Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses

Hinweis: Questo articolo è disponibile in un'unica lingua. In passato, gli annuari non venivano tradotti.

Cinquante-deuxième Rapport — 1931.

L' enneigement des Alpes suisses en 1931.

L' année nivométrique 1930/1931 a eu, en haute montagne, les caractères mensuels suivants, d' après les excellents résumés que le Dr Brückmann, de l' Institut fédéral de Météorologie, en donne chaque mois au « Journal forestier suisse »:

Au nord du faîte des Alpes octobre 1930 a été trop chaud d' environ 1°, un peu trop sombre et notablement trop mouillé ( le Säntis, à 2500 m ., a mesuré trois fois sa hauteur de précipitation ordinaire ). L' inverse a eu lieu au sud de la ligne faîtière. Novembre a été notablement trop chaud ( 1 à 2° ), sa nébulosité trop forte et sa précipitation surabondante ( Säntis 100 % de trop ). Décembre a été lui aussi un peu trop chaud, mais en général plus sec que d' habitude.

Janvier 1931 a été trop froid de 1 à 2°. La précipitation a été fréquente et copieuse et la couverture nuageuse persistante. Février, trop froid également, a eu des chutes de neige jusqu' à trois fois trop nombreuses et dont la hauteur a dépassé 50 à 60 % de la normale. La couche de neige a atteint 4 m. au Pilate et 3 m. aux Rochers de Naye. Les moyennes thermiques ont été trop basses de 2 à 3la nébulosité a été excessive. Dans la première décade de mars, il s' est produit des chutes de neige d' une abondance exceptionnelle pour l' époque ( elles ont porté à 5 m. l' enneigement du Säntis ). Le reste du mois a été sec et plutôt trop chaud et trop clair. Ce temps a duré jusqu' à la mi-avril, époque où il est redevenu frais, trop mouillé et trop sombre. Mai a été l' un des plus chauds qu' on ait observé dans nos Alpes; il a été sec aussi. Juin a été trop chaud de 2 à 3° et même davantage, tandis que son insolation avait un excès de 30 à 50 heures et sa précipitation des déficits de l' ordre de 50 %. En revanche juillet a eu, avec une température légèrement trop basse, une précipitation beaucoup trop copieuse et trop peu de soleil. Ces caractères se sont accentués encore au mois d' août: le déficit d' insolation a été de 70 à 100 heures et le nombre de jours de précipitations a été parfois double. Septembre a été beaucoup trop froid ( jusqu' à 5 ° ). Il y a eu excès notable d' eau météorique et déficit d' insolation ( 50 à 60 heures ). Le début d' octobre a ramené des conditions plus favorables à l' alpinisme, clarté, sécheresse et réchauffement, mais le désenneigement ne pouvait plus en profiter.

En résumé, Vannée nivométrique 1930/1931 se caractériserait comme suit:

Durant l' hiver une température généralement trop haute, un ciel trop couvert, des chutes de neige prolongées et surabondantes; en mai et juin, chaleur et sécheresse; enfin la majeure partie de l' été et le début de l' au notablement trop froids, trop sombres et trop mouillés.

Avalanches. La fréquence et la masse des chutes de neige de l' hiver 1930/1931 ont donné au phénomène de l' avalanche une ampleur désastreuse. En voici les principales manifestations:

Le 19 janvier, une énorme coulée a recouvert, entre Oberried et Ebligen, sur 40 m. de longueur, de 8 m. de neige, la route et la voie ferrée longeant le lac de Brienz.

Le 27 janvier, l' avalanche du Bergli ( Sernfttal, Glaris ) est descendue jusqu' à la Sernft, ensevelissant plusieurs étables mais sans endommager la voie ferrée ni interrompre la circulation. Le 29 au soir, en revanche, une coulée formidable venue du Bleistock, entre Matt et Elm, a recouvert voie et route sur 100 m. de longueur, endommageant les installations aériennes et obligeant à transborder. Pylônes et poteaux ont été balayés comme fétus par le torrent glacé, épais de 8 à 10 m. L' amas a barré la Sernft, créant, en amont, un lac temporaire dangereux, qu' on dut évacuer fiévreusement.

Le 28 janvier, un « arein » descendu de Gagnerie ( Dents du Midi ) s' estabattu sur le barrage ( n° 3 ), que les Chemins de fer fédéraux construisent à 1130 m. d' altitude dans la gorge du St-Barthélemy pour enrayer les méfaits de ce torrent. Un ouvrier a disparu dans l' ouragan de neige poudreuse.

Ce même 28 janvier, une grosse avalanche, détachée des pentes raides d' Issert et d' Arlache, obstrua complètement l' entrée de l' ardoisière souterraine d' Orsières, y enfermant deux carriers, qu' on ne put délivrer que le lendemain soir.

Le 20 février, une avalanche est descendue du Crap Stagias sur Piatta dans le val Medels ( Lukmanier, Grisons ). Tout d' abord poudreuse, elle entraîna peu à peu des neiges plus lourdes et le torrent glacé, large de 200 m ., débordant les travaux de protection — les avalanches sont fréquentes dans ces parages et on y a établi des barrages — s' abattit sur l' auberge « Zur Post », la démolit partiellement et acheva sa course dans le Rhin. La moitié sud de la maison, une forte construction de pierre, fut arrachée de ses fondements. Des douze membres de la famille Wenzin, sept périrent.

Ce même après-midi, deux puissantes coulées recouvrirent encore la route du Lukmanier de 15 m. de neige, entre Piatta et Caraglia. Deux jours plus tard, une nouvelle avalanche interrompait derechef la circulation.

Dans tout l' Oberland grison, avalanches et chutes de neige compromirent et même arrêtèrent le trafic. Il en fut de même en Valais: on dut suspendre la circulation sur la ligne du Lœtschberg. On mesura 30 cm. de neige à Sion. Pendant ce temps, le versant sud des Alpes ruisselait de pluie et sur la route du Simplon, entre Brevole et Varzo, de grosses avalanches de fond descendaient.

Une énorme coulée coupa sur 100 m. la route Sierre-Ayer ( Anniviers ), entre Cuimel et Mission. Partie de la Pointe de Nava, elle dévala 2500 m. et se jeta dans la Navizance, y accumulant 50 m. de neige et en arrêtant le cours pendant 5 à 6 heures en un dangereux remous.

Les exceptionnelles chutes de neige du début de mars ramenèrent un peu partout la même situation redoutable. Même le Jura paya son tribut, toutes proportions gardées; on dut déblayer la route entre la Rasse et la Maison-Monsieur, le 10 mars, d' une petite coulée.

Le 4 mars une avalanche tombe du Glärnisch ( Glaris ) balayant trois ponts.

Le 8 mars, au matin, une forte coulée, partie du Chaussy ( Ormonts, Vaud ), emporte partiellement un grand chalet, tuant du bétail.

Le 9 mars, l' avalanche, classique, de la Chaumény ( Grammont ), s' abat sur la route Bouveret-St-Gingolph, l' obstrue sur 80 m. de longueur d' un béton de neige et de débris épais de 10 m ., en fait autant de la voie ferrée Genève- St-Maurice et atteint presque les eaux du Léman. Le 11, une nouvelle coulée retarde le rétablissement des communications.

Ce même jour, neuf ouvriers du tunnel des Essertses ( Forces motrices de la Dixence ) sont surpris par une avalanche qui engloutit l' un d' eux définitivement. Onze chalets des Mayens de Zora sur Isérables sont emportés par une avalanche descendue du Ballavaud et, si anormalement puissante, qu' elle a rasé, pour les atteindre, la forêt de mélèzes protectrice.

Le 16 mars, une nouvelle avalanche interrompt le trafic sur la ligne de Brienz, toujours entre Ebligen et Oberried, sur 100 m. de longueur; deux jours plus tard deux autres coulées recouvrent la route emportant le pont fraîchement remis en état.

Le 9 avril, du haut des airs, j' ai vu le vallon de Saleinaz, vers le front du glacier, encombré d' énormes avalanches descendues de toutes parts quelques semaines auparavant. La chaîne du Chaussy ( Ormonts dessus ) en était zébrée aussi.

A. Etat des neiges.

Suisse orientale. On trouvera plus loin les mensurations régulières de la Commission glaciologique de Zurich au Silvretta et celles du Ski-Club de Davos au Parsenn. Qualitativement on a observé, à fin septembre 1931, un crevassement du Silvretta moindre qu' en 1930. La grande crevasse longitudinale dans l' abrupt sous le col s' était notablement refermée; la rimaye entre l' Eckhorn et le totalisateur n' était plus visible ( Billwiller ).

Suisse centrale. Notre collègue M. Oechslin, forestier cantonal d' Uri, a recueilli, sur l' enneigement au flanc nord du Bristenstock et au Belmeten, des données qui se présentent sous la forme instructive du tableau I.

Enneigement au flanc nord du Bristenstock et au Belmeten.

—., TM .Altitudes minimum et maxi- Amplitudes en lameau 1.moismum de la limite inférieure 1929/30 1930/31 m.m.m.

1930 Octobre780—228019301500 Novembre570—1120900550 Décembre440—13501430910 1931 Janvier440— 870750430 Février440— 4402800 Mars440— 590910150 Tableau I,, .Altitudes minimum et maxiAmplitudes en ( suite).mum de la limite inférieure 1929/301930/31 m.m.m.

1931 Avri1440— 990790550 Mai980—18701020890 Juin1870—214090270 Juillet1690—2310700620 Août2100—2340440240 Septembre620—2320440700 Le niveau le plus élevé a été 2340 m. à fin août 1931; il avait atteint 2360 m. en 1930, à la même époque.

D' autre part, M. Oechslin a noté les limites du névé suivantes:

Alpes uranaises. Limite du névé à la fin d' août 1931. TableauI1- LocanteExposition Limit, du névé m.m.

Schlossberg NNE234040 Jakobiger N23100 Grosse Windgälle... N231060 » »... S238030 Dûssistock W245070 Bristenstock E224040 » N228020 » S2470110 Salbitschyn NE247040 Spitzberge SSE231060 » N228030 Silberberg-Susten... E2220130 Moosstock S231030 Gurtschenstock N228050 C' est un abaissement moyen de 45 mètres par rapport à 1930.

( Oechslin. ) M. Oechslin, résumant ses observations, nous donne le tableau suivant des limites moyennes du névé en altitude, dès 1921:

Altitudes moyennes de la limite du névé, en mètres:

Tableau III.. ,Altitudes de. ,Altitudes de Anneesla limiteAnneesla limite m.m.

1921.. .25001927. ..2210 1922.. .23901928. ..2460 1923.. .24601929. ..2510 1924.. .21451930. ..2380 1925.. .22951931. ..2360 1926.. .2230 1921—1931 ( 11 ans )... Moyenne 2360 m.

( Oechslin. ) Dans le canton de Glaris, notre fidèle collaborateur M. R. Streiff-Becker a trouvé la vieille neige à partir de 2200 m. au flanc nord du Schilt; les pentes sud étaient en revanche complètement à nu jusqu' au sommet. Le 1er août, il notait les limites du névé suivantes: Biferten 2650 m., Sandfirn 2700 m. L' été froid et mouillé maintint ces altitudes jusqu' au réenneigement hivernal.Streif(-Becker. ) Dans le vallon de Gletsch, le 10 septembre, j' ai noté: 1° un fort reste de l' avalanche de la Maienwang, pontant solidement le Rhône au-dessus d' In den Lammen; 2° à gauche du Rhône sur le Gletscherboden trois restes notables de la grande avalanche du Längisgrat; 3° le Muttbach ponté sur une longue distance en aval de la route de la Furka; 4° une nappe épaisse et vaste de neige s' appuyant au talus du chemin de fer, et même le débordant, depuis la sortie ouest du tunnel à la halte du chemin de fer. Cette nappe remontait assez haut vers le Gratschlucht. C' était un reste d' avalanche, car le vallon n' était pas, comme certaines années, constellé de flaques de neige ancienne.

( Mercanton. ) Dans le Langgraben des Twingi de Binn, un cône d' avalanche persistait à la fin de l' été encore.Imhof. ) M. Boris Roubakine a fait, dès le printemps, dans les Alpes valaisannes des observations dont j' extrais ce qui suit: l' enneigement était inférieur à celui de 1930 dans la région de Saas-Fee. Du 4 au 8 août, les limites du névé étaient Glacier de Findelen3050 m.

» » Adler3100 m.

» » Stock3050 m.

» » Ferpècle3000 m.

Suisse occidentale. Le 28 août, deux restes d' avalanches pontaient la Lizerne ( région du Pas de Cheville ), vers 1000 m. d' altitude; l' un d' eux s' allongeait sur une soixantaine de mètres.Roubakine. ) Le 19 octobre 1931, un petit reste d' avalanche se voyait encore dans le lit de l' Eau d' Orny, en amont de la source. Quelques flaques de vieille neige persistaient sous le Châtelet, d' autres sous les Chevrettes, entre les Echelets et la Cabane d' Orny. Le névé de la Jonction s' est reconstitué par-dessus le ruisseau; sa surface atteignait environ le quart de l' extension maximum constatée à ce jour. Il y avait un peu de neige dans la « tine » et sous la cabane. A la tête amont du lac un névé s' étendait encore, mais pas jusqu' à l' eau. Il n' y avait presque rien dans le creux des grandes moraines, non plus que sur le lobe, voisin, du glacier. Celui-ci ne laissait apercevoir que ses plus grandes crevasses et la marche y était des plus sûres. La crevasse du col était invisible et solidement pontée.

Les abords même de la cabane Dupuis manifestent l' accentuation persistante du soufflage éolien; au col, dans les parages du nivomètre, la déflation a encore agrandi l' espace entre roc et glacier. Le 19 octobre, le talus de débris que le nivomètre domine, à l' est, était d' autre part complètement à nu et l' échelle surplombait le glacier de haut toujours.

L' isthme de névé séparant la soufflure sous la cabane de celle de la Tour s' est échancrée encore davantage, de sorte que pour monter au refuge il fallait grimper plus qu' en 1930.

La soufflure de la Tour avait, le 19 octobre 1931, 25,s m. de largeur, soit 1,2 m. de moins qu' en 1930, jour pour jour; sa profondeur, 9 m ., n' avait pas changé. En revanche, la soufflure de la cabane s' est élargie encore. Sur l' alignement balise-repère, elle avait 67 m. de largeur horizontale, soit 13 m. de plus que l' année dernière; sa paroi, quasi verticale, montrait une coupe du névé compliquée mais fort instructive. On ne rencontrait pas de crevasse en allant au totalisateur, dont le rocher est encore très déchaussé.

( Mercanlon. ) Le 9 octobre, le Dr Gaschen a trouvé l' enneigement des Diablerets très fort; des névés persistaient Entre la Reille et sur la Tête au Chamois. Dans la chaîne du Chaussy, à la Paraz, on voyait encore des taches de vieille neige.Gaschen. )

B. Relevés nivométriques.

L' avion, entré brillamment au service de la nivométrie en 1930 — son emploi glaciologique par nous date de plus loin ( voir Rapport pour 1921entre les mains du célèbre Udet ( voir Rapport pour 1930 ) a continué de rendre des services signalés. Udet atterrissait auprès des installations de mesure; cette pratique hardie n' est malheureusement pas usuelle encore; souhaitons qu' avec le progrès du vol à voile elle le devienne. Pour l' heure on s' en tient au simple survol des régions englaciées, mais il m' a semblé qu' un avion de chasse, bien en mains d' un pilote prudent mais courageux, emmenant un photographe expérimenté, pourrait rapporter des données nivométriques essentielles. Il doit permettre notamment de prendre, des balises et surtout des nivomètres, des images utilisables pour mesurer l' en. Dans la saison défavorable surtout, ceci procurerait des facilités et une économie de temps, d' argent et de risques incontestables.

Grâce à la complaisance de l' aviation militaire et au cran du regretté premier-lieutenant Robert Favre, qu' un accident de vol devait, hélas! nous arracher bientôt, j' ai pu tenter et réussir l' expérience le 12 mai 1931 au matin. A bord d' un Potez de chasse, nous avons franchi quatre fois le col d' Orny en « rase-mottes » et j' ai photographié tant bien que mal le nivomètre sur son rocher. Le résultat a été satisfaisant; il a permis de fixer au mètre près l' enneigement printanier ( et à peu près maximum ) de l' échelle. La confrontation des photographies obtenues en vol avec celles faites à terre antérieurement, grâce aux linéaments reconnaissables de la paroi rocheuse, a levé toute incertitude.

Il faut convenir néanmoins que les nivomètres actuels, avec leurs traits et numéros dimensionnés pour l' observation pédestre rapprochée, se prêtent mal à l' aérophotographie. Ils forcent à passer trop près, augmentant les risques du vol, et, à cause de la très grande vitesse, le flou de la photographie. Il faudra désormais donner aux échelles le type en damier noir et blanc des mires parlantes. Cela ne sera pas souvent facile à faire et coûtera cher, mais la dépense sera tôt compensée par le profit scientifique. Pour les balises, la difficulté est plus grande encore, vu leur faible diamètre; il me paraît cependant que le mode, usité par notre Service topographique fédéral, des tiges de signaux cylindriques peintes en demi-mètres blancs et noirs alternés pourrait être essayé avantageusement ( le dernier article, supérieur, serait noir, bien entendu ). En janvier 1931, M. Eggenberger, de Zurich, a tenté la photographie en vol de la balise des Clarides, sans succès malheureusement.

J' ai fait, le 3 octobre 1931, avec le pilote Salvisberg, une nouvelle prise de vues au nivomètre d' Orny et j' ai pu en vérifier le résultat, à pied, quelques semaines après.

Ensemble d' Orny. La campagne annuelle de 1931 a été faite, du 17 au 19 octobre, par le rapporteur avec le concours, chaque année plus précieux, de MM. Roux, de Gautard père et fils et de Mlle Alice Morel, nos fidèles collaborateurs de la région veveysanne. M. André, juriste stagiaire, et Léon Farquet, gardien de la cabane Dupuis, y participaient aussi.

Nivomètre. L' enneigement maximum printanier a été mesuré sur les aérophotographies du 12 mai, l' enneigement minimum sur celles du 3 octobre et par observation directe, le 18. Voici maintenant, dans la forme accoutumée, lectures et bilans:

Nivomètre du Col d' Orny ( 3100 m. ). Tableau IV.2 degrés valent 1 m. ) Degrés Epoques192919301931 12 V II 6 VIIX — 8 VII—VIII17 VII— X26 VIIVV 29 IX—XX3 XXVIII ) 19 XVili — XX Minimum absolu de 1930 ( X ): —Vili; maximum absolu de 1931 ( V ): — II; minimum absolu de 1931 ( X ): —XX.

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMètresEtéMitresAutomne Métrés 1927—1928 > 41928 >11>51928 - 7,B 1928—1929 > 51929 > 61929 — 1 1929—1930 > 71930 > 11930 + 6 1930—1931 > 31931 > 91931 — 6 Les chiffres romains sont des divisions fictives correspondant aux mesures prises par les photographies du nivomètre. Ils peuvent être considérés cependant comme corrects pour autant que le désenneigement excessif des lieux n' a pas ôté toute signification à ces notations quantitatives, car le nivomètre appartient actuellement encore au dissipateur du glacier d' Orny. VIII18 Balise et sondages. Le 26 juillet, la balise de 1930 émergeait de 236 cm ., la précédente de 51 cm. ( Farquet ). Le 18 octobre, celle-ci s' apercevait tout juste à ras névé, l' autre ne saillait plus que de 183 cm. Le gain d' enneigement a été du 19 octobre 1930 au 18 octobre 1931 de 1,3S m ., d' où il conviendrait, pour avoir l' étiage, de déduire la couche de neige fraîche automnale, soit 0,45 m ., ce qui porte le résidu annuel d' étiage à étiage à 0,9 m.

Le théodolite, place sur le bloc-repère de la cabane, a situé la balise à 188,0 m. de distance et son pied, le 18 octobre 1931 à 13,7 m. sous le repère. Ce qui place le niveau d' étiage à 14,2 m. au-dessous environ.

Le « perce-neige » de Church n' a pas ramené l' ocre jaune distribué en 1930 au pied de la balise. Après avoir traverse environ 0,5 m. de neige fraîche, puis des couches dures à 0,8 et l,0 m ., la sonde s' est arrêtée, suivant les endroits, à l,0 et 1,! m ., voire 1,4 m. Un sondage arrêté à 103 cm. a fourni un échantillon de densité égale à 0,75, valeur exceptionnellement élevée, mais certaine.

Totalisateur. Un contrôle, avec prélèvement d' échantillon, a été fait par Farquet, le 26 juillet. L' évacuation annuelle a été marquée par deux incidents qui ont quelque peu compromis l' habituelle exactitude de nos mensurations: un choc a fait perdre quelque demi-litre du liquide et, d' autre part, le soutirage n' ayant pu être pratiqué, l' évacuation a eu lieu par le haut après prélèvement d' un échantillon et mesures à la sonde métrique. A cette occasion, nous avons pu vérifier qu' une telle mesure prise à partir du fond offre la même exactitude que les pénibles et longues opérations faites à partir de la gueule du mougin. Il conviendrait donc de conformer dorénavant le fond du récipient de manière qu' on puisse pratiquer à coup sûr cette mesure ascendante. Ceci dit, voici les résultats, accompagnés des chiffres d' Orsières, que M. Tiercy, directeur de l' Observatoire de Genève, veut bien me communiquer chaque O l' I ri /in EpoquesCol d' Orny ( 3150Orsières ( 980 ) 19 X 1930—26 XII 1931354 cm.54,5 cm.

26 VII 1931—18 X 1931 40 cm.21 cm.

19 X 1930—18 X 1931394 cm.75,5 cm.

C' est pour 365 jours une couche d' eau de 395 cm ., soit 96 cm. de plus que la hauteur moyenne des huit dernières années.

Glacier d' Orny. Du 19 octobre 1930 au 17 octobre 1931, dans les azimuts usuels, le front a subi les variations suivantes:

I + 4 m.; II — 10 m.; III + 6 m.; IV + 5,6 m.

C' est une crue, mesurée, de 2,5 m. en moyenne; elle a probablement été plus forte, le recul du point II semblant être tout local. Un cryocinémètre resté, toute la nuit du 18 au 19 octobre, ancré très solidement dans la glace devant III, au même endroit que l' année précédente, a indiqué 3,9 cm./j ., vitesse identique à celle de 1930.

Ensemble nivometri que des Diablerets. M. Ernest Reber, guide, l' a surveillé tout l' été. La campagne automnale a été faite le 9 octobre 1931 par M. Gaschen et lui.

Nivomètre. Le tableau V en

donne lectures et bilans:

Nivomètre des Diablerets ( 3030 m. ).

( 2 degrés valent 1 m. ) Tableau V.

Degrés Epoques 1929 1930 1931 14 VI

>91 ( enfoui )

20 VI 91 91 — 27 VI91

5 VII

85 84 88

10 VII

— 83 88

21 VII

80 82 87

27 VII

— 82 86

2 Vili

76 81 86

6 Vili

80 85

14 Vili

74 81 84

20 Vili

83

25 Vili

72 79 84

30 Vili

71 78 84

3 IX

69 76 85

15 IX

67 74 86

2 X

65 75 85

11 X

84

21 X

— 76 — Minimum absolu de 1930 ( IX ):

74; maximum absolu

de 1931 ( VI ): >

minimum absolu de; 1931 ( VIII ):

83 Accumulation Dissipation Résidu annuel Hiver Mètres Eté Mètres Automne Mètres 1927—1928

1928 > 10

1928 — 6 1928—1929

> 10

1929 > 13

1929 — 3 1929—1930

> 13

1930 > 8,6

1930 + 4,,

1930—1931

> 8,5

1931 > 4

1931 + 4,,

Balise. Elle est restée presque constamment enfouie. M. Reber n' en a vu émerger que 5 cm ., le 20 août; le lendemain déjà elle disparaissait définitivement sous la neige fraîche. Le résidu annuel s' élève ainsi à près de 2,2 m ., comme en témoigne le tableau VI.

Tableau VI.

Accumulation Hiver Mètres 1927—1928

> 3,4

1928—1929

>3,6

1929—1930

>3,4

1930—1931

>2,2

Dissipation EtéMètres 19286,0 19295,s 19302n 19310,05 Résidu annuel Automne Mètres 19282,6 19291)9 19301,3 19312>15 Un kg. d' ocre jaune a été étalé au pied de la balise en direction NS.

Une nouvelle balise, longue de 455 cm ., a été érigée le 9 octobre, tant bien que mal à la place de la perche enfouie. Elle émergeait de 400 cm. On a répandu 1 kg. d' ocre jaune à son pied en direction NS.

Totalisateur. Un prélèvement du 14 VI avait la densité 1,1056; un autre, le 9 X, avait 1,0786. De ces densités, des sondages cathétométriques et des pesées automnales on a déduit les valeurs suivantes de la précipitation ( celles de Diablerets-Village complètent le tableau ):

TsanfleuronDiablerets-Village EpOqUeS2870 m.1170 m. ) 25 IX 1930—14 VI 1931 131,5 cm.121,s cm.

14 VI 1931— 9 X 1931 72 cm.62 cm.

25 IX 1930— 9 X 1931 203,6 cm.183,s cm.

Comme il n' est guère tombé d' eau dans la région depuis le 25 septembre, 11 convient de prendre cette hauteur totale de 203,5 cm. pour l' année nivométrique 1930/1931.

Nivomètre de 1 Eiger. Comme d' habitude, la Compagnie du chemin de fer de la Jungfrau en a assumé le soin avec une régularité exemplaire et qui fait grand honneur à son personnel, ainsi qu' à l' intérêt scientifique toujours en éveil de son directeur, M. Liechti. Le tableau VII donne lectures et bilans.

Nivomètre de VEiger ( 3100 m. ).

Tableau VII.2 degrés valent 1 m. ) DegrésDegrés Epoques192919301931 Epoques192919301931 9 1324614 VIII72026 24 I46385426 VIII41630 12 II3860 3 IX61021 II40396011 IX830 13 III32466028 IX191628 25 III4812 X192626 8 IV404820 X152624 15 V384242 7 XI103427 15 VI35243621 XI63627 24 VI33203310 XII164028 15 VII16182822 XII203828 30 VII121624 Minimum absolu de 1930 ( IX ): 8; maximum absolu de 1931 ( III ): >60; minimum absolu de 1931 ( X ): 24.

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMètresEtéMètresAutomne Mètres 1927—192814192826192812 1928—1929231929211929f 2 1929—1930221930201930f 2 1930—19312619311819318 Balises du Jungfraufirn. Le personnel de la station du Col a continué ses lectures de l' enneigement aux balises érigées sur le Jungfraufirn, sous les fenêtres de la station. Le tableau VIII donne pour la balise supérieure lectures et bilans. Je les emprunte, comme d' autres résultats qui vont suivre, au précieux rapport dans lequel M. Billwiller consigne chaque année les expériences de la Commission glaciologique zurichoise 1 ).

Balises du Jungfraufirn ( 3330 m. environ ). Enneigement en mètres depuis le 3 octobre 1930.

Tableau Vili.

Epoques Balise supérieure Balise inférieure 1930 15 X 0,6 0„5 7 XI 1,6 2,, 1931 15 I 2,o 30 I 1,4 3,4 6 II I.B 21 II 2,5 4,o 7 III

2„

4,85 20 III 2.8 4,9 12 IV 2,5 4,B 5 V

>5,0

Epoques 1931 5 VI 22 VI 10 VII 24 VII 7 Vili 22 Vili 14 IX 27 IX 6 X Balise Balise supérieure inférieure 3,15

>5,0

2,t 4,i 2,45 1,0 2,5 4,, 2,5

3„

3„

4„

*5 » 9

>5,o

>5,0

3,,

>5,0

Clarides. Le réenneigement actif de l' hiver menaçant d' enfouir les balises, M. S. Eggenberger s' y est rendu à skis le 7 janvier et il a prolongé la balise supérieure cassée. Il a constaté à cette occasion à quel point le balayage par le vent contrariait l' enneigement en cet endroit. La campagne automnale a été faite par M. Streiff-Becker, qui retrouva à 2,t m. sous la surface l' ocre de la balise inférieure. Il put repérer l' emplacement exact de la balise supérieure, d' où il ressort que depuis l' automne de 1927, celle-ci a dérivé de 57,5 m. ( 14,4 m. par an ) dans l' azimut N 65 ° E.

Le mougin du Geissbützistock a emmagasiné, du 26 IX 1930 au 15 IX 1931, 379 cm. d' eau, soit 391 cm. par an. Dans le même temps, Auen-Linthal recevait 173 cm. ( 178 cm. par an ).

Balises des Clarides. Enneigement en mètres depuis le 26 septembre 1930.

Tableau IX. EpQques 1930 28 XII 1931 6 I 5 IV 12 IV 20 VI 8 VII 1 VIII 16 IX BaliseBalise supérieureinférieure ( 2910 m.2708 m. ) 2,93,^ 2,93,2 5,55,7 enfouie 5,455,74,35,7 » 3,73,7 3,452,8 3,862,2 Silvretta. La balise supérieure n' a pas été revue depuis l' automne de 1930. Le contrôle de 1931 a été fait le 26 IX par M. P. Welti, MUe H. Welti et le guide A. Michaud, qui surveille les balises durant l' été.

Tableau X.

Balise du Silvrelta. Enneigement en mètres depuis X.

le 30 septembre 1931.

Balise Balise Epoques inférieure Epoques inférieure ( 2760 m. ) ( 2760 m. ) 1930 28 XII 1.« 1931 31 VII 0.95 1931 13 II 2,9 10 IX 1,0 29 III 3,25 26 IX 1»25 20 V 3,« Des modifications de l' enneigement au col du Silvretta empêchaient naguère encore de renouveler les visées qui situaient la balise supérieure en 1916. M. Welti a réussi à les refaire, constatant ainsi que la balise a marché à la vitesse de 3,5 m. par an vers Klosters. Il a posé une balise neuve sur l' emplacement même de 1913.

Le mougin de l' Eckhorn a reçu du 30 IX 1930 au 27 IX 1931 165 cm. d' eau, soit 166 cm. par an; à Klosters, on a eu 159 et 160.

Paisenn et Weissfluh. Le Skiclub de Davos a continué à surveiller ses deux balises. Celle de la cabane Parsenn ( 2280 m .) a marqué le 3 mars un enneigement maximum de 2,4 m.A la Weissfluh ( 2740 m .) il a atteint 3,2 m. le 14 mars.

Säntis et Gothard. D' après l' Institut fédéral de Météorologie, l' enneige du Gothard ( 2100 m .) a débuté le 23 X 1930 et a atteint son maximum le 13 III par 2,4 m. Le désenneigement a été total le 4 juin.

Au Säntis ( 2500 m .), la neige a persisté du 22 octobre 1930 au 10 juin 1931; son épaisseur maximum a été de 5,0 m. le 13 mars.

Totalisateurs du Mattmark. Les neuf mougins entretenus dans le bassin du Mattmark pour la Commission des glaciers par les soins du Dr Lütschg ont mesuré des précipitations inférieures à celles de 1930. Leurs hauteurs vont de 69 à 270 cm. /an; elles ne croissent ni constamment ni régulièrement avec l' altitude.

Conclusions. En résumé, l' enneigement de 1931 a été fortement progressif tant en raison de l' hiver prolongé que d' un été nettement défavorable à la fonte des neiges.P.L. M.

Chronique des glaciers suisses en 1931.

En raison du mauvais temps, les contrôles de 1931 n' ont pu porter que sur 92 glaciers. Les données émanent en majeure partie de nos agents forestiers; le reste nous vient de membres et de collaborateurs de la Commission des glaciers de la Société Helvétique des sciences naturelles. Ce sont MM. Guex ( Trient ), Imhof ( Binn ), Campiche ( Rosenlaui ), Vogt ( Bregaglia ), Maag ( Findelen ), Renaud ( Zmutt ), enfin MM. Lütschg, Mercanton, Oechslin de la dite Commission. La Compagnie des Forces motrices de l' Oberhasli a continué, sous l' impulsion résolue de son Directeur M. Käch, les mensurations détaillées de l' Unteraar. Enfin le chroniqueur, obligeamment accueilli à bord de ses machines par l' Aviation militaire suisse, a pu constituer nombre de documents photographiques, ici reproduits en partie. Grâce à ces divers concours il peut donner, une fois de plus, un tableau satisfaisant des variations glaciaires de nos Alpes en 1931.Que tous en soient remerciés ici.

Voici maintenant, dans leur forme habituelle, les résultats de ces contrôles:

I. Bassin du Rhône.

En outre sont:

Stationnaires: Lendarrey, Valsorey.

En décrue: Kessjen ( 10 m. en 3 ans ).

La langue terminale du glacier du Rhône a été victime d' un amaigrissement considérable. Son pourtour a reculé partout et ce reculatteint 16 m. enmoyenne au front même. Il a été particulièrement fort pour le lobe droit. La largeur du glacier sur le profil bleu a passé de 181 m. en automne 1930 à 162 m. seulement en automne 1931. Le portail a encore perdu de son ampleur et maintenant ses piédroits reposent complètement sur le lit rocheux inférieur, incliné, de la cataracte.

Le levé sommaire du front effectué le 12 septembre par le chroniqueur avec M. Luc Bischoff a fourni les données ci-après:

Aire couverte en aval du profil bleu3680 m2 Largeur sur le dit profilm.

Variation d' aire totale en 19311960 m2 Aire sans le portai12800 m2 Ordonnée moyenne de l' aire totale 23 m.

Deux cryocinémètres, ancrés, le 12 septembre, au lobe gauche à quelque 6 et 16 m. du Rhône ont mesuré respectivement des vitesses frontales de 4,2 et 4,8 cm./j ., soit 4,b cm.jj. en moyenne, valeur identique à celle obtenue en septembre 1930 dans les mêmes parages. Le lendemain, un instrument placé, à 10 m. du torrent, devant le lobe droit y mesurait 5,9 cm./j. C' est à peu près la vitesse déterminée là en automne 1929 ( 6,6 cm./j .); la valeur moyenne 15,0 cm./j. trouvée en 1930 en ce point trahissait donc bien l' anomalie locale et temporaire du mouvement frontal que nous présumions. Les éboulements de glace continuent sous le Belvédère, au bord gauche de la langue. Au Belvédère même, l' affaissement et le crevassement bordiers du glacier étaient très grands; il a fallu recreuser plusieurs fois la grotte. Remarquons qu' en dépit de sa situation très marginale la glace y est toujours très exempte de souillures rocheuses. Le 10 septembre 1931, le glacier était à 17,0 m. au droit du repère plombé; en 1930, il en était à 16,6 m. L' écart est insignifiant.

Le 13 IX 1931, au moyen d' un théodolite campé sur la moraine dominant le péage de la grotte, au Belvédère, nous avons visé des aiguilles de la cataracte, dont les distances ont été mesurées approximativement avec un télémètre Leitz. L' expérience, prolongée pendant quelque trois heures, a indiqué les composantes de vitesse horizontale et perpendiculaire aux lignes de visée consignées ci-dessous ( ces déplacements étaient presque ceux du cours du glacier ): AiguilleDistance m.Vitesse m.Jj.

11100,4 II1250,9 III1500,8 IV4300>7 II s' agissait d' aiguilles avoisinant la grande cassure de la cataracte par le travers du Belvédère.Mercanton. ) 1931 sera mémorable dans l' histoire des « Mensurations au glacier du Rhône »: une étroite collaboration entre la Commission suisse des Glaciers et l' Institut géophysique universitaire de Göttingen, où le Dr Mothes a rendu efficace, sous la direction du professeur Dr Angenheister, le procédé de sondage séismométrique dont j' ai signal& les premiers résultats dans ces Rapports, ( cf. Rapports 1926 et 1928 ) a permis de déterminer l' épaisseur du glacier dans sa partie moyenne, entre les profils jaune et rouge et un peu au-dessus. Tandis que MM. F. Gehrcke et K. Müller, et le mécanicien Riehm, venus de Göttingen avec leurs appareils, pratiquaient les sondages, MM. W. Jost et Oechslin, aides de MM. Moor et Schneider, gymnasiens à Berne, faisaient les opérations géodésiques nécessaires. Rappelons ici l' essentiel de la méthode: un séismographe ultrasensible, amplifiant 25 à 30,000 fois, enregistre photographiquement les secousses causées dans le glacier par la déflagration d' une charge explosive. On choisit la place de l' explosion de manière que l' instru inscrive coup sur coup et nettement les arrivées, successives, de l' onde séismique directe et de I' ébranlement réfléchi par le lit, rocheux, du glacier. Connaissant la vitesse de propagation de l' onde et l' intervalle de temps qui sépare les deux inscriptions, on en déduit l' épaisseur verticale traversée ( deux fois ) par l' onde réfléchie. La rupture par l' explosion d' un circuit électrique donne en outre l' instant de celle-ci. Il va sans dire que les causes d' incertitude sont multiples: crevassement, inclinaison et aspérités du lit, influence des bords du glacier, etc. Cela complique et allonge la besogne, sans parler du mauvais temps de l' été 1931 qui a mis l' énergie et la patience de nos collègues à rude épreuve. Le résultat est des plus propres à les dédommager: en moins d' un mois ils ont pratiqué quelque 128 déterminations concordantes des profondeurs cherchées, sur 7 profils longitudinaux parallèles et un transversal ( profil jaune ). L' épaisseur a varié de 115 à 237 m. selon les parages. Les valeurs trouvées sont en bonne concordance avec les formes assez mouvementées de la surface glaciaire libre. Elles accusent notamment l' épaississe, prévu, du glacier sous les rapides du profil Inférieur du Grand-Névé. Un mémoire détaillé sera publié par la Commission.

Dans la vallée de Binn, le front du glacier de Turben s' est rapproché de 7 m. du glacier de Mittlenberg. Le régime de ce dernier est douteux; une partie de son front semble avoir avancé, le reste reculé. Je le donne, provisoirement, comme stationnaire.

MM. A. Renaud et P. Javet ont trouvé, le 16 octobre, le Zmutt stationnaire; le cryocinémètre n' a décelé à son portail qu' un mouvement de 0n cm.rj ., insignifiant.

M. Renaud, avec l' appui de la Commission des glaciers, a poursuivi son étude des dolines du Gorner. Secondé cette fois par M. J. Rochat, ing.chim ., il a fait, du 12 au 14 VI, c'est-à-dire au début du grand désenneigement, et dans les conditions de parcours ardues que l'on devine, la reconnaissance de ces énigmatiques formations. Il en a dénombré 21, sans prétendre d' ailleurs les avoir toutes explorées. Neuf contenaient de l' eau. La plus grande, entre le Riffelhorn et le glacier Inférieur du Théodule, avait un diamètre de 90 m.

En remontant le glacier, M. Renaud a fait, en face de Gadmen, une constatation des plus intéressantes: il y avait là un ensemble de dépressions, larges de 20 à 40 m ., à bords très inclinés, hauts de 10 à 20 m.; elles formaient autant de poches renfermant de l' eau. M. Renaud rattache leur présence à celles des rapides glaciaires d' amont: les dislocations de la glace en seraient la cause initiale; la stagnation des eaux de fonte produirait leur élargissement. La suite des recherches dira — souhaitons-le — si les dolines du Gorner ont leur principe générateur dans un tel concours de circonstances. ( Renaud. ) II. Bassin de l' Aar.

Tableau I. Variations, en mètres, en Glaciers192919301931 Oberaar134,6 Unteraar - 121413 Rosenlaui — 13918 Grindelwald Supérieur... 9,5 — 4119 Grindelwald Inférieur, front78,65 » », gorgeEiger — 1140 Stein — 420 Blümlisalp — 507 Schwarz — 402,5 Tsanfleuron — 48240 Gamchi — 315 RMzli — 1947 En outre sont:

en crue: Renfen, stationnaire: Thierberg, en décrues: Trift, Gauli, Wildhorn3,6 m. ).

Voici le résumé des précieuses mensurations faites aux deux glaciers de l' Aar par les ingénieurs des Forces motrices de l' Oberhasli, que M. Käch nous communique libéralement. Nous lui en savons grand gré, car le travail de contrôle effectué depuis des années à l' Unteraar est à l' heure actuelle le plus important qui se fasse sur un glacier suisse.

L' Oberaar a reculé de 4,6 m. en 1931, dénudant 1840 m2 de terrain. Dans son recul moyen de 13, x m ., le front de l' Unteraar a cédé 7420 m2 et perdu 223,000 m3. Quand nous l' avons visité, le 14 septembre 1931, amenés gracieusement — en bateau — par les ingénieurs des F. M.: MM. Vœgeli et Flotron, le front n' était que talus et effondrements sous l' épais revêtement morainique qui le coiffe. Près du portail on pouvait pénétrer dans un ancien tunnel de l' Aar. Le grain y était énorme; il atteignait volontiers la grosseur des deux poings réunis.

Le lac de la Grimsel était à une centaine de mètres du glacier, près de submerger le « Refuge vaudois », qui nous abrita dans tant de campagnes antérieures. L' aspect de la vallée, depuis qu' elle est sous l' eau, avec son glacier au fond, est tout polaire. Quand le lac, en entamant le front glaciaire, y aura taillé des falaises, et provoquera la formation d' isbergs, l' Unteraar n' aura plus guère à envier aux fjords du Groenland. Il sera très intéressant de constater si le lac rongera le glacier et le raccourcira ou si celui-ci, allégé par la poussée hydrostatique, s' allongera.

Le cryocinémètre installé, à l' accoutumée, au droit du Refuge vaudois, n' a décelé qu' une vitesse frontale de 0,3 cm./j ., insignifiante.

Le tableau XIII montre les changements de niveau et de vitesse superficielle moyenne des quatre profils usuels et de celui, plus récemment établi, du Grunerhorn, sur l' affluent du Finsteraar; le profil du Wildläger, sur le Lauteraar, n' a pu être levé cette année à cause de son enneigement.

Glacier d' Unteraar. Mensurations de la Compagnie des Forces motrices de l' Oberhasli.

Tableau XIII. Variations du niveauVitesses superficielles .moyen, en m./anmoyennes, en m./an des profils1928/29 7929/30 1930/311928/29 7929/30 1930/31 Finsteraar, Grunerhorn: 2602 m.1,j1,746(044,644,3 Mieselen: 2420 m.1,3 -1,51.j.37,236,437,08 Pavillon Doli fus: 2290 m.2,3 -0,1,0534,033,033,86 Brandlamm, Supérieur: 2130 m.2,36 -0,9S1,3517J516,217,!

Brandlamm, Inférieur: 2020 m.1,18 —1,21,96>05,45,75 Comme on le voit par l' abaissement de tous ses profils, l' Unteraar est en décrue accentuée.Notons toutefois une accélération légère, mais indubitable, de son mouvement sur tous les profils aussi; il pourrait se traduire bientôt par un ralentissement du recul frontal. Quoi qu' il en soit, d' après les K. O., les volumes de glace dissipées en 1930/1931 d' un profil à l' autre ont été:

Du front au profil Brandlamm Inférieur 726,000 m3 Du profil Brandlamm Inférieur au Brandlamm Supérieur.. 1,786,000 m3 Du Brandlamm Supérieur au Pavillon Dollfus2,647,000 m3 Du Pavillon Dollfus au Mieselen3,230,000 m3 Au total 8,389,000 m3 £,4 millions de mètres cubes. C' est 2 millions de moins qu' en 1929/1930; l' été piteux l' explique.

Sur l' affluent du Finsteraar, entre les profils du Mieselen et du Grunerhorn, la dissipation calculée a été de 3,960,000 m3. Notons encore que sur le profil du Grunerhorn il n' y a pas eu accélération, mais ralentissement, très faible d' ailleurs, du mouvement.Kraftwerke Oberhasli. ) Recul du Rosenlaui très prononcé, tant du front que des flancs, et amaigrissement général. Le retrait a atteint 38 m. en un point du pourtour. Gauli et Trift sont en décrue aussi; le Thierberg est stationnaire. Seul le Renfen a cru légèrement.Campiche. ) Au glacier Supérieur du Grindelwald, le retrait est considérable, surtout à droite. La tête rocheuse, de ce côté, se dénude toujours davantage et le liséré frontal s' amincit constamment.

Le glacier Inférieur a peu changé. Son lobe gauche a cédé un peu de terrain; en revanche, il y a eu légère avance du lobe droit et aussi du front de rupture central, dont les éboulis ont un peu envahi la gorge.

Léger progrès du front de l' Eiger en son milieu. ( R. Schwamberger. ) La langue du Rätzli s' est beaucoup amincie; elle s' est rétrécie du côté Thierberg surtout. Le rocher émergé en 1929 pointe davantage. Au glacier du Wildhorn, à fin septembre, un éboulement de glace notable s' est produit sur le flanc droit.Schwartz. ) LU. Bassin de la Reuss.

Tableau V. Variations, en mètres, en Glaciers192919301931 Firnälpli E24Griess1281 Kartige1114,69,5 Wallenbühl ( Voralp ) ...111716,6 Kehlefirn17107,5 Schlossberg1152,5 Haß24,6 Brunni480 Schiessbach2214 Damma2518,511 St-Anna2,544 Tiefen10,51,,3,5 IV. Bassin de la Llnth.

Sulz05,50 Clarides — 3713,5 Biferten — 2800 Les mensurations des glaciers de la Reuss ont été faites de fin août à fin septembre, avec la conscience et la précision qu' on lui connaît, par le forestier cantonal d' Uri, notre collègue M. Oechslin et ses aides. Les observations glaronnaises émanent de M. l' Inspecteur cantonal Oertli, de M. O. Becker, son adjoint et de notre collaborateur M. Streiff-Becker.

Le Griess ( Unterschächen ) était mal désenneigé et attaqué à peine par l' ablation. M. Oechslin a commencé l' étude floristique de ses anciennes < moraines frontales afin de les dater si possible; c' est une initiative heureuse et recommandable pour ailleurs.

Une grosse avalanche recouvrait encore l' extrémité du Schlossberg, masquant le portail.

Dans sa profonde gorge l' Hüfi a reculé de 4,6 m. Toutefois son lobe frontal gauche, sur la terrasse dominant la gorge, a fait pendant la saison froide une poussée de quelque 15 mètres, édifiant une moraine, qu' il a d' ailleurs délaissée en été.

Le Brunni est, en moyenne, stationnaire, mais, constatation faite antérieurement déjà, sa nappe tend à abandonner la troupe rocheuse pour le vallon à sa gauche. La moitié droite du front a reculé de 7 m ., tandis que l' autre avançait d' autant.

Le Wallenbühl ( Voralp ) a avancé de 16,5 m. en moyenne et de 20 à 24 m. sur la droite de son front. Une grande avalanche gisait encore devant lui. Il en était de même devant le Schiessbach.

Le Damma, en retrait d' ailleurs, semble avoir édifié ce printemps le puissant rempart moraine qui le cerne. On remarque une telle moraine aussi à une quinzaine de m. devant le Kehlenalp.Oechslin. ) Aux Clarides, vers la cabane, la lisière du glacier s' est transformée au point d' en rendre les mensurations peu claires. On retrouve là des lambeaux de l' ancien front mieux dessinés. Le glacier ne se prête plus guère aux mesures. Il en est de même du Biferten, reculé dans des parages inaccessibles.

Le Sulz a cette particularité de s' alimenter essentiellement d' avalanches. A leur abondance tient tout son sort et celui-ci dépend du régime de la neige suivant qu' elle doit fondre sur place ou peut glisser vers la vallée.

( Oertli et Streiff-Beeker. ) V. Bassin du Rhin.

Tableau V. Variations, en mitres, en Glaciers1929 19301931 Sardona6,s5,54 Piz So14,615,53 Punteglas134,69 Ober-Segnes9,525,5 Vorab16192 Lavaz15,s3,53,s Tambo2042 Zapport1524~~ Porchabella7,512,513 Paradies171010 Scaletta6 Versiankla26,53,5 Lenta15 030,5 Tableau XV ( suite ).

Glaciers Morteratsch. Roseg... Jenatsch.. Lavin... Lischanna. Schwarzhorn Picquogl.. Tiatscha..

VI. Bassin de l' Inn.

Variations, en mètres, en 19291110,58712)528,560 1930 — 11 1931121217 0 - 1,5 Forno Pala VII. Bassin de l' Adda.

.... 14«715,5204,6 Albigna. Bondasca.

Cantone.

— 2514 Rossboden Muccia. Bresciana Basodino.

VIII :. Bassin du Tessin.

— 41 - 27,551 20,56 -9 - 15,5 10 - 11,, 12 Le tableau XVI récapitule les observations suisses de 1931. Tableau XVI.

Bassins Nombre de glaciers observés en crue stationnaires en décrue Rhône

38 8 4 25 Aar..

17 3 4 10 Reuss

11 5 1 5 Linlh..

4 13 4 1 2 0 2 0 1 1 11 3 Rhin

Inn

Adda

2 3 0 1 0 0 2 2 Tessin

Totaux.

92 20 12 60 % en 1931

22 8 12 12 66 80 % en 1930

Différences en %

+ 14

0 — 14 L' Obersegnes a beaucoup décru sur son bord oriental. Le front du Punteglas s' est aminci d' une façon impressionnante.

Tandis que nous devons à M. l' Inspecteur cantonal des forêts Enderlin et à son vaillant personnel les importantes observations grisonnes, celles du val Bregaglia émanent de notre collaborateur bénévole M. K. Vogt, de Lucerne, dont les lecteurs de cette chronique admireront la belle image du Cantone. Le Bresciana, en retrait accentué, s' amincit toujours.

( Scholl. ) Donc en 1931, de 100 glaciers des Alpes suisses, 22 étaient en crue, 12 étaient slationnaires, et 66 étaient en décrue.

L' hiver neigeux, l' été sombre de 1931 ont enrayé quelque peu la décrue si prevalente en 1930; ils l' ont changée en crue pour maints petits glaciers de site élevé.P.L. M.

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