Mont Kenya

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Avec 3 illustrations ( 108—110Par John-William Howard

et 1 croquis topographiqueNairobi ) Quelque soit le point d' où on l' observe, le Mont Kenya offre l' un des plus grandioses spectacles qui soit au monde. Les deux pics jumeaux, le Batian et le Nélion, surgissent comme deux crocs au-dessus d' un vaste piédestal de sylves, de landes et de glaciers. Vue de très loin, la montagne s' élève majestueusement par une succession de lignes ondulées dominant un paysage typiquement africain de brousse et de déserts; de près, son sommet trône, glorieux et puissant, rapetissant tous ses satellites, comme le Cervin vu de Zermatt. Souverain et solitaire, c' est un digne fleuron aux merveilleux paysages alpestres du Kenya. Le Kilimandjaro peut le surpasser en altitude, le Ruwenzori par sa masse, mais pour les proportions et l' élégance des lignes, il n' est pas dans l' Est africain de montagne plus belle que celle qui a donné son nom à la province du Kenya.

Le premier Européen qui vit le Mont Kenya fut le missionnaire suisse Dr Krapf, qui aperçut l' éclat de ses neiges d' un point situé à 160 km. au SE; mais les tentatives d' en atteindre la cime ne datent que des vingt dernières années du siècle passé. Les premières expéditions, entreprises hardies pour l' époque, furent celles du comte Téléki en 1887, du Prof. J.W. Gregory en 1893, et de Sir Halford McKinder en 1899. Ce dernier était accompagné du guide César Ollier et du porteur Joseph Brocherel, tous deux de Courmayeur. Surmontant obstacles et difficultés, la caravane, au prix de fatigues inouïes, parvint à l' arête SE du Nélion, 5185 m ., d' où, en taillant des marches à travers le petit glacier suspendu de Diamond, elle atteignit enfin les rochers terminaux du sommet principal, le Batian, 5719 m. Exploit tout à fait remarquable étant donné l' échelle des difficultés de l' escalade, et si l'on considère que le poste le plus rapproché était à 160 km ., qu' il fallut s' ouvrir un chemin à travers la brousse et des forêts quasi impénétrables, peuplées de tribus belliqueuses. Le début de ce siècle fut témoin de nombreux assauts déterminés x contre la montagne, mais aucune expédition ne réussit à atteindre le sommet jusqu' à ce que F. Wyn Harris et E.E. Shipton escaladèrent le Batian après avoir d' abord traversé le Nélion, ce qui est maintenant la voie habituelle. Jusqu' à ce jour ( février 1949 ), le Batian a été gravi une douzaine de fois, le Nélion une vingtaine.

La marche d' approche jusqu' au pied des deux pics se fait habituellement à l' aide de mules depuis la petite ville de Nanyuki, située à 1850 m. sur les premiers contreforts à l' ouest de la montagne. Le premier jour on traverse des forêts jusqu' au pied des plateaux; de là, en une ou deux journées suivant l' allant et l' énergie de la caravane, on gagne l' un des refuges à la base du pic. Les marécages qui couvrent ces plateaux, ou encore, sur certaines routes, les rhinocéros et les buffles qui foncent sur le train des bagages peuvent causer 1 Notamment la tentative du Dr Arthur et de MM. Melhuish et Barlow.

des retards considérables. Il y a actuellement trois refuges au pied de la montagne: un à l' ouest, au Two Tarn Col ( Col des Deux Lacs ), 4575 m ., avec six couchettes; au SE, sur la rive gauche du Glacier Lewis, à 4840 m ., se trouve le refuge du Curling Pond, sans couchettes. Tous deux sont propriété du Mountain Club du Kenya. Le troisième, au SE également, sur la route de Chogoria, n' est qu' à 3050 m. d' altitude. Il est rarement utilisé à cause de la difficulté de se procurer des porteurs de ce côté. Il existe un projet de construction d' un refuge au nord de la montagne, dans la vallée McKinder, à 4250 m. La seule organisation de transports publics est la Kenya Mountain Safaris Ltd., dont le siège principal est à Naro Moru, à 22 km. au sud de Nanyuki, qui organise des expéditions à forfait et fournit des mules de bât.

Une fois parvenu à l' une ou l' autre de ces cabanes, il est prudent de consacrer plusieurs jours à l' entraînement avant de se lancer à l' assaut du pic principal. Des sommets secondaires tels que la Pointe John, la Pointe Piggott, la Pointe Peter et le Sendeyo offrent aux alentours de très belles varappes; le Midget Peak, le plus difficile de tous, n' a été gravi qu' une fois. Lorsqu' on aura acquis un entraînement suffisant et qu' on sera acclimaté à l' altitude, il s' agira de bien choisir son jour pour l' assaut final. Il n' y a que 12 heures de lumière diurne, de 06.00 à 18.00, et il faut faire rentrer dans ces 12 heures une longue journée d' escalade. En toute saison les nuages s' amassent autour du sommet à partir de midi, et les bourrasques de neige sont fréquentes durant l' après.

Voici les cinq itinéraires découverts jusqu' à ce jour pour atteindre le sommet du Batian:

I. Voie SE ( voir PL I ). La première partie fut découverte en 1899 par McKinder; la deuxième partie en 1929 par Wyn Harris et Shipton. Le point de départ habituel est la cabane du Curling Pond au bord du Glacier Lewis. Une allure normale conduira en cinq heures à la cime du Nélion et en six heures et demie au sommet principal. Après avoir traversé le glacier on oblique d' abord à gauche puis on monte tout droit dans la face SE du Nélion; le seul passage difficile est un surplomb appelé Rabbit Hole ( Trou du Lapin ). Parvenu sur l' arête, il faut tourner par l' W un gendarme proéminent et regagner la crête en escaladant la fissure Shipton. Encore un passage difficile sous la forme d' une cheminée, le Rickety Crack ( Fissure vacillanteil n' est pas possible d' assurer le chef de cordée sur le Mantelshelf ( Manteau de la Cheminée ) au pied de la fissure, et il y a deux pas très exposés sur des prises minuscules. De là une traversée descendante pour passer l' Amphithéâtre, et des rochers faciles conduisent au sommet du Nélion. Pour passer sur le Batian, il faut descendre sur la selle glaciaire qui relie les deux sommets, The Gate of Mists ( la Porte des Brumes ) qui exige parfois une longue taille de marches. Les derniers rochers du Batian ne sont pas difficiles.

Toute cette escalade est de premier ordre. On l' a estimée plus difficile que la traversée du Grépon et comparable à celle de la Meije, quoique un peu moins longue. Il y a de nombreuses traversées de flanc, si bien que la descente exige souvent autant d' heures que la montée. On comprend dès lors l' impor du facteur temps ( durée ).

MONT KENYA

Massif du Mt. KENYA

I A. Voie McKinder. Jusqu' à l' arête, c' est le même itinéraire que celui de la voie SE. De là, au lieu de passer par-dessus le Nélion, la caravane McKinder traversa en direction du Diamond Glacier, qui descend de la Porte des Brumes dans le versant ouest, où il fallut trois heures de taille dans la glace noire et compacte pour rejoindre les rochers du Batian. Cette traversée n' a pas été répétée depuis.

II. Arête W ( voir PL II ). Le point de départ de cet itinéraire est un camp dans les vallons McKinder ou Hausberg, ou mieux encore un bivouac à la jonction des glaciers César et Joseph. Cette arête n' a été gravie que deux fois: par Shipton et Tilman en 1930 et par A.H. Firmin et moi-même en 1948. La première caravane mit douze heures et demie du vallon McKinder au sommet; la nôtre, partie du bivouac précité, n' employa que sept heures.

L' escalade proprement dite commence dans l' échancrure entre le Batian et la Pointe Piggott; il est nécessaire, la veille de l' ascension, d' aller tailler des marches dans le couloir de glace qui monte à ce col. Une fois sur l' arête, on peut gravir directement le Petit Gendarme ou le tourner par le versant S sur des dalles très raides encombrées de neige traîtresse. Le Grand Gendarme doit être tourné par le nord sur des rochers difficiles, et il est essentiel qu' ils soient libres de verglas. La seule saison possible pour cette, ascension est donc l' époque juin-septembre, lorsque le soleil est au nord de l' équateur et fond la neige sur ce versant. Après le Grand Gendarme il y a encore une tour verticale très difficile, puis on arrive à la jonction des arêtes N et W d' où ce n' est plus qu' une varappe excitante et pas très difficile le long de la crête aérienne jusqu' au sommet du Batian. La caravane Shipton-Tilman compléta la traversée des deux pics jumeaux en passant par le Nélion, naturellement enrobé de glace à cette saison, et descendit par la voie SE. L' année dernière, nous avons préféré redescendre par la face N ( voir ci-dessous ) et avons ainsi effectué la traversée du Batian sans toucher le Nélion. Cette voie était moins enneigée, et c' est probablement le chemin le plus facile à cette époque de l' année, bien que pour notre compte nous fûmes assaillis par une tempête de neige très désagréable dans le voisinage de la Tour.

III. Face N ( voir PI. II ). Elle n' a été gravie qu' une fois par H.A. Firmin et P.H. Hicks en 1944. Cet itinéraire compliqué exigea de longues reconnaissances, et l' ascension ne fut possible que grâce à l' escalade splendide, par le premier de cordée, d' une fissure de 30 mètres à la Tour, qui constitue le passage-clé. Cet itinéraire nécessite un bivouac dans le vallon McKinder ou au pied du couloir initial. Le sommet fut atteint en sept heures depuis le bivouac. La Tour est probablement l' obstacle le plus difficile de toutes les voies d' ascension pratiquées jusqu' ici.

IV. Face S ( voir PL III ). Cette route n' a été suivie qu' une fois par A.H. Firmin et moi-même en 1946. On peut partir de la nouvelle cabane des Two Tarns, mais un bivouac plus élevé, sous le front du Glacier Darwin est préférable. On suit d' abord l' arête S jusqu' à un ressaut abrupt que l'on tourne à gauche par une traversée ascendante exposée. Au-dessus du ressaut, ce n' est plus qu' une grimpée enthousiasmante jusqu' au sommet. A un certain endroit, il faut franchir d' un bond une coupure d' un mètre de large entre deux abîmes. C' est peut-être la route la plus courte pour atteindre le sommet du Batian, quoique Firmin et moi fûmes retardés à tel point que la nuit nous surprit sous le sommet du Nélion, où nous passâmes douze heures fort désagréables accroupis sur une vire, dans l' obscurité. Cette grimpée est extrêmement raide d' un bout à l' autre, et il ne faudra l' entreprendre que durant la saison décembre-février, lorsque les rochers exposés au sud seront dégarnis de neige.

Ces brèves notes suffiront à montrer qu' il n' y a pas de voie facile aux pics jumeaux du Mont Kenya. II est nécessaire de reconnaître soigneusement les itinéraires et d' étudier son cheminement avec la plus grande attention. Le piolet est indispensable; mais non les crampons. Il ne faut pas perdre de vue qu' il n' y a là-bas aucune organisation de secours, que l' aide la plus proche est à deux jours de marche, et qu' un accident peut comporter des suites graves. Toutefois, des nombreuses caravanes qui visitent la montagne, il y en a peu qui essaient d' atteindre les deux sommets principaux. La plupart se bornent à des randonnées sur les glaciers ou les pointes secondaires; quelques-uns viennent étudier la faune ou la flore; pour d' autres c' est la chasse ou la pêche qui les intéresse. On a même vu des skieurs sur le Glacier Lewis, bien qu' à cette altitude, 4900 m ., ce soit un exercice exténuant. Il y a même un enthousiaste, l' énergique Mr. Melhuish, qui trouve plaisir à patiner sur le Curling Pond au petit matin, avant que le soleil ait ramolli la glace.

En définitive, le Mont Kenya est comme un morceau de Suisse placé sous l' équateur en plein centre africain. Bien que l' alpinisme n' ait pas trouvé jusqu' ici beaucoup d' amateurs parmi la population africaine — à trois reprises cependant des Africains ont accompagné des Européens jusqu' au sommet du Nélion, et beaucoup d' entre eux accomplissent vaillamment un travail pénible en conduisant des caravanes jusqu' aux refuges les plus élevés — le massif offre de merveilleuses possibilités de divertissement à un nombre sans cesse croissant d' Européens, grimpeurs, naturalistes, ou simples rôdeurs de COllineSTraduit par L. S.

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