Souvenirs d'un patrouilleur alpin

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Avec 5 illustrations ( nos 90—94Par Albert Dunant

I. Skieurs alpins ( avril—mai 1942 ) Première journée. Nous sommes montés rapidement jusqu' à un petit col situé entre des aiguilles rocheuses, à l' altitude d' environ 3500 m .; il fait un temps nuageux, mais nous espérons pourtant avoir une vue dégagée sur l' autre versant. Il n' en est rien, des brouillards se traînent, laissant apercevoir des pans de roche saupoudrée de neige fraîche et plus bas un bout de glacier isolé entre les brumes. Nous ne savons pas bien où nous sommes, ni par où nous redescendrons; il importe peu, si les chefs le savent, car nous saurons bien les suivre.

Le chef de section part le premier, et les 30 hommes le suivent à courte distance sur la surface unie du petit glacier. La neige est légère, il est facile de rester dans la trace ondoyante faite par cette chenille humaine, dans laquelle il s' agit de garder sa place, sans dépasser, ni se laisser distancer; on se sent heureux de faire corps avec ses camarades et de pouvoir participer aux évolutions de ce tout constitué. La pente augmente, les slaloms se font plus serrés, c' est maintenant un long serpent qui se tortille.

Mais voici que nous entrons dans le brouillard, la tête de la colonne disparaît, on ne voit que 4 ou 5 hommes devant soi; moins que jamais, il faut rester en arrière, car la trace est peu visible à cette allure; hésiter, la manquer, signifierait perdre le contact, se mettre en retard et risquer de se faire verser chez les « moyens ». En effet, chacun de nous tient à faire tout le cours dans la classe des « avancés », avec laquelle nous sommes mainte- nant. Parfois surgit du brouillard un groupe de skieurs arrêtés, on les rejoint, et en un instant les 8 ou 10 hommes de la patrouille sont rassemblés en ordre serré, skis parallèles; le dernier annonce: « complet », et déjà le chef fonce en avant, rattrapant bientôt la première patrouille, qui ne peut aller aussi vite à cause du peu de visibilité.

Il a suffi de cette première journée, la montée, puis la descente surtout, pour que l' esprit de corps se constitue, pour que tous les hommes de la patrouille se connaissent, deviennent camarades et reconnaissent pour chef le lieutenant qui les conduit, prêts à le suivre n' importe où, par tous les temps, et à s' entr en cas de difficulté ou de péril.

Exercice de compagnie. « Chaque section rejoindra le col de C. par une voie différente, et la compagnie se rassemblera là-haut à l' heure fixée. » Pour montrer que les militaires alpins peuvent passer par des itinéraires non habituels, notre section s' ouvrira un chemin par les séracs d' un petit glacier très incliné pour arriver au haut d' un gros rognon de rocher noir. Une certaine appréhension parcourt la colonne en marche sur le long glacier lisse à la vue des crevasses et des séracs qui nous dominent; car si la plupart sont de bons skieurs, ils ne sont pas encore habitués à la haute montagne. Ils verront pourtant qu' avec certaines précautions, on arrive à bout de ce qui paraissait incroyable ou presque impossible.

Nous apercevons la deuxième section qui monte à droite des rochers, d' abord à skis dans un couloir peu incliné, puis à pied, traversant en oblique un bombement glaciaire. A l' ombre d' un gros sommet imposant par ses hautes parois rocheuses, nous voici engagés sur la pente raide, cherchant les passages entre les crevasses; puis nous escaladons à pied quelques séracs en bordure du glacier. Cela prend du temps pour une pareille troupe, et les derniers doivent attendre, avancer pas à pas. Heureusement que la vue est toujours plus belle, qu' il fait chaud au soleil; nous avons en face de nous cette belle descente de 1000 m. de la cabane au glacier, qui se termine par le fameux couloir que nous sommes descendus la veille l' un derrière l' autre: 20 m. de largeur au plus, 300 m. de dénivellation et 60 % de pente. Au-dessus, les rochers déchiquetés d' une arête de granit qu' on aimerait à gravir en été, et ces belles ombres bleues qui sont posées sur les pentes harmonieuses et lumineuses.

Plus haut, quand la pente diminue, nos trois patrouilles marchent en colonnes parallèles composées chacune de trois cordées de trois hommes blancs. Cela a grande allure sur l' immensité du plateau glaciaire où nous arrivons, devant les sommets qui se dégagent toujours plus. La deuxième section est sur notre droite, un peu en avant, deux autres descendent à notre rencontre en une longue file.

Le rassemblement s' est bien effectué; le commandant du cours commence par faire un tour d' horizon, il nous explique le panorama, puis il donne les ordres pour l' exercice à venir; il s' agit de construire des positions SOUVENIRS D' UN PATROUILLEUR ALPIN défensives, retranchements et igloos aux environs du col. Rassurons-nous, nous n' y coucherons pas ce soir, mais dans quelques jours peut-être.

Arrivés à notre emplacement de travail, sur l' épaulement d' une large croupe glaciaire, nous commençons avec l' aide des sondes à avalanches par rechercher des places libres de crevasses, et chaque patrouille se délimite un espace sûr avec des cordes tendues sur les bâtons, à l' intérieur duquel nous pourrons circuler sans danger. Il est en effet important, même si l'on ne risque rien à la surface de la neige, de ne pas se trouver subitement au-dessus d' une crevasse béante après avoir creusé un trou de un ou deux mètres de profondeur.

Deux heures de travail dans la « carrière » à blocs, à 3300 m. d' altitude, demandent une bonne capacité de résistance après une forte montée, et juste le temps nécessaire à avaler un petit picotin. Les anciens enseignent les nouveaux, et bientôt tout le monde est à l' ouvrage, officiers et soldats façonnent les blocs, les transportent ou construisent l' igloo, ce qui est bien l' occupation la plus délicate.

L' arrivée de l' équipe de cinéma constitue notre récompense, nous travaillons au moins pour quelque chose de durable, nous semble-t-il. Nous posons la clef de voûte, bouchons les trous, dégageons l' homme prisonnier dans l' igloo en en ménageant l' ouverture. Après un instant de repos, chacun caché dans son trou, nous devons tous sortir, nous équiper rapidement comme pour une alerte, et, patrouille après patrouille, nous glissons vers la descente, parmi les légers brouillards qui s' effilochent autour de nous. Les cinéastes sont contents, car le spectacle est d' un grand effet, paraît-il: le silence sur la montagne, quelques taupinières bossellent vaguement cette croupe neigeuse, qui s' ouvre sur le vide de la vallée; au fond, la grande vue aperçue par instants au delà de l' arête qui nous fait face, tous les fameux 4000 valaisans. Soudain, ces diables blancs qui surgissent on ne sait d' où, chaussent leurs skis, prennent leurs sacs et glissent sans bruit en ordre serré pour disparaître vers le bas, pendant qu' un pan de brume vient voiler le paysage.

En manœuvres. C' est en ce bel après-midi clair une longue file d' hommes lourdement chargés qui remontent le long glacier que nous connaissons bien et qui mène à la frontière. A 16 heures, début de la manœuvre, nous avons revêtu les habits blancs avant de poursuivre jusqu' au col, d' où partira l' attaque. Nous formons les deux sections d' avancés, tandis que les moyens et les débutants iront se retrancher à l' endroit où nous avons déjà construit des igloos, pour défendre ce passage.

On parle peu dans la colonne, chacun s' applique à suivre la trace de son prédécesseur tout en maintenant la distance; il s' agit de ménager ses forces pour la fin de la journée, car nous ne savons pas encore où nous irons coucher ce soir, ou même si nous nous coucherons, profitant de la nuit pour passer inaperçus.

Au col on tient conseil: le gros de la troupe ira ce soir jusqu' à une cabane assez distante dans l' ouest, une patrouille restera près de là et une autre se rendra dans une autre cabane vers l' est. De là chaque groupe convergera vers la position pour l' attaquer au même moment au cours de la deuxième nuit, le troisième devant redescendre dans la vallée, monter un petit glacier encaissé et arriver par derrière pour provoquer l' effet de surprise. Notre patrouille est désignée pour cela, et nous en sommes contents malgré la longue marche que cela représente; car nous préférons rester entre nous en petit nombre, et puis cette mission spéciale nous plaît.

Les 9 hommes de la patrouille suivent le pied d' un large sommet peu élevé, dont les feux du couchant dorent les couloirs de glace et l' arête rocheuse, ils atteignent un petit col après une courte montée à pied. Les couleurs s' atténuent progressivement à mesure que nous avançons, et pendant que les étoiles apparaissent au ciel; les regards ne pouvant plus se fixer sur terre se reposent alors volontiers sur ces dernières. Un nouveau col est atteint de vive nuit, et c' est alors un plaisir de se laisser glisser sur la neige dure. Une vraie épreuve nous attend par contre au pied de notre cabane, dans la courte remontée, que nous croyons bien de faire sans les peaux de phoque; le sac semble alors inhumainement lourd, et c' est bien la proximité du but qui nous pousse à marcher. Nous arrivons à 22 heures, sans que l' ennemi d' en face ait pu nous apercevoir.

Le lendemain, nous restons camouflés par un temps radieux; interdiction de se montrer du côté ouest, pour ne pas laisser deviner notre présence ici. A tour de rôle, nous nous glissons jumelles en main, pour examiner les positions ennemies, ainsi que les sommets environnants, bien entendu. Nous voyons très bien nos camarades s' affairer autour des camps et construire des retranchements, ce qui nous permet de repérer exactement leur position. D' un côté cette inaction forcée est la bienvenue pour nous reposer des fatigues de la veille, mais les alpinistes déplorent l' occasion manquée de faire une petite ascension bien intéressante, que nous n' avons pu faire la semaine dernière à cause du brouillard. Ce dernier nous procura par contre un bon exercice de marche à la boussole des patrouilles encordées, sur les immenses glaciers de la région.

Nous mettons en pratique l' expression consacrée: « Pourvu qu' on bronze! » Du moment qu' on peut lézarder au soleil, le reste n' a absolument aucune importance! Des touristes sont de passage à la cabane, et il se trouve que ce sont des Tessinois, officiers alpins d' une autre brigade de montagne, qui sont contents de pouvoir fraterniser avec des camarades romands. Et nous sommes heureux de pouvoir les servir selon nos moyens.

Je voudrais dire ici toute la reconnaissance qu' ont les patrouilleurs de haute montagne envers le C.A.S., dont beaucoup sont membres, pour la possibilité qui leur est donnée d' utiliser les cabanes du club au cours de leurs longues randonnées. Le vrai repos qu' on y trouve, la bonne cuisine qu' on y peut faire, en un mot la détente, sont inappréciables comparés aux fatigues et aux difficultés du bivouac. Ils manifestent leur reconnaissance, d' après tout ce que j' ai pu voir, en respectant ces cabanes qui leur sont chères, en se montrant aimables et serviables envers les touristes civils qu' ils ren- SOUVENIRS D' UN PATROUILLEUR ALPIN contrent, et en comprenant l' esprit d' entr et de bonne humeur qui doit y régner.

Notre départ se fait à la tombée de la nuit, toujours pour ne pas être aperçus; les circonstances veulent que nous gâchions ainsi une belle descente sur neige croûtée vraiment détestable. Plus bas, le guide R. nous montre toute son habileté à « stemmer » sans briser la légère croûte. Nous prenons le fameux couloir décrit plus haut, que je préfère descendre à pied, devançant facilement ceux qui s' évertuent à le faire à skis malgré la fort mauvaise neige et la nuit.

Après une rude montée à pied sur des terrains morainiques sans chemin battu, nous jouissons d' une marche légère et facile sur la surface lisse du glacier; nous avons pu déposer nos sacs au fond de la vallée, du moment que nous y reviendrons tout à l' heure. Les étoiles brillent intensément au ciel et éclairent très suffisamment notre chemin; il n' y a pas de vent et il ne fait pas froid. C' est vraiment bon d' avoir ainsi l' occasion de circuler à pareille heure en ces parages sans autre souci que de porter une attaque simulée au col qui nous domine. A l' heure H nous sommes prêts, nous nous divisons en deux groupes et avançons aussi doucement que possible. L' ennemi ne nous verra pas à cause de nos habits blancs, mais il entendra la neige crisser sous les skis. Une sentinelle tire, nous faisons de même, et nous nous précipitons encore à temps pour surprendre le poste de commandement. Ces messieurs se rendent bien volontiers, et nous offrent encore du thé. Mais il faut poursuivre, occuper d' autres positions, pendant que les patrouilles amies attaquent de front, en montant de l' autre côté. C' est très excitant de glisser comme des fantômes, de se séparer, de se rejoindre, de tirer des coups de feu dans le noir, de sauter sur l' orifice d' un igloo, après avoir immobilisé la sentinelle, pour y voir un groupe d' hommes encore empêtrés dans leurs sacs de couchage et incapables de se mouvoir.

Et soudain voici de grands rayons qui jaillissent de derrière le sommet voisin tel un immense bouquet d' un gros vase, puis la lune vient majestueusement éclairer le champ de bataille; spectacle saisissant que tous ces glaciers si rapidement inondés de lumière, révélant leur relief, leurs crevasses, prenant vie tout à coup.

Le jour paraît une heure plus tard, pendant que la compagnie est rassemblée près des retranchements. L' exercice est terminé, le capitaine donne l' ordre de départ et, pour gagner un repos bien mérité, nous descendons par patrouilles sur notre base. Notre petit détachement, sans sac, léger comme l' air, file bon premier, descend les trois étages du petit glacier et dérape dans un long ravin au creux d' une moraine, sur une neige dure comme l' acier.

II. Cours alpins d' été Une ascension ( 25 août 1942 ). Il est 21 heures, nous sommes devant la cabane. Nous admirons l' étendue glaciaire sous les étoiles; la lune à peine levée derrière nous en dessine quelques croupes de sa lumière crue. Des appels lointains nous parviennent d' une direction indéterminée; ils se renou-.

vellent et semblent venir du pied de la dent. Que se passe-t-il là-haut? Comme ce ne sont que des appels et non des signaux de détresse, nous concluons à une caravane en provenance de l' arête opposée, et ne trouvant pas la cabane; nos réponses la guideront dans la nuit.

Air étouffant dans le refuge surplein, atmosphère d' attente, on ne dort pas. Quand vers minuit la porte s' ouvre avec bruit, je suis debout d' un bond pour recevoir un jeune Suisse allemand qui me dit: « on camarade est tombé, je crois qu' il est mort. » Il m' explique en gros les péripéties de l' accident: « Ascension de l' arête nord-ouest la veille, arrivée au sommet à 20 heures, bivouac pendant qu' il tombait 50 cm. de neige, toute la journée pour descendre l' arête sud très enneigée, rien à manger, épuisement, le camarade glisse une fois, retenu heureusement, pressentiment que cela ne finira pas sans malheur; à la dernière dalle du grand gendarme, le camarade descend le dernier, glisse à nouveau, son ami assure la corde qui lui reste dans les mains, l' anneau trop lâche ayant laissé passer le corps, son sac est resté là, nous le retrouverons. » Le chef de détachement organise la colonne de secours: deux cordées de trois hommes partent aussitôt, les autres se tiendront prêts à l' heure prévue. Jamais il ne m' avait été donné d' être à pareille heure aussi haut, à 4000 m. environ; malgré les circonstances de notre marche de nuit, je cherche à en jouir le plus possible, en en notant les détails dans ma mémoire. La lune est si claire et l' air si pur que l'on marche aussi facilement qu' en plein jour, et si légèrement dans la petite bise glacée qui vient à notre rencontre. Et la vue tout alentour est un enchantement pour les yeux; au delà de l' étendue diaphane des vallées, tous les grands sommets sont à leur place, parfaitement visibles, un peu lointains sous la lune qui leur donne un aspect féerique et tant soit peu irréel. Nous suivons l' arête de neige en gros dos d' âne, quelques rocs faciles, jusqu' au pied du grand gendarme, qui marque le début de l' ascension proprement dite, et nous remarquons avec effroi les immenses détours inutiles que le pauvre rescapé a faits seul dans la nuit, et ses pas si courts, l' épuisement lui permettant de poser tout juste un pied devant l' autre.

Notre chef trouve le sac du disparu et décide que d' après la pente et la longueur du couloir ouvert sous nos pas, il n' y a pas de doute à avoir sur l' issue et qu' il n' y a pas lieu de se presser. Nous tenons conseil pendant que nous mangeons un morceau. Il descendra le couloir avec le docteur et un instructeur pour traîner le corps jusqu' au pied du glacier, où un mulet viendra le prendre. Une autre cordée le rejoindra de la cabane pour l' aider dans sa dure tâche. Il me charge alors à mon grand étonnement de conduire au sommet le gros de la troupe, car je suis le seul à y avoir déjà été; je pensais que, de ce fait, je devrais laisser ma place à un autre.Venu en simple élève du cours alpin, me voici chef de détachement avec la lourde responsabilité de guider à plus de 4000 m. quatre cordées de personnes qui, pour la plupart, ne sont jamais montées à pareille altitude.

De retour à la cabane pour déjeuner, nous en repartons pleins d' entrain et d' espoir. Il y a trop de neige fraîche pour songer à passer par le chemin SOUVENIRS D' UN PATROUILLEUR ALPIN ordinaire à gauche de l' arête, nous décidons de la suivre en en franchissant tous les gendarmes qui sont déjà bien suffisamment secs. Pendant la montée de la première dalle du grand gendarme, les regards plongent en bas, et ce n' est pas très réconfortant, certes, de voir nos camarades qui s' ingénient à faire traverser des crevasses à une saucisse noire, qui ressemble à un phoque que des Esquimaux traîneraient sur la glace. Certains m' avoueront plus tard avoir eu tant soit peu la tremblette en ce passage délicat.

Une main-courante fixée par mes soins tout le long du grand gendarme facilite la tâche des cordées qui suivent; et c' est une précaution nécessaire en cette occasion, car si diriger une ascension en conduisant une seule cordée est chose relativement facile, la responsabilité est plus lourde à porter dans le cas du chef de patrouille, qui connaît peu les capacités des camarades qui suivent.

L' arrivée sur le toit nécessite la taille de quelques marches dans de la glace dure recouverte de neige poudreuse, passage délicat, mais non difficile, que chacun franchit parfaitement bien, sinon sans appréhension. C' est dans ces occasions que se révèle le degré de maturité de l' alpiniste; quelques semaines de cours alpin peuvent former de bons patrouilleurs, des varappeurs sûrs, mais on ne redira pas assez qu' il faut beaucoup plus d' expérience pour acquérir pleine confiance dans la neige et la glace.

Temps magnifique, chaud, l' arrêt peut se prolonger au sommet et permet à chacun de retrouver les pointes amies ou d' en faire la connaissance, puis de s' étendre pour dormir un instant en toute sérénité.

La descente dans les rochers nous prend aussi longtemps que la montée, à cause des attentes inévitables dues au grand nombre de participants. Ma cordée, en tête jusqu' au grand gendarme pour y fixer une corde de rappel, reste bien une heure sur un balcon admirablement situé pour admirer la vue; nous nous amusons du spectacle des caravanes qui défilent, fanfaronnant et hésitant un peu malgré tout avant de se lancer sur les dalles verticales. Je passe le dernier et suis bien heureux de revoir tout mon monde rassemblé sur une large croupe neigeuse.

Passage à la cabane entre 17 et 18 heures, puis départ malgré l' heure tardive pour notre base, car une autre section arrive pour l' occuper cette nuit. Nous passons au pied d' un autre refuge, du perchoir duquel de braves camarades nous descendent un seau de thé chaud qui est le bienvenu. Nous arrivons à notre cantonnement à 23 heures, accueillis par un bon souper chaud auquel nous ne nous attendions plus. Les sauveteurs ne rentrent qu' à 2 heures du matin, après avoir accompli leur dur et pénible devoir, en amenant le corps dans la vallée. Nous nous souviendrons longtemps de cette journée intégralement remplie de la première à la dernière minute.

( A suivre )

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