Ascension du Ruwenzori par l'Ouganda | Club Alpino Svizzero CAS
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Ascension du Ruwenzori par l'Ouganda

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Willi König, CAS Aarau, Hannover

Déjà tout gosse, j' aimais les randonnées, parce qu' il y avait toujours quelque chose de nouveau à voir, quelque chose d' intéressant à découvrir. Mais j' étais attire tout particulièrement par les montagnes, d' abord les hauteurs toutes proches de chez moi, puis les Alpes merveilleuses, et je me mis enfin à faire les yeux doux à des sommets encore inatteignables pour moi, des sommets situés hors d' Europe.

C' est à l' occasion d' une course dans les Alpes que nous avions pris la décision de nous rendre en Afrique orientale. Nous voulions, à six, escalader en l' espace d' un mois le Ruwenzori en Ouganda, plus le Mont Kenya ( au Kenya ) et le Kilimandjaro ( en Tanzanie ), et nous voulions nous charger nous-mêmes de l' organisation du voyage.

La route du Ruwenzori, ce sommet riche en brouillard et en pluie, à la frontière du Zaïre, dans les places duquel naissent des sources du Nil, était à vrai dire semée d' embûches à cause des circonstances politiques ( Idi Amin ) et économiques ( expulsion des Indiens ), mais ces obstacles présentaient aussi un avantage: la montagne nous appartenait!

Et un certain jeudi, le 1 i novembre 1974, nous y sommes: un Boeing égyptien nous a transportés de Francfort à Entebbe ( Ouganda ) via le Caire. Un plafond de nuages recouvre le pays.

A l' aéroport, nous sommes attendus, car nous avons déjà pris contact avec Kampala par l' entre de l' Office du tourisme de l' Ouganda à Francfort. Notre chauffeur, Tom, est là avec son bus VW ( qui nous coûte environ 20 fr. par personne et par jour ). Après avoir passé dans divers bureaux officiels et changé de l' argent, nous quittons Kampala en direction de Fort Portai en traversant d' abord la région la plus peuplée d' Ou, le Buganda. Les marais de papyrus au bord du lac Victoria font place à des plantations de bananiers. Les fruits de ces arbres deviennent d' ailleurs par la suite un de nos principaux aliments; à part cela nous trouvons de délicieux ananas et des papayes.

La province d' Ankole est riche en steppes où paissent des bœufs aux longues cornes.

Lorsque nous arrivons à Fort Portai, la capitale de la province de Toro, joliment située dans les montagnes, le massif du Ruwenzori est caché dans les nuages. Nous prenons nos quartiers à l'«Hotel of the Moon ». Mr. Bhimje, un Indien, était, à en croire les récits que nous avons lus, la providence des expéditions qui trouvaient chez lui l' approvi nécessaire. Mais il a été chassé du pays et son successeur ne peut nous offrir que des pâtes, du sel et du beurre. Et nous qui avions fait le détour de Fort Portai exprès pour Mr.Bhimji!

Et maintenant, en route pour Ibanda, point de départ de notre ascension du Ruwenzori! Une étroite route secondaire en terre conduit au petit village de montagne d' Ibanda, composé de quelques huttes primitives, dont les habitants appartiennent à la tribu Bakonjo. Mr. Mate qui a la charge de chercher des porteurs est d' abord introuvable. Bientôt tout le village fait cercle autour de nous. Il faudra acheter encore divers objets pour les porteurs: avant tout de la cassave ( farine de manioc ), du poisson séché, du sucre ( qu' on ne trouvera pas !), deux grandes marmites, deux pangas ( machette pour ouvrir le chemin ), des pommes de terre, des bananes, des oignons, des allumettes et une couverture de laine pour chaque porteur. En tout, on a prévu pour nous onze porteurs et un guide ( ceux-ci doivent être couverts par une assurance et il est conseillé de régler ce point tout de suite et de payer le montant à Kasese ).

La nuit, il pleut tant et plus sur nos tentes. Le lendemain, nous roulons encore quelques kilomètres dans la vallée vers Nyakalengija, un hameau de quelques huttes, point de ralliement des porteurs. Le chargement est alors réparti entre eux; nous-mêmes ne portons que nos effets personnels, appareils photographiques, imperméables, pullovers, chaussettes, matériel de pansement et quelque chose à grignoter. Comme nous n' avons pas de pain et que les pommes de terre sont rapidement englouties, le menu consiste invariablement en pâtes, encore et toujours des pâtes! Elles nous poursuivent jusque dans nos rêves, et lorsque plus tard, au Kilimandjaro, je proposerai de racheter des pâtes, parce qu' elles pèsent très peu, les cris d' indignation et les mines longues de mes compagnons me réduiront au silence.

Vers midi, la colonne se met en marche. C' est un safari-dodo! Aux plantations de bananiers succèdent une herbe à éléphants très haute, puis une forêt dense de bambous et enfin la forêt vierge. Nous devons traverser plusieurs ruisseaux. Il fait lourd, la sueur nous sort par tous les pores. De temps en temps un cri étrange rompt le silence: un oiseau aux couleurs chatoyantes s' envole devant nous. Un peu avant la cabane Nyabitaba, qui trône sur une crête, le chemin se fait raide. Les porteurs allument un feu à proximité de la cabane et préparent leur bouillie de cassave. Parfois ils feront griller un singe fraîchement pris au piège, bien que ce soit interdit, car ces bêtes sont protégées par la loi. Malgré cela, les peaux sont tannées et vendues sans aucun scrupule. Plus haut, les porteurs prennent au piège des sortes de marmottes nommées « hyrax ».

La nuit, la pluie tambourine sur le toit de tôle de la cabane. On dirait que toutes les écluses du ciel sont ouvertes. Le jour suivant, il nous faut descendre profondément dans la vallée, vers le torrent Bujuku. Comme des vagues, les crêtes montagneuses se suivent, disparaissant au loin dans les nuages. Le torrent impétueux est enfin traversé à l' aide d' un tronc à moitié recouvert par l' eau et d' une main courante improvisée.

La végétation est absolument fantastique: des marais partout. Forêt tropicale saturée d' humi! D' abord des bruyères arborescentes couvertes de très longues barbes de lichen. Puis des arbres bizarres capitonnés de mousse formant toutes sortes de figures et au feuillage parcimonieux. Plus haut dans les marais de Bingo, d' im séneçons avec des rameaux terminaux en forme de rosette et des lobélies qui, pareilles à des cierges géants, animent le paysage brumeux. Nos « piolets des marais », de longues perches de bambou, se révèlent très utiles dans les marécages et sur les branches ou les racines glissantes. Pour ne pas tremper nos chaussures de montagne, nous avons mis nos chaussures de sport sans chaussette. Mais la peau de nos jambes est si crevassée et rugueuse que nous pourrions y râper une pomme! De plus, nos chevilles se mettent à enfler.

De la cabane Nyamuleyu, nous rallions le refuge Bigo, située à 3450 mètres, au-dessus du grand marais de Bigo. Le massif du Gessi, couvert de neige, sort tout juste des nuages. Le lendemain, nous descendons dans la vallée de Bujuku. Le chemin est raide jusqu' au lac de Bujuku, au bord duquel il est impossible de trouver un endroit sec. Il faut sauter comme un acrobate de motte en motte pour ne pas s' enfoncer dans le sol spongieux. Un quart d' heure au-delà de la « grotte de la casserole » ( Cooking pot shelter ), nous arrivons à la cabane Bujuku ( 3980 m ), au milieu des montagnes du Ruwenzori. Au nord se dresse le massif du Speke, à l' ouest celui de Stanley avec le point culminant du Ruwenzori, la pointe de Margherita, et au sud celui de Baker; tous ces pics sont couverts de glace, au cœur même de l' Afrique!

Le temps est « beau »; au-dessus de nous une couche de nuages reste stationnaire, mais au moins il ne pleut pas. Au Ruwenzori, le « faiseur de pluie », il n' y a que dix jours de soleil par an environ. Comme nous arrivons à 12 1130 déjà à la cabane Bujuku, quatre d' entre nous décident de monter encore dans l' après à la cabane du lac Irene {voir fig. i,p. 113 ). Les deux autres veulent gagner le col Stuhlmann et se promener un peu en direction du Zaïre. Quatre des meilleurs porteurs et un guide reçoivent une prime spéciale pour nous accompagner. Nous traversons d' abord un marais plat, puis montons le long de plusieurs cascades par une fantastique forêt de séneçons, puis sur des moraines et le long de parois rocheuses, et nous arrivons bientôt au bivouac du petit lac Irene ( 4480 m ). A cette altitude, le sol est couvert de glace et les porteurs retournent immédiatement au Cooking pot shelter. Il ferait trop froid pour eux ici. Le bivouac du lac Irene n' est pas facile à trouver, surtout par mauvais temps. On doit obliquer fortement à gauche au bord du haut plateau. Cette cabane, joliment située, offre place à 3 ou 4 personnes. Elle est construite en tôle de zinc éblouissante et on peut lire dans son livre de bord: « cabane la plus propre d' Afrique »! Les visiteurs annuels se comptent sur les doigts de la main. Même à cette altitude, les séneçons aux rosettes charnues poussent encore.

Le brouillard se déchire: loin au-dessous de nous brille le lac Bujuku, plus haut les crevasses des glaciers étincellent. C' est un spectacle inoubliable!

Le lendemain, nous voulons escalader la Margherita ( 5119 m ) et montons donc à 8 heures vers son arête est. Le temps est nuageux, le brouillard traîne, mais le chemin reste visible. Nous glissons sur les rochers partiellement couverts d' épais lichens mouillés comme sur du savon mou; on aurait besoin de crampons. En revanche, l' arête rocheuse n' est pas difficile, malgré quelques passages de varappe. Elle reste enveloppée de brouillard et se redresse constamment. Peu à peu nous sentons que l' air se raréfie et nous intercal-ions de courtes pauses. Voici la neige! Nous enfonçons profondément dans cette bouillie blanche. Puis une barrière de glace se dresse devant nous, surplombante et piquée de glaçons. C' est par une gorge creusée dans la glace que nous montons vers l' arête. Nous voilà sur la Margherita! Le brouillard se lève un instant: non loin s' élève la Pointe Albert. Il est 14 heures. A 17 h 15, nous sommes de retour au refuge.

Le lendemain nous redescendons à la cabane Bujuku et passons encore deux cols, dont le plus haut se nomme col Scott-Elliot ( 4370 m ). Un sentier mène par une jolie vallée à la cabane de Kitandara au bord du lac du même nom ( 4020 m ). Le temps est clair; le lac scintille et les parois rocheuses ont un reflet rouge tendre. Cette cabane est merveilleusement bien située!

Le lendemain matin, le sol est gelé et une mince couche de neige recouvre les environs. Nous devons passer le col du Freshfield, à 4282 mètres. La plupart des porteurs marchent pieds nus et exigent un salaire double à cause de la neige, puis encore une fois le double vu la longueur de l' étape. En effet, nous avons l' intention de sauter l' étape habituelle ( grotte de Kabamba ) et de redescendre immédiatement jusqu' à la cabane Nyabitaba on les marais prennent fin.

Le col du Freshfield est couvert de glace et les porteurs, avec leur charge, ont de la peine à avancer. Ensuite on descend par des terrasses d' une vallée à l' autre, d' abord dans un marais avec des touffes d' herbe hautes d' un mètre. Puis c' est la forêt vierge. Nous dépassons la falaise de Bujongolo et la grotte de Kabamba, et nous nous reposons à la dernière caverne, celle de Kichuchu. Puis nous traversons la rivière Mubuku et atteignons enfin la cabane Nyabitaba, morts de fatigue après ces neuf heures de marche.

L' aventure du Ruwenzori est finie, car la marche vers Ibanda ne peut guère être taxée d' aventureuse. Il nous reste encore à payer les porteurs: g shillings ougandais par porteur et par jour, 15 shillings pour le guide.

Nous avons bien mérité une journée de repos à la Mweya-safari-lodge, bien située au bord du canal Kazinga. Le personnel arrive à peine à suivre, tant notre appétit est grand. Et quel délice que le bain dans la piscine! Autre événement: le trajet en bateau à moteur sur le canal Kazinga. Nous n' avions jamais vu tant d' hippopotames à la fois. Et des éléphants, des bufîles, des gazelles, des phacochères, des lions, des iguanes, des singes, des pygargues vocifer ( aigles pêcheurs ), des grues couronnées et l' emblème de l' Ouganda, le marabout! Quel spectacle splendide!

Puis c' est le long voyage vers Kampala, on nous arrivons tard le soir et on nous pouvons encore juste régler la facture du bus VW avant de partir pour Entebbe. Là, nous prenons congé de Tom, notre chauffeur, et nous nous envolons le lendemain vers Nairobi et vers de nouvelles aventures. ( Traduit de V allemand par A. Rigo )

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