Chronique himalayenne 1971

Hinweis: Questo articolo è disponibile in un'unica lingua. In passato, gli annuari non venivano tradotti.

G. O. Dyhrenfurth, Ringgenberg ( BE )

Avec compliments des anne' es prece' dentes C' est une année de coups de theätre et de tra-gedies.

MASSIF DU MAKALU Luden Devies, président du Comité de l' Hima et de la Fédération francaise de la montagne, écrit au sujet du grandiose Pilier ouest du Makalu ( 8481 m ):

« Les difficultés ont été d' un niveau jamais atteint dans l' Himalaya. Le début du Pilier proprement dit, entre 6500 et 7380 mètres, est déjà supérieur au Jannu. Quant au grand ressaut, la clé de l' itinéraire, ses difficultés sur 400 mètres, entre 7380 et 7770 mètres, étaient « impensables à cette altitude », suivant l' expres meme de Robert Paragot: V sup. et A2 pour les passages les plus durs. Ce sont Yannick Seigneur, qui a confirme sa classe exceptionnelle, et Bernard Mellet qui en ont surmonté, les premiers, les cinq sixièmes, un sixième étant franchi d' abord par Jean-Claude Mosca et Georges Payot.

« Le temps a été un terrible adversaire. Certes, on avait redoute le vent, qui frappe le pilier de plein fouet, mais sa violence dépassa toute attente. Et ce printemps himalayen de 1971 a été, semble-t-il, le plus mauvais depuis soixante-dix ans. Ce fut une succession de tempetes, avec un vent atteignant jusqu' à 150 kilomètres à l' heure, des chutes de neige très importantes amenant jusqu' à deux mètres de neige au camp de base, un froid glacial. » L' escalade du sommet proprement dit commenca le 18 mai. Lucien Berardini et le Dr Jacques Marchai placèrent le camp V ( 7650 m ) dans le grand ressaut. J.C. Mosca et G. Payot montèrent le camp VI ( 7770 m ), un simple auvent de tente, et partirent le 20 mai pour le sommet, mais ils eurent des ennuis avec les appareils à oxygène. Une nouvelle tentative de Francois Guillot et Jean-Paul Paris échoua après une très mauvaise nuit passée au camp VI, mais les deux grimpeurs réussirent tout de meme à équiper quelques longueurs de corde au-dessus du camp - ce qui devait faciliter la täche de la dernière cordee.

La toute dernière chance appartint à Y. Seigneur et B. Mellet. Le 23 mai 1971, par beau temps, ils quittaient le camp supérieur ( 7770 m ) à 2 heures, atteignaient le sommet principal du Makalu ( 8481 m ) à 16 h 15, et reintegraient le camp VI à 21 h 30. Une splendide réussite! Après l' Annapurna I, premier 8000 en 1950, le Makalu en 1955, la Tour de Mustagh en 1956, et le Jannu en 1962, voilà maintenant la directe du Pilier ouest du Makalu en 1971. Chacune de ces grandes expéditions revet une importance capitale dans l' exploration alpine en Asie centrale.

Reßrences: La Montagne, avril 1971, p.47; décembre 1971, pp. 174-196.Les Alpes, Bulletin de septembre 197 t, p. 216.

Sous la direction du Dr Makoto Numata, une équipe japonaise de l' Université de Chiba essaya le Kangchungtse ( 7640 m ) durant l' au 1971. Ce sommet, gravi en 1954 par l' expédition de J. Franco, est désigne jusqu' à aujourd'hui par le nom plutöt malheureux de « Makalu II ». Le projet des Japonais comportait Parete NW, mais on finit par se décider pour l' itinéraire connu du Makalu La ( 7400 m ) et de l' arete sud. Kunio Takagi et le Sherpa Tendi atteignirent environ 7300 mètres. Mais le 16 octobre le Japonais tombe brusquement malade. La tempete empecha à plusieurs reprises de le ramener au camp IV. Takagi mourut le 20 octobre au camp II ( 5830 m ), probablement d' un oedème pulmonaire. L' expédition fut abandonnee.

References: Correspondance de M. J. Cheney, Mountain Travel, Kathmandu; rapport de I. Yoshizawa, JAC.

MASSIF DE L EVEREST La plus haute montagne du monde, but de nombreuses grandes expéditions depuis un demi-siècle, est maintenant réservée plusieurs années à l' avance, au moins deux fois par annee — avant et après la mousson. Elle offre plusieurs possibilités, sans compter l' itinéraire normal: séracs du Khumbu—Combe ouest—Col sud—arete SE, qu' il ne faut d' ailleurs pas sous-estimer! Comme chacun le sait ou presque, l' Expédition internationale 1971 à l' Himalaya que dirigeaient Norman G. Dyhrenfurth et James O.M. Roberts avait à son programme l' ascension directe de la face sud-ouest et l' arete ouest. L' échec et ses causes recurent une publicité mondiale. Nous serons donc très bref: conditions de temps et de neige catastrophiques au printemps 1971, difficultés de ravitaillement malgré toute organisation, accident de Bahuguna, petite épidémie virale, rivalité entre grimpeurs-etoiles de differents pays, divergences d' opinion sur les itinéraires et le but, etc. Malgré tout, une altitude de 8350 mètres fut atteinte dans la face SW, soit juste 500 mètres sous le sommet du Mont Everest ( 8848 m ). Ce n' est certes pas une victoire, mais c' est un grand exploit, meme si l' idéal d' une « cordée mondiale » n' a pas pu se realiser.

Re' ßrences: Les Alpes, Ier trimestre 1972, p.33-41; Alpinismus 2172, pp.26-31 et 51; Osten. Alpenzeitung, n° 1382, pp.34-50.Mountain, I7septembre 1971.L0ndres.pp.7-29.

- AJ 1972, pp.9-20, 116-125.

Un groupe du Fujimiya A.C., dirige par Mochizuki voulut gravir le Pumori ( 7145 m ) par la face S, mais cela sans Sherpa, ce qui rendit l' entreprise très impopulaire. Le temps était mauvais, certains participants tombèrent malades, et il fallut abandonner déjà vers 6500 metres.

Refe' rence: Mention de Ichiro Yoshizawa dans JAC.

Une expédition sud-coréenne que dirigeait Park Shulam traca au Lhotse Shar ( 8398 m ) une voie un peu à Test de celle que prirent les Autri- chiens en 1970. Son camp supérieur, le IV, fut place vers 7200 mètres. Le 13 mai 1971, Choi Soon Nanam et le Sherpa Sänge atteignirent environ 8000 mètres selon leur estimation. Là-dessus le mauvais temps et la grave maladie d' un des participants les contraignirent ä l' abandon.

Rejerence: Communication de Mountain Travel, Kathmandu.

L' Expedition argentine à l' Everest, entreprise après la mousson 1971, par l' itinéraire du Col sud et avec le meme matériel à oxygène que l' Expédition internationale, fut aussi un échec. Avec l' aide du gouvernement, les Argentins avaient mobilise ig hommes, dont environ la moitié de militaires, commandes par le premier-lieutenant C. Tolosa et Carlos Comensana. Ils quitterent Kathmandu le 14 aoüt déjà, établirent le camp I ( 6065 m ) le 17 septembre, la base avancée ( 6450 m ) le 19, et le camp III ( 6950 m, au pied de la face du Lhotse ), le 21. Trop tot! La mousson n' était pas terminée. La tempete recouvrit les séracs du Khumbu d' une neige épaisse. Une avalanche détruisit le camp III - sans pertes humaines, heureusement. Ce n' est qu' à la mi-octobre qu' on put frayer le chemin du Col sud. Le camp V ( 7986 m ) y fut place par J. Peterek, U. Vitale et cinq Sherpa le 29 octobre. Le lendemain les maintint dans l' inaction. Il était prévu de monter pour le 31 un camp jusque vers 8500 mètres, mais le vent avait emporté une tente au Col Sud, et il n' y en avait plus en réserve pour le camp VI. Deux Sherpa subirent des gelures. A l' altitude de 27 550 pieds ( 8397 m ) selon l' estimation des Argentins, les Sherpa refusèrent de continuer, ce qui se comprend bien. Il fallut redescendre, et l' expédition fut abandonnee.

Le beau temps s' installa des la première semaine de novembre. C' aurait été le bon moment pour l' escalade finale, mais les réserves de matériel manquaient. L' Expédition argentine avait débute trop tot pour cette saison après la mousson. Elle avait épuisé ses forces durant des semaines d' attente et avait les mains vides et les bras rompus quand le soleil brilla.

References: Rapports de Mountain Travel, Kathmandu.Centro Andino, Buenos Aires.

L' Allemand Volker Jaacks, professeur à l' Université de Mayence, sa femme Marguerite et le Sherpa Annullu trouvèrent la mort durant une excursion au Glacier de Barun.

On signale que les nouvelles mensurations font passer le Shisha Pangma, le « dernier 8000 » de 8013 à 8046 mètres, ce qui le fait monter de la i4e à la I3e place parmi les montagnes du monde. Quant à savoir si l' expédition chinoise de Hsu Ching, en 1964, toucha le sommet principal ou seulement son épaule NW, ce qu' af Ed. Sternbach, c' est pour moi une question ouverte. Une vérification sur place est impossible, puisque tout le massif est politiquement interdit.

Le Langtrang et le Jugal Himal, au NE de Kathmandu, sont maintenant assez souvent visites, surtout par des groupes de touristes qui ne placent pas leurs ambitions au niveau des sommets de 6000 et 7000 mètres, et qui n' ont pas de place dans notre chronique. Si l'on ne possède pas d' autorisation pour une expédition proprement dite, mais seulement un « permis de marche » on n' a droit qu' à des points de vue ne dépassant pas 20000 pieds ( 6096 m ).

GURKHA HIMAL Une expédition de douze Japonais dirigée par Akira Takahashi s' attaqua au Manaslu ( 8156 m ) par le NW, ce qui avait auparavant été considéré comme impossible. En remontant la Domen Khola, affluent de la Dudh Kosi, elle atteignit le 15 mars 1971 l' emplacement de son camp de base ( 3500 m ). Le camp I fut dresse à 4500 mètres, le II à 5500 mètres dans le cirque ouest, a un endroit que de grandes crevasses transversales protégeaient entièrement des avalanches. Le camp III ( 6500 m ) fut place le 8 avril sur Parete WNW, au-dessus d' une cassure du gla- cier. Les plus grandes difficultés étaient concentrées dans le « Kasa-iwa»les rochers du parapluie ), un ressaut d' environ 250 mètres de haut, partiellement surplombant, qui fut cote comme du V sup ., avec des passages de VI et de A2, et qui exigea un travail de plusieurs semaines. Le camp IV ( 7100 m ) ne fut place que le 6 mai en un endroit dangereux et très aérien, et le camp V ( 7360 m ) le 16 mai enfin sur les névés supérieurs du Manaslu. Il restait encore environ 800 mètres de dénivellation et 2500 mètres de distance jusqu' au sommet. Kazuharu Kohara ( 30 ans ) et Motoyoshi Tanaka ( 21 ans ) entreprirent cette dernière étape le 17 mai 1971 à 5 heures et touchèrent le plus haut point à 12 h 15. Ils trouvèrent sous la neige des traces de la première ascension, réussie en 1956 par les Japonais.

References: Rapports de Mountain Travel et de I. Yoshizawa. Article de Takahashi, traduit par T. Yoshino et F. Maraini, Rivista Mensile, mars 1972, avec carte et 7 photos; AJ 1972, pp. 26-33.

Pendant le meme mois de mai, une expédition sud-coréenne dirigée par Kim Ho Sup essaya le Manaslu par la voie « ordinaire », par le NE depuis la vallée de la Buri Gandaki. Elle arriva jusqu' au camp V ( 7600 m ). La, Kim Ki Sup, frere du chef, se tua dans une crevasse. L' expédition fut abandonnee.

Refe' rence: Rapport de Mike Cheney, Mountain Travel, Kathmandu.

Sept Japonais de l' Université d' Aichi, dirigés par Yutaka Nakai, firent la deuxième et la troisième ascension du Bauddha Peak ( 6672 m ) par un nouvel itinéraire de l' arete SE en avril 1971.

Refe' rence: Mountain Travel.

ANNAPURNA HIMAL Une expédition de quatre Japonais, dirigée par Kazuo Yamada, choisit pour but le versant S du Moditse ( 7219 m ), en avril 1971. L' entreprise échoua du fait d' une brusque maladie mentale de l' officier de liaison désigne par le Gouvernement népalais. Il fut difficile de l' évacuer pour lui fournir des soins psychiatriques, après quoi les Japonais n' eurent plus de temps à consacrer à la montagne.

Refirences: Rapport Japanese Overseas Expeditions igyi de I. Yoshizawa; Mountain Travel, Kathmandu.

En octobre 1971, une autre tentative japonaise au meme sommet fut dirigée par le Dr T. Minegishi par le nord. Elle échoua à cause du mauvais temps, des chutes de neige et de l' abandon des Sherpa que la mort de leurs camarades à la Ganga Purna avait impressionnés. D' ailleurs le Modi Peak ( ou Moditse ) avait déjà été gravi plusieurs fois, ce qui lui enlevait son lustre. Cette montagne aux divers sommets qui domine la vallée de Modi est parfois appelee « Annapurna Sud » ou « Ganesh », mais ces deux noms devraient etre abandonnes.

Refirences: Rapports de I. Yoshizawa ( JAC ) et dans Mountain Travel, Kathmandu.

Un groupe des volontaires du « .Corps de la paix » américain fit le to octobre 1971 la première ascensiondu Hiunchuli de l' Annapur ( 6441 m ), à Test du Modi Peak. L' autorisa officielle et le paiement de la prime du sommet furent arrangés plus tard ä Kathmandu.

Refirences: Correspondance. AJ 1972, p.84g.

Une forte équipe de l' Université japonaise de Shinshu, avec M. Nishigori pour chef et neuf autres grimpeurs, venue de Pisang dans la vallee de Marsyangdi par la Salatang Khola, essaya VAnnapurna II ( 7937 m ) par le versant nord. Le camp II ( 5300 m ) fut dresse le 3 avril sur le grand plateau glaciaire. Une tempete de dix jours et le danger d' avalanche obligèrent à changer d' itinéraire pour atteindre l' arete faîtière qui relie les Annapurna IV ( 7525 m ) et II. Un camp V ( 7300 m ) put enfin y etre place le 3 mai. Le lendemain Masatoshi Sato et le chef des Sherpa Girme Dorje entreprirent l' ascension finale. Ils durent abandonner vers 7800 metres ä cause de l' épuisement du Japonais, äge de 22 ans. A la descente il glissa deux fois et fut retenu par l' excellent Sherpa. A 21 heures Sato ne pouvait plus avancer. Girme Dorje lui fit une plate-forme, ancra son piolet dans la neige et l' y attacha solidement. Puis il se häta de chercher de l' aide au camp V, on il arriva à 21 h 30. De là on put voir une lumière à proximité de Sato, et on groupa immédiatement une équipe de secours. A 22 heures on atteignit l' endroit on Sato était reste... mais il n' y était plus. Les recherches furent vaines. Sato s' était évidemment un peu remis de son épuisement, il n' avait pas voulu attendre, s' était engagé dans la descente oü il etait tombe. L' expedition fut abandonnee.

Refirences: Rapports de I. Yoshizawa et Mountain Travel, Kathmandu.

Une expedition du Groupe d' escalade de Hachioji, comprenant six Japonais et leur chef Katsuhiko Miyoshi, essaya de gravir la Ganga Purna ( 7454 m ) par l' arete nord. Un incident desagreable fut cree par les gens de Manang qui menacerent d' attaquer l' expedition s' ils ne recevaient pas immediatement l' argent de la caisse. Les Japonais ne portaient pas d' armes, et ils n' eurent rien d' autre ä faire que de donner quatre mille roupies aux voleurs. J' ignore si le Gouvernement nepalais a ensuite reagi, et comment.

L' entreprise fut poursuivie jusqu' au camp IV ( 7000 m environ ). Les difficultes techniques sur le « Dos du dinosaure » devinrent telles que la progression, tres lente, fut arretee au debut de mai. Le cameraman K. Tagushi eut un accident sans gravite, mais il y perdit son materiel photographique.

Apres la mousson une grande expedition japonaise se trouvait de nouveau ä la Ganga Purna, mais venant du sud, par la Modi Khola, la reserve naturelle et l' arete ouest. Sumi Shimizu, chef de l' expedition, Takeshi Akabane et Girme Dorje toucherent le sommet le 15 octobre.Une tourmente de neige commenga le lendemain. Le contact par radio fut perdu entre les camps supérieurs et le camp II. Le 17, Girme Dorje et Pemba Norbu descendirent rétablir la liaison. Ils découvrirent que le camp II avait complètement disparu, probablement balayé par une avalanche dans l' après du 16 octobre. Six hommes avaient été emportés par la mort blanche: Iwao Kokiso, Kohei Sasagawa et Masuo Hakoyama, les Sherpa Ang Pemba, Ang Gyaltsen et Nawang Chottar. Girme Dorje annonca par radio qu' il allait remonter au camp III avec Pemba Norbu. Le Japonais au micro lui conseilla de n' en rien faire, car cette section de l' itinéraire était très avalancheuse, mais ce fut en vain. Les deux courageux Sherpa ne se laissèrent pas dissuader, et disparurent! Huit hommes, Une des plus lourdes catastrophes pour les grimpeurs himalayens... cinq Sherpa et trois Japonais.

References: Rapports du Club alpin japonais et Mountain Travel, Kathmandu.

DHAULAGIRI IIIMAL Ce massif aux nombreux sommets joua aussi un röle important en 1971. Le Dhaula II ( 7751 m ), reconnu à plusieurs reprises depuis des décennies, fut l' objet d' une tentative autrichienne sérieuse en 1963; mais la décision ne fut emportée qu' en 1971 par l' expédition organisée à Vienne par la Société himalayenne autrichienne et dirigée par Franz Huber, de Steyr. Comme l' approche directe depuis la Barbung Khola est barrée par des gorges, il fallut à nouveau franchir l' arete du Chorten pour atteindre le grand cirque neigeux au nord des Dhaula II et III. De là, la voie est évidente. Adi Huber, frère cadet du chef d' expédition, et le Sherpa Jagambu touchèrent le sommet du Dhaula II le 18 mai à 13 h 30. Adolf Weissensteiner et l' Américain Ronald Fear les suivirent deux heures plus tard. Cette ascension d' un des plus hauts 7000 encore vierges couronna l' année jubilaire des Amis de la nature.

References: Service de presse de la Soc. Hirn, autrichienne; communication de la section viennoise du Club alpin autrichien.

Une expédition de neuf Japonais, dirigée par M. Hattori, s' en prit au Dhaula IV ( 7661 m ), qui a mauvaise réputation et où une cordée autrichienne menée par Richard Hoyer disparut en 1969. Par de très mauvaises conditions, les Japonais atteignirent péniblement le P. 6273 ( Myagdi Matha Peak ) le 22 mai. Là, les Sherpa firent la grève, estimant que l' itinéraire était trop dangereux. Il fallut abandonner l' entre.

References: Mountain Travel, 29 juin 1971; Rapport de I. Yoshizawa, JAC.

Une équipe japonaise de huit membres du club de Kenryo dont le chef était G. Yazaki, fit au Dhaula V ( 7618 m ) une tentative depuis le sud. Le 4 mai, à une altitude de 7040 mètres, K. Aoki, H. Tezuka et T. Yanagisawa firent une chute mortelle. Ce fut la fin pour cette expédition aussi. Le Dhaula V reste ä gravir.

Apres la mousson, le meme sommet fut approche par l' arete SE par dix hommes du Club alpin universitaire de Kyushu dirigée par T. Matsumura. Le 6 octobre, près du camp II b ( 5900 m ), une cordée fut emportée par une avalanche sur environ 600 mètres. Hiroshi C,hijiiwa y trouva la mort, les autres ne furent que légèrement blessés. L' expédition fut abandonnee.

References: Mountain Travel et JAC.

Les trois sommets du Churen Himal ont presque la meme altitude: 7371 mètres. Il est douteux qu' une équipe sud-coréenne ait atteint le Sommet oriental en avril 1970. Les Sommets central et occidental ont seuls été certainement gravis en automne 1970 par les Japonais ( une expédition du Club alpin académique de Shizuoka dirigée par Takashi Serizawa et Ryozo Yamamoto ). M. Fukui et K. Hasegawa réussirent la première du Sommet central ( 7371 m ) le 24 octobre 1970; E. Doma, Ang Norbu et Zangbu les suivirent le surlendemain. K. Hasegawa et Ang Norbu continuèrent avec la première ascension du Sommet occidental ( 7371 m ) le 28 octobre. Au printemps 1971, deux équipes du Club universitaire de Tokyo étaient de nouveau là pour chercher de nouvelles voies. Mais le temps fut deplorable. K. Kano et le groupe de l' arete ouest ne montèrent que jusqu' à 6700 mètres. T. Toshoka et l' équipe du Sommet oriental jusqu' à 7250 mètres. La traversée de toute la chaîne des Churen ne peut s' envisager que par de bonnes conditions.

Un groupe de cinq Japonais du Club alpin de Zao, dirige par T. Oishi, approcha le Putha Hiunchuli ( 7246 m ) par le SE, dans l' espoir de gravir ce sommet facile à ski, comme J.O.M. Roberts l' avait suggéré. Mais le temps noya ce beau projet, et, au début de mai, commenca la marche de retour en compagnie de l' expédition de Kano.

Refirences: Mountain Travel; I. Yoshizawa, JAC. AJ 1971, pp. 228; AJ 1972, pp. 105-109, 248.

NEPAL OCCIDENTAL Quatre hommes du Club Shihakukai d' Osa, dirigés par K. Abe, réussirent en automne 1971 la première ascension du Tso Karpo Kang ( 6556 m ). Ce sommet fraîchement baptise appartient au Kanjiroba Himal du SE, dont le sommet principal ( 6882 m ) avait été conquis en novembre 1970.

Refirences: I. Yoshizawa. K. Abe: Rapport du Kanjiroba Himal ( en japonais, avec photo et carte ).

Une petite expédition britannique que dirigeait Edwin Hammond, se rendit dans le Patrasi Himal ( 6627 m ), mais se contenta d' un sommet de 5970 m.

Refirence: Mountain Travel, Kathmandu.

K. Fukuzawa et un groupe japonais ( Matsumoto Tohkoh-Kai ) se rendirent à l' Api ( 7132 m ), dans le coin NW du Nepal. Ils n' atteigni que 6000 mètres sur l' arete ouest. Un accident sans suites graves les forca au retour.

Refirence: I. Yoshizawa.

HIMACHALPRADESH Dans le district Kulu-Lahul, le Hanuman Tib- ba ( 5929 m ), pres de Manali, fut gravi par une expedition japonaise par l' arete nord et la voie ordinaire. Ce Weushorn de Solang, beau et d' acces rapide, est une montagne d' entraine que nous n' aurons plus ä mentionner ä l' avenir. La meme remarque s' applique ä la voie normale du Deo Tibba ( 6001 m ), souvent gravie. Signaions pourtant que son arete NW a ete parcourue en juin 1971 par les Britanniques R. Brook, B. Pooley et J. ]Vinter, qui realiserent la premiere traversee de ce sommet.

Escalade pour la premiere fois en 1962 par des Japonais et par la face SW, VIndrasan ( 6221 m ) est tres interessant. Une expedition britannique dirigee par Tony Johnson toucha ä nouveau le sommet les 9 et 13 juin 1971, par la tres difficile arete ouest. Deux jolis 5000 ( 5711 m et 5692 m ) furent ajoutes au tableau, avec environ 200 metres de difficultes du Ve degre sur du bon granit.

G. Clark et une expedition britannique firent en mai et juin 1971 la premiere ascension de six 5000 dans la region du Glacier sud de Malana.

Refirences: AJ 1972, p. 34-38, 248.

Le Menthosa ( 6443 m ), dans le NE du Chamba, fut reussi une premiere fois en octobre par une cordee britannique. Une tentative japonaise - probablement par un autre itineraire -echoua en 1971. La seconde ascension revient ä une equipe de la section Frosinone du Club alpin italien dirigee par Vittorio Kulczycki, le 5 octobre 1971.

Refirence: Communication de I. Yoshizawa.

CACHEMIRE Le Kishtwar Himal ( Cachemire oriental ) ne possede pas de 7000, mais de beaux 6000 difficiles, qui ont ete plusieurs fois reconnus et attaques en vain. Le Bharanzar ( 6575 m ), que Fritz Kolb avait en 1946 baptise le « Croissant de lune » coüta la vie ä Mme Kei Ohara, chef d' ex ( voir ma Chronique himalayenne 1970 ). En 1971, un groupe de cinq Japonais, Six mille sans nom sur la rive sud du Glacier Trivor, en face du camp de base de VExpedition styrienne ( Club alpin autrichien ) 1364 au Karakorum Photo Horst Schindlbacher/Archives Dyhrenfurth Changtse ( 7533 m ), vu de Varete ouest de l' Everest Photo W. Unsoeld, 1963 diriges par H. Yamamoto, n' eut pas de chance et abandonna vers 5500 metres.

Une expedition britannique dirigee par A. Clarke s' en prit au Brammah Peak ( 6416 m ) depuis le Glacier de Kibar, en mai 1971. La cordee de pointe - E. Edmundson et D. R. T. Gundry - arriva ä une centaine de metres du sommet. Elle reussit ä redescendre malgre deux bivouacs et la tempete.

Les grands 6000 attendent encore preneurs!

Refirences: AAJ 1971, p.448-450; HJ XXX 1970, p. 237-242, avec carte. Correspondance de Clarke et H. Adams Carter. AJ 1972, pp. 164-167.

Un groupe japonais dirige par Masato Oki gravit le Kolahoi ( 5440 m ) et deux 4000 anonymes.

Reference: Communication de I. Yoshizawa.

NANGA PARBAT Dans la Chronique himalayenne 1970 ( Les Alpes, 1971, 4e trimestre, p.229 ), j' ai dit le minimum necessaire sur 1' afFaire du Nanga Parbat 1970. Les nombreux conflits, cscarmouches journalistiques et proces en cours ont attire une publicite exceptionnelle. Notre chronique, qui ne cherche qu' ä donner une vue generale, ne peut pas avoir pour devoir de revenir en 1972 sur cette penible histoire de 1970. Entre-temps, les expeditions organisees par Karl M. Herrligkoffer au Rakaposhi ( Karakorum ) et ä l' Everest en 1972 ont echoue, ce qui ne m' a pas surpris. Res-tons-en ä 1971:

Les grimpeurs tchecoslovaques avaient dejä courageusement lutte pour le Nanga Parbat en 1969, mais ils avaient du renoncer sous le Ra-kihot Peak ( 7070 m ). L' expedition de 1971, dirigee ä nouveau par Ivan Gdlfy, comprenait 11 hommes du Haut-Tatra, 3 de Bratislava ( Pressburg ) et 2 de Moravie, soit 16 participants. Elle se trouvait au debut de mai dans la vallee de PIndus, au pont de Rakhiot ( 1179 m ), puis ä la mi-mai ä la « prairie de legende » ( 3300 m ), et le 18 mai au site classique du camp de base ( 3967 m ). Le beau temps permit de suivre le Programme et de dresser le camp IV ( 6690 m ) sous la face du Rakhiot Peak le 3 juin dejä. Mais le 8 juin le temps tourna et, durant un mois, resta si mauvais qu' il fut au maximum possible de faire des promenades d' entraine au Chongra Peak meridional ( 6448 m ). La neige profonde et le danger d' avalanche ne permettaient guere d' esperer.

Enfin le beau revint. Le 9 juillet on put franchir le Rakhiot Peak ( 7070 m ) et monter le camp V un peu avant le Mohrenkopf. Le lendemain, on franchit le Silbersattel ( 7451 m ) sur le grand plateau glaciaire ä Test du Sommet nord I ( 7816 m ), et le camp VI fut place sur le plateau vers 7600 metres. Le 11 juillet 1971 fut le grand jour: A 14 heures, Ivan Fiala et Michal Orolin atteignaient le sommet principal ( 8125 mvraisemblablement par la Breche de Bazhin ( 7812 m). l' Epaule ( 8070 m ) et l' itineraire choisi le 3 juillet 1953 par Hermann Buhl lors de son inoubliable ascension solitaire. Le triomphe tchecoslovaque est la cinquieme ascension de cette puissante montagne. Le meme jour, Josef Psotka, Arno Puskds et Ivan Urbanovic gravissaient l' Avant ( 7910 m ) et le P. 7530 audessus du Silbersattel.

Refirences: Communications d' Ivan Gälfy et Arno Pus-käs. Voir aussi Alpinismus 3/72, p.2g, et les livres de Buhl, Herrligkoffer et Messner, Carte du massif au 1:50000 ( Munich 1936 ).

Une petite expedition japonaise dirigee par M. Kaizu fit la premiere ascension du sommet assez bien degage du Grand Chongra Peak ( 6830 m ) avec deux bivouacs, en aout 1971.

Reference: I. Yoshizawa. KARAKORUM Le club d' Ichikawa obtint du Gouvernement pakistanais la permission pour le K 12 ( 7468 m ). T. Arioka et son groupe partirent pleins d' espoir de Haneda, mais ne depasserent pas 6200 metres.

Masherbrum, vu du Baltoro Photo Archives Dyhrenfurth Masherbrum et Baltoro, vus du camp III du Kä Photo Fritz Wiessner/Archives Dyhrenfurth M. Takahashi et deux compagnons remontèrent le Glacier de Biafo pour reconnaitre le redoutable Ogre ou Baintha Blakk ( 7285 m ). Les possibilités semblent meilleures sur le versant sud qu' au nord. Et pourtant: la montagne est ceinturee de parois verticales d' environ cinq cents metres!

R. Kotani, M. Koyama et neuf compagnons s' en prirent au Malubiting ( 7453 m ) après beaucoup d' autres. Ils suivirent par le sud la voie où l' expédition de Manchester avait été battue en 1968. Les Japonais n' eurent pas plus de succès: Au matin du 24 mai, quatre porteurs d' altitude quittèrent le camp II ( 5000 m ). Des séracs s' abattirent sur eux et en blesserent deux mortellement. Une des victimes était l' excellent Hunza Hidayat Shah, qui avait participé à douze grandes expéditions. La tentative fut abandonnee.

C' est alors qu' entra en scène le Groupe des touristes de Styrie, du Club alpin autrichien. L' équipe comprenait Horst Schindlbacher ( chef d' expédition ), Hilmar Sturm, Hanns Schell, Kurt Pirker et le médecin et grimpeur polonais Jerzy Hajdukiewicz. Ils étaient à Skardu, capitale du Baltistan, le 18 juillet 1971, et quatre jours après au village d' Arandu ( 2765 m ), près de la langue du Glacier de Chogo Lungma, long de 43 kilomètres. Le camp de base fut dresse sur la rive gauche du glacier à Balichor ( 4200 m ), le 26 juillet. Puis le camp I fut monte à 5050 mètres, et la pente glacée de 300 mètres qui mène au Col des Polonais fut équipée. Des skis courts ( 1,75 m ) furent employés entre le camp I et le pied de la pente. Le passage-clé, un pilier de rocher et une arete de glace, demanda 200 mètres de cordes fixes. Tous les participants se trouvaient le 8 aoüt au camp II ( 5950 m ), au Col des Polonais, espérant atteindre le sommet en établissant deux camps volants.

Alors le temps tourna. Des tempetes et des chutes de neige bloquerent l' équipe une semaine entière, et, des que ce fut possible, il 4 fallut descendre à la base. Le temps ne s' amelio ra que le 19 aoüt; une nouvelle tentative put s' organiser, et le lendemain les quatre hommes de Graz se retrouvaient au Col des Polonais. Comme le succès dépendait désormais de leur vitesse, le médecin Hadjukiewicz, qui était äge de 53 ans, renonca de son propre chef. Le 21 aoüt le camp III ( 6200 m ) fut place sur un ressaut de l' arete menant au Sommet nord ( 6843 m ), puis le lendemain ce camp fut monte jusqu' à 6550 mètres et appelé camp IV. Entre 6250 et 7100 mètres, il fallut traverser un plateau glaciaire de 4,5 kilomètres où les skis courts rendirent à nouveau de bons services. Les skis ne furent abandonnés qu' à l' approche de la selle qui sépare le Sommet central ( 7291 m ) du Sommet occidental ( 7453 m ). La première cordée foula le plus haut point du massif du Malubiting le 23 aoüt à 14 h 45, par grand beau temps et sans vent. Splendide succès, et panorama précieux pour les topographes.

References: Communication de I. Yoshizawa. Correspondance de H. Schindlbacher et J. Hajdukiewicz. Alpinismus 5/72, p. 32-33.

Le Khiangyang Kish est écrit Khinyang Chhish par les Anglais et Kunyang Chhish par les Polonais. Quel est le bon? Ce qui est certain, c' est que nous ne pouvons pas prononcer un Chh initial, meme en nous appliquant à aspirer les h. Je me rallie donc maintenant à Kunyang Kish ( 7852 m ).

Forte de 13 hommes, l' expédition polonaise 1971 au Karakorum, dirigée par A. M. Sawada, quitta Nagar à fin juin pour remonter la vallée de Hispar avec quatre groupes de porteurs. Gräce à une reconnaissance soigneuse, on réussit à trouver un nouveau cheminement. Le camp de base ( 4410 m ), dans une splendide prairie ( Phisdandala ) de la rive occidentale du Glacier de Pumarikish, fut installé avec confort: huit grandes tentes, lumière électrique,'cuisine, laboratoire, etc. Le 7 juillet commenta l' esca du « Cube de glace » ( 6500 m ). Une plate-forme fut créée pour du matériel à 4900 mètres. Le camp I ( 5900 m ) fut place au nord du « Dome de neige » corniche où le major Mills et le capitaine Jones avaient eu un accident en 1962. Le camp II ( 6500 m ) fut dressé le 23 juillet sur une plate-forme abritée, immédiatement sous le Cube de Glace. Ainsi était établie la liaison avec la partie supérieure de l' arete sud, à l' endroit où les Japonais avaient mis leur camp VI en 1965. Entre le camp de base et ce point furent tendues des cordes fixes sur plus de 800 mètres. Ce fut une grande aide durant les nombreuses navettes des Polonais qui n' avaient engagé aucun porteur d' altitude!

Depuis le camp II, les Polonais suivirent l' itinéraire japonais, jalonné de restes. Une arete cornichée, horizontale et exposée, fut équipée de 400 mètres de cordes fixes. Après avoir tourne le « Pic rocheux » par Test, on dut placer le camp III ( 6450 m ) dans un réseau de séracs et de crevasses. C' est là qu' eut lieu un tragique accident: Jan Franczuk tomba avec un pont et fut enseveli sous la masse de neige et de glace. Ses compagnons, dont le médecin Jan Stryczynski, firent leur possible, mais ne purent que constater son deces.

Le camp IV ( 7050 m ) fut établi le 8 aoüt sous le « Pic de la tente » ( 7600 m environ ), mais l' équipe de pointe y fut bloquée quatre jours par la tempete avant de pouvoir rejoindre le camp de base en courant de grands dangers. Repos force jusqu' au 21 aoüt. On put enfin remonter, et, le 25 aoüt, M. Sawada, A. Heinrich, J. Stryczynski et R. Szafirski quittaient le camp IV pour le sommet. Ils se tinrent sur le flanc ouest du Pic de la tente, traversèrent trois névés, réussirent une traversée pendulaire techniquement difficile et entreprirent une escalade mixte de troisième degré. Il leur fallut bivouaquer 150 mètres environ sous le but. Le temps fut très froid pendant la nuit, mais calme; le 26 aoüt 1971, à 8 heures du matin, ils étaient au sommet où ils purent accomplir les rites et prendre les photos qui s' imposent à pareille occasion. C' est une réussite exceptionnelle, et le record polonais d' altitude.

Refirences: AJ 1972, p. 21-25. ~ Jerzy Wala: Kunyang Chhish ( 7952 m ), dessins et esquisse topographique; cor- respondance.Voir aussi Alpinismus 12171, p. 28.

En conclusion, si nous considérons la saison himalayenne de 1971 du point de vue statisti- que, nous trouvons un résultat surprenant: 42 expéditions, dont 28 japonaises ( d' après Japanese Overseas Expeditions in 1971 ). Deux tiers des expéditions à l' Himalaya et au Karakorum reviennent aux Japonais, un tiers à tous les autres pays réunis! II faut aussi remarquer le grand nombre d' accidents survenus aux expéditions japonaises cette année: 18 morts, dont 6 Sherpa et 2 Hunza.

Traduit de l' allemand par Pierre Vittoz

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