Seize Genevois à ski dans les Grisons

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Par Paul Schnaidt.

« Viens! Les aurores que nous avons à voir sont comptées, et la nuit du tombeau est éternelle. » ( La Prière de l' Aurore ) ( S' Bah 1 ).

« Jusqu' à l' instant où mes yeux se fermeront pour toujours, je remercierai le Seigneur d' avoir permis qu' un tel souvenir enchantât ma vie. » ( Le Souvenir unique. 1 ) Programme des courses de la Section genevoise du C.A.S. 1935. On lit, page 14: du 24 février au 3 mars, grande course de ski: Traversée des Grisons, pour skieurs entraînés, etc., etc.

Samedi, 24 février, 11 heures.

« Allo! allo! les Gets?... Appelez Schnaidt au téléphone s. v. pl. Allo! ouiAh! salut Roland... quoi, vous voulez partir, vous n' êtes pas fous? Non, tu sais, voilà deux jours que le temps est atroce, il pleut, il dégèle, le fœhn souffle sans arrêt, les avalanches tombent, ah! non!... quoi? quel-ques-uns veulent partir à tout prix! bon, bon, moi, je ne pars pas, comme chef de course, je renvoie le départ de la course à 15 jours... quoije suis un „ dégonflétant pis — salut, bonne chance, si tu pars. » C' est ainsi que débutait cette fameuse course dans les Grisons, course dont on avait tant parlé, dont tant s' étaient réjouis, dont tant nous en-viaient! Triste. Depuis deux jours les éléments se déchaînaient avec rage, destructeurs. La neige fondait, se transformait en grands lacs, les sapins blancs pleuraient et s' habillaient de deuil. Des parapluies oui, mais pas de skis! Quel désastre. Partout, en Savoie, dans 1' Oberland, dans les Grisons, même temps. Et les avalanches!

Dimanche matin, 25 février, Col des Gets.

Ciel bleu, soleil radieux, neige, hum! inavouable. « Eh! le „ dégonflé ", salut — ouf! Salut Roland — salut, vieux — oui, il fait beau, tant pis; qu' au fait à ma place? Aller dans les Grisons pour faire des jassoui, oui, je suis un „ dégonflé " ( puisque Milot l' a dit !), mais les Grisons annoncent des avalanches, le sale temps, interdiction de faire des courses, alors! Tu sais, ce n' est pas drôle d' être chef de course; si on part et que le temps soit mauvais: musique, si on ne part pas et qu' il fasse beau: grande musiqueAlors dans 15 joursOui, si le temps est bon! » Lundi 26 — Genève, Grisons, partout, il pleut, il fait chaud, le fœhn, les avalanches, impossible de skier. Et ainsi toute la semaine.Vendredi, 8 mars — le temps est moins mauvais, il ne souffle plus de fœhn, il neige. Risquons le départ, je compte sur ma bonne étoile!

Samedi, 9 mars, à 13 heures, gare de Cornavin.

Seize Genevois animent de leur visage radieux le départ de l' express — le chef de course a confiance, il fera beau, assure-t-il.

« — Attention aux avalanches, mon petit — bonne semaine, mon grand — sois prudent, mon chéri — », un remous, un dernier baiser, peut-être une petite larme dans le coin de l' œil... et déjà le train a séparé nos joyeux skieurs de celles qui avaient voulu les voir partir!

Coire, 23 h. 30 — il fait froid, nuit noire, le chef de gare en grande tenue s' avance: « Messieurs les Genevois, je vous souhaite la plus cordiale bienvenue dans les Grisons et une belle semaine » — oh! quel accueil sympathique, c' est bon signe!

Dimanche, avant 6 heures, dans un wagon réservé à notre intention ( encore une attention délicate du chef de gare ), nous filons sur St-Moritz. Pour beaucoup d' entre nous, les Grisons sont le pays du mystère, des grandes révélations. Voir les Grisons! c' est un rêve longuement caressé, ce sont des semaines de désirs, des moments d' élans enthousiastes — et nous y voilà!

Inutile de décrire les visages radieux, les sourires enjoués, les yeux brillants, le ton des conversations, un seul esprit, un seul cœur, un tout: seize Genevois en vacances. Puis il fait beau, le ciel est d' un bleu profond, les paysages sont immensément blancs.

De Coire, par Reichenau, le train nous fait remonter le cours du Rhin, hérissé d' obstacles, de rochers, de châteaux. Tiefencastel, un seul regard vers les pentes de Mons où nous descendrons dans quelques jours si tout va bien. Puis c' est la vallée sauvage de l' Albula, Filisur, Bergün, puis le tunnel, Bevers. Le cœur bat plus vite, les yeux fixent plus intensément, le jour est plus radieux, le ciel plus clair, la neige plus brillante, nous entrons dans l' Engadine. Le charme qu' exerce ce nom sur l' entendement humain est incroyable et crée un tel état d' esprit que la tâche du chef de course devient aisée et un plaisir; un désir a la puissance d' un ordre, un ordre celle d' un commandement. Le Genevois, connu comme type « ronchon », contradicteur, pénible, se transforme en enfant docile au contact des splendeurs de la divine nature.

Samaden, St-Moritz. Un nom prodigieux, fascinant... notre désir s' est réalisé, nous sommes dans la capitale sportive du monde. Un instant d' émo retient notre souffle, retient les battements de nos cœurs quand nous descendons du train.

Nous laissons sacs et bagages à la gare et partons aussitôt pour Corviglia, nos jambes, nos skis sont impatients de toucher la neige d' Engadine! Le long voyage a quelque peu engourdi nos muscles. Aussi est-il décidé de monter à pied. Quel charme, quel enchantement, nous sommes comblés. Le temps est superbe, la neige se présente en d' excellentes conditions. Par Chantarella nous grimpons le long de la piste de descente. Peu à peu, la Haute-Engadine nous offre son incomparable paysage, et nos cœurs battent fort d' émotion, d' enthousiasme, de joie. Il est des impressions, des sensations qu' on sent, qu' on vit, qui font vibrer, mais qu' on ne décrit pas, de peur de trop mal les rendre, de peur d' entacher la pureté de la vision.

En moins de deux heures et demie tout en bavardant, en observant, en étudiant la piste, où des diables bleus, gris, blancs, rouges, bruns dévalent à une allure folle, nous arrivons à Corviglia. Panorama immense, saisissant, grandiose. Notre sang bout, notre regard brille d' une étrange clarté... les Grisons, l' Engadine, St-Moritz!

Un repas frugal à la cabane ( 2550 m .), puis, sans perdre de temps, l' équipe genevoise part, glisse, glisse, fonce, vole. Oh! quel ensemble merveilleux, quelle cohésion, un arrêt court, on crie sa joie, puis, los! schuss! les skis hurlent, le souffle se retient, les yeux pleurent. Alp Giop, nouvel arrêt. Tout le monde a rejoint, tout va bien, on repart, un passage difficile en forêt, un chemin, les rues de St-Moritz, un cri unanime, un seul élan! En route pour le funiculaire de Corviglia, on remonte.

La deuxième descente ne le cède en rien à la première et c' est à une allure folle, plus folle encore, que les seize Genevois « mangent » cette descente; on vit et il fait bon vivre.

Les plus nerveux remontent encore une fois, les autres visitent St-Moritz, dans son habit du dimanche, inondée de soleil et de cris des nombreux Italiens qui viennent de Milan et de Turin.

Puis à 18 heures, le train nous mène à Pontresina, pays admirable, accueil charmant, soirée très gaie. Toute notre petite cohorte est joyeuse, heureuse, contente.

Lundi matin à 8 heures, le premier train nous monte à Berninahäuser. Le ciel est radieux, merveilleusement bleu, le baromètre très haut, le thermomètre très bas. Berninahäuser ( 2046 m .), paysage sobre, calme, de montagnes blanches encerclé.

Nous partons en hâte et grimpons allégrement les pentes qui vont nous conduire au plan du lac de Diavolezza ( 2576 m. ). De là, par une longue montée droite, assez inclinée, on arrive rapidement à la cabane Diavolezza ( 2974 m. ) Spectacle surprenant, le souffle un instant s' arrête, les yeux s' ouvrent démesurément à la vue du panorama gigantesque qui d' un coup surgit au sommet de l' ultime bosse de la montée. Là, devant nous, majestueux, imposants, le Piz Cambrena, le Piz Palü dont les trois sommets barrent l' horizon, le Piz Zupo, la Crest' Aguzza, le Piz Bernina, 1e Piz Morteratsch. Tout cela, c' est grand, c' est imposant, c' est grandiose dans la splendeur du ciel lumineux, intensément bleu. Après un court arrêt à l' accueillante cabane, il faut avoir le courage de se séparer de cette gigantesque vision, de ce beau point de vue. Par des pentes raides, on descend rapidement jusque vers la moraine du Vadret Pers, glacier plat qui permet de gagner le fameux passage d' Isla Pers, descente de grande classe, terriblement raide, qui conduit au Glacier de Morteratsch. C' est un moment admirable, du ski parfait dans le plus merveilleux des paysages. Belle neige, belle piste, passages intéressants, vitesse grisante, enthousiasme grandissant — tout va si vite, trop vite — Morteratsch, Pontresina — les heures ont filé comme des minutes. Quel-ques-uns des nôtres partent tout de suite pour Muottas Muraigl et la Tschimas da Muottas afin de faire, dans une poudreuse légère, une descente grandiose. Les autres flânent en cette fin d' après à Pontresina: et c' est dans l' allégresse de l' ivresse blanche que se termine cette deuxième journée.

Mardi, il fait à peine jour, les dernières étoiles scintillent au ciel, l' horizon s' éclaire, nous sommes déjà en route pour le Val Roseg que nous remontons " à travers la forêt où mille traces de gibier nous amusent. Il fait un froid terrible, 23° en-dessous de zéro, quand nous arrivons après une marche rapide au petit restaurant du val, plongé dans une demi-obscurité, alors que les sommets éclatent de lumière. Un court arrêt et en route pour l' Alp Surovel et Margun Sur où les premiers rayons du soleil ravissent nos membres gourds. Une sérieuse montée nous attend jusqu' à Fuorcla Surlej ( 2753 m .) que nous atteignons vers 10 h. 30. Tout au long de notre chemin, le grandissant panorama enthousiasme notre groupe, allège nos sacs, anime nos jambes; l' arrivée à la Fuorcla est d' une imposante splendeur; la vue sur le Piz Roseg et le Vadret da Roseg, sur le Julier, 1a plongée sur la Haute-Engadine, et les nombreux Piz qui l' encerclent sont admirables, majestueux. Hélas, le temps nous est limité, un court arrêt au petit restaurant du col, un cri de rassemblement et oust! c' est la grande folie de la descente, menée à une allure rapide, à un train d' enfer. Jusqu' à l' Alp Surlej le terrain est ouvert, puis c' est à travers la forêt que nous gagnons Surlej à l' heure où le soleil éclaire d' une façon étonnante le plus beau, le plus saisissant des paysages. Nous rejoignons Silvaplana à midi; nos yeux sont trop petits pour enregistrer les mille merveilles de cette partie de l' Engadine, poétique et grandiose. Une extraposte commandée la veille nous attend, elle va nous conduire, par la route taillée dans la neige haute de plusieurs mètres, jusqu' au sommet du Col du Julier ( 2288 m. ). C' est un moment de repos exquis que celui passé dans le car confortable des P. T. T. La lumière est fantastique, les ombres fascinantes; nous parlons peu, c' est trop beau, trop émouvant. Au sommet du col, paysage grandiose, immensité merveilleuse. Un chasse-neige des P. T. T. ultra-puissant de passé 200 HP retient notre attention. Encore un coin où on voudrait rester! satanée montre qui ne veut pas s' arrêter. Nous chaussons les skis, puis dévalons les pentes, attrapons la route jusqu' à Bivio ( 1776 m. ). Le pays a complètement changé d' aspect, cette vallée de la haute Julia a un caractère nettement italien et le petit village de Bivio, tout recouvert de neige, en rehausse le cachet. Notre émerveillement est grandissant, notre enthousiasme est complet, on chante, on rit, on boit, la vie est bonne et douce.

Un nouveau car postal nous attend; il va nous faire descendre la vallée de l' Oberhalbstein et nous conduire à Savognin. Le trajet est extraordinairement intéressant et beau, des villages coquets, Marmels, Molins, Roffna, Tinzen, et nous passons d' un paysage ravissant dans une contrée plus belle encore. Combien les Grisons sont merveilleux, quelle variété de sites, quelle diversité de structure!

Savognin ( 1215 m .) est bientôt rejoint, nous avons le temps de goûter au charme du petit village et aux délices de l' Hôtel Pianta. Vers 17 h. 30, la chaleur étant moins forte, nous quittons de charmants minois rieurs et enjôleurs pour nous diriger sur les chalets de Radons où nous devons passer la nuit. La montée est admirable par Cuort et Mansiel, un peu pénible, il 201 - Photo E. Roland mars 1935Piz Palü vu de la cabane Diavolezza 202. Photo e. Roland, mars 1935Descente du Weisshorn d' Arosa Brunner & Cie. S.A.Z.urichsur Litzirüti est vrai, car la fatigue de la journée se fait sentir, et la nuit nous surprend en cours de route, ce qui a le don de faire baisser pour d' aucuns de nous le baromètre de l' enthousiasme! Mais le refuge de Radons ( 1870 m .) approche et le chant des étoiles et la clarté de la lune égayent le parcours. Radons est un groupe de chalets admirablement flanqués sur les pentes merveilleuses du Piz Pianta et du Piz Martegnas. Au refuge, une soupe fumante, un skiwasser délectable ont vite raison des quelques « rouspétances » et des grognements de ceux qui ont « tiré la patte » à la montée! Et comme toujours, en montagne, tout finit par un chant et le dortoir de la cabane n' est bientôt plus qu' un trou noir d' où s' échappe un concert de ronflements sonores et de sifflements aigus!

Au petit jour, mercredi, sous un ciel très clair et lumineux, notre groupe se retrouve frais et dispos, plein de joie nouvelle; de fatigue nulle trace. Tout va bien, une nouvelle belle journée s' annonce. Toute la région est baignée de soleil et les sommets neigeux brillent comme des diamants. Tout en bas, le village de Savognin et la vallée deviennent minuscules. Les pentes régulières sont fort agréables à monter, d' autant plus que la vue est attrayante sur le Piz d' Err et le Piz Michel. A peine deux heures et demie plus tard, nous atteignons le col de l' arête faîtière du Piz Martegnas, premier but de la journée. Nous y laissons nos skis et grimpons à pied jusqu' au signal sommital ( 2674 m. ). Quel ravissement, quel point de vue! c' est la grande joie, c' est le bonheur parfait que de flâner ici en fumant une pipe. Nous voyons au loin la Fuorcla de Ziteil où nous passerons cet après-midi. Bien à regret nous devons abandonner notre belvédère en gravant dans nos souvenirs une image intensément lumineuse du panorama, et regagner nos skis. Il fait chaud, on farte. Puis en route pour la descente! mais une vilaine surprise nous est réservée, la neige n' est guère bonne, un infect carton pendant quelques centaines de mètres fait goûter à quelques-uns le charme des belles chutes. Heureusement, en changeant de versant, tout s' arrange, nous retrouvons « notre » belle neige; alors la chasse reprend, la fuite s' organise, la folie recommence, la confiance renaît. A travers une belle forêt de mélèzes espacés nous gagnons le fond du ravin; un petit pont rustique nous permet de gagner l' autre rive de l' Adont ;. Mais il fait chaud et soif et la remontée de deux heures que nous avons à faire sera une rude épreuve et un dur calvaire. Le soleil de plomb tape dru, droit. Pourtant quelques blagues aidant, nous arrivons à Ziteil ( 2434 m .), petite chapelle calvaire adossée aux flancs du Piz Curver. ( Et nous qui croyions trouver une Wirtschaft avec du délicieux skiwasser !) Repos, casse-croûte, la douce somnolence, l' inévitable pipe, les bonnes histoires et déjà l' effort fourni à la terrible montée a passé dans l' oubli. Bientôt, après un dernier regard sur Martegnas, nous dévalons sur la Fuorcla de Ziteil qui va nous permettre de gagner la vallée de Tiefencastel. Là aussi, une surprise, mais quelle surprise! Une neige merveilleuse, une poudreuse légère, du duvet, pas ou peu de traces et, en plus, des pentes dont chacun rêve aujourd'hui encore! 0h! d' un coup, la bagarre recommence, se déclanche; un file, puis deux, puis tous dans une folle poursuite. Ah! ça « gazait », ça filait. Quel ensemble! les 16 Genevois se transforment en diables pourchassés par les anges. Jusqu' à Munter, sans arrêt, la joyeuse bande dévale, puis on respire, on regarde, on rit, on hurle sa joie. Les chalets de Ratitsch enfouis sous la neige se détachent sur la crête d' où émerge le Piz Michel; la splendeur du paysage nous force à un arrêt avant de continuer la folle course à travers la forêt et les clairières qui mènent à Pianezza. Là, le groupe de tête fonce, s' évade pour rejoindre Mons ( 1227 m .) et aller se régaler d' un skiwasser bien mérité. Mais les derniers du groupe ont rejoint et on repart pour l' ultime descente de la journée sur Tiefencastel que nous atteignons dans un enthousiasme indescriptible. Quelle Stimmung devant un verre de Veltliner et un Salsiz! Il faut avoir vécu ces heures pour en comprendre le charme.

La descente de Ziteil est l' une des grandes, des belles descentes des Grisons; variée, peu difficile, très longue, elle offre au skieur le summum de plaisir.

A Tiefencastel ( 857 m .) un car postal nous attend; au moment où le soleil s' incline dans le ciel et que les ombres montent, nous partons pour Lenzerheide. A basse altitude, sur les flancs sud la neige est partie, mais dès que nous gagnons en altitude les masses de neige réapparaissent. Lenzerheide ( 1477 m .), tout est calme, la saison est terminée. Admirablement soignée, notre troupe devise et reparle de la journée radieuse, tout en dégustant d' aimables flacons. Tout va bien dans l' équipe, pas la moindre fatigue.

Aussi, jeudi matin, bien avant que le village se soit réveillé, nous quittons ce coin délicieux pour continuer notre randonnée. Il est inutile de dire que le temps est admirable ( cela était prévu !). Les 16 Genevois vont bien; dès les premiers pas, les histoires partent, fusent, ça va marcher! Lentement, nous grimpons à travers les forêts qui s' échelonnent sous le Foil Cotschen et le Parpaner Rothorn. Aux chalets de Lajet, le soleil nous attrape, le terrain s' ouvre en vallonnements harmonieux. Bientôt Mutta, sous le Weisshorn est atteint; c' est alors la montée plus raide, plus dure, plus chaude aussi, l' allure diminue quelque peu pour gravir les flancs de l' Urdenerfurkli ( 2594 m. ). La vue est admirable sur la vallée, Lenzerheide, Valbella, Parpan, Churwalden et le trajet attrayant fait paraître les heures courtes. De l' Urdener, col qui permet de rejoindre Arosa, une grande combe descend et nous sépare du Hörnli; il ne faut guère de temps pour foncer, après un passage assez délicat, jusqu' au fond de la cuvette d' où part la descente sur Tschiertschen. On remonte en quelque 30 minutes à la cabane du Hörnli. La vue est féerique sur Arosa, son magnifique cirque de montagnes blanches et ses merveilleuses pentes à ski. A la cabane ( 2519 m .) nous retrouvons beaucoup de skieurs; tout est joie et gaîté. Un casse-croûte mérité, une pipe, du soleil: c' est l' ambiance heureuse. Nous avons cependant hâte de gagner Arosa et décidons de descendre par la piste directe, avec promesse d' aller gentiment! Vaine promesse: on part bien doucement, mais c' est trop beau, si bon, si merveilleux qu' après à peine quelques mètres la poursuite commence et de filer, et de foncer comme des fous jusqu' à Inner Arosa ( 1825 m .) où le groupe se reforme et gagne Arosa. Quelle gaîté dans ce village, quel mouvement dans cet Arosa accueillant, souriant. Comme il est à peine 16 heures, nous avons encore de longues heures pour nous divertir, pour déguster thé et porto, pour danser une entraînante rumba, pour rire, pour nous amuser.

Le vendredi avait été décrété jour de repos, sans gros programme, par l' état, mais la troupe ne l' entend pas ainsi, nous ne ferons que grasse matinée et une course sans trop de montée. D' accord! A 9 heures, plus frais et plus dispos que jamais, nous partons, skis sur l' épaule en rêvant le long du chemin, en admirant les délicieux minois des hivernantes, en écoutant les airs endiablés des orchestres de la patinoire, en observant d' un œil amusé les élèves des écoles de ski, en échangeant de gais propos. Et ainsi, doucement, sans fatigue, nous montons jusqu' à la cabane du Weisshorn ( 2401 m. ). Il fait un temps idéal, une température douce à souhait, atmosphère physique et morale faite pour la flânerie. Après le lunch, quelques-uns des nôtres font l' ascension du Weisshorn ( 2656 m .) d' où la vue panoramique est un spectacle grandiose. Nous choisissons pour gagner Arosa le chemin des écoliers, la descente la plus longue et la plus belle, par la nouvelle piste de Litzirüti. Elle est tout simplement magnifique et c' est à nouveau l' occasion de quelques belles chasses de vitesse. La piste traverse une région admirable par Prätsch et se termine par une traversée de forêt et une descente dans la piste de bob. Les cris de joie, les rires témoignent de notre fol enthousiasme. Quelques verres d' un excellent « Türkenblut » ( Veltliner et Asti doux mélangés en doses savantes ) mettent du feu dans nos yeux et dans nos cœurs. Soirée à Arosa pleine de gaîté.

Samedi matin, temps toujours beau, ciel immuablement clair, groupe admirablement dispos; nous partons par le premier train pour Langwies ( 1320 m. ). Deux traîneaux attendent nos sacs et nos skis qui sont montés par le chemin jusqu' à Birigen ( 1777 m. ). De là, nous grimpons tranquillement les longues pentes très bien jalonnées qui mènent par Runa au Mattlihorn ( 2464 m. ). Tout va bien, aucune défaillance, le groupe des Genevois se comporte comme un charme pour entreprendre la descente sur la cabane des Fideriser Heuberge ( 1950 m. ). Quel paradis que cette merveilleuse contrée! un monde de beautés. Notre enthousiasme ne connaît plus de limites. L' hospi cabane nous accueille chaleureusement pour le casse-croûte. Les heures passent vite et avant 13 heures nous continuons notre route; une heure et demie de remontée est un plaisir, peu pénible malgré la chaleur. Tout est si beau qu' on ne sent même pas les efforts que demande la regrimpée des flancs du Glattwang. Un arrêt, on se prépare pour la descente sur Jenaz qui est, elle aussi, l' une des plus belles des Grisons. Le groupe, toujours mû par la joie, part en trombe sur la piste qui dévale les pentes raides sur Larein, Schlegel et Jenaz. La neige est tout à fait bonne et cette longue descente se fait sans fatigue ni effort, sans heurt, toujours groupés et unis. A l' arrivée à Jenaz un seul cri sort de nos poitrines: « formidable » ( pour un Genevois ça veut tout dire ). Ah! si nous avions le temps de la refaire.

Vers la fin de l' après, le train nous emmène par Küblis ( les cœurs battent fort, car demain ce sera là la fin de cette heureuse randonnée ), Klosters à Davos. Le trajet varié suscite l' intérêt de tous.

Samedi soir, à Davos, un brin de mélancolie, beaucoup de regrets d' être déjà en fin de semaine étreignent nos cœurs. Les ressources nocturnes de Davos épuisées, nous allons goûter aux délices du sommeil.

Dimanche matin, 17 mars, dernier jour de vacances, de bonne heure nous gagnons la station de la Parsennbahn. Le ciel se voile un peu, les premiers nuages de la semaine, c' est certainement le regret des Grisons de nous voir partir! En une heure le train nous monte à la station terminus, située à 2693 m. Les trains les uns après les autres déversent d' innombrables skieurs, aussi à 9 heures décidons-nous de partir et de nous attaquer à ce fameux Parsenn, un prodigieux morceau. Quelques minutes de montée, puis c' est la descente fantastique, notre dernière, qui commence sur une piste immensément grande, polie à souhait, où les arêtes hurlent, où les jambes travaillent. Le tempo de la descente est rapide, admirable, notre groupe homogène file, se regroupe, repart de plus belle, fonce et déjà nous arrivons à Schwendi ( 1685 m. ). Comme c' est aujourd'hui dimanche, les skieurs sont nombreux à Parsenn. Nous continuons notre descente sur Conters, mais le tracé devient de plus en plus pénible, difficile, le terrain est littéralement labouré de chemins, de trottoirs étroits, c' est un dur passage, pauvres chevilles, pauvres cuisses! A 10 heures nous sommes à Küblis ( 760 m .), nous en avons tous sincèrement assez! Mais Küblis est pour nous le terme de nos vacances, la fin d' un rêve longuement caressé, devenu réalité et pleinement vécu, intensément vécu, une semaine de vitalité extraordinaire faite d' émerveillement, une semaine de vrai beau ski, une semaine de grand beau temps. Pas le moindre accident, pas la moindre défaillance n' ont assombri notre joie.

La parfaite réussite de la course est due à l' homogénéité sportive et morale du groupe composé cependant d' éléments bien divers, à la discipline librement consentie par chacun, à l' accueil chaleureux reçu partout sur notre passage, aux grandes facilités accordées par les C. F. F., les P. T. T. et les chemins de fer de montagne. Elle est due aussi à la bonne humeur et à l' entrain qui n' ont cessé de régner parmi nous, au beau temps qui nous a accompagné, aux conditions excellentes de neige dont nous avons été favorisés.

Et lorsque dans le train du retour nous avons fait les comptes, une belle surprise de n' avoir pas dépassé les prévisions réjouit à nouveau les participants.

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