Pontresina - où se tient cette année l'assemblée des délégués du C. A. S

le plus grand soin et seulement « à la surface ». Et comme tous les alpinistes n' auront pas la chance de tirer une telle conclusion au tout dernier emplacement de descente de la cordée, je conseille chaleureusement à chacun de confier au feu purifiant, aujourd'hui plutôt que demain, toute corde marquée à l' encre de Chine, même si le soin le plus minutieux a présidé à cette opération!

Pontresina — où se tient cette année l' assemblée des délégués du C.A.S.

( Notes sur quelques coutumes des habitants de PEngadine. ) Par CI. Saratz.

Avant de jeter son dévolu sur une localité comme but de voyage, on se munit généralement de prospectus que l'on s' est procurés dans l' agence de voyages la plus rapprochée; c' est fort bien, car les illustrations et les dessins nous permettent de nous faire une idée de l' endroit choisi et d' établir à l' avance un programme de voyage. Je crois toutefois que de nombreux membres du C.A.S. se trouvent dans la même situation que moi, lorsqu' ils visitent un endroit inconnu: ce ne sont ni la première visite ni les suivantes qui procurent le plus de plaisir; seules une pénétration plus profonde dans le caractère et les sentiments intimes de l' habitant, la connaissance de sa culture et de son point de vue sur la nature qui l' environne parviennent à faire de mon séjour une jouissance réelle.

Nous allons essayer de donner ici à nos membres, désireux de participer à notre fête centrale, un petit « vademecum » destiné à intensifier leur agrément au cours de leurs excursions en Emgadine.

1830. A cette époque, Pontresina compte 400 âmes. Une paysannerie de vieille souche cultive assidûment des champs plutôt maigres. Sur les pentes ensoleillées s' élevant en terrasses au-dessus du village, jusqu' à 1900 m. d' altitude, on cultive depuis des siècles de l' avoine, de l' orge et du seigle. Un moulin ronronne au bord du ruisseau Languard. Un deuxième moulin actionne le célèbre atelier de l' armurier Jan Marchet Colani qui, au cours de son existence, a tué 2700 chamois. C' est précisément à ce moment que son invention, un fusil de chasse avec canon à deux coups, faisait fureur. Sur les gras pâturages du val Roseg et du val del Fain paissent des troupeaux de gros et de petit bétail bergamasque et une magnifique forêt fait l' orgueil de ce modeste petit peuple de montagnards. Deux auberges tout aussi modestes vivent du trafic à travers le col. Les muletiers, montagnards barbus et rompus aux intemperie s, constituent, par leurs voyages par le col du Bernina vers le Tyrol et les vallées septentrionales des Grisons, la seule liaison avec ce qui se passe dans le monde. L' arrivée de leurs longues colonnes est chaque fois une vraie fête pour tout le monde, hiver comme été. Quelques familles patriciennes possèdent leur propre commerce — le plus souvent des crémeries et pâtisseries — à Alençon, Amsterdam, Berlin, Rouen, La Rochelle, Nevers, etc.; quelques-uns de leurs fils ont choisi la carrière militaire, ancienne tradition! Ces émigrants reviennent généralement deux fois dans leur pays: une première fois pour y prendre femme parmi les Enga-dinoises, et la deuxième fois, après avoir remis leur commerce à leur fils, pour passer paisiblement le soir de leur vie dans leur cher Pontresina.

1870. Pontresina compte 500 habitants. Quels changements profonds se sont accomplis! La construction des routes alpestres a supplanté la culture des céréales. La mensuration trigonométrique de nos montagnes, effectuée par le géomètre Coaz, devenu plus tard inspecteur forestier, a, vers le milieu du siècle, fourni aux alpinistes anglais les plus connus l' occasion d' accomplir les premières ascensions de nos sommets. Alors fut découverte la beauté de notre vallée alpestre. Les alpinistes et les naturalistes font l' éloge de cette « terra nova ». Déjà il existe une série de grands hôtels qui ont de la peine à faire face à l' affluence des étrangers. Nombre de ressortissants de Pontresina ont liquidé leur commerce à l' étranger pour se vouer à l' hôtellerie. Ils ont du succès, puisqu' ils peuvent pour ainsi dire rester dans leur branche, et leur activité à l' étranger porte ses fruits. Il est intéressant de noter qu' en 1881, un établissement qui occupe aujourd'hui un premier rang a enregistré un nombre de nuitées qui, dès lors, n' a jamais été dépassé, en dépit de tous les nouveaux moyens de communication.

Nous nous abstiendrons de parler ici de l' an de grâce 1943, nous nous en entretiendrons à Pontresina même.

Venons-en maintenant à la population et à ses us et coutumes. Tout comme la maison de l' Engadine produit sur l' étranger une impression d' en, ce petit peuple a également suivi sa propre voie sans se laisser influencer. Cher promeneur, tu ne trouveras ces détails dans aucun prospectus, essaie néanmoins d' élargir, dans ce domaine aussi, tes connaissances concernant ce coin de terre. De son propre chef l' Engadinois ne dira pas grand' chose, car ces sujets lui appartiennent en propre et sont, en quelque sorte, du ressort de sa vie privée. Il les cultive pour lui-même et pour sa postérité. La place dont nous disposons ici ne suffit évidemment pas pour esquisser, même brièvement, un tableau de la vie familiale avec ses mœurs et ses coutumes. Nous devons nous contenter d' indiquer quelques usages populaires encore en vogue aujourd'hui.

La « Bavania ». Le 6 janvier de chaque année, jour des Trois Rois, les jeunes filles se rassemblent pour découvrir le présage de ce que la nouvelle année leur apportera. La fonte du plomb joue ici un rôle important. A cet effet, il faut aller chercher de l' eau à la fontaine en marchant à reculons; le bois et le talc doivent avoir été dérobés chez une veuve et il n' est permis ni de rire ni de babiller. Si l'on réussit à observer toutes ces prescriptions, les formes bizarres du plomb raidi dans l' eau froide présageront l' avenir! Il va de soi que les jeunes gens, comme aussi ceux qui sont plus âgés, s' efforceront de troubler les prémisses nécessaires par toutes sortes de farces. En outre, un livre de « Bavania », incompréhensible pour le profane, repose sur la table. Il est écrit à la main et date généralement de quelques siècles en arrière; mais au moyen de dés et d' un système de répertoire compliqué, il donne une réponse sûre à toute question. Enfin mentionnons encore le jet de la pantoufle à minuit, à un croisement de routes.

La direction indiquée par la pointe de la pantoufle est très significative pour la jeune fille; c' est celle de la demeure de son futur époux, ou encore celle de l' hôpital, de la gare, ou même du cimetière.

La « Bacharico ( boucherie ) est une fête joyeuse, une occasion bienvenue de jouer toute espèce de tours. Mentionnons en -passant que chaque ménagère a évidemment ses petites recettes jalousement gardées et qu' elle est persuadée que ses saucisses sont les meilleures! Elle opère elle-même le mélange et personne d' autre ne doit ajouter l' assaisonnement; elle est entourée et admirée dans son art par ses filles et ses petites-filles qui, un jour, seront en mesure d' en faire autant. C' est un honneur d' être invité à la « bacharia » qui donne droit à quelques dégustations, et les compliments qu' elle reçoit de ses hôtes ravissent la ménagère ( même si elle n' en laisse rien voir puisque son art est indiscuté, cela va de soi ). Or, l' organisation de la « bacharia » n' est pas si simple qu' il le paraît. Les jeunes gens essaient par tous les moyens de voler le porc destiné à cette boucherie, ou même, si possible, aussi le bœuf gras. L' espionnage et le contre-espionnage trouvent à cette occasion un vaste champ d' activité, et souvent les voleurs tombent dans des pièges inextricables. Mais si le vol réussit, le voleur impose la rançon sous forme de saucissons. Par contre, quelle malchance si le bon bœuf ou le porc peuvent, lors de la capture, se dégager et entreprendre une petite excursion dans le voisinage, pour leur propre compteLes saucisses elles-mêmes ne sont pas à l' abri du vol. Elles sont même remplacées parfois par des boyaux remplis de sciure! Bref, une « bacharia » comporte toujours quelque chose de surprenant, d' excitant et plus d' un heureux couple lui doit son bonheur.

Le « Chalandamarz » est une coutume printanière qui remonte sans doute à l' époque païenne. Généralement, le premier mars, une neige épaisse recouvre encore le fond de la vallée. Pourtant, ce jour-là, le moment semble être venu où, par un grand cortège et encore plus de vacarme, le séjour doit être rendu désagréable aux méchants esprits de l' hiver qu' il faut refouler vers la montagne. C' est pour de bonnes raisons que le soin de ce tapage incombe aux garçons. Ils s' y adonnent avec enthousiasme et de tout leur cœur! Par une course de vitesse, ils s' assurent auparavant les plus grosses « plumpas » ( toupins ) qu' ils peuvent trouver, et leur bruyant cortège n' est interrompu de temps à autre que par un chant en romanche, des airs anciens où figurent encore le loup et d' autres sujets qui n' existent plus de nos jours.

Il y aurait encore bien des choses charmantes à dire sur ces vieilles coutumes, ainsi, par exemple, sur la montée à l' alpe et sur la descente en automne, surnommée « imsüras » ( mesurage du fromage, etc. ), sur les « charredas », joyeuses parties en char organisées par la jeunesse pour clôturer les fenaisons, sans parler des célèbres « schlittedas », ces sorties traditionnelles en traîneau, où l'on utilise uniquement les antiques « Bockschlitten », ainsi que les vêtements et costumes que l'on conserve depuis des siècles dans des armoires sculptées avec amour. Toutes ces belles coutumes sont soigneusement cultivées et conservées, et, au moment de les mettre en pratique, on se comporte comme les ancêtres, car c' est en cela que réside le charme de ces usages, qui servent à maintenir le sens de la famille, l' attachement au sol natal et l' amour du pays.

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