Consortages d'alpages

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Avec 2 illustrations ( 6, 7Par Charles Suter

Deux exemples du Bas-Valais Dans la vie économique du paysan des vallées alpines, l' exploitation des alpages occupe une place prépondérante. Elle permet l' élevage d' une quantité considérable de bétail, ressource précieuse pour le petit peuple montagnard qui ravitaille ainsi de viande et produits laitiers les habitants de la plaine. Cette exploitation, presque toujours entreprise en commun, éveille l' esprit social et favorise l' entr mutuelle. Les procédés varient passablement, non seulement d' une vallée à l' autre, mais très souvent même d' une commune à l' autre. Nous désirons démontrer cela en prenant comme exemple les deux communes de Sembrancher et Bovernier dans le Val d' Entremont ( Bas-Valais ).

La commune de Sembrancher possède trois alpages: Le Larzay, Le Catogne et La Lettaz. Les deux premiers sont situés sur son propre territoire, à une distance de trois heures environ du bourg de Sembrancher. Le Larzay, au nord de la montagne de Sixblanc et orienté vers le couchant, est en grande proportion caché dans la forêt. Le Catogne qui lui fait vis-à-vis est un alpage tombant en pentes raides vers le nord et l' est, flanqué de trois côtés de hautes et sauvages parois de rochers. Les deux montagnes n' ont qu' une seule rechange, pourvue chacune d' une étable. La troisième, La Lettaz, se trouve sur le territoire de la commune de Bourg-St-Pierre, près de la Cantine-de-Proz, à une distance de 23 km. ( 6 heures de marche ) de Sembrancher. Durant les étés de 1943 et 1944, plusieurs groupes d' étudiants de dix nationalités différentes, mais tous unis dans le même désir d' aider ces paysans laborieux, ont entrepris pendant quelques semaines des améliorations d' alpages fort utiles ( épierrements, construction de nouveaux chemins etc. ). La Lettaz est un alpage à deux rechanges, une inférieure avec la cave à fromage et deux écuries ( construites en 1924 et 1941 ) logeant 48 vaches chacune, et une rechange supérieure, Emena ( 2227 m .) avec une écurie pour 96 vaches ( construite en 1942 ) où on peut séjourner avec le bétail pendant cinq semaines au milieu de la saison d' estivage. La Lettaz reçoit des vaches et 60 à 100 têtes de jeune bétail, Le Catogne et Le Larzay des vaches seulement, mais le dernier alpage tient encore un troupeau de 250 moutons. On élève en outre des porcs sur les trois montagnes ( un sur cinq vaches ).

Les alpages de Sembrancher sont bourgeoisiaux. La bourgeoisie est propriétaire non seulement du terrain, comme par exemple à Bagnes, mais aussi des immeubles et meubles. Chaque bourgeois domicilié et faisant ménage dans la commune possède un droit d' herbage sur un des trois alpages. Ces droits ne sont pas héréditaires. Si un bourgeois meurt, son droit revient à la bourgeoisie, seul si le ménage est continué par la veuve ou les enfants, il leur est laissé. Tous les 20 ans, le partage des fonds des trois montagnes se fait par tirage au sort. Il peut arriver qu' après 20 ans un consort doive changer d' alpage. Il est néanmoins permis d' échanger son lot avec un autre bourgeois, et l'on use parfois de ce droit. Le lot peut aussi être loué, mais il est défendu de l' aliéner à plus d' un consort et pour plus d' une année. Ainsi on évite une fois la fraction des fonds et ensuite qu' un consort puisse toucher le prix de location d' avance pour une longue durée de temps, car s' il venait à mourir, les difficultés seraient trop grandes. Les bourgeois ayant fondé un ménage depuis le dernier tirage obtiennent les droits excédants; c' est également le lot qui décide.

Les places des vaches à l' écurie sont fixées d' avance par tirage au sort. Cela permet aux bergers de reconnaître facilement le groupe de bétail de chaque propriétaire. Le Larzay et Le Catogne possèdent des écuries longitudinales. Leurs billets de tirage portent les numéros « 1 de droite » et « 1 de gauche » et ainsi de suite alternativement en partant de la grande porte jusqu' à com- Die Alpen - 1945 - Les Alpes3 plément du nombre désigné. Chaque consort tire son. numéro; celui alpant plus d' une vache les place les unes à côté des autres et les numéros suivants sont reculés en conséquence. Le taureau occupe la première place à droite en entrant. Pour la traite, l' étable du Catogne est divisée en trois parts, celle du Larzay en quatre. Chaque berger tire son lot désignant le groupe de bêtes qu' il est chargé de traire. Cet ordre n' est plus valable à La Lettaz depuis 1941, année où son étable longitudinale a été détruite par une avalanche et remplacée par une écurie à compartiments. Là on loge dans chaque compartiment un groupe de vaches traites par le même berger. L' échange des places est autorisé. Tout consort qui aura abandonné sa place une année ou échange son fonds, ainsi que les nouveaux ayants-droit, sont tenus de tirer au sort entre eux les places vacantes au fond de l' écurie; les anciens consorts doivent serrer du côté de la grande porte.

Les derniers tirages de fonds de vaches ( droits d' herbe ) ont eu lieu en 1877, 1897, 1917 et 1937. A cet effet une assemblée des bourgeois est convoquée dans la grande salle de la maison bourgeoisiale. Deux urnes sont déposées en vue du public. La première contient les billets portant chacun le nom d' un ayant-droit et la seconde en nombre égal les billets des trois montagnes dans la proportion établie. Deux jeunes gens sont choisis pour tirer simultanément l' un le nom d' un prenant, l' autre le sort de la montagne à lui dévolue avec le numéro de la placé droite ou gauche à l' étable. Que l' intéressé soit présent ou non, le tirage fait règle et est inscrit au protocole à mesure. Puis, les alpants de chaque montagne forment un consortage. Celui-ci désigne deux recteurs, l' un à titre de principal et qui est seul rétribué, l' autre comme son adjoint qui sera recteur l' année suivante. Les deux occupent leurs fonctions durant un an. Il est obligatoire d' accepter ces charges. Les élections ont lieu lors de l' unique assemblée annuelle, en septembre avant la désalpe d' habitude, et les, recteurs sont choisis parmi les plus anciens consorts n' ayant pas encore rempli cette fonction. Les compétences du recteur principal vont assez loin. C' est lui seul par exemple qui choisit et surveille le personnel de l' alpage. Le jour de l' inalpe, il est chargé de le nourrir, la première traite ne se faisant que le soir. Il reçoit en indemnité fr. 10 pour les grands alpages du Larzay et de La Lettaz et fr. 6 pour celui plus petit du Catogne. Il s' occupe du reste durant toute la saison de l' approvisionnement des bergers, c'est-à-dire qu' il veille à la confection de leur pain et à ce que les transports des denrées nécessaires à l' alpage, vivres, paille, sel, etc., se fassent régulièrement. Il garde et soigne jusqu' à l' inalpe suivante le dernier fromage de la saison ( confectionné après la répartition des produits laitiers ) qui servira alors de nourriture aux bergers. Pour son travail qui absorbe passablement de temps, le recteur touche un dédommagement qui consiste au Larzay en un fromage gras de 40 livres et en 22 livres de sérét, au Catogne en un fromage gras de 35 livres et en 20 livres de sérét. C' est le premier fromage de la saison qui lui revient. Si le poids dépasse la quantité prescrite, le recteur paye le surplus. Si au contraire le poids nécessaire n' est pas atteint, il touche la différence en argent. L' alpage plus éloigné de La Lettaz dédommage son recteur par les produits des trois premières traites de la saison. Ce payement n' est que juste, car durant la CONSORTAGES D' ALPAGESpériode de 20 ans seul un nombre restreint de consorts est appelé à être recteur. Si tous pouvaient passer à tour de rôle, les charges seraient réparties par parts égales et un dédommagement ne s' imposerait pas. Chaque consortage nomme encore, outre les recteurs, un secrétaire pour une durée de temps illimitée. Son salaire est fixé au Larzay par exemple à 25 livres de sérét et trois kilos de beurre.

Les trois alpages de Sembrancher n' ont pas de règlements individuels. Ils se trouvent sous le régime direct de la commune qui les administre et les surveille. C' est le conseil communal qui a la haute main dans leur direction. La révision des statuts fait partie de ses compétences. C' est par contre l' as bourgeoisiale qui accepte cette révision. Le conseil communal se charge aussi de louer les droits excédants et il en fixe le prix de location. Il nomme pour chaque alpage deux experts qui ont d' importantes tâches à remplir. En automne avant la désalpe ils montent aux pâturages qui leur sont dévolus pour fixer les travaux d' amélioration nécessaires qui seront exécutés au printemps prochain par corvées. Pour chaque vache alpée, le propriétaire fait deux journées de corvée. C' est le recteur qui est responsable de l' exécu de ces travaux. Au printemps, les experts se rendent de nouveau sur leurs alpages respectifs pour pouvoir décider de la date de l' inalpe. La désalpe est fixée une fois pour toutes au 20 septembre, sauf en des années exceptionnelles comme celle de 1942 par exemple où au Larzay la sécheresse força les bergers à quitter les pâturages dès le 10 septembre. Il est du devoir des experts de faire l' inspection du bétail lors de son arrivée à l' alpage qui a lieu à endroit fixe entre 8 et 9 heures. D' abord, le contrôle des cornes est fait; celles trop pointues sont coupées. Puis, les experts annoncent la formation du troupeau sous la direction des bergers. Les propriétaires chassent leurs bêtes dans l' enceinte qu' ils doivent quitter ensuite sous peine de fr. 2 d' amende. C' est la lutte des vaches qui commence, elle marque le début de l' estivage. Le jour de la désalpe, les experts aident les deux recteurs et le secrétaire à faire le partage des produits. En dédommagement de leur peine une petite somme est allouée à chacun d' eux annuellement; elle varie entre fr. 15 et fr. 17 selon la grandeur de l' alpage.

Au Larzay, le nombre des fonds est de 70 environ, au Catogne de 35 et à La Lettaz de 70, dont 56 appartiennent à la bourgeoisie et 14 sont en mains privées ( valeur d' un fonds fr. 1600 environ ). La Lettaz est en somme un alpage à consortage dont le consort le plus fort est la bourgeoisie de Sembrancher qui a acheté des fonds dès l' année 1917. Elle forme donc en quelque sorte un consortage dans le consortage. Alpants-bourgeois et consorts-copropriétaires font très bon ménage ensemble. Les consorts privés sont soumis aux mêmes obligations que les ayants-droit de la bourgeoisie, mais ils ont le droit de vendre ou de louer leurs fonds à volonté. Il est convenu que la bourgeoisie fournit le recteur deux ans de suite, la troisième année il est choisi parmi les autres consorts.

A Sembrancher, un droit d' herbe permet d' alper une vache. Le nombre des génissons à estiver par chaque bourgeois n' est pas limité. Pour toute vache qui ne donne pas un demi-litre de lait par traite à partir du troisième CONSORTAGES D' ALPAGES jour après l' inalpe, on demande une taxe de 15 ct ., par jour, de même pour frais d' herbage pour une qui vêle sur l' alpage en juin ou juillet, jusqu' au 21e jour après le vêlage. Si, après ce terme, le veau n' est pas emmené, il devient la propriété de la montagne.

Les consorts sont tenus de fournir pour l' alimentation des bergers une demi-livre de viande par vache alpée et quatre kilos de blé qu' il faut livrer les deux derniers dimanches de mai. Ils doivent payer leur part des frais d' esti le jour de la désàlpe avant la répartition des produits; s' ils manquent à ce devoir, leur part est retenue en gage. Chaque consort visitant l' alpage a le droit de boire du lait, mais sa consommation est inscrite et déduite dans le compte final.

Les alpages sont entretenus par plusieurs domestiques, notamment le fromager, le maître-berger et le second berger. Le maître-berger est le chef responsable des bergers et du troupeau. Il doit prêter serment devant le conseil communal de remplir consciencieusement ses fonctions.

Les deux alpages de Plan de l' Eau et Fournoutze-Planard servent aux habitants de Bovernier. Le premier s' étend sur le territoire même de la commune, dans la vallée du Durnant à proximité de Champex. Ne pouvant recevoir que 35 vaches, il est trop exigu pour les besoins de la commune et celle-ci se vit obligée d' acquérir, en 1916, un second alpage sur le terrain de Bourg-St-Pierre, justement celui de Fournoutze. L'on y estive 50 vaches d' ordinaire. A Bovernier aussi chaque bourgeois ayant son « feu » ( ménage ) entre en possession d' un droit d' herbage. En 1932, les deux alpages étaient mis en location par enchères publiques pour une durée de quatre ans. Les deux plus-offrants obtinrent chacun un alpage. Ils étaient absolument libres en ce qui concernait l' exploitation, la fabrication des produits laitiers et le choix des domestiques. Ils étaient cependant obligés d' éxecuter les travaux d' amélioration prescrits par la commune et d' accepter les vaches des bourgeois. Comme la commune comptait plus de ménages ( 116 ) que de fonds de vache ( 85 ), ces derniers durent être tirés au sort parmi les familles. Tous les ayants-droit se rassemblèrent donc dans la salle de la maison communale. Le conseil communal prit place devant une urne en bois contenant les 116 lots, dont 31 en blanc. Les bourgeois défilèrent un à un pour tirer leur lot valable pour quatre ans et leur nom et le résultat du tirage furent inscrits à mesure. Ensuite, la possibilité était donnée de faire des échanges, car il arrivait qu' un bourgeois ne possédant pas de bétail avait tiré un droit d' herbage, tandis qu' un autre, propriétaire de bestiaux, se voyait affligé d' un lot blanc. Les pourparlers se poursuivaient au café, un verre de fendant aidant. Pour compenser les ménages que le sort n' avait pas favorisé d' un droit d' herbage, la commune décida qu' il leur serait versé fr. 10 annuellement, somme que les familles ayant le droit d' alper devraient payer à la bourgeoisie. Cependant, les quatre ans révolus, les bourgeois demandèrent un changement de mode. Le fait que le locataire seul régnait en maître sur l' alpage, soulevait avant tout l' opposition. Les bourgeois alpants n' avaient droit à aucun contrôle, le mesurage du lait par exemple était fait uniquement par le locataire. En 1936 l'on décida donc que chaque bourgeois aurait dorénavant un droit d' herbage. A cet. effet, les droits durent être divisés et chaque ménage en obtient trois quarts ou trois « pieds de vache ». Les 35 fonds de Plan de l' Eau se transformèrent en 48, les 50 de Fournoutze en 68 à trois pieds, réunis en deux consortages administrés par un recteur et un secrétaire chacun. La répartition se fit de nouveau par tirage au sort. Le résultat était valable pour quatre ans, puis renouvable pour une même période et cela tacitement à moins qu' une demande écrite ne soit formulée et signée par un quart des électeurs bourgeois. Une telle demande n' ayant pas été émise en 1940, la répartition resta intacte. Chaque bourgeois est autorisé à céder son droit à un autre, ce que font surtout ceux qui n' ont pas de bétail. On est même obligé d' user de ce droit, car pour alper une vache il faut être en possession de quatre pieds, c'est-à-dire qu' il faut en acheter un ( fr. 5 par pied et par saison ) pour compléter les trois octroyés par la commune.

La charge de recteur est obligatoire pour deux ans; cette période écoulée, il peut être nommé à nouveau. Il touche une indemnité de fr. 100 par saison ( en 1942 par exemple ), vu qu' on ne peut organiser des tours de rôle, le consortage pouvant être composé tout différemment après quatre ans. A Bovernier, le recteur décide de la date de l' inalpe, mais c' est le maître-berger qui fixe celle de la désalpe, elle n' est pas invariable comme à Sembrancher. Les consorts ne sont pas tenus ici de fournir les denrées pour le personnel d' alpage. Par contre chaque propriétaire fait, huit jours avant l' inalpe, une journée de corvée par vache alpée. Un mode spécial est appliqué pour couvrir les frais d' alpage. Pour chaque vache laitière on paye une finance de fr. 9, le reste des dépenses est réparti par 100 1. de lait obtenus. Ainsi, une bonne laitière paye une taxe un peu plus élevée qu' une moyenne.

L' alpage de Fournoutze est, en plus des vaches, chargé d' un troupeau de 80—100 têtes de veaux et génissons. Tout bourgeois peut alper là son jeune bétail moyennant une finance appropriée. Cet alpage étant passablement éloigné, les produits laitiers sont transportés par camion au village à la fin de l' estivage et la répartition a lieu à la laiterie.

( MM. Ernest Voutaz, président de la commune de Sembrancher, et Auguste Michaud, secrétaire de la commune de Bovernier, ont bien voulu me donner de précieux renseignements. )

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