Crépuscule

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Par Egmond d' Arcis

Le soleil descend lentement sur l' horizon, comme à regret, fatigué, semble-t-il, d' avoir tout un jour répandu ses rayons d' or sur la terre engadinoise. Sur les gazons fleuris de Muottas Muraigl, des moutons paissent philosophiquement sous la garde d' un vieux pâtre drapé dans sa houppelande brune.

Quel admirable belvédère, ce Muottas Muraigl, accroché aux flancs rapides du Piz Muraigl, au confluent des deux grandes vallées de la Haute Engadine, celle de la Bernina, qui s' enfonce vers l' est, et celle de la Maloja, qui se développe devant nous! Tout un monde de monts et de lacs, de prairies et de villages, que le regard ne se lasse pas d' admirer tant il charme par sa variété et par l' éclatante lumière — à nulle autre pareille — qui l' anime et le colore des teintes les plus riches et les plus chaudes.

Insensiblement, le paysage entier rosit sous les feux du couchant qui allument des flammes de pourpre sur les arêtes aériennes de l' énorme Piz Bernina et de ses satellites aux crêtes acérées, le Palu, le Piz Tschierva, le Corvatsch, et cent autres qui rutilent et semblent grandir dans l' espace. Sur le ciel d' un bleu intense, ce bleu particulier à l' Engadine, les arêtes se détachent à l' emporte, tandis que les névés aux lourds ourlets blancs et les glaciers suspendus et les anneaux livides du Morteratsch rougeoient entre leurs contreforts de roc. A mesure que le soleil baisse, les vallées ont l' air de se creuser davantage, et elles prennent une apparence mystérieuse dans l' ombre violette qui les envahit. Ici et là, des villages et des bourgs, au-dessus desquels traîne quelque fumée bleuâtre: Pontresina au bord de la fougueuse Bernina; Samaden et Celerina, paresseusement vautrés au bord de l' Inn; St-Moritz, tassé auprès de son lac idyllique. Ailleurs, des hameaux sèment leurs maisons blanches sur le vert foncé des riches prairies. Puis, ce sont, enchâssés dans leur épaisse ceinture de forêts noires, ces lacs d' un vert d' émeraude, vrais joyeux que la nature a dispersés là pour donner plus de charme au pays et pour mieux recueillir la lumière céleste: celui de Staz, perdu au milieu des bois; les lacs de St-Moritz, de Campfer, de Silvaplana, de Sils, dont la chaîne miroitante s' allonge nonchalamment jusqu' à la lointaine Maloja, au-delà de laquelle on devine, dans un trou sombre, la dépression du Val Bregaglia.

Le disque solaire commence à disparaître derrière les crêtes pelées qui s' étendent sur la rive gauche de l' Inn dont le ruban d' argent court parmi les prés fraîchement fauchés. Et c' est alors une merveilleuse symphonie de couleurs qui se déroule à nos yeux. Tandis que les glaciers s' empourprent et que les rochers se tachent d' un rouge éclatant, le ciel s' embrase et réfléchit son incendie monstre sur les eaux calmes des lacs silencieux, sur le velours des prairies. Peu à peu, l' ombre s' épaissit dans les vallées, pendant que les derniers rayons s' attardent sur les plus hautes cimes sur lesquelles leurs cascades de feu accrochent des taches sanglantes, des larmes de rubis.

Le vieux pâtre s' est approché. Il regarde le paysage en flammes, puis me dévisage comme s' il voulait me dire quelque chose. Sans doute va-t-il demander l' aumône, car tout son accoutrement respire la misère.

Soudain, rompant le silence, il me dit en montrant d' un geste large les montagnes d' or et de feu: « Comme c' est beau tout cela, Monsieur! » Et, après avoir donné un dernier coup d' œil à cette nature qu' il admire dans son âme simple et naïve, il s' en va rejoindre ses moutons dont les dos laineux font des taches rousses sur l' herbe drue du pâturage.

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