Ascensions hivernales au Cervin

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Par Marcel Kurz

Dans le volume II du Guide du skieur dans les Alpes Valaisannes ( édition 1939 ), pages 89-92, on trouve la liste des 13 premières ascensions réussies au Cervin en hiver.

Je n' ai rien à changer à cette liste sauf que l' ascension Boccalatte eut lieu en 1932 et non pas 1931. Les numéros 10 et 11 doivent donc être intervertis pour rétablir la chronologie exacte.

Voici la suite de cette statistique telle que nous avons pu l' établir.

Comme les ascensions hivernales ( ou printanières ) au Cervin deviennent de plus en plus fréquentes, nous ne pensons pas poursuivre cette statistique au delà de 1949.

Les derniers exploits ( arête deZmutt, arête deFurggen, paroi Ouest ) prouvent indubitablement qu' une quatrième conquête des Alpes a commencé: celle des voies nouvelles en hiver.

14. Karl Eckes et Erich Hickel ( Saarbrücken ), 1er février 1939. Ces deux jeunes gens arrivèrent à Zermatt vers la mi-janvier aîors que le temps était très mauvais et les conditions abominables. Ils passèrent tout d' abord quelques jours à la cabane Schönbiel, puis à la cabane du Hörnli, d' où ils firent plusieurs tentatives qui avortèrent par suite de la tempête et du froid. Le 30 janvier Us mirent la journée entière pour gagner la cabane Solvay en s' élevant par le versant Est, mieux protégé du vent. Le lendemain fut consacré au repos dans la cabane, en prévision de l' assaut final. Le 1er février vers 13 h. on les vit arriver au sommet sur lequel ils restèrent près de deux heures. Au cours de la descente, peu avant d' arriver à Solvay, ils perdirent pied et firent une chute mortelle de 800 m. Leurs cadavres furent retrouvés deux jours plus -tv tard au pied du versant Est et descendus à Zermatt où ils sont enterrés. Bergsteiger 1939, 209*; Alpes 1940, 425 ( rapport de R. Wyss ).

15. Jacques Kœrper ( Berne ) avec Alexander et Aloys Graven, 11 avril 1946. Montée du Hörnli en 6 heures. Très beau temps mais bise froide. Rochers relativement secs ( information personnelle de A. G. ).

16. Viktor Stoll ( Zurich ) avec Hugo Lehner; MaplesAngleterre ) avec Oswald Julen, 22 avril 1946 ( lundi de Pâques ). Temps très variable. Neige fraîche. Montée et descente par arête du Hörnli. Conditions défavorables. Sport du 24 mai 1946 ( N° 59, page 12 ).

Durant le mois de mars 1948, le temps fut presque continuellement beau et sec et les conditions très favorables. On ne compte pas moins de 7 caravanes au Cervin qui fut gravi par ses quatre arêtes!

17. Enrico Gamna et Ettore Sisto ( Turin ), 9 mars 1948. Montée et descente par arête du Lion en couchant avant et après au refuge Louis-Amédée. Alpes 1948, 68*.

18. Massimo Marazzi ( Milan ) avec Ferdinand Gaspard ( Valtournanche ), 15 mars 1948. Traversée du Hörnli au Breuil. Départ du Hörnli à 3 h. 30 sans lune. La cabane Solvay était à moitié pleine de neige, les derniers visiteurs ayant négligé de fermer la porte intérieure. Fort vent froid. Sommet 9 heures. Temps splendide. Descente en 65 minutesau refuge Louis-Amédée où longue halte. Au pied du Col du Lion un porteur les attendait avec leurs skis, et le Breuil fut atteint à 14 h. 30. Cette caravane très bien entraînée venait de gravir la Dent Blanche le 13 mars ( communication personnelle de M. M. ).

19. Gino Gandolfo ( gardien de la cabane du Théodule ) seul, même date. Montée et descente par arête du Lion. Gandolfo croisa la caravane précédente au Pic Tyndall ( communication personnelle ).

20. Filippi et Rabagoli, 21 mars 1948. Montée et descente par l' arête du Lion ( communication personnelle du guide Jean Pellissier ).

21. Henri Masson ( Paris ) avec Edmund Petrig, 25 mars 1948. Première hivernale par l' arête de Zmutt. La caravane ne partit pas de Schönbiel mais du Hörnli, dont l' altitude est supérieure de 600 mètres. Elle suivit l' itinéraire ( 635 ) à travers le Matterhorngletscher pour rejoindre l' arête de Zmutt dans sa partie neigeuse. Départ du Hörnli à 5 h. Sommet à 14 h. ( une demi-heure de halte en bras de chemise ). Hörnli 18 h. 45. Communication personnelle de H. M. qui ajoute: « C' était ma première course avec guide, étant généralement un solitaire. Les difficultés glaciaires et rocheuses furent on peut dire nulles jusqu' au niveau des Galeries Carrel, endroit où la présence de stalactites de glace requit quelques attentions... La cabane Solvay était aux % remplie de glace. Retour sans incident d' aucune sorte, notamment sans avoir vu ou entendu une seule chute de pierres. » — Voir aussi Alpes 1948, 69*.

22. Raymond Monney et Jean Fuchs ( Bienne ), 28 mars 1948 ( Pâques ). Première hivernale par les surplombs de Furggen. De la cabane Solvay ( atteinte la veille par l' arête du Hörnli ) cette caravane traversa obliquement tout le versant E pour gagner l' Epaule de Furggen et l' arête du même nom. Elle escalada directement les surplombs et arriva au sommet à 15 h. 45 ( étant partie de Solvay à 5 h. 45 ). Retour à 19 h. à Solvay où elle passa une seconde nuit avant de redescendre à Zermatt. Alpes 1948, 206-209 \ 23. Louis Carrel et le porteur Agostino Carrel; Luigi Gallia ( Milan ) avec Jean Pellissier; Ferdinand Gaspard avec un client deMontj ovet ( Vallée d' Aoste ), 30 mars 1948, par l' arête du Lion. Louis Carrel seul traversa le sommet, descendit au Hörnli et rentra par le Furggjoch au Breuil le même jour à 16 h. Les Carrel venaient directement du Breuil d' où ils étaient partis à 4 h. Agostino redescendit avec la caravane Pellissier ( communication personnelle de J. P. ).

L' hiver 1948/49 fut caractérisé par une grande sécheresse et pénurie de neige. La fin février fut particulièrement favorable et l'on compte trois ascensions par le versant italien:

24. Achille Compagnoni et Modesto Praolini ( tous deux de Bormio mais en fonction au Breuil comme professeurs de ski ), 16 février 1949. Du Breuil directement par l' arête du Lion aller et retour. Départ du Breuil à 1 h. par un magnifique clair de lune. Refuge Louis-Amédée 4 h. Halte jusqu' à 8 h. Sommet 10 h. 30. Breuil 17 h. Conditions parfaites ( communication personnelle de J. P. ).

25. Achille Campagnoni avec le Dr Fay ( Milan ), 26 février 1949, par l' arête du Lion.

26. Les deux frères Rosenkrantz, Dionisi et Mauro, 27 février 1949. Idem. Durant les fêtes de Pâques ( mi-avril 1949 ) le temps fut très beau et chaud, mais il avait neigé plusieurs fois peu avant et les conditions de la montagne étaient loin d' être favorables.

27. Martial Perrenoud et René Vallotton ( Vallorbe ), 16/17 avril 1949. Seconde hivernale de l' arête de Zmutt, première depuis Schönbiel. Départ de Schönbiel le 16 à 1 h. 45. Glace dans la Galerie Carrel. Arrivée au sommet vers 20 h. Bivouac au sommet même. Le 17, départ vers 5 h. et descente par l' arête du Lion, très enneigée. Le refuge Louis-Amédée ne fut atteint qu' à 15 h. Ils y passent la nuit et traversent le lendemain ( 18 ) la Tête du Lion pour gagner le Col Tournanche et rentrer à Schönbiel par l' itinéraire ( 623 ) ( quelques longueurs de corde en glace vive !). Communication personnelle de Jean Fuchs.

28. Raymond Monney et Jean Fuchs, 16-18 avril 1949. Première hivernale par la face Ouest. Départ le 16 à 1 h. 45 avec la caravane précédente. Traversée en ski du glacier de Tiefmatten. A4h. dépôt des skis. A 5 h. attaque de la fa ce W. De la rimaye du Couloir Penhall montée presque directe jusqu' à un premier bivouac au-dessous de la grande barre rocheuse qui coupe ce versant horizontalement. « Notre itinéraire se déroule principalement sur la glace et le verglas, les prises sont très rares et peu solides, les fissures à pitons mauvaises. Sur 15 mètres nous plantons jusqu' à 5 pitons d' assurage, espérant que l' un d' eux tiendra en cas de chute. Pourtant tout se passe très bien, mais notre progression est extrêmement lente. A 20 h. 15 dans la nuit nous trouvons finalement un emplace- 1 Ce récit a paru sous le nom de Raymond Monty. C' est à se demander si Monney a revu ses épreuves? Monty est son surnom et il semble en être très fier, sans doute à cause du fameux maréchal anglais... Malheureusement l' histoire alpine ne tolère pas de telles fantaisies... Cette escalade, exécutée dans d' excellentes conditions, fait grand honneur à nos deux jeunes compatriotes.

ment de bivouac, une petite dalle très étroite et inclinée où nous essayons de dormir, pendus à nos fiches. Le 17, départ à 5 h. 30. Durant l' après les difficultés diminuent peu à peu et nous rejoignons vers 18 h. l' itinéraire de Zmutt près du Nez et bivouaquons pour la seconde fois. Le 18, départ à 5 h. Sommet 8 h. 45. Descente par l' arête du Hörnli. Hörnli 18 h. Zermatt 20 h. Communication personnelle de J. F. qui ajoute: « Si nous avons eu de très mauvaises conditions, nous avons eu l' avantage de ne pas être exposés aux chutes de pierres. C' est la raison pour laquelle nous avons choisi cette saison. » NB. La voie suivie par nos deux jeunes compatriotes, auxquels nous épargnerons tout commentaire, est plus directe que celles des caravanes précédentes: Hermann, juillet 1929, et Taddei-Carrel, 17-20 août 1947 ( voir Rivista Mensile, 1948, 49-56, avec une belle photo, un croquis et un tracé ).

Seul...

Par Claude Ruchet II était long, ce vieux chemin de pierre; il était noir, très noir, comme un trou s' enfonçant dans la nuit silencieuse, sous les branches des hauts sapins semblables à des oiseaux nocturnes ouvrant un peu leurs ailes, plantés là comme des idoles monstrueuses de l' alpe antique; il était seul, ce vieux chemin dans la montagne, du pâturage à la forêt, et plus haut dans les pierres; il était tout seul et j' étais tout seul avec lui, et pourtant lui savait son destin, tandis que j' étais perdu, ce soir-là, dans la nuit qui descend en glissant doucement sur les pentes désertes ou presque ( comme descend, le jour, le brouillard, avec cette même lenteur, ce même silence, seulement dans tout le ciel à la fois, simultanément, en mettant du noir dans l' air au lieu de blanc ) de chalet en chalet, d' un pâturage à un autre pâturage, noyant bientôt toutes les ombres dans une grande ombre qui vient d' en avec petit un air frais persistant et un silence immense ( malgré les sonnailles pérennes des troupeaux nocturnes ), creux et plein à la fois, léger et lourd, semblant contenir l' univers tout entier accroché aux étoiles du ciel jusque sur les cimes qui découpent leurs silhouettes en lames de couteaux ébréchées, mais rien que leurs silhouettes, c'est-à-dire rien qu' un dessin, un contour, un trait, quelque chose de tout à fait plat et frêle, comme un décor à peine perceptible à la lueur d' un espace étoile, là-bas, tout au loin, car d' ici tout est si loin, même cette grosse boule noire qui doit être un mazot, même ces autres boules noires plus petites qui doivent être les bêtes d' un troupeau, car dès la tombée de la nuit les sonnailles sonnent et chantent l' espace, la solitude, la montagne au soir d' un beau jour, avec tout ce qu' on y découvre de vaste et d' indéfini, avec tout aussi ce qu' on s' y peut trouver petit et fragile, tout seul dans la nuit, perdu et heureux d' être perdu, et cherchant comme un aveugle à bras ouverts une cabane hospitalière, oh! mais rien qu' un toit pour que les étoiles s' effacent de vos yeux, mais rien que quelque planche autour de vous pour qu' il n' y ait plus ce vide sur vos épaules et ce vent glacé contre votre visage...

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