pourrait induire en erreur des observateurs ulterieurs. On raconte dans la vallee qu' une cabane construite par un frere de M. Nicolas Kohler de Rosenlaui aurait ete il y a une vingtaine d' annees, soit vers 1871, detruite par le glacier; ce qui serait en contradiction avec les indications donnees par le meine Kohler ( rapport V ) que la crue du glacier n' aurait commence qu' en 1880. Sur les questions des deux geographes viennois, M. Kohler a affirme que cette cabane a bien ete demolie vers 1870, mais que le glacier n' y a ete pour rien. II n' y a donc pas contradiction avec nos rapports anterieurs.

Vallee de la Lütschine. Grindelwald supe' rieur; continuation de la crue; le glacier est du reste encore fort eloigne des moraines deposees pendant les maximums precedents. ( H. B. ) Grindelwald infe' rieur semble rester encore stationnaire ä son extremite terminale; les habitants pretendent cependant qu' il commence a s' allonger. ( H. B. ) Les glaciers de Grindelwald sont célèbres dans l' histoire des variations périodiques par les dates nombreuses, remontant à plusieurs siècles en arrière, qui ont été extraites par divers auteurs des chroniques paroissiales ( Pfarrbücher ) de Grindelwald; aucun glacier n' a une histoire ancienne aussi riche. Dans mon II° rapport j' en ai donne un résumé d' après G. Studer. Notre collègue M. le pasteur G. Strasser, dans son „ Gletschermann, ein Familienblatt für die Gemeinde Grindelwald ", a publié le texte authentique de ces chroniques; nous espérions y trouver de nombreuses notes sur les variations des glaciers; ä notre grand désappointement il n' y a sur ce sujet que deux dates qui y soient inscrites.

La première est absolument apocryphe et il n' y a rien à en tirer: „ Dans l' année 1096, l' église construite sur le Burgbühl ayant été menacée par le glacier ( inférieur ) et les eaux, a été démolie et reconstruite à sa place actuelle, ainsi qu' une chapelle et un ossuaire. "

La seconde, au contraire, est très précise et parfaitement plausible: „ En 1600, le glacier supérieur est descendu dans le Bergelbach, vers le front inférieur du Bergel, et Ton a évacuer deux maisons et cinq granges; le glacier a envahi la place où elles étaient. Le glacier inférieur s' est avance jusqu' au Burgbühl sous le Schopf, ä un jet de pierre du ravin de la Schüssellawine; la Lütschine a été détournée et barrée par le glacier, tellement qu' elle a déborde sur les terrains de l' Aellawine. Toute la commune a voulu s' aider à l' endiguer, mais cela n' a servi de rien, et Von a de évacuer les batiments, quatre maisons et plusieurs granges; les eaux ont débordé, ont ravine le sol et tout ravage. En 1602, le glacier a commence à tomber et ä se raccourcir. "

Dans cette édition authentique et parfaitement sere des chroniques de Grindelwald, on ne trouve pas trace des faits racontés par Altmann, Grüner, Kasthofer, Hugi, qui nous parlent de crues et de décrues extraordinaires des glaciers en 1540, 1588, 1593, 1620, 1660, 1686, 1703, etc., en invoquant, tous, les Pfarrbücher ou les chroniques de Grindelwald. Y aurait-il quelque part dans les archives publiques ou particulières d' autres chroniques que celles que M. Strasser a dépouillées, et pourrait-on les retrouver? Ce serait là un bien interessant sujet d' étude pour un des historiens de notre patrie; nous le recommandons instamment ä leurs recherches.

On trouvera du reste un excellent résumé critique des faits connus et publiés sur les variations des glaciers de Grindelwald dans la „ Geschichte der Schwankungen der Alpengletscher " du professeur E. Richter de Graz.1Zeitschrift des D. u. Oe. A. V. XXII, 15. Wien 1891.

III. Bassin de la Reuss.

Valläe de Maderan. D' apres les observations de M. E. Krayer-Ramsperger de Bäle.

Brunnigletscher. Raccourcissement de 14 ä 15 m dans l' annee 1890-1891, pas de voüte ä la porte du torrent.

Hüßgletscher. 9.5 ä 10 m de raccourcissement. Voute du torrent de 5 ä 6 m de hauteur.

IV. Bassins de la Linth, du Khin et de l' Inn.

Pas de nouvelles: nous en concluons que les glaciers sont encore en decrue, car nous esperons bien etre avises immediatement sitöt que les premiers symptömes de crue se manifesteront sur ces glaciers. Le debut d' une nouvelle periode par la mise en crue recente des glaciers de l' Ortler ( v. Xe rapport ) nous fait engager nos collegues de l' Engadine ä surveiller attentivement leurs glaciers.

Besame.

La periode actuelle des glaciers continue ä se developper dans les Alpes suisses sans grand changement d' une annee ä l' autre. La tota-lite des glaciers du Mont-Blanc, une forte proportion des glaciers du Valais, quelques glaciers de l' Oberland bernois sont en crue. Tous les glaciers de la Suisse Orientale sont encore en decrue ou stationnaires.

Dans le rapport actuel nous avons Signale les faits nouveaux suivants:

Le glacier du Gorner, dont nous avions indique ( Xe rapport ) la mise en phase de crue, est encore stationnaire d' apres les mesures exactes de M. Delebecque.

Le glacier de Breney dans la val de Bagne est probablement en crue.

Les glaciers du Tseudet, du Velan, de Valsorey, des Maisons-Blanches dans le val d' Entremont, et du Mont-Dolent dans le val Ferret sont en crue.

Le glacier de Saleinaz, qui nous avait ete cit6 comme etant en crue, est indique par M. Genoud comme etant en decrue. La Neuvaz comme etant stationnaire.

Notre dernier rapport comptait 60 glaciers en crue manifeste. Mais notre liste ( Xe et XI0 rapport ) comprenait non seulement les glaciers des Alpes suisses et savoyardes, mais encore ceux dont nous avions reu des nouvelles dans les Alpes franc.aises, italiennes et autrichiennes. Nous nous limitons dorénavant aux Alpes suisses ( en y ajoutant le massif du Mont-Blanc ), c' est à la grande chaine des Alpes depuis le col du Bonhomme jusqu' à l' extrémité orientale de l' Engadine. Nous devons donc refaire notre addition générale et ramener à 52 le nombre des glaciers de notre champ d' étude en état de crue constatée jusqu' à I' année dernière. Les additions et soustractions que nous venons d' in dans le présent rapport élèvent ce chiffre à 54. Ce serait le chiffre actuel du nombre des glaciers en phase de crue en 1891 dans les Alpes centrales.

J' ai préparé quatre cartes qui figurent les glaciers en phase de crue dans la période actuelle aux quatre époques successives 1875, 1880, 1885 et 1890, et je les ai présentées à la Société vaudoise des sciences naturelles dans sa séance du 2 mars. Elles montrent fort bien le développement progressif de la période de la fin du XIX° siècle dans les Alpes du Mont-Blanc, du Valais et de l' Oberland bernois. J' espère pouvoir les publier dans mon rapport de l' année prochaine.

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