Quelques Anglais dans les Alpes suisses au XVIIe siècle

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Par G. R. de Beer.

Le commencement du XVIIe siècle ne fut pas à vrai dire une période propice pour le tourisme. Déjà, à la fin du XVIe, les discordes religieuses avaient divisé l' Europe en deux camps, de sorte que les voyageurs durent faire preuve de prudence et de ruse lorsqu' ils se trouvaient dans le camp opposé. Deux hommes dont nous avons déjà parlé2 ), Fynes Moryson et Thomas Coryat, nous en fournissent la preuve, et l'on se rendra peut-être mieux compte de. leur témérité quand on songe qu' avant de quitter l' Angleterre Fynes Moryson avait déposé cent livres comme gage-assurance, ce qui lui donnait le droit de toucher trois cents livres à son retour. La guerre de Trente ans n' était pas faite, elle non plus, pour encourager les Anglais à voyager. Il est cependant intéressant de constater qu' un colonel anglais assista à la bataille de Mazzo dans la Valtelline, le 3 juillet 1635, dans les rangs impériaux, et fut fait prisonnier par l' armée victorieuse du duc de Rohan.

A l' époque de la guerre civile nous voyons sur le continent John Evelyn qui fit sa fameuse traversée du Simplon en 1646. Après lui, le premier Anglais qui décrivit son voyage à travers la Suisse fut Sir John Reresby. Navré par l' état politique de son pays, il le quitta pour la France en 1654, à l' âge de 19 ans. Deux ans plus tard, il se décida à visiter Venise et partit à cet effet de Lyon le 18 octobre 1656, accompagné de son domestique, de son compatriote M. Berry, de deux messieurs italiens et d' un courrier qui se chargea, moyennant une certaine somme, de leur fournir tout le nécessaire: voitures, logements et manger, entre Lyon et Padoue. Ce voyage exigeait un certain courage, car la peste sévissait en Italie, et même si l'on réussissait à échapper à l' infection, on courait toujours le risque de se voir séquestrer pour une quarantaine, si le lieu de provenance était pestiféré, quitte à recommencer les quarante jours, si un seul des détenus venait à mourir de quoi que ce soit le trente-neuvième. De plus, l' année 1656 fut très troublée en Suisse, où la première guerre de Villmergen avait éclaté entre les cantons réformés et catholiques. Mais au moment du passage de Reresby, la guerre était terminée à l' avantage des derniers et, en passant par Mellingen, Reresby se borne à dire que c' était là que le premier coup avait été tiré.

Un intervalle de neuf ans sépare le voyage de Sir John Reresby de celui de l' illustre naturaliste John Ray, précurseur et même, sous certains rap ports, devancier du grand Linné. Accompagné de ses amis Philip Skippon, Nathaniel Bacon et Francis Willoghby, Ray quitta l' Angleterre en avril 1663, parcourut l' Allemagne et l' Autriche, franchit les Alpes par la route du Semmering et le col de Pontebba et séjourna pendant dix-huit mois en Italie. Après avoir visité les villes principales de ce pays, Ray, Skippon et Bacon se trouvèrent le 20 mars 1664165 à Taufers. Du voyage à travers la Suisse il existe deux récits: celui de Ray et celui de Skippon. Ce dernier est le plus détaillé en ce qui concerne les détails de la vie journalière du pays.

1er avril. A une heure de Glarus nous passâmes par un village nommé Nevels ( Näfelsdeux heures plus loin nous atteignîmes Bilten, village protestant, et une heure après nous déjeunâmes à Schiibelberg ( Schübelbach ), village catholique. Ensuite, après deux heures, nous passâmes par Lachen au bord du lac de Rappersuil ( Rapperswil ), en face de la ville du même nom ( où il y a un long pont en bois sur le lac ), protestante et soumise à Uri, Switz ( Schwyz ) et Glarus 1 ). A une heure ou une lieue de Lachen nous quittâmes la vallée, nous gravîmes une colline raide et chevauchâmes sur la neige pendant deux heures jusqu' à Einsidle ( Einsiedeln ), village du canton de Switz. Ici se trouve une abbaye de bénédictins, dans l' église de laquelle il y a une petite chapelle dédiée à Notre-Dame d' Einsidle, incrustée de marbre à l' extérieur et ressemblant à l' intérieur à celle de Lorette. L' abbaye est sous la protection du canton de Switz et s' il y a des procès criminels tombant sous la compétence de l' abbaye, un juge de Switz vient les entendre. Ici, comme d' ailleurs nous nous en aperçûmes dans tous les endroits adonnés aux dévotions superstitieuses, les mendiants abondent.

2 avril. Nous fîmes une heure à cheval jusqu' au village de Brunnen où, moyennant un louis ou demi-ducat et trois batz, nous frétâmes une barque qui nous conduisit en trois heures à Fluellen ( Fluelen ), et une demi-heure après nous arrivâmes à Altdorf. De la somme payée à Brunnen, huit shillings de Switz étaient pour les chevaux. En passant sur le lac de Lucerne, nous vîmes tomber d' une haute montagne un grand amas de neige, ce qui fit un bruit ressemblant au tonnerre.

f: .:& Altdorf est un joli bourg, plus petit que Glarus; l' église est coquette. Nous vîmes la tour sur l' emplacement de laquelle on raconte que l' arbre s' élevait auquel fut attaché le fils de Tell, lorsque son père dut percer d' une flèche une pomme sur sa tête, pour n' avoir pas salué un chapeau. Dans une rue avoisinante se trouve une fontaine portant des statues de Tell et de son fils, ainsi que des représentations de flèches et d' une pomme; et pendant notre trajet sur le lac on nous montra une chapelle bâtie à l' endroit où Tell s' échappa. Puisque ces événements constituent l' origine de la République Helvétique, je n' en donnerai pas ici la relation tirée de l' histoire universelle de Boxhornius et je ne ferai qu' y renvoyer: pag. 817, an. 1298. Les gens de Switz et d' Underwalden ( Sylvania ) se joignirent à ceux d' Uri ou d' Altdorf. On boit ici le vin de la Valtelline et celui de Lugano.

4 avril. Nous nous embarquâmes à Fluellen pour la somme d' un écu et demi de Milan, et après sept heures nous abordâmes dans le canton d' Under, et une heure plus tard nous arrivâmes à Stanz, chef-lieu de la Sylvania Inferior ( Nidwald ) ( celui de la Superior [Obwald] est Stanner [Samen] ). Plus petit que le bourg de Switz, il a une belle église.

Les cantons de Switz, d' Uri et d' Underwalden n' ont pas de champs, mais seulement des pâturages; le blé et le vin leur sont apportés d' ailleurs. De hautes montagnes et de grands lacs protègent leurs pays.

5 avril. Nous chevauchâmes presque une lieue et, nous étant embarqués à Stanzstad, nous traversâmes en une heure une partie du lac de Lucerne ( le même que nous passâmes le 3 ) jusqu' à Winchel ( Winckel ) pour environ cinq batz, et en deux heures nous arrivâmes à Lucerne, jolie ville ( plus petite que Zurich ), située à l' extrémité du lac où, l' eau étant peu profonde et boueuse, t' atmosphère en souffre par conséquent.

Voilà donc un petit groupe de voyageurs qui ont ceci de particulier qu' ils ne se contentent pas de traverser les Alpes une fois pour toutes, mais qui combinent un petit circuit, vont voir Glaris qui n' est pourtant pas sur leur chemin, pas plus qu' Einsiedeln, Schwyz, Altdorf ou Stans. Arrivés à Lucerne, ils en repartent pour Zoug, Zurich, Bade, Soleure, Berne, Fribourg, Lausanne et Genève: ce sont de vrais touristes qui bravent la neige, les chemins escarpés et les embarcations, simplement pour le plaisir d' aller voir, de botaniser, de s' oc d' histoire naturelle ou de s' informer des mœurs et coutumes des habitants. De plus, il paraîtrait d' après leurs récits que ce fut une vraie partie de plaisir: aucune plainte, aucune réflexion grincheuse, aucun accès de « spleen » ne vient troubler leur sympathique appréciation. Au contraire, leurs pages ne contiennent que de sobres éloges sur la propreté et les bonnes manières des habitants, la beauté des maisons, des églises, etc. Ray dit même:

On peut voyager sans danger dans leur pays une bourse d' or à la main. Lorsque nous arrivions à l' auberge, les gens auraient été très blessés, si nous avions pris la précaution d' emmener nos valises dans nos chambres au lieu de les laisser dans les salles communes!

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