Aperçu historique III (1921 - 1940)

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J.P. Portmann, Neuchâtel

/. Introduction Durant toute cette période, en fait depuis 1902 déjà et surtout dès 1914 où il se trouva seul à la tâche, P.L. Mercanton, professeur à l' Université de Lausanne, fut le digne continuateur de l' œuvre entreprise dès 1880 par F.A. Forel.

Grâce à de nombreux collaborateurs ( 1926, p. 189; 1927, p. 231 ), le programme d' observation des glaciers suisses se poursuivit, se développa même d' une façon réjouissante. Nous en récoltons les fruits aujourd' hui2.

100% 50% 192093094° Proportion centésimale des glaciers en allongement.

C' est en 1922 qu' on eut à déplorer le décès de Maurice Décoppet, inspecteur général des forêts, successeur donc de Jean Coaz. D' autre part, dans 1 Cf. Les Alpes, septembre 1975, pp. 182-188; décembre 1976, pp. 157-164. Aperçu historique d' après les Rapports sur les variations des glaciers suisses in Annuaire du CASet, dès 1925, in Les Alpes. L' année indiquée entre parenthèses correspond à celle du Rapport.

2 Le cinquantième Rapport Forel fut celui de 1929; Mercanton y trace un bref historique et donne la liste d' une trentaine de notules publiées par lui-même, de 1902 à 1929.

Dès 1932, le Rapport fut réduit à quelques pages.

le Rapport de 1927, Mercanton a le triste devoir de rendre hommage à la mémoire d' Alfred de Quervain ( 1879-1927 ). Celui-ci fut notamment professeur à l' Université de Zurich et adjoint au directeur de l' Institut fédéral de météorologie.

« Météorologiste de profession et de vocation, doué d' une intelligence remarquablement ouverte, élargie encore par des humanités étendues, de Quervain était venu à l' étude des glaciers par celle de l' atmosphère et de sa circulation. Un premier voyage au Greenland occidental, en 1909, avec MM. Stolberg et Baebler, semble avoir été l' amorce de son activité glaciologique... Ce raid de quelque 230 km dans la région difficile du Grand Karajak, où il accumula les expériences nécessaires à une exploration de grand style, détermina sa résolution de répéter à travers le Greenland moyen, plus large, le voyage si hardi et si révélateur de Nansen. Ainsi s' organisa l' Expédi suisse transgroenlandaise de 1912-1913 », véritable exploit sportif et réussite scientifique remarquable par l' abondance et la valeur des résultats de toute nature.

En Suisse, Alfred de Quervain s' appliqua à l' étude du glacier de Biferten et de sa laisse, dont il fit faire la carte par M. Schnitter, puis du glacier Supérieur de Grindelwald. « Des circonstances de famille ( il était le beau-frère de M. Nil, le parochus glacialis, le Gletscherpfarrer ) l' amenèrent à de fréquents séjours au voisinage de ce glacier alors en crue vigoureuse » ...«Aux photographies systématiques du glacier A. de Quervain voulut adjoindre la prise d' une série de vues pour en confectionner un film cinématographique reproduisant l' avance des glaces et dont il eut d' ailleurs la joie de voir encore l' essai prometteur »... « Il développa la surveillance de l' écoulement des glaces frontales au moyen du cryocinémètre, issu de la collaboration des divers membres de la Commission des glaciers élaborant une idée heureuse de leur collègue M. le professeur Piccard et qui trouva son épanouissement dans le cryocinégraphe » ( 1926, pp. 167-169 ). Ce petit instrument, fort original et utile, est décrit plus loin ( pp. 125, 126 ).

En 1928, le groupe des nivométristes vaudois était privé d' un de ses plus anciens, plus dévoués et plus fidèles collaborateurs, Edouard Correvon, juriste. En 1929, un autre ami « des travailleurs du glacier » disparaissait: Joseph Seiler, propriétaire de l' Hôtel de Gletsch, député au Grand Conseil, puis préfet de Conches, qui se passionna pour les mensurations au glacier du Rhône et qui en facilita l' exécution ( 1929, pp. 221-222 ).

Dès 1924, la Commission des glaciers de la Société helvétique des sciences naturelles assuma seule la tâche qu' elle partageait depuis quelque trente ans avec le Service fédéral des eaux et l' Inspectorat des forêts ( 1924, p.26g)3; le Service fédéral des eaux raya aussi de son programme les recherches d' hydrologie au glacier du Rhône, qui avaient été entreprises sous l' impulsion de L.W. Collet, ancien directeur, et poursuivies par O. Lütschg, ingénieur en chef ( 1923, pp. 267-268 ).

Dès 1929, André Renaud, le futur secrétaire de la Commission des glaciers, commença des observations sur les dolines, les moulins, énigmatiques encore, du glacier de Gorner. C' est en 1935 qu' il mit un « point final provisoire à sa longue étude » ( 1929, p. 192)1 //. Organisation des observations En 1936, vu le recul de certains glaciers difficilement accessibles, et par souci d' économie, 69 seulement furent observés et on décida que certains autres ne seraient contrôlés que tous les deux ans.

La grande innovation fut « l' emploi nivométrique de l' avion » ( 1925, p.220; 1926; 1927, pp. 222, 331 ); en effet P.L. Mercanton effectua plusieurs vols de reconnaissance dont il ramena de nombreuses photographies; plusieurs furent publiées 5. Le vol de 1926 eut pour but essentiel de 1 Cette collaboration avait été instituée par Jean Coaz en 893- 4 Nouveaux Mémoires de la Société helvétique des sciences naturelles, LXXI/i.

5 Plusieurs de ces photographies prises d' avion, principalement entre le Mt Blanc et le Jungfraujoch, ont été publiées dans les Rapports entre 1925 et 1933. Certaines, prises d' un « contrôler l' allégation de la presse que la subite débâcle du torrent de St-Barthélemy du 20 septembre 1926 provenait de la rupture d' une poche d' eau au glacier de Plan Névé ». Tel n' était pas le cas; il s' agissait bien d' un éboulement de l' arête de la Cime de l' Est.

En 1926, il est fait allusion à des croquis dus à Fischer-Reydellet montrant l' enneigement dans les couloirs de la chaîne Rothorn—Märenfluh, vus de Thörishaus ( 1926, p. 180 ). Des observations suivies de la limite des névés et des plaques de vieille neige furent poursuivies, en particulier par Max Oechslin, inspecteur des forêts d' Uri, en Suisse centrale sur le flanc nord du Bristenstock et du Belmeten ( 1923, p.259; 1940 ).

Les sondages, les balises et les nivomètres continuèrent à être utilisés et contrôlés tout spécialement dans les régions des Diablerets, d' Orny, de la Jungfrau 6. La Commission glaciologique zuricoise ( ZGK ) apporta encore son concours, notamment dans le massif des Clarides, de la Silvretta ( 1922, p. 296; 1924, p. 263, etc.).7 Le groupe nivométrique vaudois ne fut pas en reste d' ailleurs ( 1923, p.261 ). En 1926, André Renaud installa pour quelques années un nivomètre dans les rochers de Bertol ( 1926, p. 186; 1929, p. 228 ). En 1927, on fêta le 25e anniversaire du nivomètre d' Orny, le premier de nos Alpes, mis en place le 22 septembre 1902, sur un rocher qui devait porter par la suite la cabane Julien Dupuis ( 1926, p. 176; 1927, pp. 212-214)8. On se avion passant en rase-mottes, montrent le nivomètre d' Orny sur son rocher ( 1931, 1932 ). En 1930, on mentionne les prouesses du célèbre aviateur allemand Udet qui effectua plusieurs atterrissages réussis sur le col d' Orny on il exécuta la mesure de l' émergence des balises.

6 La balise sur le flanc ouest de la Haute Cime et observable de Champéry fut enlevée par une avalanche et abandonnée ( 1929, p.229 ).

7 Vierteljahrsschrift der Naturforschenden Gesellschaft in Zürich, 1922.

Streiff R.: Der Claridenfirn ( 1923, pp. 8-17 ).

8 A propos d' Orny, des indications sur l' ampleur de la grande soufflure, au nord de la cabane, sont données ici et là, dans les Rapports ( 1922, p. 289 ).

rappellera que ce fut là encore une initiative de F.A. Forel qui pensait, fort justement d' ailleurs, déterminer ainsi le résidu de l' enneigement ( 1927, p. 213 ). Il fut question de déplacer sur le promontoire méridional de la Becca d' Audon, à 2870 m, le « mougin » des Diablerets, posé en 1915 ( 1923, p. 264 ).

Signalons qu' à la différence des anciennes échelles, divisées en degrés arbitraires, les nouveaux nivomètres le furent en mètres et en demi-mètres ( 1926, p. 186 ). Des comparaisons entre totalisateurs et pluviomètres ainsi que des détails sur un tarage volumétrique retinrent l' attention du chroniqueur ( 1925, p.223; 1927, p.230 ).

Au glacier de l' Unteraar, le cheminement des blocs de l' Hôtel des Neuchâtelois permit de déterminer la vitesse annuelle ( 1922, p. 285 ). Des photographies sont publiées et des précisions données sur la localisation des blocs au cours des années; ainsi les observations d' Arthur Bonard et Maurice Riklin le 19 août 1904 ( 1922, pp. 281-285, 301 ). La situation des blocs en 1842, 1884, 1899 et 1922 est indiquée sur une carte ( 1922, p.283; 1924, p. 273 ) °. Des précisions sur le bloc Hugi'° et sur le »Refuge vaudois»11 sont relatées.

Au glacier de Corbassière, des repères furent mis en place sous forme de gros blocs numérotés et portant un signe distinctif ( 1925, p. 232 ).

A l' instigation de M. O. Lütschg et sous la direction du professeur Baeschlin, l' Institut géodésique de l' Ecole polytechnique fédérale dressa, par stéréographie au sol, un relevé détaillé de six glaciers du bassin de Mattmark, à l' échelle de i: 10000 et avec une équidistance de 2 dm.

L' emploi du cryocémètre ou cryocinémètre se répandit durant cette période; il s' agissait d' un petit instrument à mesurer l' écoulement au front du glacier. La première exécution se fit à partir d' un simple réveille-matin; la seconde fut l' œuvre 5 Un petit bloc portant les noms d' Agassiz et de C. Vogt fut remis au Musée alpin de Berne ( 1923, p. 273 ).

10' 925 P-234; >926> PP->94-'95; ;'934 .P232; !939> P- 2341923, pp. 193, 176 ' ": photo; 1929, p. 195.

du constructeur spécialisé Mettler de Zurich qui travailla sous la direction de M. Alfred de Quer-vain12.

Cet appareil permit de suivre les fluctuations saisonnières de la vitesse d' écoulement à l' extré de la langue, notamment aux glaciers du Rhône 13 et de Grindelwald. Il fut même installé en permanence devant le glacier Supérieur de Grindelwald ( 1924, p. 269, photo ). C' est le même instrument qui permit à Max Oechslin de mesurer la vitesse de reptation discontinue des masses de neige ( 1929, p. 222)I4.

///. Considérations générales Cette série de Rapports, de 1921 à 1940, renferme peut-être moins de considérations générales, soulève moins de problèmes et avance moins d' hypothèses que les précédentes.

P.L. Mercanton continue à y présenter des travaux relatifs au phénomène glaciaire ainsi que l' avait fait A. Forel de 1880 à 1911. Ainsi en 1922 ( p. 304 ), il aborde la contribution de H. Monterin de Turin sur « les oscillations récentes des glaciers italiens du Mont Rose de 1915 à 1921»'s. Ceux-ci accusèrent dès 1912 ou 1913 une crue contrecarrée, comme en Suisse en 1921. En 1924 ( p. 273 ), le travail de Hans Hess de Nuremberg y est recensé: Ein Beitrag zur Lösung des Problèmes der Gletscherbewegungenl6.

Concernant la glaciologie suisse, Mercanton rapporte sur l' ouvrage d' Otto Lütschg: Über Nie- 12 Mercanton P.L.: Le cryocémètre de la Commission helvétique des glaciers, Zeitschr.f Gletscherkunde u. Glazialgeologie, XXII, 1935, pp. 163-171.

L' ensemble des mesures cryocinégraphiques, nouvelles pour la glaciologie, fera l' objet d' un mémoire de la Commission des glaciers, par les soins de M. Lütschg, leur promoteur ( 1928, p. 196 ).

1920; 1922, p. 298; 1923, p. 271; 1924, p. 26g; 1930, photo.

13 La vitesse mesurée au glacier du Rhône fut de 10-13 cm' jour ( 1924, p. 269 ).

14 Sueggischnee en bernois; Schläsmenschnee en uranais.

15 Revue Augusta Praetoria, Turin.

16 Zeitsckr. f Gletscherkunde u. Glazialgeologie, XI II, 1924 ( avec une carte de 1920, à l' échelle de 1:10000 ).

derschlag und Abfluss im Hochgebirge ', qui est non seulement une contribution fondamentale à l' hy mais aussi une monographie de la vallée de Saas et plus spécialement du glacier d' Allalin ( 1925 p. 215 ). Lütschg fait part aussi de ses observations sur l' érosion glaciaire ( p. 231 ).

En 1932 est mentionné le travail de R. Billwiller mettant en évidence la corrélation entre la température, les précipitations et les variations gla-ciaires18. Il est précisé, sous la plume de Mercanton, « que la crue générale de la deuxième décennie du XXe siècle a coïncidé avec une augmentation des précipitations en haute montagne et un abaissement de la température estivale 1o. Le recul de la troisième décennie a concordé non pas avec une diminution sensible des précipitations, mais bien avec une accentuation des chaleurs de l' été. Ainsi donc la température de la belle saison serait le facteur essentiel. Forel l' avait indiqué peu avant sa mort. » Le travail d' Emile et d' André Chaix sur « les coulées de blocs du Parc national suisse », spécialement au val Sassa, au val de l' Acqua et au val Tantermozza est présenté, et deux photographies sont reproduites en hors-texte ( 1923, p. 254 ). C' est l' occasion pour Mercanton de rappeler le mouvement du pierrier de Saleynaz ( 1923, pp. 248-256 ).

Quant aux constatations générales recueillies au cours des années, il est fait mention du « sondage physique du glacier » et des expériences acquises dans ce domaine ( 1926, pp. 169-173 ) 20. Après un aperçu historique dans lequel les essais d' Agassiz en 1840 sont rappelés, Mercanton aborde les aspects fondamentaux et techniques du sondage des glaciers. Il relate les expériences 17 Über Niederschlag und Abfluss im Hochgebirge ( Secrétariat de l' Association hydraulique suisse ), 1925, 500 pp., 47 pi., 142 fig.

18 Annales de l' Institut suisse de météorologie, 1930.

" > Dans Les Alpes aussi, mais en dehors des Rapports, parut un article d' Alfred Holl: Gletscherwärmewissenschaft ( 1937, pp. 178, 292-301; voir aussi 1937, p.414, 1938, p. 178 ).

20 Ces problèmes de forage avaient retenu l' attention des dirigeants de l' Expédition suisse au Groenland en 1912-1913 ( 1928, p. 175)- négatives faites aux ultrasons émis par une lame de quartz piézoélectrique ainsi que les essais séismiques avec détonations d' explosifs 2I aux glaciers de Corbassière 22, de Grindelwald, de Tsanfleuron ainsi qu' au col d' Orny.

Le Rapport de 1928 fait une large place aux sondages séismiques de Hans Mothes, physicien allemand, afin de déterminer l' épaisseur de l' Hinter.

Les résultats coïncident remarquablement avec ceux de Hess et Blumcke, obtenus par sondages mécaniques. M. Mothes fit aussi des essais sur le Grand Aletsch en février 1929 ( 1928, p. 175 ). En 1931, une collaboration s' institua entre la Commission suisse des glaciers et l' Institut géophysique universitaire de Göttingen avec le professeur H. Mothes. On détermina l' épaisseur du glacier du Rhône, s' élevant entre 115 et 237 m entre les profils jaune et rouge, à l' aide d' un séismographe ultra sensible amplifiant 25000 à 30000 fois.

Les résultats relatifs au glacier du Rhône parurent en 1931 sous la plume de W. Jost ( 1935, p. 1921' épaisseur du glacier dans sa partie axiale était de 200 m environ ( 170-240 m)23.

En 1936, des sondages furent entrepris à l' Unteraar avec un séismographe de prospection construit à l' Ecole normale de Coire par MM. Kreis et Würth. Ces sondages furent poursuivis en 1937 et donnèrent des valeurs sur quelque 150 points du lit dans la région des profils inférieur et supérieur 21 L' enregistrement se fit à l' aide de géophones prêtés par Jean Perrin, professeur au Collège de France.

22 La profondeur du lit du glacier de Corbassière fut estimée à 102 m, alors que, selon la formule de Somigliana, on obtenait 107 m en tenant compte du mouvement superficiel du glacier, de sa largeur et de sa pente.

Le sondage du glacier Inférieur de Grindelwald donna 114 m.

23 Nouveaux Mémoires de la Soc. helv. des se. nat. LI/2, 1935 et Rapport 1937, p. 584.

2* Cf. Mercanton P.L., Actes Soc. helv. se. nat., 1936, pp.271-273.

La Compagnie des Forces motrices bernoises ( BKW ) avait poursuivi ses mensurations à l' Unteraar et s' était propose de reviser les profils établis par Agassiz en 1843 ( 1923, p. 270, pp. 273-274 ).

du Brandlamm, où l' épaisseur fut estimée à 250 m environ, voire 400 m ( 1939, P 235 ) On pensa avoir détecté un amas morainique sous-glaciaire ( 1938, p. 193 ).

Le mouvement des glaciers ne fut pas négligé dans cet ensemble de Rapports; des mesures furent faites au col de la Jungfrau en vue de l' érection de l' Observatoire.

En 1928, Mercanton se préoccupe de mieux connaître le « voyage du glacier » en profondeur, selon l' expression d' Eugène Rambert, afin de vérifier la théorie cinématique de Finsterwalder. Pour ce faire, on immergea, le 1 o août 1928, au rebord extrême du collecteur du glacier du Rhône, 19 obus de 75 mm portant chacun un numéro d' ordre et un document ". Ces obus furent répartis en deux essaims; un premier groupe de io pièces fut enfoui directement sous le Weissnollen; le second comprenant 9 pièces, fut placé au bord inférieur de la rimaye sous le signal 77 ( R. V. ) du Limmigrat. Les coordonnées de chaque groupe furent relevées. D' après Mer- canton, ces obus devraient réapparaître au front du glacier du Rhône vers les années 2110-2170 ( 1928, p. 174; photo ). Qui vivra verra!

IV. Les variations des glaciers Au début de la période considérée ici, de 1921 à 1940, l' enneigement fut important et qualifié de progressif26. Les conséquences sur le métabolisme des glaciers sont suivies avec attention; en 1922, « Les participants à cette première phase d' une expérience historique furent MM. W. Jost, P.L. Mercanton, J. Kehrli, guide de Käppeli ( Gadmen ) et de Max Oechslin d' Altdorf.

Rappelons que le 22 août 1926 déjà, un essai semblable avait été entrepris avec 6 obus dans le Jungfraufirn, au voisinage du col, et avec 2 autres obus sur le versant bernois ( 1928, PP26 1922, p. 285; 1923; 1924, pp. 258, 263; 1925, p. 218.

L' année 1924 aurait correspondu à la fin de la période de 105 ans ( 3 x 35 ans ) suggérée par P.L. Mougin et justifiée historiquement par lui pour les glaciers du Mont Blanc.

Des précisions sur les conditions météorologiques, et plus particulièrement sur l' enneigement, sont publiées mensuellement dans le Journal forestier suisse ( 1927, p. 216 sq. ).

on constate, par exemple, que les glaciers de Grindelwald changent de forme; peu après, le glacier Inférieurparvient à recouvrir les repères d' érosion de Baltzer ( 1923; 1927^.237 ).

A. de Quervain réussit à « figurer cinématogra-phiquement la crue du glacier Supérieur de Grindelwald en fixant une image par jour » ( 1923, photo ) 27. En 1924, l' avance de ce dernier glacier est en passe de s' arrêter ( p. 273 ) et l' année suivante le retrait est accentué ( 1925, p. 236; 1927, p. 236 ) 28. Les années 1928 et 1929 furent marquées par une forte ablation et les glaciers furent très découverts. En 1938, la langue du glacier Supérieur de Grindelwald a continue à reculer très rapidement et devint insignifiante ( photo ). C' est cette même année que Mercanton publia quelques graphiques sur la Variation de longueur de quelques glaciers entre i8g6 et igj8 et qu' il mentionne le travail de R. Billwiler sur l' état du glacier et la température estivale ( 1938, p. i88bis ). Les fluctuations du glacier du Trient, de 1878 à 1928, retinrent l' attention de Jules Guex ( 1929, pp. 34—39 ).

Mercanton rappelle aussi les mesures sur l' éro que permirent les trous forés, en 1919 déjà, devant le glacier Supérieur de Grindelwald, sur l' initiative d' Alfred de Quervain. Il semble que l' essentiel de l' usure de la roche en place se produisit entre 1921 et 1924, à raison de mm en moyenne par an ( 1933, p. 194 ).

Le glacier qui descend de l' Altels vers la vallée de la Kander, tristement célèbre depuis l' éboule du I 11 septembre 1895, éveilla à nouveau quelques inquiétudes ( 1928, p. 197 ). Des reconnaissances puis une surveillance suivie furent 27 Dès 1929, les glaciers Inférieur et Supérieur de Grindelwald furent compris dans le réseau des contrôles ordinaires. Mercanton P.L., Film de la crue du glacier Supérieur de Grindelwald, Actes Soc. helv. se. nat., 1938, p. 137.

28 En 1925, il est question du lever photogrammétrique du front du glacier Supérieur par le Bureau stéréographique Helbling de Flums qui effectua des prises de vue au printemps; celles-ci permirent le lever de l' extrémité du glacier par le bureau Leupin et Schwank à Berne ( 1926, p. 189 ).

Reproduction d' une aquarelle de Hogard datant de 1847 ( 1939, p. 212rer, p. 236 ).

organisées. Le glissement d' un lambeau, épais de 18 m en moyenne et de quelque 25000 m2, se sur-imposant à la masse restée immobile au-dessous, ne donna lieu à aucune catastrophe, mais l' énigme du décollement subsista.

Concernant le glacier du Rhône, les fluctuations peuvent en être retracées comme il suit: au début de la période envisagée ici, exactement en 1922, il se trouve très nettement en décrue ( p. 299 ). C' est cette même année qu' eut lieu la dernière campagne de mensurations 29; des levés sommaires à la planchette et à la chambre photogrammétrique, à l' échelle de 1:5000, furent exécutés ( 1923, p. 271)30.

En 1923, des examens stéréoscopiques et des photographies de la cataracte du glacier du Rhône au Belvédère furent exécutés à deux jours d' intervalle. En reculant, le portail découvrit sur sa marge gauche une dalle portant en peinture rouge, plutôt bien conservée, l' inscription M " g, igio repère frontal des Mensurations ( 1925, p. 230 ). Il se produisit un affaissement général dans la cataracte, particulièrement de la langue terminale, avec apparition d' une ouverture, d' une fenêtre. En 1932, des détails sont donnés sur les modalités du retrait, sur les vitesses et les variations de surface ( 1932, p. 191 ). En 1934, le retrait du glacier du Rhône fut plus considérable que jamais, avec apparition, comme en 1912, d' une ouverture de 60 m de largeur, en septembre ( 1934, p. 231 ). Jamais, depuis qu' on le mesurait, ce glacier n' avait montré pareil recul, dépassant celui de 191231.

Dans le Rapport de 1939, on lit des renseigne- 29 C' est en 1874 qu' avaient commencé les mensurations du glacier du Rhône, collaboration de la Société helvétique des sciences naturelles et du CAS.

30 De nombreuses mesures sont publiées et une rectification au Rapport de 1921 est donnée: il y eut inversion entre les profils inférieurs: G-.Net Rouge.

31 1920, p. 165, p. 167, fig. 1, 2; 1923, p.271, photo; 1924, p. 264bis.

En 1938 furent publiés et un dessin de Lardy, de 1817, et une photographie du glacier en 1938.

En 1940 il est question de la reproduction en noir et blanc ments intéressants sur les fluctuations de ce glacier et sur les vestiges des anciennes avances de 1602, 1640, 1818, 185632.

Dès 1926, la vitesse augmenta, indice d' une crue, atteignant 12 cm par jour ( 1926, pp.190-191 ). En 1927, on procéda au relevé du front en employant la méthode du rayonnement avec théodolite stadia et un télémètre à superposition de Leitz, de 4o cm de base ( 1927, p.232 ). Des détails sur la configuration du front glaciaire sont donnés en 1928 ( p. 193 ).

V. Evénements particuliers La crue glaciaire des années 1920 fut accompagnée de nombreuses avalanches. Ainsi en 1922, celles-ci furent redoutables, certaines très tardives - encore en mai - en des endroits où l'on n' en avait jamais vu. Cette année-là encore, la route du Grimsel ne fut ouverte qu' entre le 29 juin et le 12 septembre. En 1924, des avalanches se produisirent à nouveau dans des régions qu' on en croyait exemptes, comme par exemple « En Covatannaz » sur la ligne Yverdon—Ste-Croix ( 1924, p. 259 1931, p. 221 ). Des avalanches sont signalées en I925(p.2i6 ), 1926 ( p. 173 ), 1927 ( p.217 ) et, surtout, en 1931 ( p. 220)33.

d' un tableau exécuté en 1873 par Caspar Kaesli, élève de Calarne ( 1940, p. 305, face p. 305 ).

A propos des photos du glacier du Rhône, un erratum est publié en 1940 ( p. 320 ).

32 Voir aussi Heim Alb.: Handbuch der Gletscherkunde, 1885 ( carte du glacier du Rhône à l' échelle de 1:20000 et oscillations entre 1874 et 1882 ).

33 En 1927, une avalanche atteignit des chanoines et des novices de l' Hospice du Grand St-Bernard. Une autre, en 1938, ( p. 187 ) enfonça plusieurs portes de l' hospice.

Malgré la modicité de l' enneigement en 1931-1932, une avalanche bouscula le train d' Interlaken à Lucerne, le 10 avril 932- Le fort enneigement en 1934-1935 provoqua de nombreuses avalanches dévastatrices, alors que les chaleurs estivales occasionnèrent une fonte brutale avec inondations; le Rhône fit sauter ses digues en aval de Sion et d' Aigle ( 1935, p. 188 ).

Les avalanches de 1939 causèrent la mort de quatre soldats Des débâcles se produisirent à plusieurs reprises. Ainsi la vidange du lac bordier du glacier de Gruben, en 1921; de même les écoulements subits du lac temporaire du glacier de Crête-Sèche, près du glacier d' Otemma, au pied du Mt Gelé ( 1924, p. 272; 1927, p. 214 ). Mercanton cite les débâcles précédentes, du 28 juin 1894 et du 17 juin 1898, relatées dans les Rapports. Il mentionne aussi les travaux de protection de 1899 et la menace de 192634.

Parmi les événements mineurs, signalons au Val Bregaglia la singulière coloration jaune de la neige, phénomène dû vraisemblablement à un dépôt éolien ( 1926, p. 175 ).

Un assassin àOrny L' agression de Maurice Joris, gardien de la cabane d' Orny, le 8 septembre 1910, est simplement mentionnée dans la Notice précédente ( Les Alpes, décembre 1976, p. 163 ).

Grâce à l' amabilité de M. Walter Fisch, de la section des Diablerets, quelques précisions peuvent être données aujourd'hui; elles proviennent en particulier d' un article de M. J. Perrin, paru, ces dernières années, dans le Bulletin de cette section. « Le 8 septembre 1910, vers 13 heures, Maurice Joris, gardien de la cabane d' Orny et instituteur, arrivait à Orsières, venant d' Orny: il était grièvement blessé d' un coup de feu dans la région de la nuque et privé de l' usage de la parole. » C' est le près de la cabane du Wildhorn ( 1939, p. 277 ), et d' un habitant d' Escholzmatt.

Plusieurs avalanches se produisirent en 1940; l' une détruisit l' auberge de la Bäregg, dominant le glacier Inférieur de Grindelwald ( p.307 ).

34 3 VIII 1928, au glacier d' Orny: série de débâcles d' eau, sans gravité ( 1928, p. 194 ).

ig28: le lac bordier du glacier de Gruben s' est reformé et s' est vidé sans débâcle, en automne; les variations de volume sont indiquées ( 1928, p. 195 ).

20-25 VII 1929, au Trient: vidange sans dégâts graves d' une poche d' eau présente au bas du rocher des Ecandies; de même en 1933 dans la nuit du 18 au 19 VII ( p. 191 ).

Mariétan J., Bulletin de la Murithienne, 1927.

matin, vers g heures, au moment où M. Joris était dans le caveau à soutirer du vin, qu' un individu, arrivé la veille, tira sur le gardien pour le dévaliser et lui voler la clef du tronc de la cabane avant de refermer la trappe du caveau et de prendre la fuite. Hospitalisé à Lausanne, Joris ne put pas être entièrement débarrassé de tous les fragments de la balle, mais il put heureusement poursuivre ses activités.

Le criminel, un ressortissant valaisan, put s' en en France; le signalement très précis qu' en avait donné Maurice Joris permit de l' arrêter lors de son retour au pays, en 1915, et de lui faire purger les vingt ans requis par le Tribunal.

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