Ascension de la paroi ouest du Schallihorn

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Par Dr Ed. Wyss-Dunant Avec 1 croquisavec Albert Bonnard, guide à Zinal

La paroi W du Schalihorn est rayée par un important couloir central, qui prend naissance entre les deux sommets S et N et descend obliquement entre deux falaises de rochers.

Le haut de ce couloir a la forme d' un vaste entonnoir, dont les bords sont constitués, d' une part, par les rochers jaunes, aux plissements si curieux du sommet S ( 3974 m .) et, d' autre part, par les rochers noirs qui confluent en arête et en tour vers le sommet N ( 3953 m. ). Il semble que ce couloir devrait être la poubelle du Schalihorn; mais, après inspection, on constate tout de suite, que les détritus tombés au pied de ce couloir ne sont pas aussi importants qu' on l' avait supposé.

En effet, la face W du Schalihorn est très peu ensoleillée. Durant le mois d' août les rayons solaires apparaissent à 11 heures seulement sur le rebord N de la face, pour ne la couvrir entièrement que l' après.

Ce sont ces constatations, ainsi que l' étude de la falaise gauche du couloir, puis de la vire à la base du sommet N, qui m' induisirent à tenter cette ascension. Mais il ne suffit pas de vouloir en alpinisme, encore faut-il vouloir assez longtemps pour pouvoir. Car l' été 1951 ne nous a pas gâtés, à part une douzaine de beaux jours en juillet, alors que l' enneigement était encore trop considérable. Durant la première quinzaine d' août des chutes répétées de neige sur les hauteurs, suivies de fonte et, par conséquent de verglas, ne facilitèrent pas les ascensions dans les rochers.

Néanmoins, le 17 août, le temps sembla s' améliorer à Zinal, et je partis avec le guide Albert Bonnard de Zinal pour le chalet des Leisses dans le Val d' Arpitetta, espérant ne pas être déçu une fois encore par le temps. Car nous avions déjà campé sous la tente le 15 août sur les plus hauts gazons, afin de raccourcir d' autant la marche d' approche. Mais à minuit, après une journée idéale, la pluie tambourinait inexorablement sur les toiles de la tente. Nous renonçâmes donc à répéter l' expérience de la tente et nous nous contentâmes d' attendre le verdict dans le chalet des Leisses. Il fut favorable. Pendant la nuit les nuages disparurent mystérieusement, le ciel s' éclaircit et, à 3 h.nous quittions le chalet sous le plus beau clair de lune que l'on puisse rêver. Il semblait bien que nous allions au-devant d' une journée glorieuse, parmi tant d' autres grises, pluvieuses, maussades. C' était une chance inespérée.

Après avoir traversé les moraines de la confluence des glaciers du Weisshorn et de Moming, nous mîmes le cap droit sur le couloir central du Schalihorn, en suivant le cours tranquille du glacier de Moming. Beauté et paix; paix et sérénité, solennel lever du jour... Nous marchions depuis deux heures et demie dans une fraîcheur exquise sans être conscients du temps. Nous étions arrivés au pied du couloir à 6 heures et cherchions la voie d' accès. Pas de rimaie importante, pas de crevasse traîtresse. Nous pûmes ainsi immédiatement nous engager sur la rive gauche du couloir en taillant des marches sur ASCENSION DE LA PAROI W DU SCHALIHORN Face W du Schalihorn avec itinéraires de montée ( 1 ) et de descente ( 2 ) du Dr Ed. Wyss-Dunant Ce cliché nous a été obligeamment prêté par l' AAC de Berne, à qui nous exprimons nos remerciements.

les parties les plus déclives de l'«Einstiegsroute ». A cette heure point de projectiles, point de coulées de neige. Toute la face était figée dans l' ombre glaciale de ses rochers. Nous dominâmes rapidement le rognon terminal de la falaise droite et pûmes grimper en sécurité dans le couloir tout en continuant à tailler des marches. La neige avait une consistance favorable, ce qui nous permit de gagner rapidement la hauteur. Au fur et à mesure que nous nous élevions, les plissements du sommet S devinrent plus spectaculaires dans leur forme et leurs couleurs. Ils laissèrent voir des pertes de substance très curieuses, on aurait dit en certains endroits une commode privée de tiroirs.

Sur la rive droite les rochers rouges viraient au noir au pied de la tour qui, d' un seul jet, s' élance majestueusement jusqu' à la hauteur du sommet N. Nous étions arrivés au bas de l' entonnoir. Un rapide coup d' œil mit fin à toute équivoque: rien à faire pour continuer le chemin en ligne droite, mais plutôt composer avec la montagne en cherchant une déviation sur l' autre rive.

Bonnard, en bon varappeur, opta immédiatement en faveur des solides rochers rouges, alors que j' aurais voulu monter plus haut jusqu' à la limite des rochers noirs, à la base de la tour même, d' où je pensais pouvoir rejoindre la vire transversale.

Mais un varappeur aimé la lutte ouverte, le corps à corps. Bonnard en eut pour son compte en gravissant sur la gauche de l' arête une cheminée haute de 15 m. et barrée par deux surplombs successifs, cela sans s' être préalablement délesté, ni de son sac, ni de son piolet. Un long moment s' écoula, pendant lequel l' exquise fraîcheur, dont je parlais plus haut, devint une froide haleine de la montagne. Je grelottais, en attendant de savoir quelle était l' architecture au-dessus de cette cheminée.

Bonnard trouva ce à quoi je m' attendais, sans oser trop l' espérer, c'est-à-dire un passage dans les rochers noirs conduisant à la vire. On aurait donc pu aussi arriver à cet endroit en traversant le couloir plus haut, à la base de la grande tour.

Mais le chemin choisi valait bien l' effort. Je m' y engageai, comme Bonnard, avec sac et piolet, en ramonant; j' arrivai au premier surplomb qu' un rétablissement sur les poignets me permit de franchir. Je retrouvai une position sûre de repos, pour réchauffer les doigts que l' onglée faisait durement souffrir. Mais notre souci majeur n' était pas le froid, c' était plutôt la préoccupation des pierres branlantes. Au deuxième surplomb un énorme bloc menaça de chavirer. Il fallut le surmonter en le maintenant en place, double équilibre à conserver tout en se faufilant, le piolet grattant la roche et le sac freinant la montée.

Le deuxième obstacle était dépassé et la pierre branlante heureusement aussi. Je l' ai laissée en place la marâtre; elle y est toujours, grand bien lui fasse. Cependant le verglas, jusqu' ici négligeable, recouvrait tout le chemin que nous devions suivre le long de la cheminée donnant accès à la vire sur notre gauche. La varappe, quoique moins sévère, prit un caractère désagréable, d' autant plus que les prises étaient rares et de plus en plus élimées, à tel point que sur la vire, on ne savait réellement sur quel becquet assurer la corde. Il n' y en avait point, il ne devait plus y en avoir. Il fallut des lors travailler du bout des doigts et des orteils dans un terrain extrêmement exposé. Cette vire, je l' ai dit, cravate la base du sommet N, de sorte que l'on peut progresser un bon bout de chemin. Mais elle est cloisonnée à son extrémité par une arête secondaire toute en dalles lisses. Avec ou sans verglas?

Heureusement cet endroit est mieux exposé et l' un des plus ensoleillés de la paroi, de sorte que les Vibram purent adhérer convenablement. Nous remontâmes cette arête jusqu' au point d' où l'on peut gagner le couloir neigeux qui se trouve derrière et de là la nervure mi-rochers, mi-neige qui va en s' étalant jusqu' à l' arête faîtière, droit au pied du sommet N. La déclivité de la pente est très forte; c' est cette qualité de terrain où, tant que l'on regarde en haut, tout va bien, mais où, dès que l'on dirige le regard vers le bas, un étrange sentiment d' insécurité vous saisit. Les traces disparaissent dans une houle incompréhensible de ressauts que l' œil n' avait pas perçue sous le même angle à la montée. Sur cette pente chaque objet lâché serait un adieu « auf Nimmerwiedersehen ». La consistance de la neige était cependant bonne, ce qui facilita grandement la montée.

Il était 13 h. y2 quand nous arrivâmes sur l' arête faîtière du Schalihorn. L' ascension nous avait donc demandé sept heures et demie de marche à partir du glacier, ou dix heures à partir du chalet des Leisses... huit heures et demie à partir du refuge d' Arpitetta... quand il y en aura un.

Descente En 1947, j' avais, en compagnie du guide André Theytaz, ouvert une nouvelle voie d' accès d' Arpitetta à l' arête faîtière du Schalihorn, plus courte que par le Schalijoch, en longeant le bord septentrional de la face W du Schalihorn. Ce chemin n' a pas été refait depuis lors.

J' étais donc particulièrement intéressé à le connaître à la descente et dans des conditions d' enneigement différentes de celles de 1947.

En conséquence, nous descendîmes l' arête N du Schalihorn jusqu' au col neigeux, droit avant les dernières tours rocheuses dominant le Schalijoch. Le névé forme, peu au-dessous de ce col, une courte arête neigeuse à forte pente. C' est cette nervure qu' il faut suivre, puis continuer la même direction dans le névé, après que la nervure s' est effacée. En restant dans la projection de cette ligne, on aboutit dans des ressauts rocheux faciles, d' où il est aisé de traverser à gauche un névé transversal. Celui-ci était en 1947 un miroir de glace que nous avions été obligés de contourner à sa base. Cette année il était couvert de neige, et c' était un jeu de le longer sur les deux tiers de sa largeur, jusqu' à une cheminée très visible au-dessous, d' où l'on peut accéder à une vire inférieure, toute en pierrailles. Celle-ci conduit en pente douce vers la gauche, jusque sur le glacier du Weisshorn, sans qu' il y ait de rimaie à sauter. La dernière partie de la descente forme donc, à partir du névé-miroir, un Z. Il importe de souligner qu' en aucun endroit ce chemin n' est exposé, ni aux chutes de pierres, ni aux avalanches. On peut ainsi faire la descente en deux heures, peut-être en une heure et demie, selon les conditions de la neige. Le névé supérieur nous a réserve plus de travail qu' en 1947, car sur la neige dure du fond reposait une couche poudreuse tenant mal sous le pied.

Pour les cordées venant du Moming ce chemin présente un raccourci certain. La descente habituelle par le Schalijoch vers Zinal est beaucoup plus longue. C' est même à se demander si, pour ceux venant du Weisshorn, il n' y aurait pas avantage à prendre ce chemin. En contournant à leur base les premières tours rocheuses de l' arête du Schalihorn, on peut arriver en vingt minutes au col neigeux où commence la descente. Je laisse l' avenir décider de la valeur de cette voie que je ne manquerai pas de suivre, si je devais, une fois encore, visiter ces merveilleuses arêtes.

Une course d' hiver au Pas de Cheville ( Fin )

3 janvier 1876 Le pâturage d' Anzeinde est bien le plus grand des Alpes vaudoises. Les ondulations du terrain, les mamelons et les vallécules s' y multiplient à l' infini. Par le brouillard on a, même en été, les plus grandes chances de s' y perdre. Des vachers qui y avaient passé vingt saisons, surpris le soir dans ce dédale, ont passé la nuit à y rôder inutilement. M. Rambert en cite un qui, ainsi perdu, s' est tué en tombant du haut d' un escarpement insignifiant.

On comprend qu' en plein hiver et par une tourmente de neige nous ayons été quelque peu inquiets. Il y a six mois à peine, nous avions passé par là. Quelle différence! Quatre à cinq pieds de neige couvrent maintenant ce pâturage qui était si frais et si vert alors. Quels chants joyeux! A présent c' est à peine si l'on hasarde une parole.

Une tourmente d' ailleurs a aussi son charme; moins dans le moment même où on y est exposé, que dans le souvenir, au coin du feu. Cette lutte contre les éléments où il faut déployer tout ce qu' on possède d' énergie et de vigueur, de courage et de persévérance, laisse des souvenirs ineffaçables.

Le vent s' est un peu calmé; il se fait une petite éclaircie et les mêmes rochers que nous avions vus deux heures auparavant se montrent de nouveau. « Nous sommes sauvés! » s' écrie B. C' est en effet la Vire aux Chèvres. M. et O. avaient raison. Ceci doit être la combe de Fontannets; là-bas nous trouverons les chalets de Cheville. Mais il n' y a pas un moment à perdre. Le vent va redoubler de force. On en entend déjà les mugissements.

Nous descendons le dévaloir qui s' ouvre devant nous et, à 2 h. 30, nous sommes aux chalets de Cheville, autour d' un bon feu. Nous ne nous y arrêtons que juste le temps pour nous réconforter un peu; car il faut passer le Chemin Neuf avant la nuit.

B. est impitoyable. « Partons, tout n' est pas gagné; si nous n' avons plus rien à craindre de la tourmente, il y a encore le Chemin Neuf qui offrira ses difficultés. » Après quatre heures de marche souvent pénible, nous arrivons à la chapelle du St-Bernard, qui domine la vallée du Rhône. En plus de vingt endroits des éboulements ont emporté le chemin; dans d' autres la glace vive le couvre; ailleurs ce sont des avalanches de pierres qu' il faut éviter. Il était 6 h. 30 quand nous vîmes les lumières des maisons d' Avent. O., de sa plus belle voix, entonne une jolie chanson, et nous entrons en triomphe dans le village.

Heureux village! Il n' a point encore d' auberge; mais nous trouvons néanmoins un verre d' excellent vin chez un notable de l' endroit. Des jeunes filles filaient dans la grande chambre; le père et la mère étaient assis près du poêle. Que d' exclamations à notre brusque invasion. Ils ne voulaient pas croire à notre expédition. On apporte du vin; on trinque avec les filles et les gars que la curiosité avait attirés. Ch. fait recoudre son pantalon déchiré; C. guette la plus jolie des fileuses, se promettant un bon baiser. Je ne sais s' il en a obtenu un, mais je puis affirmer qu' il en a donne deux ou trois de tout cœur. Aussi elle était belle, la fille. Pendant ce temps, Mme C. s' inquiétait du sort de son mari. L' ingrat! Aussi en a-t-il été puni. Lui seul de nous tous a été indisposé un jour ou deux à la suite de notre aventure.

La descente à Sion se fit dans de bonnes conditions. A 10 heures, les retardataires arrivèrent enfin à l' hôtel, où B. et O., les plus ingambes, étaient allés préparer le logis.

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