Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses. 54e rapport, 1933

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Cinquante-quatrième Rapport — 1933.

Avertissement. Dès 1933, des nécessités rédactionnelles ont malheureusement forcé Les Alpes à restreindre un peu la place jusqu' ici dévolue à ces Rapports. Soucieux de maintenir aussi complète que possible la « chronique des glaciers », origine et raison d' être des dits rapports, l' auteur a fait porter son effort de concentration sur la partie « nivométrique » en la réduisant aux faits essentiels, nécessaires toutefois à la saine appréciation des variations glaciaires.La rédaction.

L' enneigement des Alpes suisses en 1933.

L' année nivométrique 1932/1933 a eu les caractères généraux suivants: octobre, novembre et décembre 1932 ont été trop chauds, décembre surtout, qui a eu une insolation excessive tandis que les deux mois précédents ont été trop sombres. Octobre a eu un gros excès de précipitations, décembre un déficit énorme.

Tandis que les deux premiers mois de 1933 étaient froids et sombres, mars et avril ont eu chaleur, soleil et sécheresse en excès. Mai, derechef sombre et froid, s' est signalé par un surplus d' eau météorique de 50 à 150 %. Juin, un peu plus sec pourtant, n' a pas été très différent de mai. Juillet, au contraire chaud et clair, a été suivi d' un des plus chauds, plus ensoleillés et plus secs mois d' août que la météorologie suisse ait notés. Septembre a été plutôt normal et le début d' octobre 1933 a été encore trop chaud. ( Brückmann. ) On n' a pas signalé d' avalanches importantes en 1933. Dans le pays de Glaris peu de coulées ont atteint le fond de la vallée et elles étaient minimes. ( Streiff-Becker. ) Dans le défilé des Twingi ( Binn ), le cône d' avalanche habituel a fondu entièrement. Il en a été ainsi « In den Lammen » en aval de Gletsch, de même que sur le Gletscherboden, en amont; en septembre il n' y avait plus, près de la halte Muttbach sous le Gratschlucht, que de misérables restes. Le petit glacier lui-même était désenneigé très haut. ( Mercanton. ) Voici maintenant quelques données numériques:

Suisse orientale. A la cabane Parsenn ( 2280 m .), l' enneigement maximum a atteint 2,1 m. ( 1932: 1,8 m .); à la Weissfluh ( 2740 m. ), 3,1 m. ( 1932: 2,75 m. ).

Les balises du Silvretta ( 2700 et 3013 m .) ont eu, vers le 21 mai, des enneigements respectifs de 3,0 et 3,1 m. depuis le 30 septembre 1932; le 26 septembre 1933, ce gain était encore de 0,9 et l,6 m. par rapport à 1932 1 ).

Au Säntis ( 2500 m .), l' enneigement maximum, 4,6 m ., à la mi-mai, a dépassé de l,2 m. celui de 1932 sans rejoindre pourtant celui de 1931, 5,0 m.

Suisse centrale. Aux Clarides, du 15 septembre 1932 au 13 juin 1933, l' enneigement maximum a dépassé 4,65 m. à la balise inférieure ( 2708 m .) et 5,0 m. à la supérieure ( 2910 m.).Billwiller. ) Au flanc nord du Brislenstock et au Belmeten, dont notre patient collègue M. M. Oechslin, forestier cantonal d' Uri, observe la couverture neigeuse au jour le jour, celle-ci était remontée à fin août à 2420 m ., soit 10 m. au-dessus de son maximum de 1932. Dans les Alpes uranaises, la limite moyenne du névé était à 2420 m. ( 2380 m. en 1932 ).

Le nivomètre de l' Eiger ( 3100 m .), dont M. le directeur Liechti et le personnel du chemin de fer de la Jungfrau continuent de prendre soin avec une ponctualité précieuse, a marqué un maximum de 42 degrés ( 52 en 1932 ) 1 ).

L' étiage a été atteint à la mi-septembre par 14 degrés ( 1932: 6 ). Voici les bilans des trois dernières années:

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMètresEtéMètresAutomne Mètres 1930—1931 > 261931 > 181931 + 8 1931—1932141932231932 — 9 1932—1933181933141933 + 4 Suisse occidentale. L' équipement nivométrique des Diablerets a été surveillé toute l' année par M. E. Reber, guide, et son fils André. Le nivomètre ( 3030 m .), dégagé dès le 15 juillet (: dès le 10 juillet ), a marqué l' étiage, 72 degrés, le 1er octobre; celui de 1932 avait été 74. Voici les bilans: AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMètresEtéMètresAutomne Mètres 1930—1931 > 8,5 1931 > 41931 + 4,5 1931—1932 > 41932 > 8,51932 — 4,5 1932—1933 > 8,5 1933 > 9,51933 — 1 La balise, encore enfouie le 3 juillet, marquait le 13 septembre un résidu d' accumulation de 1 m. La vidange du totalisateur n' a pu avoir lieu, malheureusement, que le 22 novembre. La précipitation a été:

TsantleuronDiablerets-Village Epoques2870 m.1170 m. ) 22 X 1932— 3 VII 1933 117 cm.62 cm.

3 VII 1933—22 XI 1933 53,5 cm.70 cm.

22 X 1932—22 XI 1933 170,5 cm.132 cm.

soit 160 et 122 cm. en 365 jours, un décimètre de plus qu' en 1932.

Les contrôles d' Orny ont joué de malheur en 1933: le totalisateur, qu' il avait fallu réparer en 1932, n' a pu être remis en fonction correcte au moment utile, puis la campagne usuelle d' automne n' a pu avoir lieu. Enfin, le nivomètre continue d' être fortement déchaussé. Néanmoins, grâce à la complaisance de l' Aviation militaire suisse et piloté successivement par MM. les offi- ciers Bompard, Champod, de Cocatrix et Veuillez, le rapporteur a pu survoler quatre fois la région, passant et repassant en « rase-mottes » ou plutôt en « rase-névé » devant le nivomètre. Les photographies du 20 mai et du 8 juillet ont fixé à — VII3,5 ) et — VIII4 m .) les niveaux successifs de la neige. Une malencontreuse avarie de châssis a anéanti les vues prises, dans des conditions excellentes, le 19 octobre, puis le mauvais temps a rendu, au cours d' une ultime tentative du 24 octobre, le glacier d' Orny inabordable.Voici pourtant les derniers bilans du nivomètre:

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMètresEtéMètresAutomne Mètres 1930—1931 > 31931 > 91931 — 6 1931—1932 > 31932 > 51932 — 2 1932—1933 > 819331933?

Conclusion. Les notables accumulations neigeuses du printemps n' ayant pu être intégralement dissipées par l' ablation, pourtant persistante, de l' été et de l' automne, l' enneigement des Alpes a été, en 1933, légèrement progressif.

Chronique des glaciers suisses en 1933.

Les contrôles de 1933 ont porté sur 98 glaciers. Les données émanent en majeure partie de nos agents forestiers; le reste nous vient de clubistes, membres et collaborateurs de la Commission des Glaciers de la Société Helvétique des Sciences naturelles. Ce sont MM. Guex ( Trient ), Imhof ( Binn ), Campiche ( Rosenlaui ), Vogt et Meisser ( Bregaglia ), Streiff-Becker ( Clarides ), A. Virieux, enfin MM. Lütschg, Mercanton, Oechslin de ladite Commission. La Compagnie des Forces motrices de l' Oberhasli a continué, sous l' im résolue de son directeur M. Kaech, les mensurations détaillées de l' Unteraar. Enfin le chroniqueur, obligeamment accueilli à bord de ses machines par l' Aviation militaire suisse, a pu constituer nombre de documents photographiques, ici reproduits en partie. Grâce à ces divers concours il peut donner, une fois de plus, un tableau suffisant des variations récentes de nos glaciers. Que tous en soient remerciés ici!

Voici, dans leur forme habituelle, les résultats de ces contrôles:

I. Bassin du Rhône. Tableau I. Variations, en mètres, en Glaciers193119321933 Rhône — 16169 Gratschlucht6,5103,5 Thäli ( Binn ) 233014,5 Turben711,5 Mittlenberg067 Fiesch1,52,511 Aletsch - 4,52,53 Kaltwasser — 14129,5 Ofental — 121,513 Schwarzenberg21,516 Tableau I ( suite ). Variations, en mètres, en Glaciers 1931 19321933 Thäliboden 1116 Kessjen3,54,5 Allalin — 9,5 — 7,510 Fee — 12 — 16,57 Gorner — 7,5 — 9,511 Zmutt 0 — 2Findelen — 25,53 Turtmann — 6,5 — 92,5 Lœtschen 5 07 Duran ( Tsinal ) — 1,54 Moming — 81 Moiry — 522,5 Ferpècle — 14 — 4,54 Arolla — 4 — 1110 Tsigiorenove. — 22,5 — 6135 Duran ( Seillon ) — 2 — 2,54,5 Grand Désert — 9,5 — 1020 Mont Fort — 1,5 — 25 Valsorey 0 07 Breney11 Otemma32 Corbassière3 ans48 Saleine — 6 09 Orny2Trient - 16,5 - 1016 Martinets 4 54 Paneyrosse — 33 184 Grand Plan Névé — 27,5 Petit Plan Névé — 7 131 Prapioz — 5 — 128 Scex Rouge — 14 — 47 Lendarrey 0 — 3,58 Est, en outre, stationnaire: Pierredar.

L' extrémité du Glacier du Rhône a reculé encore et de 9 m. en moyenne, bien que son lobe gauche ait fait une légère emprise sur sa limite de 1932. Le glacier ne dépasse plus le profil bleu que sur une vingtaine de mètres à gauche et une cinquantaine à droite du torrent dont la sortie ne mérite plus guère le nom de portail, si fièrement porté récemment encore. Les mensurations faites les 4 et 5 septembre 1933 par le chroniqueur et M. Pierre Freymond, cand. géol., ont fourni les données ci-dessous:

Aire couverte en aval du profil bleu620 m3 Largeur sur le dit profi1120 m.

Aire sans le portail 545 m2 Variation d' aire totale en 1933—950 m2 Ordonnée moyenne de l' aire totale9 m.

Le rétrécissement latéral de la langue a été, à gauche, de quelque 19 m ., à droite, d' environ 10 m.

Au Belvédère, il semble y avoir eu gonflement, car le 5 septembre la glace n' était qu' à 15,2 m. du repère plombé, mesurés perpendiculairement au rocher; elle s' en était donc rapprochée de 10,3 m. par rapport à septembre 1932.

Deux cryocinémètres ancrés dans la falaise du lobe gauche, à 24 et 41 m. de l' axe du Rhône, le 4 septembre 1933, ont indiqué respectivement les vitesses 6,25 et 9,85 cm./j ., soit 8,0 cm./j. en moyenne; à fin septembre 1932 on avait mesuré dans les mêmes parages 2,3 cm./j. seulement.

Un cryocinémètre établi à l' extrémité du lobe droit et à 56 m. du torrent, le 5 septembre, y a mesuré 13,6 cm./j .; en 1932 on avait eu ici 11,6 cm./j. La vitesse d' écoulement a donc augmenté sur tout le front, tandis que celui-ci a reculé notablement. Cette accélération est-elle due à une accentuation de la poussée d' amont ou simplement à l' escarpement plus prononcé du lit glaciaire sous le front actuelMercanlon et Freymond. ) Le lagot devant le glacier de Moiry persiste et suit toujours le front dans son recul.Müller. ) Le Moming a progressé à gauche, reculé à droite. Le retrait du Tsigiorenove, dont la grandeur, en 1932, paraissait suspecte, continue d' être considérable, et M. de Werra, inspecteur forestier, s' attend à le trouver très grand encore ces prochaines années.

Six glaciers du haut de la vallée de Saas, formant le bassin de Mattmark, ont été mensurés à la fin d' août par M. Bohner et vers le 20 octobre par M. Burgener, à l' instigation de M. Lütschg. Durant cet intervalle d' environ 53 jours, ils ont encore reculé de 2,3 m ., moyenne de chiffres compris entre 0,96 m. ( Kessjen ) et 4,75 m. ( Thäliboden ). La prolongation du beau temps jusqu' à la mi-octobre en est cause. Dès 1931, toujours à l' instigation de M. Lütschg et sous la direction de M. le professeur Baeschlin, l' Institut géodésique de l' Ecole polytechnique fédérale s' est occupé de faire, par la stéréophotographie au sol, un relevé détaillé, à 1/10,000, des glaciers de ce même bassin pour servir de base à d' ultérieures mesures de l' accumulation et de la dissipation des glaces, au cours des ans. Ce travail prometteur, qui donne les niveaux à 2 décimètres près, a été exécuté par MM. Zeller et Reimann, ingénieurs. Il est en bonne voie d' achèvement. On le répétera dans quelques années.

La Corbassière a reculé de 48 m. depuis 1930; la grande masse de « glace morte » enfouie sous les matériaux morainiques et qui élargit la langue sur son flanc gauche, s' est beaucoup affaissée. Un cryocinémètre, placé le 8 octobre au milieu du front a indiqué 0,3 cm./j .; c' est huit fois moins qu' en 1930.

La poche d' eau du Trient a crevé dans la nuit du 18 au 19 juillet.

M. A. Vineux a pu nous donner les premières mesures du Petit Plan-Névé des Dents du Midi, un glacier d' accès ardu.J. Guex. ) II. Bassin de l' Aar.

Tableau I. Variations, en mètres, en Glaciers193119321933 Oberaar4,516,531 Unteraar1311,554 Rosenlaui181212 Grindelwald Supérieur. .192912 Grindelwald Inférieur, front 5 32 Eiger 063 Stein 0129 Blümlisalp766 Schwarz 2,5 12 Tsanfleuron 03813 Gamchi15185 Rätzli714,514 Tschingel5Wildhorn03,5 En outre sont:

stationnaires: Renfen, Gauli, Tierberg, en décrue: Trift.

Voici, obligeamment communiqués par M. le Dr h.c.. Ksech, les mesures faites aux deux glaciers de l' Aar par la Compagnie des Forces motrices de l' Oberhasli, qu' il dirige, et plus spécialement par M. Flotron, son ingénieur-géomètre:

Les eaux du remous de la Grimsel ont baigné pour la troisième fois, dès la fin de juillet 1933, le front de l' Unteraar, provoquant, comme chaque année, une destruction intense du glacier par fusion et surtout par « vêlage ». Quand le chroniqueur l' a visité le 6 septembre, des isbergs notables flottaient au pied de falaises hautes de 10 à 30 m. Vents et courants tantôt les accumulent dans quelque encoignure du front, tantôt les emmènent vers le large. Sauf que les eaux du lac sont déplorablement terreuses on se croirait vraiment au fond d' un fjord, devant quelque glacier polaire. Le portail s' est déplacé, vers le WSW, d' environ 70 m. Le recul du front est d' ailleurs très inégal: Si, au milieu, il n' a guère atteint que 20 à 30 m ., au côté gauche il a été de 115 m ., formant sous le Brunberg un recoin où les glaçons se pressaient.

Dans son retrait moyen de 54 m. en 365 jours, l' Unteraar a libéré 32,600 m2 de terrain et perdu 845,000 m3 de sa masse frontale.

Le tableau III montre les changements de niveau et de vitesse superficielle des profils.

Tableau I. Glacier d' Unteraar.

Mensurations de la Compagnie des Forces motrices de l' Oberhasli.

Variations du niveauVitesses superficiellesmoyen, en m./anmoyennes, en m./an Altitudedes profils 1930/311931/321932/331930/311931/321932/33 Grunerhorn, Finsteraar: 2600 m. 1,701,6544,344.744,55 Wildläger, Lauteraar: 2554 m. 1,351,5533,733,0 Mieselen: 2417 m. l,1 - 0,3 - 1,5537,0536,4836,95 Pavillon Dollfus: 2283 m. l,05 - 0,25 - 0,8533,6532,934,05 Brandlamm, Supérieur: 2125 m. 1,35 + 0,2 — 0,7517,116,5517,1 Brandlamm, Inférieur: 2006 m. 1,9 —1,85 — 1,35,765,255,45 Chose notable: tandis que le niveau des glaces s' abaissait partout de plus d' un mètre en moyenne, partout aussi, sauf sur le profil du Finsteraar, la vitesse augmentait, et d' un demi-mètre par an en moyenne. Les fluctuations des deux éléments sont en général moins régulières sur l' affluent de Finsteraar que sur celui de Lauteraar. Ces deux hautes régions étaient très désenneigées à fin septembre.

La cubature du volume perdu par l' Unteraar révèle, pour 1933, une dissipation énorme, triple de celle de 1931/32, mais inférieure pourtant d' un demi-million de m3 à celle de 1930/31 ( tableau IV ):

Tableau IV.1931/321932/33 Du front de 1932 au front de 1933 206,500 m3845,000 m3 Du front de 1933 au profil Brandlamm Inférieur688,000 m3488,000 m3 Du Brandlamm Inférieur au Brandlamm Supérieur 924,000 m31,154,000 m3 Du Brandlamm Supérieur au Pavillon Dollfus78,000 m31,803,000 m3 Du Pavillon DoUfus au Mieselen873,000 m33,672,000 m3 Total 2,769,500 m3 7,962,000 m3 Le Glacier d' Oberaar a reculé de 31 mètres, délaissant 13,700 m2 de terrain.

( Kraftwerke Oberhasli. ) Le Rosenlaui, en retrait de 10 à 15 m. et très amaigri, s' est beaucoup crevassé. Des chutes de glace menacent en deux points le sentier de la cabane Dossen. Au Glacier de Trift, l' itinéraire de la cabane au Steinhaushorn par le Triftfirn devient de plus en plus difficile.R. Campiche et J. Kehrli. ) Au Grindelwald Supérieur, la tête rocheuse médiane découvre de plus en plus; des glaces s' éboulent par-dessus et s' amassent à son pied. En 1919, la Commission helvétique des Glaciers et le Service fédéral des Eaux, à l' initiative de feu Alfred de Quervain, et escomptant que le glacier, alors en forte crue, recouvrirait les rochers ( calcaire alpin à veines de quartz ) de sa rive gauche sous le chalet du Milchbach et les éroderait, y forèrent 14 trous. M. Lütschg mesura soigneusement leurs profondeurs ( 15—20 cm .) et les rac-corda par un nivellement précis du profil rocheux intercalaire. De 1919 à 1924, le débordement des glaces recouvrit ce terrain; leur retrait, de 1925 à 1929, le délivra de sa chape glacée mais en y laissant un revêtement morainique épais de 1/2 à 4 m. En 1932, la Commission des Glaciers fit les frais d' un déblayage délicat et coûteux, sous la conduite experte de M. Lütschg, qui put ainsi répéter son nivellement. Je résume ici ses mensurations, renvoyant le lecteur curieux des détails à la publication originale de M. Lütschg 1 ).

Le principal de l' érosion a dû se produire de 1921 à 1924, soit au cours de quatre années; ce fut essentiellement un rabotage et un polissage de la roche, assez irréguliers d' ailleurs. L' épaisseur de roche enlevée a varié en effet de 0 à 39 mm ., autour d' une moyenne de 4,8 mm. C' est une érosion globale de quelque 1 mm. par an, résultat évidemment local, mais qui, ainsi bien avéré, est d' un grand intérêt.

La légère avance du glacier Inférieur du Grindelwald concerne la partie droite de son front.R. Schwammberg. ) III. Bassin de la Reuss.

Tableau V. Variations, en mètres, en Glaciers193119321933 Firnälpli E23 Griess ( Klausen)119 Kartige19,657 Wallenbühl ( Voralp ) ...16,5733 Kehlefirn7,51812,5 Schlossberg2,5l,51 Hüfi4,51,523 Brunni0123,6 Schiessbach41738 Damma1169 St-Anna427 Tiefen3,516 IV. Bassin de la Linth.

Sulz 02 2,5 Clarides15 Biferten 05,5 — 6,5 Au Schlossberg, 1e névé qui s' étendait devant le front en 1932 encore s' est dissipé entièrement. L' abrupt de glace entre le Schwarzstöckligrat et la paroi rocheuse de l' Oberseemändli s' étendait il y a dix ans sur une largeur de 180 m .; il est réduit maintenant à un simple pilier de glace large d' une trentaine de mètres. Des glaces éboulées balaient incessamment les rochers mis à nu et s' entassent à son pied; si cela dure, elles resteront seules à constituer le glacier inférieur.

Le glacier d' Hüfi a avancé de 23 m. dans sa gorge, mais ses parties hautes se sont notablement affaissées. L' étranglement où descend la langue est sans doute pour beaucoup dans cette avance. Le crevassement du St-Anna s' est accentué. La crue du Tiefen tient surtout à ce que les glaces se jettent de plus en plus dans le bassin du Tiefenbach, délaissant le Lochbergtal.

( Oechslin. ) Le glacier de Griessen ( Engelberg ) a reculé de 44 m. depuis 1929; son retrait continue.

L' avance du Sulz, glacier régénéré, est dû sans doute aux grosses avalanches de mai et de juin qui surchargèrent la langue dans le Sulzkessel. Au Claridenfirn des lambeaux de glace passent à l' état de « glacier mort ».

( Streik-Becker. ) Tableau VI.V. Bassin du Rhin.

Variations, en mètres, en Glaciers193119321933 Sardona4198,5 Piz So1352,5 Punteglas945 Obersegnes124,5 Vorab27,55,5 Lavaz3,37,52 Tambo234 Porchabella134,510 Paradies10310 Scaletta684 Verstanida3,57,54 Lenta30,56,52,5 VI. Bassin de l'Imi.

Morteratsch12154 Roseg12Lischanna114 Schwarzhorn 006 Picquog1145,5 Tiatscha— 1,579 Tableau VI ( suite).VII. Bassin de l' Adda.

Variations, en mètres, en Glaciers193119321933'Forno2240 Pala2739 Attigna7,5 — 12,5 Cantone27,5 VIII. Bassin du Tessin.

Rossboden20,571 Muccia032 Bresciana15,5 14,513 Basodino11,5 1843 Le tableau VII récapitule les observations suisses de 1933. Tableau VII.

Nombre de glaciers Bassinsobservésen crue stalionnaires en décrue Rhône399129 Aar182313 Reuss132011 Linth3102 Rhin121011 Inn5005 Adda4004 Tessin4004 Totaux 9815479 % en 193315481 % en 193213780 Différences en %2 — 31 Donc, en 1933, de 100 glaciers des Alpes suisses, 15 étaient en crue, 4 étaient stationnaires et 81 étaient en décrue.

M. Billwiller note que le trimestre juillet-août-septembre de 1933 a été, à 2500 m. ( Säntis ), trop chaud de 1,3°. Ceci corrobore l' opinion que la température de la saison chaude serait le facteur principal des variations glaciaires, du moins de celles de faible amplitude.

P.L. Mercanton.

Visites aux grottes du Niedelloch.

Par W. Gruber.

La course a été décidée à une séance du club. Plusieurs membres, amateurs de nouveautés, excités par l' attrait de l' inconnu, se sont inscrits. Les renseignements récoltés à droite et à gauche sont bien faits pour légitimer cette curiosité. Le fond de la grotte n' a pas encore été atteint malgré tous les efforts tentés.

Equipés comme pour une longue expédition, nous gravissons les pentes abruptes qui conduisent à la ferme de l' Hinterer Weissenstein. Là, nous troquons nos habits de montagnards bourgeois contre de vieilles frusques encore résistantes ou des salopettes. A 22 h., après s' être restaurés, les mineurs improvisés, en file indienne, lampe à la main, pénètrent dans la grotte. Le caractère général de cette cavité se révèle tout de suite très accidenté. C' est un couloir sinueux, aux parois et plafond de roche, d' une hauteur variant beaucoup. Tantôt, nous pouvons avancer debout, tantôt nous devons nous glisser dans une fente de 40 à 50 cm de haut. A 100 m. environ de l' entrée, une coupole allongée s' élève au-dessus de nos têtes. Les parois lisses nous laissent supposer le travail patient, mais formidable des eaux; il devait y avoir là un terrible remous!

A partir de ce point, pour évaluer la distance, nous devons nous contenter de la mesure horaire. Nous avons également perdu la notion de l' orientation; il nous est impossible de dire où sont les points cardinaux. Nous savons seulement que nous descendons et encore rapidement. A 22 h. 45, nous rencontrons la première difficulté, c' est un trou en plein roc, de 6 à 8 m. de longueur, de 40 à 50 cm. de diamètre, par lequel nous devons nous couler. Le problème le plus difficile à résoudre, c' est de passer nos sacs par ce boyau, et si nous y sommes arrivés, ce n' est pas sans peine.

Jusqu' à 23 h. 30, nous continuons la descente sans rencontrer plus de difficultés que celles d' une varappe normale effectuée de nuit. Parfois, nous franchissons, en nous agrippant aux parois latérales, de vilains trous noirs, à la bouche béante, des trappes perfides creusées par la nature pour happer au passage l' intrus imprudent ou au moins pour le retarder dans sa marche conquérante.

Des chauves-souris ont élu domicile dans la grotte. Nous en avons trouvé une agrippée aux parois. Elle a manifesté son désagrément d' être dérangée dans son sommeil par un léger mouvement et par un petit cri pas du tout lugubre comme pourraient le croire les personnes superstitieuses.

A 23 h. 45, nous nous trouvons réunis au bord d' un immense gouffre. Le sol semble s' être brusquement affaissé. Nous découvrons une échelle de câbles. Pas à pas, nous descendons, l' un après l' autre, au fond du trou. Oh, l' agréable sensation de se balancer sur l' abîme! Assurément, les passages scabreux commencent. 20 m. plus loin, nous nous retrouvons de nouveau réunis au bord d' un précipice. Cette fois, plus d' échelle, mais deux pitons solidement ancrés nous permettant d' y fixer une corde que nous laissons pour le retour. Après s' être rendu compte, dans la mesure du possible, de la nature de l' obstacle, le premier de nous descend en double, sans être trop certain que le bout de la corde atteigne le fond du puits. Penchés sur le précipice, nous attendons. Une petite lumière luit là au fond et notre camarade nous invite à le suivre. Le fond du puits est plat, c' est une chambre avec deux portes, une au plafond, l' autre au plancher. Un « livre d' or » y a été déposé par des inconnus; nous le signons. Il y a déjà eu passablement de visiteurs. Après une nouvelle descente, nous arrivons en un lieu idéal pour bivouaquer. Nous décidons qu' un de nous y restera pour préparer du thé chaud et réconfortant.

Avec un sac et les cordes disponibles, nous poursuivons « notre route » si l'on peut dire. La grotte n' est formée, depuis ce point, que de paliers plus ou moins réguliers et rapprochés les uns des autres. Les parois sont humides, un filet d' eau coule dans le fond. Des câbles métalliques fixes facilitent notre avance dans les endroits par trop raides. De nouveaux pitons nous engagent à fixer une corde de rappel, qui sera la bienvenue au retour. La fatigue commence à se faire sentir. D' autre part, celui d' entre nous qui descend le premier nous dit qu' un gouffre surplombant s' ouvre à ses pieds. Pour être franchi, il demandera une bonne dose d' énergie et une nouvelle corde de 30 m. qui nous manque. Il est 2 h. et nous décidons de remonter, malgré toute notre envie de continuer. La force des choses nous y oblige. D' ailleurs nous savons que le retour sera beaucoup plus pénible et nous aurons encore besoin de nos biceps.

Une lampe électrique tombée de 5 m. sans avoir subi le moindre dommage, une petite chute d' un camarade, sans conséquences fâcheuses sont les seuls incidents à mentionner durant notre retour jusqu' à la plateforme où nous attend notre cuisinier, l' homme qui séjourna une heure seul avec le grand silence de la grotte! Cette halte est bienfaisante, nous avons tous besoin de repos et de nourriture. Un bivouac autour d' une bougie, dans les entrailles de la terre, à 3 h. du matin, est un tableau unique en son genre!

3 h. 1/4 Le farniente a assez duré, préparons-nous à repartir. L' obstacle à surmonter est de taille. Il s' agit d' escalader une paroi lisse de 15 m. Un de nous empoigne la corde que nous avons laissée et se hisse à mi-hauteur; ses souliers glissent sur la roche et l' empêchent de continuer son ascension. Il redescend. En chaussettes, il renouvelle une tentative qui n' aboutit pas. Un camarade, en espadrilles, veut ensuite tenter sa chance. Il monte, il ne lui reste que 3 m. Il s' arrête. Montera-t-il? ne montera-t-il pas?... Comme une araignée dégringole le long de son fil, notre ami se laisse glisser au pied du mur. Ses forces l' ont trahi. Ses doigts écorchés par le frottement de la corde seront le seul résultat de sa tentative infructueuse! Un troisième grimpeur se confie de nouveau à la corde et, non sans peine, atteint la plateforme supérieure. L' un après l' autre, assurés depuis le haut, les varappeurs escaladent à leur tour la paroi verticale. Plus loin, il y a l' échelle dont la montée est assez pénible, surtout pour le dernier qui doit compter avec le balancement dans le vide.

Il est 4 h. 1/4. Nous aspirons maintenant à la lumière solaire. Ce qu' il reste à faire n' est plus difficile. C' est une question de temps. Le passage du boyau étroit reste le souvenir amusant de la course...

7 h. 40. Un cri joyeux du marcheur de tête nous annonce la lumière solaire, une belle lumière diffuse qui éblouit un peu au premier abord, mais qui réjouit le cœur.

Fatigués, mais satisfaits, après un court arrêt à la sortie de la grotte, nous gagnons la ferme de l' Hinterer Weissenstein où nous attend un café au lait chaud et réconfortant.

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