Bivouac à la Nordend

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Par Georges Kogan

Avec 1 illustration ( 170 ) Après une dure grimpée de quatorze heures depuis le refuge Mannelli, la caravane est parvenue au sommet de la Nordend à 19 h. L' orage, avec neige et brouillard, les assaille bientôt et les oblige à bivouaquer.

... Dans cette grande solitude, couchés dans la neige à 4200 m ., nous nous serrons les coudes, et nous sommes, je crois, heureux.

Certains cherchent dans la montagne l' ivresse des exploits sportifs, le plaisir de la lutte contre les obstacles, et surtout contre des rivaux réels ou imaginaires.

D' autres grimpent par goût du danger, par désir d' affirmer leur personnalité, par mépris, aussi, de la vie quotidienne... Je crois avoir cherché, au cours de mes randonnées en montagne, avant tout, l' amitié.

Faussée par les contraintes de la lutte pour l' existence, par l' atavisme, par la concentration excessive d' êtres humains parqués dans les villes sans horizon et sans espace, l' amitié ne peut plus s' épanouir pleinement que lorsque une poignée d' hommes, animés de la même flamme, unissent leurs forces dans une même aventure, gratuite et insensée.

J' ai toujours fait, ou cru faire, de la montagne avec des amis surs, êtres libres mus par les mêmes désirs, prêts aux mêmes sacrifices, et si, parfois, j' ai été déçu, ma conception n' a pas encore changé.

Si les tiers ignorent rarement le nom du sommet que vous avez gravi, ou le choix de votre itinéraire, ils ignorent tout du lien qui unit ceux qui ont accompli le geste, de la joie, de la sincérité des sentiments dans la lutte commune, tout ce, en somme, qui aura laissé les traces les plus profondes dans votre mémoire.

Les autres jugeront votre course à sa réputation. Pour vous qui l' avez réalisée, son importance se mesure à la façon dont cette réussite a été obtenue, et aux souvenirs qu' elle vous aura procurés.

Nous ne sommes pas si nombreux à penser ainsi, sans doute, et je m' ex à l' ironie facile de mes lecteurs.

Rien d' étonnant, d' ailleurs, pour ceux qui connaissant les tendances divergentes des alpinistes en France, ces dernières années, et les différences de conceptions, et surtout de comportement, qui se sont créées.

D' une part ceux qui, voulant conserver à la montagne son esprit d' autre, font figure de vieilles badernes, et de l' autre ceux, les plus agissants, qui usent de leur dynamisme pour précipiter leur jeu favori dans la plus parfaite des décadences.

Ce n' est pas le nombre des courses réussies qui pourrait donner la preuve du contraire, car l' esprit dans lequel elles sont accomplies prouve que la débâcle finale n' est pas loin.

N' avons pas entendu, par la bouche d' hommes qui sont à la tête du mouvement — les héros de l' alpinisme actuel — résumer telle course par le nombre de passages, voire de gestes de « quatre » ou de « cinq » utiles à l' exé, enlevant ainsi à la montagne toute personnalité, toute valeur propre, et ce voile de romantisme dont on l' avait habillée depuis toujours.

C' est comme si l'on regardait la femme que l'on est censé aimer, pour laquelle en tout cas, on commet des folies, avec l' œil expert du boucher, jaugeant les charmes au poids de la chair et à l' épaisseur des os.

... Pour certains — les précurseurs suivis d' innombrables adeptes — la montagne a été réduite au nombre de mouvements indispensables à la gravir, à la quantité de clous nécessaires pour s' y hisser... Ces amateurs d' artificiel avec leur forge, leurs instruments, leur inusable patience d' honnêtes artisans, achèvent à coups de marteau un cycle de l' alpinisme moribond.

Et au lieu d' en hurler, de rire ou de crier d' indignation, la foule des figurants et des comparses applaudit à cette déchéance et fourbit des armes encore plus compliquées, trépignant d' impatience et attendant son tour.

Ceux qui veulent aller contre le courant font figure de Don Quichotte, et l' alpiniste se sent vieux et dépassé à trente ans.

Mais, au fond, qu' importe, si je trouve quelques amis pour m' approuver, et pour faire des courses avec moi, tant que j' en serai capable?

La neige continue à tomber. Pierre, durement atteint par le froid, remue sans cesse. André sort maladroitement la gourde de son sac et allume une bougie pour réchauffer le café glacé.

Devant nous, encore des heures d' efforts et d' incertitude. Mais nous avons joué notre jeu, nos désirs sont comblés, et déjà nous avons fait pour les mois perdus de l' automne notre provision de souvenirs.

Reproduit de La Montagne, avec l' aimable autorisation du CAF.

... Il semble que la logique ne fasse pas partie de l' équipement de l' alpiniste. Celui-ci aime que la nature ait et réserve des secrets pour lui, et cependant il fait l' impossible pour révéler ces secrets aux autres grimpeurs dans les pages d' un journal. Pourvu qu' il soit le premier à les révéler!

( R. L. G. Irving: The Romance of Mountaineering )... Par contre la pipe, en montagne, bien que condamnée par la Faculté, confère à son possesseur, en même temps qu' une appréciable sobriété de langage, un air de sereine assurance auréolé d' un nuage complice; elle semble devoir être rangée, avec la solidité du cœur et la force d' âme, parmi les accessoires indispensables à l' alpiniste.

( Annuaire de la Société des Touristes du Dauphiné )

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