Une semaine de varappe en Corse

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Avec 6 dessins de l' auteur et 2 illustrations ( 141, 142D' après le récit original du Dr A.O. Clerc

Par les soins de MM. Brandt et Imhof, le CC de Neuchâtel avait organisé cette randonnée qui se réalisa avec un plein succès. 71 clubistes, groupés en deux séries, firent connaissance avec le maquis, les fleurs, les épines, le granit et les pierriers de Vile de Beauté.

La seconde équipe, partie de Bâle en avion, atterrit à Ajaccio d' où un car la transporta à Calacuccia, porte d' entrée du massif du Cinto. C' est là, du reste, que nous la retrouvons le 5 juin au matin.

Le soleil est déjà haut lorsque nous nous levons. L' Hotel des Touristes de Calacuccia est confortable, mais tous ont hâte d' être à pied d' œuvre. Le déjeuner expédié, vient un dernier contrôle du matériel à emporter. On hésite à prendre les dix bougies prescrites par le programme: il nous semble que neuf suffiraient. Un car, qui doit être un vétéran de la guerre 1914-18, doit nous épargner la fatigue de faire à pied les quatre premiers kilomètres. Les alpinistes - car cette fois chacun s' est appliqué à revêtir un costume digne de cette qualité - s' installent sur des banquettes de bois; deux d' entre eux préfèrent cependant se hisser sur le toit: en cas d' avaro, on est plus vite dehors!

A Albertacce, on met définitivement le sac au dos. Joli coup d' oeil que ces 30 sherpas cheminant sur le sentier caillouteux du Val Viro. Félix ( Julen ), vite surnommé Félix le chat, en plus de son bagage, porte celui du sahib docteur; celui-ci, étant attendu à Calasima pour y tenir consultation, ne doit pas se fatiguer.

Le parfum des arbousiers en fleurs est exquis, sentant le bon miei, et l'on comprend Napoléon disant qu' à l' odeur seul il reconnaîtrait la Corse. On se délecte à la vue des digitales pourpres, des lys immaculés. Tout est frais; l' eau ruisselle sur les cailloux rouges du chemin.

Calasima, le plus haut village de file, 1100 m. Le sahib-toubib est harcelé par les villageois, qui ont tous quelque chose à lui montrer; celui-ci une plaie qui ne guérit pas; celle-là une fistule qui coule depuis des années. Mais ce nain de 40 ans, qui roule des boulettes imaginaires entre le pouce et l' index, il n' est pas malade, c' est une cigarette qu' il veut. Après avoir vu douze patients, bu quelques petits verres et de nombreux cafés, le rebou-teux et ses acolytes se préparent à reprendre le sentier, lorsque les Calasimiens amènent de petits ânes pour les sacs; il y en a même un pour le docteur. Pas besoin de savoir UNE SEMAINE DE VARAPPE EN CORSE conduire: « Hue! » et Vane se met en route; pour la direction, un coup de pied sur l' encolure. Pour s' arrêter, par contre, il faut savoir rouler avec l' intonation du pays le « Brrrrooouuu » caractéristique.

Le sentier devient de plus en plus raboteux. Aux passages difficiles, l' ane ralentit, plie l' échine, flaire l' obstacle et passe en ondulant la croupe pour contourner le roc. Jamais son bat ne s' accroche; par contre, il ne s' occupe pas de ce qui dépasse! Soudain, voici le camp, ainsi que la fameuse Grotte des Anges de ce sauvage Val Viro. Nous y sommes accueillis par Luigi Alfonsi, dit P' tit Louis, grand patron du campement, qui nous tend une main contrastant singulièrement avec la blancheur des plaques de neige accrochées aux flancs de la Paglia Orba.

Le dîner de midi passe facilement, grâce à l' eau magique de l' endroit, qui prend un aspect trouble et anisé dès qu' on la met dans un verre. Après quoi, on s' organise. Ici, la caisse de pharmacie; là, la réserve de bougies. La tente attribuée au corps médico-dentaire est l' objet d' un va-et-vient intense, le Néocid ayant la propriété de chasser la petite vermine et d' attirer la grosse, assavoir les camarades qui tous en réclament. Mais les boîtes sont vides; en guise de consolation, le toubib leur assure qu' au bout de 4-5 jours ils seront immunisés contre les piqûres. Ils s' en vont en se grattant la tête.

Pour le souper, notre « tigre » grison Gantenbein a rallongé la soupe de midi. Heureusement, les truites pêchées, puis sautées à la poêle par P' tit Louis nous permettront de tenir jusqu' au déjeuner du lendemain, fixé à 3 h. 30.

A 18 h. 30, d' un long coup de sifflet, Félix le chat rassemble la troupe pour le rapport du soir. Par ma foi, on se croirait à la mobilisation! Organisation du camp, corvées, cordées, bordées si les cordées de corvée n' étaient pas à l' heure dite à la cuisine, etc., etc. Ce premier rapport fixe toutefois le programme du lendemain. Notre groupe ira au Tafonato, puis à la Paglia Orba; tandis que le contingent d' Outre ira tenter une Xe à l' Ucello.

Quelques propos échanges à la lueur du premier centimètre de la première bougie, puis chacun va tâter sa paillasse, en pensant au matelas pneumatique qu' on lui a charitablement conseillé de laisser à la maison, rapport aux ronces. Cependant les émotions de la journée avaient suffi; on s' endormit sous un ciel couvert. Au loin, le rio de Calasima faisait entendre son bruit de torrent nerveux. Une chouette hulula tout près du camp; la nuit prit possession du Val Viro et mit fin à cette deuxième journée.

Un strident coup de sifflet vous sort d' un sommeil agité, rapport au moelleux très relatif des paillasses. Il fait un temps superbe; un vent vif fait claquer la toile des tentes. On s' extirpe avec peine de son sac de couchage, pour s' habiller et se hâter vers la cuisine, où le chocolat espéré est remplacé par un café au lait qui se détache pâle dans la nuit encore UNE SEMAINE DE VARAPPE EN CORSE sombre. Un coup du marteau à piton sur le pain le réduit en une poudre qui liera un peu ce fade breuvage. Et cela doit nous tenir jusqu' à la soupe de 15 heures.

En route! La lanterne est superflue; car le jour se lève. Un gros tronc de pin tombé en travers du ravin permet de franchir le torrent, puis on s' élève lentement dans une superbe forêt dont les arbres atteignent 30 à 40 mètres. D' innombrables cadavres jonchent le sol, les uns foudroyés et mi-calcinés, les autres rongés par les myriades de chenilles processionnaires qui sont une plaie dans le pays. Quittant leurs grappes suspendues aux branches, elles s' avancent en longues chaînes pour aller s' attaquer à de nouvelles victimes.

Le soleil s' est levé, faisant briller les milliers de fleurs qui tapissent les rochers. Vers 7 heures, on arrive à l' Eperon des Neuchâtelois, rocher en forme de poire situé juste au-dessous du col Focciale. De là on atteint en 45 minutes le pied du Tafonato \ L' ascension du Tafonato se fait d' abord par des vires, pour aboutir au pied d' une dalle aussi inclinée que le gosier de Joseph. La varappe est intéressante; tout en grimpant, le regard s' attache sur l' inoubliable panorama que l'on domine. On ne se lasse pas de contempler le contraste entre les rochers chaotiques que nous escaladons, sorte de lave figée en pleine éruption, et la plaine couverte de riches cultures, la civilisation, Calvi, port de mer et centre touristique.

Il est 11 heures lorsque nous attaquons l' arête nord-ouest, puis les couloirs qui conduisent au sommet de la Paglia. Dans un couloir où les pierres croulent sous le pied, un bloc d' une taille respectable se met en branle sous la pression d' une semelle alémanique. Il caresse en passant un crâne pour passer en vol plan par-dessus le toubib qui pare le coup de justesse.

Il faut sortir la boîte de dermaplast pour réparer les dégâts, tandis que continue la grêle calcaire. Non sans de nouvelles émotions dues aux pierres que les premières cordées nous envoient avec une constance digne de vrais descendants des gens de Morgarten, nous atteignons le sommet vers 13 heures sous un ciel devenu menaçant. En hâte on consomme les restes du riche pique-nique que l'on avait glissé négligemment dans sa poche, et c' est la fuite sous les premières gouttes de pluie. Toutefois, le nuage ne crèvera pas. La joyeuse équipe dévale le pierrier qui domine le col Focciale, puis, laissant à droite l' Eperon des Neuchâtelois, passe à la bergerie de Liciola. Les moutons nous accueillent par des « mêêê » désespérés. C' est qu' un des nôtres est en train de marchander un agnelet, pour lequel on lui fait le prix de 15 000 francs français.

On regagne le camp pour un dîner tardif. Une soupe, qui ressemble comme deux gouttes 1 Tafonato signifie Roche percée, ou Sex Percia. Paglia Orba, selon les uns, serait la Pointe Noire; tandis que Botti prétend que ce toponyme signifie Pointe Borgne, en opposition avec son voisin qui est percé.

UNE SEMAINE DE VARAPPE EN CORSE de soupe à celle de la veille, nous rassure sur la qualité des soupes à venir. Pourtant, elle a été faite avec amour par le cuistot de service. Ang-ten-Bein a trouvé le moyen de liquider le pain sec. Etayée d' un salametti très couleur locale, et servie avec une salade où l'on croit reconnaître quelques processionnaires égarées, elle nous tient aisément jusqu' au souper, qui suit peu après. L' avantage, c' est qu' il n' est pas besoin de laver les assiettes, pour y remettre la même soupe! Seules les truites que P' tit Louis a pêchées changent de goût. Une tasse de bon café clôt le festin.

Après le rapport du soir, un vent frais nous obligea à nous rapprocher du feu. Pas pour longtemps; le bois humide dégageait de tels torrents de fumée que nous fuîmes dans nos tentesLundi 7 juin La journée débuta mal pour Marcel, dit Popeye. Resté endormi, il se levait au moment où notre colonne se mettait en route, et il dut peiner, jambes flageoUantes, estomac en révo- ^ lution, yeux papillottants qui avaient peine à rester en face des trous, pour nous rejoindre enfin beaucoup plus haut. Il mettait son état sur le compte du baptême de l' air qui, prétendait-il, lui avait déséquilibré le système labyrinthique. Quant à nous, nous options plutôt pour une intoxication aiguë consécutive à ses efforts pour prouver à Joseph que le ravitaillement en vin était juste suffisant. Tout va bien qui finit bien; Popeye entama un sprint qui l' amena détaché au col entre le Tighietto et la Punta Minuta, les deux cimes figurant au programme de la journée.

On s' encorde pour gravir la première de ces pointes, d' où nous jouissons de nouveau d' un coup d' oeil spectaculaire sur la baie de Calvi et la côte ouest jusqu' au Cap Corse. On en dégusterait un avec plaisir; mais il faut se contenter d' une gorgée de thé ayant un arrière-goût de café ( le même chiffon servant à infuser thé ou café selon les besoins ).

Le Tighietto est conquis vers 10 heures; au tour maintenant de la Punta Minuta, plus menue celle-là, qui subit le même sort à 11 heures. Deux pics en une journée, cela fait une moyenne honorable pour des alpinistes moyens. Après conciliabule, il n' y aura que six UNE SEMAINE DE VARAPPE EN CORSE as pour aller porter nos couleurs au sommet du Capo Largha, et parmi eux Marcel qui a repris du poil de la bête.

Au retour vers le camp, le corps médico-dentaire faillit être englouti par un énorme boa de plusieurs mètres de long. ( Renseignements pris, il s' agit de grosses couleuvres, appri-voisables et parfaitement inoffensives. ) On a tout de même eu chaud, ce qui justifie un verre d' eau trouble pour remettre le cœur en place.

Devant un auditoire attentif, qui le regarde avec la même bouche qu' une truite devant un hameçon, P' tit Louis nous fait une démonstration de pêche au lancer. Péchant à la cadence 7 ( 7 truites en 10 minutes ) il nous procure chaque soir une délicieuse friture. Nous essayons d' en faire autant... A trois, en deux heures et demie, nous levons deux pièces, toutes minçolettes. Celles-là ont dû mordre par erreur.

Travaux de rétablissement, lessives, buanderie. D' autres, adossés à une grosse pierre, subissent les ravages d' un gilette manipulé avec lourdeur par le figaro Zwahlen.

A l' infirmerie, le toubib de service a de la besogne. Des pieds ampoulés nécessitent une intervention chirurgicale, l' évêque Affalé dans un buisson de ronces, le pav-38fflj)c tient est soigneusement anesthésié. Unt* »n.iHn l,\X aide lui maintient les pieds; un autre la tête; Joseph administre l' anesthésique, en l' occurence un bon rosé du pays, tandis que Papi le réconforte. Alors le chirurgien plante son couteau... Le patient suivant, Ang-ten-Bein, notre valeureux sherpa, subit une extraction d' arête de poisson plantée entre deux incisives. Georges Zw., muni d' un davier modèle corse, réussit à enlever une dent, mais l' arête reste solidement plantée. Tant pis, se dit Ang, j' ai au moins bénéficié de l' anesthé, administré « larga manu ». Le patient survécut à l' opération; et la dent qu' il avait contre nous étant enlevée, il nous sembla les jours suivants que la soupe devint meilleure. Les chirurgiens, dans la conscience du devoir accompli, s' endormirent béatement, sans entendre, mêlé à ceux des chouettes, les cris du « tigre » désépiné.Mardi 8 i in Aujourd'hui nous allions faire la connaissance des Cinque Frati, aussi un soin tout particulier avait été accordé aux préparatifs. Le ciel avait été nettoyé soigneusement pendant la nuit, et le mardi 8 juin se déroulera sous le signe de la chaleur. On partit cette fois en direction du monastère situé au SE du camp. A la bergerie de Melarie, chacun de nous donna un tour de manivelle aux moulins à prières, histoire de se mettre en ordre avec les dieux locaux. A 6 heures on était aux pieds des cinq moines. Fière allure, vraiment!

A mesure qu' on s' en approchait, chaque frère apparaissait plus nettement, avec sa vraie physionomie. Il y avait l' Evêque, le Capucin, l' Abbé, le Cure et le Bedeau, chacun avec ses traits propres. Nous les abordâmes les uns après les autres.

Le Bedeau n' opposa qu' une faible résistance. Il se renfrogna un peu plus, hérissa sa le bedeau UNE SEMAINE DE VARAPPE EN CORSE barbe davantage, et dut s' avouer battu. Il en profita néanmoins pour nous piquer les mains; sa barbe hirsute se vengeait...

Attaqué par sa bonne bedaine puis par son double menton, le Cure se défendit encore moins... On cassa la croûte sur son calot, et l'on descendit sa nuque en rappel, ce qui lui donna le chatouillis...

L' Abbé n' apprécia pas la plaisanterie. Ces gens qui faisaient basculer son chapeau l' agacèrent. Il nous jeta des cailloux... On lui laissa quelques boîtes de conserve sur le couvre-chef...

Le Capucin fut un morceau plus dur à avaler. L' à de son nez nous valut un beau passage en IVe supérieur. Puis un petit surplomb à la hauteur de l' arcade sourcilière, et enfin l' arête frontale. Son austérité nous plut. Aussi nous ne pûmes que désapprouver les mouflons qui avaient laissé trop de « souvenirs » sur son calot. Nous quittâmes ce bon frère à regret; il sombra dans la méditation dès que nous eûmes tourné les talons...

Alors que sans songer à mal nous abordions l' épaule de l' Evêque, ce dernier, offusqué sans doute par les sacrements en « eis - äsch - eckel », etc., se cabra. Il fit même une telle grimace qu' on crut un moment devoir poser une tyrolienne entre le nez et le menton. S' étant finalement résigné dans une attitude de superbe défi, cela nous permit de franchir la brèche et d' atteindre le signal trigonométrique de son chef...

Les Cinque Frati avaient subi la trace altière de nos pieds, et de quelle façon! Ils s' en souviendront longtemps.

La course se termina par l' ascension du Mont Albano. Du haut de sa cime, nous pûmes constater que tout avait repris son calme impassible, en bas dans le royaume silencieux des Cinq.

Une dévalée à tombeau ouvert nous ramena au camp, où les camarades du groupe II nous trouvèrent une mine monastique. La journée s' acheva dans la méditation et les cantiques.

Le souper nous réservait des surprises: un demi-poulet de grain pour chacun. Transportés à dos de mulet, ces poulets auraient pratiquement pu monter seuls: ils avaient presque des ailes. Ils n' en furent pas moins dévorés à belles dents, après avoir été passés à la flamme qui pu- rifie toutMercredi, 9 juin « Ascension du Mont Cinto:guide nécessaire; très intéressante et sans aucun danger pour un grimpeur exercé. » Ainsi s' exprime M. Hachette dans son Guide bleu, édition 1950. Nous le croyons volontiers. Sans guide, qui eût pu suivre les grandes marques rouges et blanches peintur-lurées à profusion sur la roche cintesque? Félix lui-même hésita maintes fois. Exercés comme nous l' étions, nous arrivâmes au sommet dans un temps record.

2710 m. sur mer! Ça compte. Nous sommes au point culminant de l' île. La vue est indiciblement belle: toujours la baie de Calvi, Piana, Calacuccia à nos pieds. Au nord, le Cap Corse; autour de nous, toutes proches, des sommités maintenant bien connues. Un dernier coup d' œil, comme un adieu, et c' est le départ. Pas définitif; mais on sentait bien que cette semaine de varappe touchait à sa fin. Adieu, Ile de Beauté!

Point n' est besoin d' épiloguer sur la dernière et nostalgique soirée au camp. Le ciel était sombre, la lune voilée en signe de tristesse; les chouettes pleuraient; jusqu' à P' tit Louis qui menaçait de se faire hara-kiri...

On but, on trinqua, causa puis, la nuit étant venue, on allume le dernier tiers de la première bougie. Cela nous consolait pourtant de penser qu' il nous restait neuf bougies entières à ramener chez nous.

Vers 23 heures, un individu était encore debout, notant fébrilement ce qu' il avait fait le premier jour... et on était déjà à la fin de la sixième journée.Jeudi, 10 juin Null - drei - null - null, 03.00: On s' agite déjà dans les tentes nord et sud. A l' ouest et au sud-est, rien ne bouge. Là-bas, on s' affaire, on roule, plie, emballe, boucle. A 05.30, tout est fin prêt. Seulement il pleut, et comme les tentes sont pliées, il faut aller s' abriter où l'on peut. A l' ouest et au sud-est, toujours le silence.

Finalement, vers 6 heures, la pluie ayant fait relâche, on voit un visage guigner hors de la tente, puis un autre; on entend parler français: les Romands, ces flemmards, se lèvent enfin Avec le même calme qu' ils montrèrent au reçu de leur dernier bordereau d' impôt, ils déjeunent posément, puis se mettent à plier leur tente, faire leur sac, si bien qu' à 9 heures, sous une pluie de mousson, ils quittent les premiers ces lieux enchanteurs.

Le soleil a réapparu quand nous arrivons à Albertacce. Un camion de « boilles » à lait descend justement à Calacuccia. On s' y entasse en vrac, et vers midi, l' Hotel des Touristes est pris d' assaut par une bande d' énergumènes descendus du Val Viro. C' est aux réserves d' eau chaude et de savon qu' ils en veulent. Après avoir bien frotté, on arrive à retrouver une allure présentable, et c' est tirés à quatre épingles, rases de frais que nous faisons une irruption sensationnelle dans la salle à manger.Huitième et dernière journée Calacuccia a sorti son plus beau soleil pour saluer notre départ. Au loin le Cinto brille de ses neiges semi-éternelles; les Cinq Frères nous font un dernier sourire; même l' Evêque a repris sa bonne humeur, un moment troublée. Au revoir, vous tous monts qui surplombez le vallon du Golo; au revoir, les six nonnes qui faites la pige aux cinq moines. Adieu, âne rachitique, moricauds de toutes espèces.

Par la Scala Santa Maria Regina, la troupe gagne Bastia où, après une dernière randonnée en auto sur la côte ouest, elle vient s' embarquer sur le Sanpiero Corsa, qui la ramène à Nice. Et bientôt c' est Gênes, Milan, Brigue. Cette fois, c' est bien la fin de cette inou-bliabliable aventure.

Et si l'on vous demande « Vaut-il vraiment la peine d' aller si loin pour faire de la varappe »? répondez sans hésiter. « Là-bas... of Corse! »

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