Au lac des Vaux

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Croquis par V. Pierre Robin.

A l' extrémité supérieure de la sauvage vallée de la Fare, sommeille dans une solitude glacée le lac des Vaux.

A l' Abbé F curé dI' sérables.

Laissons une fois cordes et crampons, folle varappée, bivouac téméraire et, suivant les conseils d' un sage, allons dans l' alpe ignorée qui ne connaît pas les visiteurs curieux et qui vit lointaine et indifférente, comme un ermite au sein des forêts.

Un soleil de plomb darde ses rayons sur la vallée du Rhône. De Riddes, où nous quittons les voitures surchauffées des C. F. F., nous apercevons à flanc de coteau un fin village campé dans une situation qui paraît aussi instable qu' étrange: Isérables... au nom doux et chantant.

Vu de la plaine, le vallon de la Fare semble inaccessible. Il n' y a pas de route aux larges lacets où circulent des cars joyeux et bruyants. Seul un chemin muletier grimpe zigzaguant sur la gauche de la vallée. Nous en suivons les sinuosités. Ainsi, nous avons rejoint une accorte paysanne, dont la compagnie est aussi agréable qu' intéressante; dans son parler pittoresque, elle s' étonne que les gens de la ville aiment à visiter un pays qu' elle juge peu plaisant. En considérant la déclivité du terrain, on comprend, en effet, que le travail des champs est particulièrement pénible. Quel labeur représentent ces lambeaux de prairies, gros comme des mouchoirs! Peu avant le village, nous croisons une jeune femme, dont la jupe balaie le chemin poudreux: deux bras relevés en un geste gracieux soutiennent le vaste filet d' où s' échappent les gerbes dorées que l'on rentre au mazot.

Toute l' âme du Valais, du vieux pays, semble émaner de cette femme, qui, d' un pas lent au rythme grave, porte précieusement sur sa tête les épis d' or qui donneront le pain du long hiver...

A l' approche de la nuit, les mazots bruns semblent se blottir plus près les uns des autres. Une poésie intense enveloppe le village.

Le sentier nous amène à la place principale, étroit carrefour où se trouvent la maison communale et l' église.

L' église, dédiée à St-Théodule, a dû s' appuyer pour trouver une place suffisante, à un arc-boutant qui dessine la voûte sous laquelle passe le chemin. En dessous d' elle, la cure.Voici l' abbé, sa bonté, sa chaude cordialité et son hospitalité si accueillante...

La soirée est belle. Les étoiles naissent sans cesse dans un ciel profond et reposant. A mi-voix, on parle d' une belle randonnée de notre hôte, dans le massif neigeux des Combins, de courses, d' excursions, des visages connus qui passèrent dans ce site paisible. Et la veillée se prolonge. L' heure du repos sonne toujours trop tôt. La paix de la nuit s' étend et nos rêves sont doucement bercés par le carillon d' Isérables. Au point du jour, avec un peu de mélancolie, nous quittons la « Maison du Bon Dieu » et le ministre des âmes, qui sème l' amour et l' idéal dans ces vies laborieuses et simples de montagnards.

Nous traversons le village. Partout les mazots s' accrochent les uns aux autres comme pour renforcer, par l' union, leur résistance aux forces mauvaises. Le chemin longe la vallée, puis arrive au torrent, la Fare, que franchit un très vieux pont de bois couvert, aux poutrelles tremblantes.

Au-dessus, les mayens de Riddes étagent gaiment dans l' air diaphane leurs bouquets de mélèzes, abris des chalets. Une délicieuse odeur de foin s' échappe des portes entr'ouvertes. Maintenant, nous suivons les escarpements, voici le bisse de Saxon, qui roule paisiblement ses eaux bienfaisantes, longé par un délicieux sentier bordant un sous-bois reposant. La combe pittoresque et sauvage traversée, c' est l' alpe de Sachère, paysage désolé et désert, où la Fare s' est creusé son lit entre la forêt Verte et celle des Etablons.

Le chemin du col des Etablons est laissé à notre droite, nous gravissons les derniers pâturages arides et roides, où paissent quelques troupeaux. Sitôt la crête atteinte, le premier des six lacs des Vaux fait miroiter ses eaux reposantes et profondes aux reflets multiples. Nous suivons ses rives et trouvons une gorge minuscule, une cluse qui conduit au lac des Vaux ( en patois: goli di Vé ).

Le site, évidemment, n' a pas la grandeur imposante que présentent certaines contrées, mais il s' en dégage un mystère.

Pareil à un joyau enchâssé avec art au pied du Mont Gelé, le lac repose...

Une brise légère fait à peine trembler sa surface d' un bleu très sombre, et un clapotis infiniment doux vient caresser sa berge. Par instants un rai de lumière étincelle sur l' onde immobile, un poisson s' amuse, un cercle de vagues minuscules ondule... le lac, trop sévère pour être distrait, reprend sa placidité. A l' entour règne une paix infinie. Par endroits, de gros blocs plongent d' un jet et se donnent l' air de falaises. Ailleurs, le gazon s' étend jusqu' à la rive et d' énormes chardons penchent leur corolle d' argent et saluent l' onde transparente, leur miroir naturel.

Le lac des Vaux n' a point de grands sommets à refléter dans ses eaux si bleues. Mais il sait, par contre, jouer avec les nuages qui hantent le ciel et s' accumulent.

Tout à coup, le lac devient vert; les monts qui l' entourent changent d' aspect, s' assombrissent: l' orage vient.

Le tonnerre roule, puis éclate. Les échos retentissent. La montagne est déchaînée. Le ciel est uniformément tendu de gris. Au loin, les Dents du Midi prennent des teintes étranges; le glacier de Plan Névé paraît une tache livide, et l' arête découpée en dents de scie, qui le surmonte, semble tout à coup s' ac et se profiler, comme pour fendre le ciel. Plus près, la Pierre à Voir est assaillie à son tour. L' averse fouette le grand pâturage de Croix de Cœur, où le troupeau s' est groupé peureusement autour du chalet.

La pluie fait rage, le lac frissonne, s' agite, se fâche, soulève de grosses vagues, les roule avec rage et vient les briser avec fracas contre les rochers usés et résignés.

Mais les Dents du Midi réapparaissent pimpantes et fraîches, la pluie a cessé, les nuages s' enfuient et le ciel redevient bleu. Alors, peu à peu, le petit lac s' apaise. Ses flots reprennent leur douce et intense couleur et la dernière vague vient mourir en chantant sur la grève aux galets polis.

Un arc-en-ciel immense tombe des flancs du Mont Gelé. La sérénité succède à la guerre des éléments. Un silence absolu plane de nouveau sur le site enchanteur, la grande paix de l' alpe communie avec le soir.

Là haut, enchâssé comme un joyau très pur, le lac rêve...

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