L'exploration du Karakoram

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Essai de synthèse et de bibliographie raisonnée.

Avec 2 illustrations..Par Robert Fazy.

III. Les Précurseurs.

Le nom de Karakoram fut utilisé pour la première fois par Moorcroft2 ) qui l' avait appris à Leh. Certains passages, comme le col du Karakoram 3 ), le col de Saltoro, le Nushik-La 4 ) ont été pratiqués de temps immémorial, et quelques-uns, comme le Saltoro, ont dû porter des noms en rapport avec leur utilisation. Suivant leur aspect, certains massifs peuvent sans doute avoir eu leur désignation générique, telle que « Muztaghs », montagnes de glace, ou « Karakoram », rocs noirs 5 ). Faute de tradition religieuse s' attachant à tel ou tel sommet, la chaîne ne paraît avoir été, pour les populations clairsemées du Ladak, du haut Indus, du Nagir et du Hunza, qu' un désert plus ou moins inaccessible.

Le Karakoram est entré dans la géographie avec Moorcroft et son compagnon Mir Izzet Ullah. Ce dernier avait, en 1812, atteint Leh et, par le Zoji-La, 1e Diggher-La, 1a vallée du Shyok et le col du Karakoram, pénétré jusqu' à la rivière de Yarkand e ). Moorcroft qui, de Leh, où il séjourna de 1820—1822 7 ), passa également le Diggher-La, pénétra dans la vallée de la Nubra. Il la remonta jusqu' aux environs de Panamik, parvenant ainsi à une soixantaine de kilomètres de l' entrée du Siachen 1 ). Géographe né, Moorcroft, alors même qu' il s' était arrêté à pied d' œuvre, avait réalisé l' existence et l' importance de la chaîne qui sépare le bassin de l' Indus et celui des rivières du Turkestan chinois. Il indique correctement que la rivière de Yarkand prend sa source sur le versant nord du Karakoram. Sur la carte, remarquable pour l' époque, dressée par John Arrowsmith, en 1841, d' après les croquis de Trebeck 2 ), ne figure que le front nord supposé du Karakoram, mais des hachures légères indiquent un vaste système montagneux inexploré, remplissant l' espace entre la partie dessinée de la chaîne et les vallées du Shyok et de l' Indus.

Alexander Gardner3 ), un des nombreux aventuriers européens entrés au service de Ranjit Singh, fit en 1830, en sens inverse, la route de Mir Izzet Ullah de Yarkand par le col du Karakoram et Leh à Srinagar. Son journal ne contient toutefois que peu de détails sur le Karakoram4 ). De 1835 à 1838, C. T. Vigne, un digne émule de Moorcroft, bien qu' il ne possédât pas, peut-être, au même point le sens géographique, aborda pour la première fois les glaciers du Karakoram. En trois randonnées successives, il atteignit:

en 1835, par le plateau de Deosai et les vallées du Shigar et de la Basha, Arandu à l' extrémité sud-est du glacier de Chogo-Lungma5en 1837, de Leh, par le Diggher-La, et la vallée de la Nubra, à peu près le point terminus de Moorcroft6 ); en 1838, de nouveau par le plateau de Deosai, Skardu et Khapalu, la vallée du Kondus et celle du Saltoro, par lesquelles il arriva à proximité des glaciers de Sherpigang et de Bilafond 7 ).

En 1848, H. Strachey et T. Thomson atteignirent, eux aussi, de Leh par le Diggher-La, la vallée de la Nubra. Ils la remontèrent jusqu' à la moraine du Siachen dont la découverte doit être inscrite à leur crédit. H. Strachey fit deux milles sur le glacier même 8 ). En 1860 et 1861, Godwin Austen fut le premier véritable explorateur des grands glaciers 9 ). Il parvint successivement au Chogo-Lungma, au Nushik-La, d' où il domina l' Hispar, auTravels, op. cit. I, p. 376 et 395 et s.

2 ) Le plus connu des compagnons de Moorcroft.

8 ) Sur ce personnage discuté cf. Hugh Pearse, Memoirs of Alexander Gardner, London, William Blackwood and Sons, Edinburgh and London, 1898, et surtout G. Grey, European Adventurers of Northern India, 1785 et 1849, Lahore, 1929, p. 265 et s.

4 Mémoirs, op. cit ., p. 155.

5C. T. Vigne, Travels in Kashmir, Ladak, Iskardo, the Countries adjoining the Moun-tain-Course of the Indus, and the Himalaya, North of the Panjab, London, Colburn, 1842, vol. II, p. 285.

6Travels, op. cit ., vol. II, p. 358 et s.

. ' ) Travels, op. cit ., vol. II, p. 381 et s., 389 et s. Le nom de Vigne a été donné au glacier qui rejoint le Baltoro au pied du Bride Peak.

8 ) Cf. Dainelli, Buddhists and Glaciers of Western Tibet, London, Kegan Paul, Trench, Trübner & Co., 1933, p. 122.

) Cf. H. J. XI, p. 116. En 1933, Ch. Houston avec l' expédition américaine de reconnaissance au K2 — ancien Mont Godwin Austen — a retrouvé les initiales du voyageur — HHGA et les dates 1861—2—3, gravées sur un rocher près de Dras ( route du Zoji-La ).

Die Alpen — 1942 — Les Alpes.5 Biafo, au Baltoro, sur lequel il pénétra suffisamment pour découvrir le K2 et le glacier qui porte justement son nom1 ). Enfin, par la vallée du Hushi2 ), il poussa jusqu' à proximité du glacier de Vigne.

Malgré les découvertes de Godwin Austen, les notions sur le Karakoram restaient vagues. Il suffit de se reporter aux cartes de Robert Shaw, publiées en 1871. La carte d' ensemble ne mentionne aucune chaîne entre celles de l' Himalaya et du Kuen Lun. La carte de détail donne un front nord fantaisiste. La seule amélioration sur la carte de Moorcroft est l' indication sommaire de glaciers étendus au sommet des vallées du Shyok et de la Nubra.

IV. Les explorateurs modernes. A. De Younghusband à Eckenstein-JacoteGuillarmod. 1887—1902.

En 1887, Younghusband accomplit son fameux voyage de Kashgar à Srinagar par le col du Muztagh 3 ), Ascole et la vallée de l' Indus, découvrant sur sa route le massif de l' Aghil. En 1889, partant de Shahidula4 ), il chercha vainement à reconnaître le col de Saltoro 5 ), descendit le Shaksgam ( Oprang ) et parvint au col de Shimshal6 ). En 1892, W. M. Conway, accompagné d' Eckenstein, de G. G. Bruce 7 ), de l' artiste McCornick et du guide M. Zurbriggen de Macugnaga, marcha sur les traces de Godwin Austen, traversant successivement sur toute leur longueur l' Hispar, le Biafo et le Baltoro 8 ).

Pour mesurer le progrès fait dans la connaissance du Karakoram, depuis la publication des cartes de Robert Shaw en 1871, il suffit d' un coup d' œil sur celle qui accompagne la relation de Younghusband parue en 1897. Le nom de Karakoram n' est donné qu' à la partie sud de la chaîne, remplacé pour la partie nord par celui alors en faveur de Muztagh Range. En revanche, tous les glaciers principaux, de l' Hispar au Baltoro, sont dessinés correctement. Le système glaciaire, qui correspond au Siachen avec ses affluents et au Rimo, est indiqué. Les vallées du Hushi, du Kaberi, du Kondus et de la Nubra sont en place. Il ne manque que la nomenclature.

En 1898, l' exploration du Karakoram fut activement poussée par un couple américain, Mme F. Bullock Workman et son mari, W. Hunter Work- man. Leur activité mérite une mention particulière. Alpinistes moyens, mais explorateurs passionnés, les Workman disposaient de fonds illimités. Ils purent s' assurer tous les concours, parmi lesquels celui de cartographes experts. Pendant 14 ans, ils parcoururent le Karakoram. Dans leur œuvre considérable, il faut distinguer: l' exploration, les cartes et la relation. Comme explorateurs, ils firent tout ce que l'on pouvait attendre d' un enthousiasme auquel la base scientifique faisait défautx ). Les cartes, en dépit d' erreurs inévitables, sont fort utiles; certaines sont encore des documents uniques. La relation appelle quelques réserves. Elle manque de charme, ce qui est pardonnable, mais elle indispose parfois par son intransigeance. Conscients de ce qu' ils avaient accompli, les Workman avaient fini par se considérer comme autorités 2 ). Lorsque, dans leur dernier volume, Two Summers in the 1ce Wilds of Eastern Karakoram, ils en arrivent à donner des leçons à Longstaff3 ), la patience du lecteur est mise à une rude épreuve. C' est dommage, car le couple américain a fait œuvre méritoire, sans ménager ses fonds ni sa peine.

De 1898 à 1903, les Workman explorèrent les glaciers de Biafo et de Chogo-Lungma. Ils rapportèrent de ces expéditions des cartes précieuses et publièrent deux gros volumes 4 ) plus quantité d' articles parus dans l' Alpine Journal et le Geographical Journal5 ).

En 1902, Eckenstein retourna au Baltoro avec plusieurs alpinistes dont le Dr Jacot-Guillarmod. L' expédition, essentiellement sportive, fut malheureusement entravée par le mauvais temps. Le Dr Jacot-Guillarmod lui a consacré un fort joli livre, simplement et agréablement écrit, auquel il manque un index, mais qui vaut par son illustration et par la carte très nette, supérieure à toutes celles publiées jusqu' alors6 ). La bibliographie des articles de revues consacrés à l' expédition se trouve dans l' ouvrage cité de Dainelli7 ).

B. De 1902—1938.

1° Généralités.

Toutes les régions du Karakoram sont intéressantes, mais il y a une distinction à faire. Le versant nord, sauf peut-être la conquête du Distoghil ( 25,868 p. ) et des Kanjut I et II, présente surtout un intérêt géographique.

L' Hispar, le Chogo-Lungma et le Biafo appelleront plus au savant qu' à l' alpiniste. Le Baltoro, qui pour beaucoup synthétise le Karakoram, est le paradis des grimpeurs. Le Masherbrum ( 7820 m .), le Bride Peak ( 7654 m .), le Golden Throne ( 7312 m .), les quatre sommets du Gasherbrum8068, 8035, 7925, 7980 m .), le Broad Peak ( 8047 m .), le K2 ( 8611 m .) et la Tour du Muztagh ( 7273 m .) ont jusqu' ici défié tous les efforts. Il est probable que lorsque la guerre aura pris fin, le Baltoro attirera de nouveau l' élite de tous les pays. Les vaincus — s' il y en a —, chercheront, comme il y a quelques années les alpinistes allemands, l' occasion d' affirmer la valeur nationale à laquelle la victoire sur les champs de bataille aurait été refusée 2 ). Le Siachen a encore beaucoup de secrets à révéler et une série de grands pics, le Mont Rose ou Singhi Kangri ( 7202 m .), les trois Teram Kangri — le plus haut de 7463 m. et d' autres attendent le vainqueur. Le Rimo, lui aussi, n' a pas dit son dernier mot et la carte de Filippo de Filippi indique, à l' extrémité de la seule branche sud, quatre pics de plus de 22,000 p. et deux de plus de 24,200. Dans son ensemble, le Karakoram offre toujours un vaste champ d' activité. Ce qui a été fait ne va guère au-delà de travaux de reconnaissance et d' approche.

2° Les différentes régions; résultats obtenus. a ) Front nord.

Sur le front nord, l' intérêt s' est longtemps concentré et se concentre encore sur le cours exact de trois rivières, la rivière de Yarkand, le Shaksgam ( Oprang ) et le Shimshal ou Shingshal3 ).

Une des sources de la rivière de Yarkand avait été reconnue, à l' ouest du col de Karakoram, par G. W. Hayward en 1868 4 ), mais il s' était arrêté près du lac qui porte son nom 5 ), en aval de la véritable source. Cette dernière a été découverte, le 12 juillet 1914, par le lieutenant-colonel Henry Wood de l' Indian trigonometrical Survey et J. A. Spranger, tous deux membres de l' expédition Filippo de Filippi. Elle se trouve à la paroi extrême nord du glacier de Rimo, d' où la rivière descend en cascatelles6 ).

Le Shaksgam coule entre le Karakoram et les Monts Aghil. Une partie de son cours avait été reconnue en 1887 et 1889 par Younghusband. En juillet 1914, Wood et Spranger constatèrent à une dizaine de milles à l' ouest nord-ouest de la source de la rivière de Yarkand, l' ouverture d' une valléequ' ils estimèrent être celle du Shaksgam 2 ).

En 1926, K. Mason, partant du col où s' étaient arrêtés Wood et Spranger, confirma leur hypothèse 3 ). Il parvint au glacier de Kyagar que ses poneys ne purent traverser.

En 1927, C. J. Morris et le regretté Henry F. Montagnier se proposèrent de relier les points terminus des reconnaissances de Younghusband et de K. Mason. Ils se rendirent à Shingshal, mais l' autorisation de pousser plus avant leur fut refusée4 ).

En 1929, le Dr Umberto Balestreri et le professeur Ardito Desio, de l' ex du duc de Spoleto, descendant le glacier de Sarpo Laggo, à l' ouest du col du Muztagh, parvinrent à Sughet Jangal. Ils y retrouvèrent les traces du camp établi par Younghusband en 1889 5 ) et remontèrent la vallée du Shaksgam jusqu' au glacier de Kyagar. Ils s' arrêtèrent au cairn élevé sur la moraine droite par l' expédition Mason 6 ).

En 1929 et 1930, M. et Mme Visser-Hooft, accompagnés du géologue Robert Wyss, firent leur troisième voyage d' exploration au Karakoram, s' attachant surtout à la région de la Nubra et du Siachen. Au cours de l' ex, le Dr Wyss poussa jusqu' au glacier de Kyagar et le traversa ' ).

En 1937 enfin, M. Spender, Shipton et Tilman s' engagèrent sur les traces de l' expédition italienne et reconnurent la vallée du Shaksgam qu' aux environs du col d' Aghil8 ).

Le problème paraît actuellement résolu comme suit:

La passe « G » de Wood95465 m. un peu au nord-ouest du glacier de Rimo, sépare les bassins de la rivière de Yarkand et du Shaksgam. Ce dernier prend sa source au pied d' un glacier sans nom, voisin de la passe G. Il reçoit successivement les eaux des glaciers de Kyagar, Singhie 10 ), Urdock, Gasher- brum, Sarpo Laggo. Après un cours de près de 235 kilomètres, il se jette à Chong Jangalx ) dans la rivière de Yarkand 2 ).

La nomenclature n' est pas définitivement fixée 3 ). La rivière de Yarkand est souvent appelée Raskam jusqu' à sa jonction avec le Shaksgam. Ce dernier porte aussi le nom de Muztagh river. Les récits de voyage gagneraient en clarté si l'on s' en tenait, une fois pour toutes, aux noms de rivière de Yarkand et de Shaksgam, noms qui ont le mérite d' être usuels et nettement différents l' un de l' autre.

Le Shimshal — ou Shingshal — coule, à une cinquantaine de kilomètres au nord de l' Hispar, au pied de la chaîne du Distoghil. Il est connu sur la presque totalité de son cours. La place précise de sa source — probablement à proximité du glacier de Braldo, au nord du Biafo — ne paraît toutefois pas avoir été déterminée jusqu' ici4 ).

Les magnifiques pics du Distoghil ( 25,868 p. ), à une trentaine de kilomètres au nord de l' Hispar, et des Kanjut I et II, plus au sud-est, seront sans doute un jour le point de mire d' expéditions sportives5 ).

3° Hispar, Chogo-Lungma et Biaîo.

Ces trois glaciers, comme déjà noté, appellent à l' explorateur, au géographe et au savant plus peut-être qu' à l' alpiniste. Les pics qui les entourent, à l' exception des sommets de la chaîne du Distoghil au nord de l' Hispar et du Haramosh ( 7400 m .) sur le glacier du même nom 6 ), n' atteignent pas la hauteur des grandes cimes. Leur tour viendra sans doute, mais après l' ère des conquêtes sensationnelles.

La reconnaissance de Godwin Austen, en 1860 et 1861, laissait inconnue la partie supérieure de l' Hispar et du Biafo. Conway fit la première traversée et eut le mérite spécial de remettre en usage le difficile Nushik-La 7 ). Les Workman, après leur expédition déjà citée de 1898 à 1903 au Biafo et au Chogo-Lungma, reconnurent l' Hispar8 ) et revinrent au Biafo en 1908. Ils en rapportèrent une carte détaillée dressée par le Comte C. Calciati. J. Auden, qui reconnut le Biafo en 1933, a publié en 1934 d' utiles mises au point de ces travaux préparatoires 9).a suivre. )

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