Loys de Cheseaux et les Alpes

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Avec 1 croquisPar G.R. de Beer

Le 1er mai 1742, Pierre de Crousaz écrivait à Albert de Haller: « Un de mes petits-fils qui n' a pas encore 25 ans complets, ne laisse pas d' avoir poussé ses connaissances... au point qui rend bien rares ses égaux. » En effet, Jean-Philippe Loys de Cheseaux, né en 1718, mort en 1751, fut un Vaudois célèbre comme mathématicien et astronome, auteur du Traité de la Comète qui a paru en Décembre 1743, & en Janvier, Février & Mars 1744 ( Lausanne et Genève 1744 ). Il joua pourtant aussi un rôle moins bien connu dans l' his alpestre en raison de sa mensuration de la hauteur du Mont Blanc. Dans son grand ouvrage sur les plantes de la Suisse ( Historia stirpium indigenarum Helvetiae inchoata, Bernae 1768 ), Albert de Haller le cita dans les termes suivants: « Montem la Montagne maudite Sabaudiae ad 13 440 pedes supra lacum Lemanum elevari Cl. Loys experimentum est » ( « le savant Loys a trouvé que la Montagne maudite de Savoie [le Mont Blanc] s' élève à 13 440 pieds au-dessus du niveau du lac Léman » ).

C' est dans la partie de son Traité de la Comète où il parle d' une méthode pour mesurer la hauteur des nuages que Loys de Cheseaux dit que cette méthode, lorsqu' elle est « appliquée à la recherche de la hauteur des Montagnes, la donnoit par cette raison toujours moindre que des opérations trigonométriques, & particulièrement en me servant de l' instant du lever du Soleil, leur Horizon Oriental étant couvert de beaucoup plus hautes Montagnes que l' Occidental; c' est ce que j' ai éprouvé en particulier à l' égard du Mont maudit en Savoye, une des plus hautes de notre Monde, puisqu' il a près de 2246 Toises de hauteur perpendiculaire sur le niveau du Lac de Genève ».

Les 2246 toises font 4377 mètres. En y ajoutant les 372 mètres d' altitude du lac Léman au-dessus de la mer, on obtient 4749 mètres pour la hauteur du Mont Blanc, ce qui compare très favorablement avec la cote de 4807 mètres admise aujourd'hui. Si on compare les résultats de Loys de Cheseaux avec ceux de ses devanciers les Fatio de Duillier ( dont je me suis occupé dans cette revue, novembre 1948, p. 381 ), en ne tenant compte que de la hauteur qu' ils attribuèrent au Mont Blanc au-dessus du niveau du lac Léman, mais en y ajoutant les 372 mètres pour l' altitude de ce lac au lieu de la valeur fantaisiste de 830 mètres que Jean-Christophe Fatio lui accordait, on obtient 4272 mètres comme altitude du Mont Blanc au-dessus de la mer1. Il est étrange que pendant la période où les descriptions des Alpes fourmillaient de superlatifs pour exprimer leur hauteur, les chiffres donnés par les quelques hommes de science qui s' en étaient occupés étaient de beaucoup inférieurs à la vérité. Johann Gaspar Scheuchzer, confondu à cet égard par D.W. Freshfield ( Horace-Bénédict de Saussure, Genève 1924 ) avec son père Johann Jacob Scheuchzer, émet l' opinion dans les Philosophical Transactions de la Royal Society de Londres pour l' année 1728 que quoique les montagnes de la Suisse soient les plus élevées de l' Europe, on aurait tort de leur accorder une altitude de plus de 10 000 pieds. Il reproche à Képler d' être allé trop loin en attribuant une altitude de 10 916 pieds de France aux montagnes de la Rhétie. Pour Johann Gaspar Scheuchzer la montagne la plus élevée de la Suisse, c' était le Piz Stella ( entre la vallée d' Avers et celle de S. Giacomo ) à laquelle il donnait 9585 pieds de Paris.

Parmi les successeurs de Loys de Cheseaux il y en eut qui obtinrent des résultats moins bons que lui, et en particulier, Jean-André De Luc. Dans ses Recherches sur les modifications de l' atmosphère ( Genève, 1772 ) De Luc attribua au Mont Blanc une altitude de 2203 toises au-dessus du lac de Genève, soit 4293 mètres, lesquels avec les 372 mètres d' altitude du lac donnent 4665 mètres.

Il faut attendre les opérations de Sir George Shuckburgh en 1775, publiées dans les Philosophical Transactions de la Royal Society pour l' année 1777, pour obtenir une mensuration trigonométrique du Mont Blanc meilleure que celle de Loys de Cheseaux: Shuckburgh obtint 2257 toises au-dessus du ni- 1 Dans mon précédent article, les deux chiffres différents, 2000 et 2213 toises, attribués par Grüner à « Fatio de Duiller » comme valeurs pour l' altitude du Mont Blanc, m' avaient porté à croire qu' il s' agissait d' une différence entre les résultats obtenus par les deux frères. Je constate d' après l' ouvrage d' E. Clouzot: « La carte de J.C. Fatio de Duillier » ( Genava, XII, 1934 ), qu' il n' en est rien et que les 2213 toises citées par Gruner ne sont qu' une erreur.

LOYS DE CHESEAUX ET LES ALPES veau du lac, soit 4770 mètres au-dessus de la mer. De ses observations barométriques calculées suivant la formule de Shuckburgh, H.B. de Saussure obtint 2475 toises ou 4823 mètres.

En plus de sa mensuration du Mont Blanc, Loÿs de Cheseaux s' est aussi servi des montagnes pour l' aider à déterminer « la position d' une ligne méridienne, ou le point de l' Horizon sensible coupé par le Méridien ». A cet effet, de son observatoire à Cheseaux il mesura les angles entre l' étoile polaire, les points de lever et de coucher du soleil, et diverses cimes de l' horizon. Avec un souci de justesse effrayant, surtout quand on tient compte du manque Extrait de la 6e planche du « Traité de la Comète » d' exactitude des cartes contemporaines, Loys de Cheseaux donne les valeurs de ces angles en degrés, minutes, et secondes. Il fournit également des croquis de ces points de repères, mais sans les identifier. C' est ce que j' ai essayé de faire, pour quelle raison j' ai reproduit ici les croquis de Loÿs de Cheseaux. Deux de ces points sont des montagnes « de Bourgogne », c'est-à-dire du Jura. En comptant dans le sens contraire des aiguilles d' une montre à partir du nord, le point « A » est à 59° 31 ', le point « B » est à 91° 27 '. « A » est donc probablement la Dent de Vaulion; « B » une échancrure voisine du Col de Marchairuz.

Les autres points sont dans les Alpes de Savoie. « F », à 153° 50' 50 " serait le Voiron; « E », à 178° 48' 50 ", le Mont Billiat; « C » à 180° 11' 20 ", le Mont Ouzon. Le point « Z » pour lequel Loÿs de Cheseaux ne donna pas de croquis, à 201° 40' 30 " serait la Dent d' Oche. Sa ligne méridienne, « G », passe entre le Mont Billiat et le Mont Ouzon, là où la Dranse commence à déboucher entre ces massifs.

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