Au Vélan par l'Aiguille du Vélan (versant NE)

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Avec 1 illustration ( 95Par Jean Cime blanche d' une grande pureté de lignes, délicatement posée sur un socle puissant parfaitement symétrique, le Vélan attire irrésistiblement le regard. On ne saurait imaginer plus belle toile de fond pour le Val d' Entre. Depuis la construction de la cabane ce beau sommet est devenu une course de prédilection pour les skieurs. Mais il offre' aussi de beaux itinéraires d' été à l' alpiniste. Et lors d' une visite que ma femme et moi lui avions faite à ski, nous nous étions promis d' y retourner en été. Le versant nord nous attirait particulièrement avec ses écroulements de glaces et ses faces rocheuses burinées de couloirs neigeux impressionnants. Une première tentative par la voie Tissières-de Rham s' était terminée par un échec. Après avoir surmonté la première barre de séracs nous avions été arrêtés, à quelques mètres de la cuvette glaciaire qui occupe le milieu de la face, par une cassure infranchissable. Mais cette belle montagne nous avait envoûtés, et dix jours plus tard nous sommes de nouveau au pied des séracs. Tandis que la neige s' argente aux premières lueurs d' une belle journée, nous cherchons des yeux le moyen de surmonter la muraille qui nous sépare du sommet. Un couloir de glace très raide semble devoir nous permettre d' accéder, par la droite, au plateau central. Mais cette voie ne nous attire guère. Très exposée aux chutes de pierres et de séracs, elle est de plus indirecte, sans élégance, sans attrait d' aucune sorte. Par contre, une route bien plus belle semble s' offrir, aboutissant à l' Aiguille du Vélan, sommet situé sur l' arête nord-nord-ouest. Traverser une pente de neige à droite... grimper par des éboulis et des rochers brisés sur l' éperon qui descend de l' aiguille... suivre cet éperon ou mieux encore monter droit en haut par la face nord-est... Le projet semblait fort intéressant. De plus cet itinéraire n' étant pas mentionné dans le guide Kurz, il ajoutait l' attrait de l' inconnu à l' avantage de nous permettre d' escalader les deux cimes du Vélan 1. Les dernières hésitations sont submergées par un flot d' arguments irréfutables et nous partons pleins d' ardeur à l' assaut de l' éperon.

L' éperon rocheux, bien visible de la cabane, qui descend de l' Aiguille du Vélan sur le Glacier du Tseudet porte à son extrémité deux gendarmes caractéristiques. C' est entre ces deux pointes rocheuses que nous aboutissons après avoir gravi une pente d' éboulis et de rochers faciles. Le coup d' œil sur le versant opposé offre un contraste frappant avec la pente que nous venons d' escalader. Des couloirs glacés sillonnent la paroi plongée encore dans une ombre froide, alors que nous baignons dans la lumière d' un beau matin d' été. Une traversée facile sur le flanc gauche du deuxième gendarme, puis nous rejoignons la crête. A notre grande surprise, au lieu des roches délitées que nous pensions trouver, nous tombons sur du caillou solide bien fourni en prises. De sorte qu' assez facilement et en peu de temps nous atteignons la première épaule. Une halte s' impose pour admirer le site merveilleusement sauvage. A gauche le regard plonge vertigineusement le long des couloirs neigeux jusque sur le glacier qui s' éveille, bâillant de toutes ses crevasses, aux premiers rayons du soleil. A droite d' énormes séracs bleus et verts sont accrochés aux flancs de la montagne. En face, presqu' à portée de main semble-t-il, la masse imposante du Combin... Mais il reste encore à faire et il nous faut songer à la suite de notre ascension. La neige du grand couloir semble être bonne, aussi tournant le dos à l' éperon qui va rejoindre l' arête nord-nord-ouest bien à droite de l' Aiguille, nous montons droit à la cime. Quelle belle grimpée! Sans être aussi raide qu' elle le paraissait au prime abord, la pente se redresse suffisamment pour nous procurer cette enivrante sensation de griserie propre aux faces neigeuses. La neige est parfaite, presque sans effort nous nous élevons sur la pente immaculée. Notre trace s' allonge comme un double collier de perles offert à la belle montagne qui se dresse au-dessus de nos têtes dans le bleu cristallin du ciel. Bientôt le piolet heurte la glace qui affleure presque, nous obliquons légèrement à droite et, quatre heures et demie après avoir quitté le refuge nous débouchons sur l' arête à quelques mètres du sommet de l' Aiguille du Vélan.

Exultants de joie, malgré le vent glacial qui nous accueille, nous saluons le Mont Blanc et les sommets de son massif qui viennent d' apparaître à 1 Selon M. Bianchi cet itinéraire peut être vivement recommandé. C' est la voie la plus directe, la plus belle, sans grandes difficultés, pour monter au Vélan en été. ( Réd. ) nos regards. Chers vieux amis! qu' ils sont beaux, éclatants de blancheur ou hissant leurs arêtes rocheuses crénelées par-dessus les vallons verdoyants qui s' étirent à leurs pieds. Mais il nous tarde de voir d' un peu près le dôme du Vélan caché par le sommet de l' Aiguille. Tantôt sur le fil de l' arête, tantôt sur son flanc ouest qui offre notamment une belle dalle aux prises solides, nous traversons la cime de l' Aiguille du Vélan, et le point culminant du massif surgit tout à coup... S' il est beau à voir de loin, le blanc cimier est encore plus beau de près. Avec un tel voisin le parcours de l' arête qui nous en sépare ne peut être qu' un enchantement. Les gendarmes de gneiss solide, rugueux à souhait, offrent une belle escalade. C' est un véritable régal que de progresser sur ce rocher tiède tout au long de la crête aérienne. Aucun passage sensationnel, mais une varappe agréable d' un intérêt soutenu. A mi-chemin une brèche un peu plus difficile que le reste du parcours ralentit notre élan. La descente dans l' entaille se fait facilement par le versant est, mais de l' autre côté l' arête surplombe légèrement. Une traversée ascendante sur la droite par des fissures permet de surmonter ce passage haut d' une dizaine de mètres. Nous escaladons ensuite une tour rocheuse puis, après avoir franchi une nouvelle coupure, nous continuons le long de la crête, assez vertigineuse par endroits, toujours intéressante, nous rallions la plus basse dépression de l' arête nord-ouest. De là une belle crête neigeuse va nous mener, voie royale, vers le royal sommet. Après avoir chaussé les crampons, nous nous acheminons le long de son fil. Le coup d' œil est féerique: d' un côté les séracs s' écroulent en une gigantesque cataracte figée jusque sur le Glacier du Tseudet. De l' autre la pente de neige file d' un trait vers le Glacier de Proz. Devant nous l' arête s' élève comme une lame d' argent dressée contre le ciel sans nuage. Tout est blanc, vert et bleu. Légers, portés, nous semble-t-il, par les vagues de la crête, nous atteignons un premier sommet, une légère descente, un plateau à traverser, un névé doucement incliné, puis plus rien... Plus rien que l' immense horizon et la vaste houle des sommets. Des Mischabel au Mont Blanc, et plus loin encore vers le Dauphiné, ils sont tous là, dressés dans l' azur lumineux au-dessus de leurs vassaux. Seuls, perdus en plein milieu de cet océan de rocs et de glaces, nous ressentons une intense impression de petitesse, accentuée encore par la masse énorme du Grand Combin qui semble vouloir nous écraser de ses quatre mille mètres. Mais nous sommes heureux et fiers aussi d' avoir hissé notre petitesse qu' ici. Dans les yeux de ma vaillante compagne je vois briller une flamme, reflet de la joie qui m' emplit le cœur; j' y lis la réponse silencieuse à cette question que l'on nous pose si souvent, à ce « pourquoi » qui vient aux lèvres des citadins à la vue de nos visages brûlés, burinés par la fatigue et le vent des cimes. Celui qui a vu naître les clairs matins parmi les beautés poignantes de l' alpe; celui qui a peiné, lutté, souffert souvent, pour pouvoir' se dresser triomphant dans le vent d' un sommet, celui-là seul peut avoir le regard illuminé par cette flamme et savoir pourquoi on gravit les montagnes, pourquoi on y revient toujours.

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