Autour du Bara-Shigri

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PAR J.P.O. F. LYNAM

Avec 6 illustrations ( 42-47 ) et une esquisse En 1958, lors de ma première visite au Lahul, ce lieu m' avait paru offrir trois grands avantages pour une petite expédition limitée à cinq semaines en juillet et août: la région échappait à la mousson; la marche d' approche était courte, et la carte connue pour sa glorieuse fausseté.

Lors des projets pour notre expédition, nous disposions de trois cartes, toutes dissemblables: la feuille du Survey of India' au % le mille 2, établie d' après des relevés faits dans les années 1860 et ne prétendant à aucune exactitude en dehors des routes commerciales; la carte de Peter Holmes établie d' après des panoramas photographiques pris lors de ses explorations de 1955 et 1956, quand il avait atteint la tête du Bara Shigri de l' est; enfin la carte de l' expédition Abinger, établie sur des plans relevés lorsqu' elle explora le glacier de l' ouest en 1956. Nous savions aussi que Holmes avait tenté sans succès de remonter les gorges du Gyundi de la vallée de Spiti, et que l' expédition Abinge avait, sur une certaine distance, descendu une vallée qui aurait pu être celle du Gyundi. « Le Gyundi, écrivais-je alors, est une « vallée illusoire »... Nous avons vu d' innombrables photographies de gens installés sur des cols « plongeant dans le Gyundi ». Malheureusement, pour que ces photographies fussent correctes, le Gyundi aurait dû couler dans trois directions différentes et deux niveaux. » Quant au Bara Shigri - « il tend à s' élargir et à se rétrécir, et en un an ( 1956 ) varia même de 40 % selon l' endroit où il avait été relevé. Néanmoins, il est resté à la même place pour trois expéditions, et nous espérons qu' il en sera de même pour nous ».

1 Survey of India - Service topographique de l' Inde. ( Note du Trad .) a mille anglais: 1609,32 m.

Notre projet était de nous rendre à Losar, le village le plus élevé du Spiti, de nous diriger au sud, d' atteindre la vallée du Gyundi au-dessus des gorges devant lesquelles Holmes avait dû reculer, puis de repartir vers le sud dans le Bara Shigri. Notre expédition devait prendre comme point de départ les stations du Survey of India dans la vallée de Spiti et se terminer aux points d' intersection du partage Kulu—Bara Shigri.

Trois membres de notre groupe - grandiosement appelé « Expédition Kulu Spiti » - Gwynn Stephenson ( son chef ), David Ossetton et John Stopford partirent par la route. Je m' envolai pour Delhi où je rencontrai R. K. Malhotra, notre officier de liaison inofficiel, capitaine dans mon ancien régiment, les Bengal Engineers. Nous achetons des vivres pour l' expédition au cours d' une journée bousculée, la pluie de la mousson tombant en trombes, inondant la moitié des routes. Nous nous précipitons sur la gare dans deux taxis bourrés de caisses, et bien que nous eussions beaucoup trop de bagages, nous réussissons à prendre le train pour Pathankot. Deux jours plus tard ( 23 juillet ), nous atteignons Manali où les membres partis par la route nous rejoignent le 25. Le major Banon, secrétaire local du Club Himalayen, avait engagé trois porteurs, dont deux Lakadis: Jigme qui avait accompagné Holmes en 1955, Wangshuk ( muet mais dévoué ) et Chering qui se disait sherpa et n' était rien moins que muet.

La marche vers l' intérieur par le col de Rohtang et en amont de la vallée du Chandra fut sans histoire jusqu' à Batal où nous arrivâmes le 31 juillet. Il n' existait qu' un pont de cordes sur le Chandra, aussi les poneys remontèrent-ils la vallée sans charges, passèrent un gué et redescendirent le long de l' autre rive. John et moi, l' équipe topographique, passâmes les charges par un bac sur la rivière et attendîmes les poneys tandis que les autres continuaient et franchissaient un escarpement de 5330 m environ par-dessus le Kunsum Pass, en vue d' obtenir des vues des sommets au sud de Losar. Malheureusement, Malhotra tomba malade, se mit à vomir du sang, et dut retourner à Manali.

Réunion de la troupe à Losar ( 4078 m ), le plus haut village du Spiti. Paiement des poneys. Puis, tandis que Gwynn explorait la vallée de Dongrimo qui descend au sud de Losar et que Dave escor-tait Malhotra vers Batal, John et moi escaladions d' interminables pentes d' éboulis et des arêtes pourries pour trouver les stations du Survey of India presque disparues et commencer les relevés.

Le 7août,nous remontons tous le Dongrimo,gorge dépourvue de sentier si bien que nous sommes obligés sans cesse de grimper sur des éperons et de passer et repasser fréquemment la rivière. Au bout de sept heures, nous avions couvert 4 km et demi et les coolies de Losar décidèrent de renoncer. Chargeant des poids énormes sur nos épaules, nous progressons péniblement encore pendant 1 km et demi, puis campons sur un pont de neige dans une gorge. Au-dessus, la vallée s' ouvrait et notre camp II fut installé à 5334 m sur le glacier de Dongrimo avec une vue magnifique sur des sommets de 6100 m à l' ouest.

Gwynn et Dave franchirent un col au sommet du glacier, descendant ( nous l' espérions du moins ) dans le Gyundi, tandis que John et moi continuions les relevés et escaladions incidemment le Fluted Peak, 6140 m, au haut du glacier. Nous fîmes aussi une tentative sur un pic rocheux, mais dûmes abandonner 100 m au-dessous du sommet, la roche étant désespérément pourrie. Cependant, nous parvînmes à établir des points de relevés d' où il nous fut possible de reconnaître les sommets nord du Bara Shigri, et nous assurer que nous allions dans la bonne direction.

Retour des autres le 14 août; ils avaient eu grand-peine à trouver une voie pour descendre dans le Gyundi et n' avaient pas eu le temps de l' explorer jusqu' au fond. Force nous est d' espérer pour le mieux. Il était clair maintenant que nous ne possédions pas assez de vivres pour atteindre le Bara Shigri, et qu' il nous faudrait redescendre nous ravitailler à Batal. Gwynn s' offrit généreuse- ment de se sacrifier, en partant avec Chering et Wangshuk sur Losar et Batal. Il devait ensuite remonter le Bara Shigri avec les charges et nous retrouver à Concordia, le grand carrefour dans le Bara Shigri supérieur.

Le 15 août, Dave, John et moi, succombant sous des poids de 70 à 80 livres, franchissons le col pour descendre dans le Gyundi. La descente sur le glacier fut d' abord facile, puis pendant des heures il nous fallut traverser des pentes d' éboulis raides et instables avant d' atteindre une gorge praticable menant dans la vallée. Nous étions tellement fatigués que cinq minutes de marche alternaient automatiquement avec cinq minutes de repos. Il faisait nuit quand nous atteignîmes la tente que l' expédition de reconnaissance avait laissée.

Le jour suivant nous entraîna vers les confluents des bras central et occidental du Gyundi. Journée très agréable: nous nous trouvions encore sur les roches sédimentaires du Spiti, et quand nous regardions vers le haut la vallée nous voyions chaque éperon se colorer différemment — ardoises gris-bleu, schistes violets, dalles rouge-brun. A un endroit, nous arrivons dans une région de schistes noirs où se trouvaient des milliers de fossiles de brachiopodes très bien conserves. Nous tombons aussi sur trois abris en pierre sèche et un enclos tapissé de crottes de moutons. Comment les bergers avaient-ils atteint ce lieu? Notre col était infranchissable pour des animaux. De bonne heure dans la saison, quand subsistent encore de nombreux ponts de neige, peut-être est-il possible de passer la gorge du Gyundi?

Deux journées nous amenèrent au camp V, très haut sur le glacier ouest du Gyundi. Ici, le glacier se divise en deux bras: au haut du bras gauche une formidable muraille d' aiguilles de « Chamonix » prouvait que nous approchions des granites du Bara Shigri; au haut du bras droit un col facile, mais paraissant mener trop à l' ouest.

Nous décidons d' explorer. Une courte excursion sur le bras droit nous confirme que celui-ci conduit dans la mauvaise direction, et nous nous tournons vers l' autre bras dont le sommet est en partie cache par une série d' éperons du côté ouest. Au-delà du dernier, alors que nous abandonnions tout espoir, nous apercevons un couloir se dirigeant vers l' arête. Une heure sans joie se passa à gagner le pied du couloir en zigzaguant dans un dédale de crevasses nanties de ponts très suspects. Dans le couloir même, de la neige dure. Et quand la raideur se fit excessive, une côte rocheuse nous conduisit dans une brèche de l' arête. De l' autre côté, regardant par-dessus une pente de neige bombée, nous apercevons un glacier coulant à l' est et au sud dans un grand bassin glaciaire qui ne pouvait être que Concordia. La voie était trouvée. Nous fixons une corde à un roc de l' arête pour la descente. Ramollis par le soleil, les ponts de neige étaient de plus en plus traîtres, et il fallut en passer plusieurs en rampant. L' un d' eux s' effondra sous Dave que nous rattrapâmes comme un pêcheur son poisson. Les bonnes nouvelles réconfortèrent énormément Jigme ( qui avait fait des allées et venues avec des charges vers le camp Vlorsque nous nous éloignions de Losar et que les vivres diminuaient, il s' était montré de plus en plus déprimé.

Le 21 août fut consacré à la topographie. Nous gravissons un sommet de 5811 m au nord du bras droit du glacier, et découvrons que le col du sommet conduisait à un grand glacier courant d' abord à l' ouest, puis s' incurvant au sud pour rejoindre très bas le Bara Shigri. Dans la courbe de ce glacier s' éle un splendide pic de 6285 m, le Central Peak; nous décidons d' en tenter l' ascension du Bara Shigri.

Le jour suivant, transport du camp au pied du col vers le Bara Shigri. Journée froide et venteuse, ce qui nous arrangeait fort bien car les ponts de neige restaient durs. Nuit inconfortable: le vent hurlant en rafales soudaines projetait neige et gravier sur nos tentes. Nos rations, déjà très réduites ces jours derniers, étaient presque épuisées ( en particulier nous n' avions plus de sucre ) et je demeurai éveillé me demandant ce qui surviendrait si Gwynn ne réussissait pas à remonter le Bara Shigri.

Le lendemain matin, escalade du couloir; nous sommes bien heureux de trouver les cordes fixes, car les rochers saupoudrés de neige n' étaient pas faciles avec de grosses charges. Dès que Dave m' eut rejoint, je me décordai et traversai la neige pour obtenir une meilleure vue du glacier. Très bas, deux « tas » se lèvent et se mettent à bouger: Gwynn et Chering! Je dansai et criai; ils dansaient et criaient; tous nous dansions et criions. Une demi-heure plus tard, nous nous rencontrions sur la pente. Gwynn avait renoncé à nous attendre.Vu la petite quantité de vivres que nous transportions, il pensait que nous avions dû rebrousser sur Losar et était en train de monter lui-même pour jeter un coup d' œil sur le Gyundi. Nous descendîmes sur son camp à Concordia pour y trouver du ravitaillement en abondance et, mieux encore, du courrier de la maison.

Nous décidons de tenter le Central Peak pendant les quelques jours qui nous restent, car cela ne nous éloigne guère de notre route. Le 23 août, descente du Bara Shigri jusqu' au glacier que nous pensions devoir mener au Central Peak. Malheureusement, nous nous apercevons trop tard qu' il n' en était rien et dûmes nous contenter d' un sommet de 5821 m d' où nous pûmes examiner le Central Peak, évidemment abordable de l' autre côté du glacier. Que n' avions le tempsLe Central Peak fut conquis par Jo Scarr et Barbara Spark en 1961. ) Nous retournâmes alors sur Manali qui fut atteint le 30 août.

Trois ans plus tard, une occasion se représenta d' explorer cette région. Je travaillais aux Indes, Gwynn pouvait se libérer pour deux mois, et nous trouvâmes deux camarades, Harold Mellor et Peter Harvey, disposés à nous accompagner. Le terme « expédition » se justifiait à peine. Les plans furent établis en vitesse, le ravitaillement rapidement organisé à Delhi, et la réunion du groupe eut lieu à Manali. La seule chose qui nous manquait était l' autorisation du gouvernement de nous rendre à l' est du Bara Shigri dans le Parahio, et de revenir par le sud au Parbati - route qui aurait permis de combler les derniers blancs de la carte.

Jigme et Wangshuk reprirent leurs fonctions de porteurs, soutenus par le très capable Wangyal et par Soman qui avait accompagné Holmes et d' autres explorateurs. En six jours, nous étions au pied du Bara Shigri, la route se trouvant maintenant facilitée par un beau pont suspendu à Batal. Puis il fallut monter les charges le long des 20 kilomètres de glacier jusqu' à Concordia. Le bas du Bara Shigri est un chaos de dos de moraines et de blocs délités, et nous progressions avec une lenteur lamentable. Cinq jours furent nécessaires, tenant compte des relais, pour établir notre camp de base à Concordia. Pour moi, toute cette marche fut un purgatoire, car j' avais des ampoules aux talons, résultat du port de chaussures après une année sandales aux pieds.

Je passai les jours suivants à me remettre pendant que les camarades escaladaient plusieurs sommets sur mes instructions, et faisaient des relevés panoramiques. Le fait que j' étais le seul à posséder de solides connaissances topographiques rendit cette méthode de travail fort peu satisfaisante. Mis devant un choix de mesures et d' angles follement différents des relevés antérieurs, je me rendis compte qu' il serait indispensable de me livrer à des recoupements pour tenter de repérer où des erreurs avaient été commises.

Gwynn et Wangshuk allèrent jeter un coup d' œil dans le Parahio interdit, tandis que le reste de la caravane, dès que mes pieds furent guéris, remonta le glacier vers le sud afin de chercher la liaison avec les relevés de Pettigrew dans le Nos Tal. La conquête d' un sommet de 5974 m échoua malheureusement.

Réunis à Concordia, nous nous tournons enfin vers notre objectif principal, le Shigri Parbat, grand sommet de 6550 m situé au haut du bras nord du glacier.

Deux jours plus tard, vers 2 h de l' après, nous campions sous la face nord-ouest, mais ce ne fut que dans la soirée, les brumes s' étant levées, qu' il nous fut possible d' examiner la montagne. L' arête ouest se révélait praticable sur une grande longueur. Mais comment y parvenir? Une ascension directe de la tête du glacier impliquerait une grimpée sur une glace raide et tourmentée, bombardée de cailloux venant du fil rocheux de l' arête. Examinant la face nord-ouest, tout en neige et glace pures, nous réussissons à tracer - au milieu des parois de glace et des crevasses - une ligne serpentant vers le haut à droite jusqu' au moment où il semblait possible de sortir sur l' arête ouest, au seul point de rupture de la corniche.

Le matin suivant, Harold souffrait de dysenterie, mal qu' il couvait depuis quelques jours. Gwynn, Wangyal et moi, munis d' une petite tente et de ravitaillement pour deux, quittons le camp à 8 h 45 afin de passer la nuit plus haut. La route s' avéra possible partout où nous l' avions projetée. Il fallut tailler des marches, traverser de petites rimayes, mais bien que notre allure s' apparentât à une marche funèbre, nous gagnions peu à peu de l' altitude. Nous étions tout le temps dans l' ombre et Gwynn et Peter souffraient de pieds gelés. Par deux fois, il fallut s' arrêter pour leur permettre de se déchausser et de masser leurs pieds. A 60 m au-dessous de l' arête, sous un mur de glace, je tombai sur une petite plate-forme neigeuse juste assez grande pour notre tente. Altitude 6000 m environ, à mi-chemin du sommet. Nous laissons Wangyal monter la tente et continuons en direction de l' arête: le long d' une vire, à travers une crevasse mourante, sur une bosse, puis à gauche par un mur raide finissant en pente plus douce vers la corniche. Ensuite en diagonale, à gauche, là où la corniche ne surplombait que de 30 à 40 cm et ainsi jusqu' à la crête. Il était 3 h. Le vent nous transperçait et nous gagnâmes en hâte la tente où Wangyal avait préparé du thé. Tout en buvant, nous discutions pour savoir lesquels de nous resteraient. Chacun était prêt à se sacrifier, mais de toute évidence personne n' avait envie de redescendre. Finalement nous décidons que Peter et moi resterions en haut, mais convenons aussi que, si la partie supérieure de la montagne n' offrait pas de difficultés et la route étant préparée, il devait être possible de monter directement du camp au glacier. Gwynn et Wangyal courraient cette chance.

Les camarades partis, le soleil disparu, nous rentrons dans la tente pour préparer le souper. Pas d' allumettes! Gwynn avait emporté la dernière boîte. Nous délibérons quelque temps avant de nous décider à tenir bon. L' absence de nourriture chaude n' était pas aussi fâcheuse que l' absence de tout liquide. Nous mâchouillons tristement du bœuf de conserve, de la confiture et des biscuits. Puis nous nous enfilons dans nos sacs de couchage pour une misérable nuit.

A 5 h nous nous réveillons ( ou plus exactement nous cessons de tenter de dormir ). De nouveau confiture et biscuits, puis préparatifs de départ. Tous les objets sont durs comme fer, même nos chaussures que nous avions prises sous la tente mais non dans nos sacs. Il fallut une heure entière pour réussir à entrer dans nos souliers, fixer des crampons gelés et défaire une corde complètement raide.

Départ à 7 h, juste au moment où deux points commençaient à se mouvoir sur le glacier. Avance rapide sur la trace vers l' arête; nous couvrons en une demi-heure les deux heures de marche de la veille. Une fois là, nous espérions trouver le soleil, mais l' arête nord nous le cache. Cependant nous faisons halte pour enlever les chaussures de Peter et masser ses pieds complètement morts de nouveau. Les miens aussi me donnent du souci mais, alors que je frottais ceux de Peter, je fis travailler mes orteils dans mes souliers et, soulagé, sentis « épines et aiguilles » les transpercer.

Afin d' empêcher ses pieds de regeler, nous estimons que Peter ferait mieux de ne pas porter ses crampons ce qui me plaça en tête de cordée. L' arête était très large mais raide, avec de la neige couvrant la glace. Il fallait marquer ou tailler chaque marche au prix d' un effort extrême. Je faisais

/ 43 Topographe au travail, au haut du glacier de Dongrimo.

Vue sur le massif du Bara Shigri. Au fond: La pointe du Shigri Parbat Photos J. P. O. F. Lynam, Cuttack ( Inde ) cinq pas, m' affaissais sur mon piolet, refaisais quatre ou cinq pas, puis une halte pour souffler atrocement. Peu à peu nous approchions de quelques rochers qui nous promettaient un peu de chaleur et une diversion de la taille des marches. Mais ils étaient poudrés de neige et nous perdons du temps à les escalader prudemment. Une fois en haut, la pente se fit moins rude et, regardant en arrière, nous voyons les autres nous suivre le long de l' arête. Nous leur crions d' éviter les rochers dans la neige raide à gauche. Cheminant sur l' arête débonnaire vers ce que nous croyions le sommet, nous découvrons encore une longue crête rocheuse à traverser. La déshydratation se fait cruellement sentir et nous rampons plutôt que nous ne marchons, agissant simplement ainsi parce que les occasions de repos en étaient plus fréquentes. Enfin l' arête plongea. Nous touchions le but. Nous nous affalons sur les rochers, essayant désespérément d' atténuer notre soif avec des bonbons aux fruits. Après une longue bataille avec ma conscience, je rassemble l' énergie nécessaire à déployer le trépied et prendre une série de relevés photographiques. Opération peu utile, hélas! car les nuages flottaient partout. Impossible même de reconnaître les sommets du Gyundi que nous avions escaladés en 1958, ni de déterminer les arêtes enchevêtrées entre le Parahio et le Parbati que nous n' avions pu explorer.

Au bout d' une demi-heure, nous voyons arriver Gwynn et Wangyal qui avaient mis un temps extrêmement court.

Nous repartons à 12 h 45 encordés tous ensemble pour la descente de l' arête. Les marches avaient fondu et nous nous déplacions avec une grande prudence. Wangyal s' étonnait visiblement de toutes ces précautions, mais, comme un faux pas nous eût certainement emportés sur la face nord-ouest plus rapidement que nous ne l' eussions désiré, nous le décourageons fermement de faire des glissades. Une fois l' arête quittée, nous retrouvons l' ombre et la neige dure, et à 3 h nous touchons le camp d' assaut.

Wangyal fit d' abord du thé, puis de l' oxo, et Peter et moi nous ré-hydratons lentement, tandis que Gwynn trotte alentour, quatre caméras accrochées autour de lui, pour prendre des clichés. La situation du camp était vraiment spectaculaire.

A 5 h du soir, nous nous remettons péniblement sur nos pieds et prenons la route vers le camp du glacier. Dans la nuit, je devais découvrir mon gros orteil complètement insensible, et malgré des heures de massage il était encore violet et gonflé le lendemain matin. Le médecin de Gwynn lui avait donné quelques notes sur la manière de traiter les maladies courantes, mais je n' y trouvais rien contre les gelures. Des efforts pour me rappeler un traitement lu dans les ouvrages de montagne ne réussirent qu' à me remettre en mémoire les orteils amputés dans un compartiment de chemin de fer, après l' expédition de l' Annapurna.

Nous décidons bientôt de regagner Concordia. Mon pied n' entrait plus dans mon soulier. Aussi l' installa, enveloppé de bonnets de duvet et d' écharpes, dans mon sac de montagne à fond de cuir. Au début, je glissais et trébuchais, mais rapidement j' acquis une technique permettant de soulever cette monstrueuse chaussure par les lanières. Une fois sur le glacier découvert, nous nous décordons et laissons les porteurs filer en avant. C' était l' après et bientôt la traversée de ruisseaux glacés trempa complètement mon pied. Craignant de nouveau le gel, je me hâtais. Il y avait une quantité de crevasses ouvertes au-dessus de Concordia, mais je me moquais éperdument de tout et me ruais à travers. Gwynn et Peter suivirent à une allure plus digne.

Au camp, j' inspectai le dommage: l' enflure avait éclaté et bien que tout l' orteil fût jaune et violet, il me paraissait en meilleur état que dans la matinée.

Cela marqua plus ou moins la fin de l' expédition. Peter descendit avec moi; Gwynn et Harold tentèrent le Kulu Pumori, un beau sommet de 6553 m au-dessus de Concordia. Ils durent renoncer à cause d' une recrudescence de dysenterie chez Harold.

5 Les Alpes - 1965 - Die Alpen65 La région est assez bien relevée maintenant1. Bien que quelques sommets aient été escalades ( l' expédition italienne de Consiglio conquit le Peak Lai Qila ( 6350 m ) en 1961, et Pettigrew le Kulu Pumori ( 6553 m ) en 1964 au-dessus de Concordia ), il reste encore de nombreuses montagnes de 6100 m et quelques-unes de 6400 m, notamment le formidable pic de 6632 m entre le Bara Shigri et le Parbati, dont la face nord rappelle la paroi nord des Grandes Jorasses. Le Bara Shigri et ses environs demeurent une région superbe pour de petites expéditions disposant d' un temps limité.

( Traduit de l' anglais par E.A. C. )

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